‹ Papayer Et La PapaineChapitre 4 sur 11 · ANUS HORS · texte numérisé non relu

ANUS HORS

à leur fameux bohon-upas. Or, on sait que le bohon-upas ou po où encore anliar (antiaris loxicaria, euphorbiacées) est un arbre de Java, duquel on retire par incision un suc qui mêlé à diverses substances aromatiques, constitue l’upas antiar, poison terrible ; cet upas antiar doit son action à un principe neutre, l’antiarine; 2 milligrammes d’Antiarine, appliqués sur une plaie déterminent des vomissements, des convulsions et enfin la mort. Le carica digitata est done, à juste titre, un objet de vive appréhension pour les indigènes de la province de Maynas. Ainsi, d’après eux, le voyageur qui s'endort à l'ombre de cet arbre périt promptement par l'effet de ses émanations ; il suffit même de passer à côté pour être incommodé; cette espèce renferme un suc aqueux abondant qui est aussi regardé par les Américains commeun poison des plus violents. Il doit y avoir de l’exagération dans ces versions, car le voyageur allemand Pœppig a, lui même, abattu l’un de ces arbres sans en éprouver autre chose que des démangeaisons à la figure; cependant quelques petites gouttes du suc étant tombées sur ses mains y provoquèrent la formation de pustules. Le même voyageur a reconnu que les fleurs mâles de ce papayer exhalent une odeur très forte d’excréments humains et qu'aucun animal ne touche à ses fruits bien qu'ils soient très beaux et non vénéneux.

J'arrive enfin àla dernière espèce citée : le Caricu papaya, le Papayer commun. C’est sans contredit l’espèce qui offre le plus d'intérêt. C’est elle qui a donné à la famille des Papayacées le nom qu’elle porte.

$ IL. — Origine et synonymie du Papayer.

Origine. — Les botanistes ne sont généralement pas d'accord au sujet de l’origine du Papayer. Quelques-uns à

2e Poe l'exemple de Willdenow prétendent que cet arbre est originaire des Indes-Orientales, qu’il à été apporté en Amérique et aux Antilles où il semble être indigène.

D’autres prétendent qu’il a été connu d’abord aux Moluques. Il s’est propagé ensuite dans l'Inde, dans l’île Maurice et de là aux Antilles ; à Haïti, au Brésil, dans la Colombie et dans toute l'Amérique du Sud.

Il semble plus probable cependant que la patrie du Papayer soit l'Amérique. En effet, toutes les autres espèces du genre Papaya sont américaines et ont été importées dans les parties du Monde où on les trouve. Du reste, Rumphius rapporte que ce sont les Portugais qui ont importé le Papayer dans l’Inde; si ce fait est exact, il est peu probable que l’arbre qui nous occupe soit originaire de l’Inde comme le prétend Willdenow.

Synonymie. — Quoi qu’il en soit, on le trouve actuellement répandu dans toutes les contrées chaudes du globe, et il est connu sous une foule de noms. Dans les ouvrages anciens de botanique, on trouve une foule de dénominations différentes employées pour désigner cet arbre. Dans la Flore médicale des Antilles, de Descourtilz (1), ouvrage d’une grande valeur et qu’on ne rencontre plus que rarement dans les riches bibliothèques, on trouve réunies les diverses dénominations tant en langue latine, qu’en langue caraïbe, qui ont servi à désignerle Papayer. Telles sont les suivantes:

Papaya vulgaris, papaya foliorum lobis sinuatis, Lin., diæcie decandrie. — Carica Papaya, Brown. Jam. 560. — Arbor platani; folio, etc. Bauk. pin. 151. — Papaya fructu maximo melonis, Effigie, Plum, vol. VII p. 115, vel caract. spécifiques, p. 20. Ess., p. 91. — Papaya maram., rheed.

(1) Flore de Descourtilz, t 1, p. 215.

malab., p. 25, tab. 15, fig. 1. — Ambapaya rheed. malab., p. 21, tab. 15, fig. 5.— Arbor melonifera, Bout. 96. — Pinoquam., pis. 159. — Carica seu papaya, digitatis foliis, floribus suaveolentibus, melonis fructu. — Pino-quam., hort, malab. — Abapaye, en Caraïbe. — Aleulé, alélé, en Caraïbe petite papaye. — Descourtilz ajoute qu’on trouve aux Antilles une espèce de Papayer, appelée par les Nègres, Papayer sauvage ou épineux. Papaya foliis digitatis, foliis integerrimis caule spinis mermibus instructo.…. Carica spinosa, syst. veget. Ginel. gen. 1127. — Brwn. fam 560. — Aubl. pl. Guy. 2, p. 908, tab. 546.

Au Brésil, le Papayer est appelé YWamoeiro. Les Indiens de l’intérieur l’appellent Chamburée. Les Brésiliens le désignent encore sous les noms de Poupi et de Mamao. On désigne également au Brésil, différemment le Papayer, suivant qu’il est mâle ou femelle.

Le papayer mâle est appelé #amao Macho. Le Papayer femelle, #amao femao.

Quand le Papayer est cultivé, il prend le nom de #amao melao.

Enfin, outre l’expression de Chamburée employée par les Indiens, il en est une autre employée par le même peuple et qui rappelle l’ancienne dénomination Caraïbe: c’est la dénomination d’A4r#bapaya.

