GLORIEUSE, PROSPER
Prosper enveloppe dans une grande pelisse dont le collet de fourrures est relevé et lui cache à moitié le visage, le pantalon dans les bottes, paraît gêné, triste, épuisé de fatigue autant que de chagrin, mais on doit sentir à ses attitudes, dès que la jeune fille le perd de vue, qu^il joue une comédie longuement préparée.
GLORIEUSE
Entrez, monsieur, entrez!...
PROSPER, obséquieusement.
Excusez^moi, mademoiselle, de vous avoir donné cette émotion... mais il fallait que je vous parle, ce soir même, à tout prix I
GLORIEUSE, l^interrompant.
Qu'avez-vous à me dire, monsieur... Je vous écoute.
PROSPER, bafouillant à demi.
Ah ! mademoiselle ! le rouge me monte au fr^nt d’être obligé de vous raconter d'aussi vilaines histoires... Mais le malheur, ça rapproche les familles, pas vrai? Et puis, votre courage me donne des forces... Je sens que vous m'aiderez, s'il en est temps encore, à sauver les coupables...
GLORIEUSE, haletante.
Un malheur?... Les coupables ?... De qui parlezvous?
De qui? De la misérable créature à laquelle je ne
peux plus donner le nom de sœur... et,., de M. Gantabeille...
Il s^arrête^ comme ému.
GLORIEUSE
Que s'est-il donc passé? Qu’a-t-elle donc fait?
PROSPER
Hélas I mademoiselle^ elle a... comment vous dire? mis le grappin sur votre honorable parent. Elle est devenue, sauf le respect que je vous dois^ sa bonne amie et ils ont levé le pied ensemble...
GLORIEUSE
Le malheureux î
PROSPER
Oh! Vous avez bien raison, et je le plains aussi^ le pauvre homme, car... ce n’est pas tout!...
GLORIEUSE
Qu’y a-t-il donc de plus^ grand dieu?
PROSPER
Il y a que la coquine a empoisonné, détraqué le cerveau de ce militaire et que l’infortuné a volé !
GLORIEUSE, avec effroi.
Volé !
PROSPER
Oui^ mademoiselle, emporté l’argent dont il était le dépositaire, les lettres chargées.
GLORIEUSE
Mais qui vous a révélé?...
PROSPER
Un de nos hommes qu’elle avait entraîné à leur remorque... le brave garçon, a vu bien vite que cela sentait mauvais, que la prison n’était pas loin...