ACTE DEUXIÈME
son triomphe^ à elle, je ne verrai pas leur bonheur. Ah I Non !• Jamais ! Jamais !
Elle s^est effondrée sur une chaise, comme si elle n^avait plus la force de ranger ses cartons, pleure dans ses mains crispées et entre les hoquets de sanglots qui secouent sa poitrine, le nom de Pierre revient de plus en plus faiblement, de plus en plus tristement. Tout à coup, la porte de Èarrière-boutique s^ouvre doucement, et Irrigojen apparaît, introduit par Antoinette, qui lui ipontre Glorieuse, et se retire. Pierre, est enveloppé dans une grande limousine de berger, le béret enfoncé jusqu’aux oreilles, pâle, l’air épuisé dé fatigue, les espadrilles boueuses comme après une longue et rude étape. Il écarte sa limousine. Son bras est passé dans sa veste, comme s’il souffrait encore d’une blessure. Il s’approche de sa fiancée, angoissé par cette tristesse, se penche comme pour lui frôler les cheveux d’un baiser, murmure presque à voix basse,
PIERRE
Glorieuse! Glorieuse! C’est moi!
GLORIEUSE, se redressant.
Vous... VOUS ici... (D’une voix rauque.) Votre fiaucée m’avait donc menti... vous faut-il aussi quelque chose pour votre mariage?
PIERRE, stupéfié.
Ma fiancée... mon mariage?... Est-ce que tu deviens folle?
GLORIEUSE
Folle ! Ah ! Je le souhaiterais pour avoir l’oubli de tout ! Votre Rida a bien vu qu’elle me frappait au cœur !
PIERRE, troublé.
Rida !
GLOllIEUSE, ouvrant avec dos mains tremblantes, le carton où sont le voile et la couronne de mariée.
Voici ce qu’elle vient de choisir, voici ce qu’elle a accepté de moi !...
PIEllUE, violemment.
Un voile et une couronne de mariée... Je com- Xirends... Et tu t’es laissée x)rendre à cette comédie, (jllorieuse ! .. . (Mouvement de Glorieuse.) Tu aS {lU lllC croire une seule minute aussi déloyal ! Mais je la ramènerai devant toi, devant nous, cette fille, je veux qu’elle avoue son mensonge, qu’elle s’en accuse à genoux I
GLORIEUSE, qui a balbutié des mots entrecoupés pendant tout le temps que Pierre a parlé.
Ce n’était pas vrai 1 Ce n’était pas vrai!... Galmetoi, Pierre! Piegarde, mes larmes se sont séchées, mes lèvres te sourient, il me semble que je me réveille après un long cauchemar... Piaconte-moi ces quatre semaines d’absence...
Elle s’est appuyée sur le comptoir. Pierre est assis à côté d’elle, la tient par la taille de son bras gauche, lui baise par instants les mains.
PIERRE
A quoi bon répéter ce que je t’ai écrit...
GLORIEUSE
Ecrit?... Nous n’avons pas reçu une seule lettre de toi...
PIERRE
Ce n’est pas possible... Ma blessure m’empêchait de tenir la plume moi-même, mais je dictais des lettres pleines de ma tendresse, pleines de mon chagrin, à celle qui me soignait.