L*£P1SC0PAT
!• Obéir t)oar régner. ^ L'épiscopai, à trente) AVail hilftdA contre la papauté ; il n'a pas raison, pour cela, contre TÉvangiie et rhistoire. — Seule origine vraie qu'on puisse lui assigner, "^ Impossibilité, & TrentSi de formuler nn décret sur l'épiscopàt.
il. Impossible encore d'établir dogmatiquement son droit à siéger seul dans les conciles. — Un chapitre des Actes. — Grands et petits sophismes. — A quel titre les évéques représententils l'Église f — Silenee encore, à Trente» sur ce point.
III. Nul refuge, si ce n'est dans le pur système ultramontain* — Comment Lainez l'exposa. — Lé pape, seul fondement de l'Église et source unique de tout droit. — Un évéque n'est rien que par le pape ; un concile non plus. — Logiquement, rien à répondre. — C'est ce que le futut' concile va montrer une fois de plus.
Mais ce dévouement, chez les évéques, n'est pas aveugle en ce sens qa*aucun calcul ne s*y mêle. Obéir, mais pour commander, — voilà comment pourrait se résumer le spectacle que Tépiscopat nous donne; et si, à Trente, il se montra beaucoup
plus indépendant, c'est qu'alors il était encore, dans beaucoup de pays, en position de régner par laiméme, sans le secours du prestige papal.
Autre face, par conséquent, de cette étrange union qu'on nous peint en si poétiques termes. Le concile de Trente ne fut qu^une longue lutte, non pour la liberté de l'Église, mais pour savoir à qui, de l'épiscopat ou de Rome, appartiendrait le droit de l'asservir. La chose passa même en proverbe. € Dépouiller saint Pierre pour vêtir saint Paul, • disait-on.
Les évéques avaient historiquement raison quand ils montraient saint Paul dépouillé d'abord par saint Pierre, c'est-à-dire la papauté usurpant peu à peu presque tous les droits de l'épiscopat. «Le pape, disaient-ils, ne doit avoir dans le diocèse d'un évêque qu'une juridiction extraordinaire^ c'est-àdire ne doit intervenir qu'en des cas exceptionnels et déterminés; or, cette juridiction est devenue ordinaire^ c'est-à-dire que le pape intervient quand il veut et comme il veut, évoquant à lui, s'il le juge bon, toute affaire. » — Le concile leur donna satisfaction sur quelques points; mais la doctrine de la juridiction dite ordinaire f du pape évêque partout, n'en est pas moins restée celle d^ Rome, et nous avons vu Pie IX, tout dernièrement, dans sa fa-
meuse lettre à Tarchevêque de Paris, blâmer vivement ce prélat pour avoir été d'avis contraire.
Mais, si les évêques de Trente avaient historiquement raison quand ils remontaient à huit ou neuf siècles en arrière, — quelques siècles de plus les amenaient, comme la papauté, en face des origines mêmes de TÉglise, et là se présentaient, pour eux comme pour le pape, de bien dangereuses questions.
La papauté a généralement attiré, en même temps que tous les regards, toutes les attaques. L'épiscopat, tel que l'ont fait les siècles catholiques, ne devrait pas beaucoup mieux trouver grâce.
Ce serait aller trop loin que de le considérer, en soi, comme chose mauvaise et condamnable.
Dégagez-le, dans votre esprit, de Todieux dont il s'est souvent chargé par son despotisme, son orgueil; vous arrivez à l'idée toute simple d*un pasteur choisi parmi d'autres pour les surveiller, les diriger, les redresser et les censurer au besoin.
Or^ voilà la seule origine vraie qu'on puisse assigner à Tépiscopat. Dans les écrits des apôtres^ dans tout ce que nous savons des temps apostoliques, nulle inégalité^ nulle différence entre
les Presbyteri et les Episcopi^ les Prêtre^ et les Évéques , les Anciens et les Surveillants , ce qui est le sens des deux mots. La siociété religieuse a pu, comme la société civile, se donner des chefs supérieurs ; mais elle ne saurait faire que ce qui n'était pas de droit divin au coranaence^ient le soit devenu plus tard.
