ACTE DEUXIÈME
cœur!... S'il bat la breloque^ tant pis ! Qu'est-ce que tu veux, nous ne comprenons pas la vie de la même façon... Et puis c'est peut-être vrai qu’à la caserne on vous apprend des choses que je ne connais pas... n'en parlons plus...
GANTABEILLE^ d'une voix sourde.
Non ! n'en parlons plus I
SÊLIKA^ s'approchant d’une des glaces, et se recoiffant lentement.
Moi, d'abord, je n'ai jamais eu de chance, je ne peux pas avoir de bonheur... (silence.) Je t'aimais trop, fallait que ça cesse... (silence.) Est-ce bête qu'on s'attache si vite et si fort à quelqu'un ? (silence où l'on entend les sanglots de Gantaheille.) Tu me plaisais parce qu'une femme est contente de se montrer avec un militaire qui marque bien, qui n’a pas l'air d'avoir froid aux yeux. (Avec plus de câlinerie, d'une voix ombrée.) Et Duis... et puis.. pai’ce’que tu es bon, parce que ça te rend heureux la joie que l'on te donne...
Elle s'est approchée doucement de lui, l'effleure au visage de ses doigts souples.
GANTABEILLE, sanglotant.
Et c'est fini... c'est fini...
SÉLIKA, avec une apparente pitié.
Si j'étais riche seulement comme une bourgeoise, l'argent aurait été autant à toi qu'à moi mais deux misères ne s'attellent pas au même timon... Je comprends que tu ne risques pas l'aventure... La caserne, c’est encore plus sûr qu'une roulotte de crève-la-faim, même quand l'amour y chauffe le lit... Tant mieux pour toi, tant pis pour moi... Ah 1 mon pauvre chéri, j'ai le cœur joliment gros tout de même !... (Elle s'est
jetée à son cou, ils s’embrassent sur les lèvres désespérément
et tout à coup, elle se dégage farouche.) Ah ! non I VOilà
que je commence à m*attendrir... Je me dégoûte^ je suis trop bête... Adieu! Adieu !...
Elle se précipite vers la porte et se sauve avant qu'il n’ait ou le temps do la retenir.