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se développait, les feuilles à l’aisselle desquelles se trouvaient les fleurs se détachaient, de sorte que le fruit se montre suspendu sur une portion du tronc entièrement dénudée. Les fruits se montrent accumulés en grand nombre immédiatement au-dessous de la partie où les feuilles prennent naissance. Ils ont la grosseur et la forme d’un melon. La pellicule qui les revêt est d’abord d’un vert foncé; elle s’éclaircit à mesure que la maturité fait des progrès, elle se mélange de jaune et quand la maturité est complète, le fruit est Jaune aurore.
Chaque bouton de la fleur du papayer femelle est accompagné d’une bractée. Trois fleurs naissent ordinairement à l’aisselle d’une feuille; le plus souvent une seule donne un fruit. De toutes les fleurs, l’une croît au détriment des autres. Quand trois croissent à la fois, la première et le fruit qui lui succède prennent un développement plus considérable.
Le fruit est appelé papaye; au Brésil on l’appelle mainao.
Les auteurs parlant de la valeur de la papaye comme fruit, diffèrent beaucoup dans leur appréciation. Ainsi P. Browne attribue à la papaye une saveur douce très agréable. Sloane le dit toujours assez médiocre, même assaisonné de sucre. Valmont Bomare le dit douceâtre et peu aromatique. Nous nous rangerons certainement du côté de P. Browne et nous considérerons la papaye comme un fruit très doux et d’un parfum très délicat: mais nous parlons d’une papaye parvenue à la maturité complète. Il en est, en effet, des papayes comme des melons; tel melon paraîtra à ‘simple vue de maturité suffisante pour être mangé et quand on l’entamera pour le déguster, on sera fort surpris souvent de le trouver insipide, voire même de saveur désagréable ; au contraire, le melon mur à point, comme on dit, de l'avis de tout le monde, est un fruit délicieux à savourer. Il en est
20 IEEE de même pour les papayes; il faut manger une papaye mûre à point, pour la trouver comme nous, excellente.
La tige du papayer est un stipe ne présentant par conséquent aucune ramification : c’est en effet l’avis de tous les botanistes qui ont parlé de cet arbre. Pour nous, le papayer présente rarement des ramifications; on trouve bien quelquefois à la Martinique deux papayers naissant de la même racine, ayant quelquefois un tronc commun jusqu’à une hauteur de quelques centimètres, mais ils sont séparés ensuite et ne se ramifient pas. Il y a donc là plutôt deux papayers réunis qu'une véritable ramification. Notre première planche représente deux Papayers ainsi réunis à leur base (1). Dans d’autres pays, on rencontre des papayers parfaitement ramifiés. En Cochinchine, ces papayers ne sont pas rares; ils présentent même souvent plusieurs ramifications. Dans ce cas, les indigènes ont l'habitude de couper les branches latérales de l’arbre pour permettre à ses fruits de se développer plus rapidement. ,
2? HV. — Culture du Papayer,
Le papayer se reproduit par graine et en pleine terre: sa culture ne demande aucun soin particulier. Les graines, semées peu profondément, mettent environ trois semaines pour germer. Le jeune végétal se développe très rapidement, fleuril au bout de cinq mois et porte des fruits trois mois après sa floraison. Dans un lieu abrité, il grandit très vite. Quelques graines semées dans ces conditions à notre
(1) Nous devons cette planche, qui représente deux Papayers pris d’après nature, ainsi «ue celle ou sont dessinés les fleurs et le fruit du Papayer, au crayon de notre cher collègue et camarade M. E. Vidal. Nous lui exprimons ici avec bonheur toute notre
reconnaissance.
arrivée à la Martinique, produisirent des papayers qui, vingt mois après, avaient atteint 8 mètres de hauteur. Malheureusement, le cyclone du 4 septembre 1885, qui vint ravager une partie de l’île, détruisit toute notre plantation.