La question^ à Trente, avait un côté fort simple. Beaucoup d'évéques n'auraient pas demandé mieux, passant par-dessus les objections, que de se déclarer évéques de droit divin, et supérieurs, de droit divinj, à leurs piètres. Mais, d'autre part, voter leur droit divin contre les prêtres, c'était le voter contre le pape ; c'était nier l'idée ultramontaine que la papauté seule est de droit divin dans rÉglise,
Jfoa9 ne pouvons savoir combien s'abstinrent pour ménager le pape, combien s*abtinrent parce qu'ils n'osaient pas démentir l'histoire apostolique. Toujours es^il qu'après dix mois ^e tiraillements, de querelles, d'orages parfois terribles, — la question fut abandonnée.
Oui, catholiques, cette haute supériorité que vous reconnaissez à l'évéque sur le prêtre, — le concile de Trente n'est pas arrivé à décider si elle est de droit divin.
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Oui, prêtres, -^ oar probablement besjflceup d'entre yonsi l'ignorent, r- cette autorité que les évêques font peser sqr vous si rud^ment^ eti ^n tout cas, pomme fondée ^qr m ordre expr^si Cle jésus-iCbrist, — le concile 4e Trente n'est pRg arrivé à déci4er si cet ordre çxist^ ou non,
Ouii évéques, les décrets de Trente à la n^^int YQus nous répondrez sans bésitatioui s^nP erreur possible, selon vous, sur une foule dfi cboae^ que
l'homme n'a pu ni voir ni savoir ; iqais non» pou«» vous vous défier de nous dire autlieQtiqu§m@Dt| Côtboliquqment, si c'est de dpit ^Ivn qu'UR éy^» que est supérieur h un prêtre. N'espiyps pa^ d^ répondre en nous dissinii quq cette opinion e^l évidemment celle de) TÉgliseï et que tout, d^ni l'organisation de l'Église, la suppose. Cela, nous le savons bien. Ce que nous affirmons, ce que nous montrons, c'est qu'il ne s'est encore trouvé aucun concile pour décréter dogmatiquement la chose, aucun, disons-nous, car il est clair que, si le concile de Trente l'eût trouvée décrétéei il p'y aurait pas eu lieu à délibérer, Etrange position, étrange rôle que celui de l'épiscopat ipathnlique ! Exercer une autorité pareille, — et ne pas pouvoir, et ne pas oser, même dans une assemblée d'évéques, décréter que c'est de Dieu qu'on la tient !
Voilà les pieds d'aide du colosse romain. La papauté se déclare divine, — et le concile de Trenie, malgré de longs efforts, ne parvient pas, nous Tavons vu plus haut, à asseoir dogmatiquement ce privilège. L'épiscopat agit et parle comme divin, et le concile de Trente, composé de plus de deux cents évêques, ne parvient pas davantage à asseoir dogmatiquement ce droit. Par un bizarre mélange d'audace et de retenue, ils anatbématisent (canon VII) quiconque dira c que les évêques ne sont pas supérieurs aux prêtres » ; mais, pendant dix mois, ils ont tourné autour de ce mot supérieurs pour tâcher d'y accrocher ces mots de droit divin, qui seuls justifieraient l'anatbème, — - et ils n'pnt pas réussi.
Us n'auraient pas réussi davantage à établir dogmatiquement que l'épiscopat seul doit figurer dans les conciles.
La question ne fut pas posée. Dira-t-on que le dogme n'a rien à faire là? On se tromperait; une question dogmatique se mêle inévitablement
à tout ce qui tient aux conciles. Dès que vous m'imposez de considérer l'Église comme organe infaillible de la pensée de Dieu, il faut que vous me disiez aussi, mais positivement, dogmatiquement, par quelles bouches Dieu a décidé qu'il parlerait. La présence des évéques seuls dans les coificiles, c*est un fait fort ancien, sans doute, mais c'est un fait ; je cherche le droit, je demande où et quand il a été défini , et je ne trouve rien. Mais non; je trouve quelque chose. Je trouve, au livre des Actes, chapitre XV, ce que l'Église romaine a appelé le concile de Jérusalem, — et ce concile est composé des apôtres, des anciens et de toute C Église. Je trouve aussi, il est vrai, chez les auteurs catholiques, de merveilleux tours de force pour m'expliquer comme quoi il n'y a rien là qui contredise l'usage romain postérieur ; je trouve ces tours de force préparés déjà dans la Vulgate par certains innocents artifices de traduction, par exemple lorsque le même mot grec est rendu dans un endroit par presbyterij prêtres, et, ailleurs , par seniores, anciens, plus anciens, afin qu'on puisse faire de ces plus anciens des évéques. Mais tout cela ne fait que me montrer mieux à quel point l'affaire est mauvaise, mauvaise pour l'épiscopat, mauvaise aussi, soit dit
en passant, pour le pape, car saint Pierre, à Jéru- Balem, ne dit rien, ne fait rien qui indienne en lui le chef (I0 rÇiglise ni le président de rassemblée, présidence que l'on pourrait beaucoup mieux, d'après Tensenible du récit, attribuer à saint Jacques. Mais, pour ep rester aux évéques, yoilà qui décidément enlève tout fonde(](ient apostolique à leur yieux droit de flgurer seuls dans les conciles.
