ACTE DEUXIÈME
toi, comment veux-tu qu'il y en ait après? Ah l si je ne t'avais pas connue, je n'aurais pas le souvenir l On dit que c'est une consolation ! Misère ! Je sais déjà ce que je souffrais quand tu partais pour trois jours aux environs. Je me les rappelle ces nuits qui me brûlaient le sang, où je me réveillais en sursaut, où j'étendais les bras en criant ton nom! Et ce sera toujours,, toujours comme ça!
SÉLIKA, en colère.
Ah! zut! si tu me regrettes autant, si je suis ce que tu dis pour toi, plus que tout, prouve-le et préfère-moi à tout. Si au contraire tu en as assez et c'est bien possible, les hommes sont si cocasses, affichons la clôture, quittons-nous sans histoires... Et puis en route, à qui le tour?
GANTABEILLE5 Gommençant à être ébranlé.
Mais, malheureuse, si j'avais la lâcheté, l'infamie de te céder, pour s'en aller, il faudrait de l'argent... Et je n'ai plus rien... j'ai bazardé hier la dernière obligation qui me restait...
SÉLIKA, tirant ses bagues.
Veux-tu mes bagues?
GANTABEILLE, indigné à la fois et heureux de ce sacrifice apparent.
Te reprendre ce que je t'ai donné, tu n’y penses pas?
SÉLIKA, s'asseyant près de lui. Silence.
Les malins en trouvent toujours de la galette... avec ça que c'est si rare les bonnes occases?
GANTABEILLE, sans comprendre.
Les bonnes occases?...
SÉLIKA, Timitant avec un mauvais regard.
Les bonnes occases... oui parbleu! Tu n'y es pas, grand bêta!...
GANTABEILLE, balbutiant.
Non!... Je ne comprends pas...
SÉLIKA
Alors, mon pauvre chéri, oui, tu as raison. On ne vit pas de Tair du temps et quand il n’y a plus d’avoine au râtelier, ce qu’on a de mieux â faire, c’est d’en rester là!... (Le regardant comme elle regarde ses lions, d’une voix sourde :) — Pourtant si j’étais un homme et si j’aimais pour de vrai, comme tu prétends m’aimer, je saurais bien défendre mon bonheur!... Ah 1 je ne conseillerais à personne de me confier la clef de sa caisse !
GANTABEILLE, terrifié.
Tu abuserais de la confiance que te témoignent de braves gens, tu volerais...
SÉLIKA, levée, impudente, lui brûlant la face de son haleine.
Oui, je volerais... Je volerais à pleines mains sans hésiter une seconde, si j’aimais et si j’étais aimée...
GANTABEILLE, lui bâillonnant la bouche de ses doigts crispés.
Assez!... Tais-toi! Tu me fais horreur...
SÉLIKA. se dégageant d’un effort violent.
Je volerais tout, jusqu’à la dernière thune, jusqu’au dernier sou... avec ça qu’on gagne quelque chose à être honnête, qu’on vous en sait gré...
Tais-toi !
SÉHKA.
Ah ! je le dis comme je le pense. J’écoute mon