DOLORIDA, GLORIEUSE
GLORIEUSE
C'est gentil d'être venue. On se voit si peu depuis que nous sommes sorties du couvent.
DOLORIDA, d'un air étrange.
Oh !... J'avoue que ma visite est un peu intéressée... j’ai toutes sortes de choses à acheter, des choses qu'on ne trouve que chez toi...
GLORIEUSE
Tu m'intrigues... De quoi s'agit-il ?
DOLORIDA, détachant chaque demande une aune.
Il me faudrait simplement des bas desoie blanche, un voile de tulle et une couronne de fleurs d'oranger..
GLORIEUSE
Mais alors, tu te maries?
DOLORIDA, triomphante.
Oui, Glorieuse, je me marie I
GLORIEUSE
Selon ton cœur ?
DOLORIDA
Selon mon cœur.
GLORIEUSE
On le voit dans tes yeux, et ça te rend encore plus
jolie, ma petite Rida... laisse-moi t'embrasser... (Elle se jette à son cou.) Et tu me permettras de t'offrir la couronne... (Dolorlda se tait, comme gônée. Glorieuse ouvre des tiroirs joyeusement, remue des boîtes, étale des voiles^ emplit la boutique de frissonnantes blancheurs.) Ce tacitume que tu aimais s'est donc décidé à parler?. . Je le connais ?...
DOLOUIDA, se ressaisissant.
Depuis longtemps...
GLORIEUSE
Oh ! ne me fais pas chercher, dis-moi tout de suite son nom.
DOLORIDA
Tu te rappelles comme on s'est battu^ il y a tantôt un mois, dans les gorges de Liizaïde avec ces damnés gabelous... L'un des nôtres, le plus brave, avait, en protégeant la retraite, reçu deux balles, Tune au bras, l'autre à Tépaule... Nous l'avions transporté à la métairie, brûlé de fièvre, épuisé par tout le sang qu'il venait de perdre... Pendant des jours et des nuits, je n'ai pas quitté son chevet, je n'ai pas cessé d'être la consolatrice qui le ressuscitait peu à peu, qui lui parlait doucement .. Et un soir, je ne sais comment, je ne sais pourquoi, ses lèvres s'abattirent ardentes sur les miennes... Il m'appartenait enfin, celui que j'avais tant désiré... J'étais heureuse à en perdre la tête, à en mourir...
GLORIEUSE, angoissée, ayant laissé tomber le voile qu'elle tenait entre les mains.
Si je le connais depuis longtemps, s'il fait la contrebande, s'il est brave, ce ne peut être que...
DOLORIDA
Que ton frère de lait^ Pierre Irrigoyen... •
GL011IEUSE, essayant de no pas croire.
Pourtant... Il m'avait presque avoué... Je le croyais fiancé à une autre jeune fille...
DOLORIDA, narquoise.
Il y a peut-être songé^ mais autant en emporte le vent de ces prornesses-là, surtout si Parnour vous prend en route !...
GLORIEUSE
Pierre... (se reprenant.) Ton fiancé reviendra-t-il Lientôt?
DOLORIDA
Dés qu’il n’aura plus rien à craindre de Barthês, puis sa blessure le fait encore soufirir...
GLORIEUSE, cherchant ses mots.
Tu le féliciteras pour moi de ce beau mariage.
DOLORIDA
Je n'y manquerai pas, sois-en certaine... Fais porter tout cela chez Bordagain.., mon père réglera la facture... Adieu^ Glorieuse...
Elle sort.