Ce droit pourrait résulter, à la rigueur, du fait que les évéques fussent les élus de VÉglise, lis le furent d'abord ; ils ont, depuisi fort longtemps, ceçtôé de l'être; clergé ni peuple n'ont, depuis douze siècles, rien à voir dans l'élection de leurs preqiiers pasteurs. Comment donc Tinfaillibité passe-t-elle de rÉglIse à Tépiscopat? Comment les promesses divines que vous supposez faites àFÉglise se trouvent-elles Théritage d'un corps que l'Église n'a point élu, n*a point chargé de la représenter? Où est le nœud? Où est là transmission légale , logique ^ mystique , car elle devrait être tout cela? L'évêque est donné à son diocèse, pour ne pas dire imposé; il n'en émane point, n'eq reçoit spirituellement rien. A quel titre, encore pne (ois, représente-t-il l'Église? Et à ces objections que le plus zélé catholique^
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pour peu qu'il réfléchisse, trouvera aussi bien que nous, ajoutez celles qui résultent de Tineontestable identité de Tévéque et du prêtre à l'origine. Si le concile de Trente évita d'affirmer un droit divin élevant l'évêque au-dessus du prêtre, — n'était-ce pas éviter aussi d'affirmer que l'évêque fut, de droit divin, seul appelé à siéger dans les conciles?
Toutes ces difficultés, il n'y a que le pur ^y^-^ tème ultramontdin qui les résolve. Sur le terrain de l'Écriture sainte et de l'histoire, il les aggrave, s'éloignant à plaisir et le plus possible, dirait-on, de ce qui exista aux premiers siècles ; mais, sur le terrain catholique, rien de plus logique et de plus simple que la solution qu'il vous offre. L*épiscopât, selon lui, nous l'avons vu, n'est d'institution divine que dans le pape; dans les évéques, l'épiscopatest d'institution papale. Dieu n'a créé qu*un évêque, le pape. C'est le pape qui a créé les autres^ c'est de lui, de lui seul, que chacun d'eux a reçu le droit de paître une portion de ce grand troupeau, l'Église, troupeau du pppe seul, puisque c'est à
Pierre seul que Jésus-Christ en a remis la garde. C'est de lui aussi, par conséquent, qu'ils ont reçu le droit de siéger seuls dans les conciles ; c'est par lui que leur est transmis, lorsqu'ils sont réunis, le don de rinfaillibilité,' — et ainsi disparait encore l'autre difficulté dont nous parlions, celle de concilier les deux infaillibilités. Il n'y en a plus deux, mais une seule, source de l'autre.
Tout cela fut développé à Trente, avec une grande franchise , par le général des jésuites , Lainez. Comme nous ne saurions douter que sa doctrine ne fût celle du pape, et que cette doctrine, à Rome, ne soit restée immuablement la même, laissons-lui quelques moments la parole. On le croira peut-être mieux que nous, et l'actualité, on va le voir, est complète.
Il posa d'abord en principe que toute comparaison entre l'Église et les sociétés civiles est nécessairement inexacte. Les sociétés civiles, dit-il, ont en elles-mêmes la source de tous les pouvoirs par lesquels elles se constituent et se soutiennent ; l'Église, au contraire, ne s'est ni faite ni constituée elle-même; c'est Jésus-Christ, son souverain monarque, qui a commencé par poser les lois, et s'est mis ensuite à former le corps que ces lois devaient régir. L'Église est donc née postérieurement
aux lois en vertu desquelles elle est ce qu'elle est ; essentiellemeût sujette, elle n'a en elle-même et par elle-même aucune espèce de liberté, de juridiction ni de puissance. N'est-elle pas constamment représentée, dans l'Écriture, sous Timage d'un champ ensemencé, d'un filet jeté à la mer, d'un édifice ? Un champ ne s'ensemence pas lui-même, un filet ne va pas tout seul à la mer, un édifice n'a et ne peut avoir aucune influence sur sa propre construction. Or, le premier et unique fondement sur lequel l'Église a été bâtie, c'est saint Pierre. C'est à lui qu'ont été données les clefs du royaume des cieux; c'est à lui seul qu'il a été dit : « Pais mes brebis, » et nul ne prétendra que des brebis aient quelque chose à voir dans la conduite du troupeau. Lorsque Jésus-Christ était sur la terre, il est clair qu'aucun des fidèles n'avait la moindre puissance ni la moindre juridiction. Le pape tenant sa place, rien n'est changé, rien ne peut être changé à cet ordre primitif; c'est donc dans le pape que réside toute puissance et toute juridiction. De plus, comme c'est à Pierre seul que Jésus-Christ a dit qu'il venait de prier pour lui c afin que sa foi ne défaillit point », — il h*y a et il ne peut y avoir d'infaillible que le pape.