Dans les pays tempérés, la graine du papayer peut très bien germer et donner naïssance à un végétal qui croît avec assez de facilité. C’est ainsi que nous avons pu admirer au jardin des plantes de Montpellier, un joli pied de papayer d'une hauteur de plusieurs mètres, qui n’est certainement pas au bout de sa croissance. Sur le littoral de la Méditerranée, en certains lieux où la moyenne de la température annuelle est plus élevée qu’à Montpellier, le papayer pourrait peutêtre fleurir. Cette pensée nous a amenés à faire semer des grainesà Toulon etnotamment à Grasse, ville essentiellement privilégiée au point de vue climatérique où M. l'abbé Sounce Ph. a bien voulu nous prêter son précieux concours. M. Sounce a dû trouver les conditions les plus favorables à l’évolution du papayer, car il a obtenu les meilleurs résultats qu’on puisse prévoir. En effet, vingt jours ont suffi pour faire germer ces graines et les papayers se développent d’une façon surprenante.
Nous sommes heureux d’adresser ici à M. Sounce nos remerciments les plus sincères, non seulement pour les soins qu'il prodigue à la culture de nos Papayers, mais encore pour les intelligentes recherches auxquelles il a bien voulu se livrer pour nous procurer des documents nécessaires à l’accomplissement de ce modeste travail.
$ VW. — Laticifères du Papayer,
Une propriété remarquable du Papayer, c'est que toutes ses parties sont gorgées d’un suc laiteux. Ce caractère le rap
MOD RAS proche beaucoup des Figuiers et des Arlocarpus. et explique également pourquoi quelques auteurs avaient voulu placer le Papayer parmi les Euphorbes. Ce suc laiteux est un véritable latex parfaitement analogue au latex des Ficus, des Siphonia, du Pavot, etc., mais doué de propriétés spéciales. Les vaisseaux laticifères du Papayer ont été l'objet d’une étude spéciale de la part de certains anatomistes, de Schacht en particulier. C’est d’après ses études faites à Madère (1), que Schacht a énoncé ce principe général en 1856, que les Laticifères se forment par l’union des cellules nombreuses en un tout unique. On sait en effet qu’il règne une grande obscurité aussi bien sur les fonctions du latex que sur l’origine des Laticifères, et certainement les travaux de Schacht sur le Papayer ont dû jeter un grand jour sur cette question. On admet, en général, que les laticifères sont des tubes clos de toutes parts; cependant Trécul a essayé d'établir que dans les Papayacées, ces vaisseaux entrent en communication avec les vaisseaux aériens. Hanstein semble partager cette manière de voir. On est généralement d’accord pour dire que les vaisseaux laticifères manquent dans le bois des tiges, c’est-à-dire où on trouve ordinairement les vaisseaux aériens et qu’on les rencontre surtout dans l’écorce Ceci est eneffet vrai pour la majorité des plantes ; mais les Papayacées constituent sous ce rapport une rare exception. Chez le Papayercomme chez toutes les autres Papayacées, on observe des laticifères, principalement dans le bois des tiges et en petite quantité dans l’écorce.
(1) Die Miülchsaftgefässe der Carica Papaya. — Les laticifères du Carica Papaya, origine, structure et trajet.
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ÿ VI. — Usages du Papayer.
Dans les pays chauds, toutes les parties du Papayer sont employées à un usage quelconque. Les feuilles sont utilisées par les Indiens et les Nègres économes pour savonner le linge ; le pétiole creux de ces mêmes feuilles est employé en guise de sarbacane pour tuer les oiseaux; il leur sert aussi de pipe. Les feuilles servent pour attendrir les viandes les plus dures: il suffit pour cela d’envelopper la viande ou le gibier à attendrir pendant une heure ou deux dans une feuille fraîche de papayer pour ramollir son tissu.
Les fibres corticales, en raison de leur résistance, sont employées pour faire des cordages.
Le fruit du papayer peut se manger cru, comme horsd'œuvre, mais les nègres le mangent plus souvent cuit, en compote ou en conserve; alors on leur associe du sucre et des aromates tels que citron ou vanille. Avant d'associer le sucre au fruit, on est dans l'habitude de couper celui-ci au tiers et de le piquer avec des zestes de citron.
Les habitants des Moluques font macérer dans de l’eau tiède les fleurs mâles du papayer, les exposent ensuite au soleil pour les faire sécher et ils en font une espèce de compote qu’ils nomment aal{sjaar.
Outre ces divers usages, les différentes parties du papayer ont reçu quelques applications médicales, parmi les populations nègres des Antilles. Voici les détails que donne Descourtilz, dans sa flore médicale des Antilles, sur les propriétés médicinales du papayer commun.
«Toutes les parties du papayer offrent des moyens sûrs à administrer dans les maladies vermineuses, et le succès ne peut être incertain si on fait bien l’application.