Les créoles des Antilles en raison de l’accumulation des fruits au sommet de la tige du Papayer femelle pendant toute l’année, l’appellent {ige jamais nue, et à cause de la disposition des fruits sur la tige, en groupement serré, on considère le papayer femelle comme le symbole de l’abondance.

3 111. — Description du Papayer.

Le papayer commun (Carica Papaya) est un arbre ayant un port analogue à celui des palmiers, croissant très vite et pouvant atteindre 25 à 30 mètres.

Racine et tige. — Sa racine est pivotante, charnue. Elle est blanchâtre et d’odeur assez pénétrante. Elle émet des radicelles quelquefois ramifiées et atteignant une longueur considérable.

La tige est un stipe cylindrique qui semble être le prolongement de la racine par l'identité de sa composition. L’écorce est épaisse, composée de plusieurs couches de fibres remarquables par leur solidité. Ces fibres forment un canevas à mailles losangiques, à angles supérieurs et inférieurs très aigus. Au dessous de cette enveloppe se trouve une matière charnue, cassante, humide, d’odeur nauséabonde, semblable à celle de la racine. D’après certains auteurs, la tige peut acquérir une hauteur de 20 pieds, mais elle arrive sonvent à dépasser ce chiffre. Son diamètre est de 10 à 30 centimètres. Elle est pleine et solide vers la base, spongieuse au sommet, divisée intérieurement par des cloisons charnues et blanchâtres ; son écorce moyenne est revêtue d’une pellicule cendrée. Cet arbre n’est ligneux dans aucune de ses parties ; on ne peut donc le considérer comme un arbre qu’à cause de son port et de ses dimensions. On pourrait le comparer au chou cavalier (Brassica viridis procerior) qui reste toujours herbacé et qui cependant atteint de grandes dimensions. Le Papayer se continue par son boyau terminal, de sorte que le tronc ne se modifie pas.

Feuilles. — Le troncest garni vers son sommet de grandes feuilles palmées, divisées profondément en plusieurs lobes sinués et incisés, portées par des pétioles creux, cylindriques, longs de 24 à 50 pouces (1) et d’un pouce environ de diamètre. Les feuilles, très rapprochées les unes des autres, forment une ample cyme comparable à celle des palmiers.

Les feuilles des pieds mâles sont moins grandes que celles des pieds femelles. Elles sont divisées en 7, 9 ou 41 lobes, dont chacun est plus ou moins sinué et incisé. Ces feuilles sont vert tendre au dessus, vert glauque au dessous. Leur face inférieure est marquée d'un réseau de veines proéminentes.

Fleurs. — Le papayer est dioïque, aussi Linnée l’avait-il rangé dans sa Diæcie decandrie à côté des Cucurbitacées qui sont aussi dioïques. Cependant quelques auteurs prétendent qu’on trouve des fleurs hermaphrodites sur des arbres mâles ou femelles. Descourtilz dit même qu’on en rencontre souvent. D’après Vinson, ce qu’on appelle fleurs mâles, sont des fleurs complètes avec avortement de l'ovaire. Quoi qu'il en soit, nous n'avons jamais trouvé dans nos excursions à la Martinique de papayer à fleurs hermaphrodites.

Les fleurs mâles sont en petites grappes, laches, axillaires, éloignées les unes des autres sur des pédoncules grêles, longs quelquefois de plus de deux pieds, courbés vers la terre par le poids des fleurs qui sont en très grand nombre. Ces fleurs sont d’un blanc citrin et répandent un parfum suave. Le calyce est très petit, monophylle, divisé en 5 parties oblongues et d’un vert soyeux. La corolle est monopétale, longue de 5 à 4 centimètres, divisée en cinq parties linéaires, lan-

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céolées, contournées à leur sommet. Le tube qui la forme est long, légèrement courbé. Avant l'épanouissement, les lobes sont roulés en spirale les uns sur les autres. Leur tissu est épais, presque coriace. Les étamines sont au nombre de 10 et disposées sur deux rangs opposés, l’un extérieur, l’autre intérieur. Le rang extérieur est formé d’étamines au nombre de 5, assez longuement pédicellées. Le rang interne comprend 5 étamines sessiles ou presque sessiles. Les anthères sont introrses et rectilignes. Les fleurs mâles tombent quand elles ontrépandu leur poussière fécondante, aussi remarquet-on toujours autour des pieds de papayer mâle un grand nombre de fleurs répandues sur le sol.

Les fleurs femelles sont beaucoup plus grandes que les fleurs mâles. Elles sont portées sur des pédoncules épais et très courts. Le calyce est petit, à 5 dents; la corolle profondément découpée en cinq parties épaisses, lancéolées, contournées; elle est de couleur blanc-verdâtre; les fleurs femelles sont disposées en petites grappes axillaires au sommet de la tige, simples, pauciflores.

L’ovaire est supère, de forme ovale, surmonté de 5 styles portant 5 stigmates, comprimés, dilatés à leur sommet, ouverts et dentelés.

Fruil. — Le fruit est une baie très-grosse, ou mieux un péponide, de forme ovale, presque ronde,à côtes arrondies, uniloculaires, renfermant dans son intérieur qui est creux, une grande quantité de graines au milieu d’une pulpe fongueuse douceâtre et peu aromatique. Les graines sont comparables comme grosseur et comme aspect, aux grains de poivre noir; elles sont presque rondes, ridées, enveloppées d’un arille membraneux blanc, transparent et comme gélatineux; cesgraines sont attachées à 5 réceptacles membraneux qui tapissent les parois. À mesure que l'ovaire grossissait et

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