Cela posé, toujours selon Lainez, à Pierre seul
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appartenait le droit d'ordonner évêques ses collègues, L'a-t-il fait? C'est une opinion fortprçbahle; sinon, il faut dire que Jésus-Christ, pour qne fois seulement, a fait ce que devait faire son vicaire. Les évéques ne succèdent donc aux apôtres qu*en ce sens qu'ils sont en leur place; les apôtres ont été simplement leurs prédécesseurs, et, n'ayant rien en propre, n*ont rien pu leur transmettre. Il est de droit divin qu'il y ait des évéquea dans l'Église; mais chaque évêque, individue lemept, reçoit tout du pape, n'existe que par le pape.
Quant à la question de l'autorité des conciles. Laines n'avait eu qu'à poursuivre^ et elle s'était trouvée résolue. Ce que d'autres avaient dit comme une grave objection, savoir que, d'après son système, une assemblée d'évéques ne serait rien si ce n'est par le pape, — il s'en emparait, lui^ comme d'une conséquence aussi légitime qu'aucune autre, et ses raisons sur ce point sont bonnes à conserver contre ceux qui nous abandonnent l'infaillibilité du pape, mais se rabattent sur celle des conciles. «L Chaque évéque est faillible, disait-il ; une as-* semblée d'évéques est donc faillible aussi» Si donc vous admettez ses décisions comme infaillibles^ vous admettez, par là même, que cette infaillibilité lui vient d'ailleurs. N'avons-nous pas vu, sous
Paul I|I, les questions les plus graves décidées ici, a Trente, par un tout petit nombre d' évoques? Si leurs décrets sont devenus lois de rÉglise, lois de Dieu, c'est qu'ils sont devenus décrets du papu. Si saint Paul a dit que l'Église est la colonne et le fondement de la vérité, cela ne veut point dire qu'elle le soit par elle-oméme, sans son chef, car, sans son chef, elle n'existe pas. Dans un qonçile, quelque nombreux qu'il soit, si le pape est présent,| c'est le pape seul qui prononcoi témoin la formule Approbante concilia ou Prwente concilio^ usitée er^ ce cas, d'après laquelle il est clair que le rôle des éyéques est une simple déclaration d'adhésion, déclaration qu'ils ne pourraient refuser ni individuel-* lement,puisque chacun d'eux est incontestablement soumis au pape, ni comme concile, puisque, réparé alors du pape, le concile n'existerait plus, »
Devant un tel défilé de sophismes, on se sent comme devant les prodiges d'un prestidigitateur. Mais nous, du moins, Téblouissementpassé, uousdiscutons; nous coupons court à toutes les conséquences en brisant le premier chaînon, ce saint Pierre fabriqué pour les besoins de la cause, investi ])ar les papes de tout ce que la papauté veut pouvoir hériter de lui. Mais un catholique, un évéque, que peut*il faire ? Ce fabuleux saint Pierre, il
en «1 besoin, lui aussi, pour être quelque chose. SU le brise, que reste-t-il ? S'il essaye de ne le briser qu'à demi, où s'arrêter? Les siècles ont fait leur œuvre ; tout se tient, et, si vous ébranlez quoi que ce soit, tout s'écroule. L'ultramontanisnne est l'anéantissement des conciles; le gallicanisme et tout ce qui en approche est l'anéantissement du pape. Mais, comme le gallicanisme, en définitive, ne peut se passer du pape, tandis que l'ultramontanisme se passe très-bien des conciles, — toute explication entre catholiques est inévitablement au profit des ultramontains.
Le concile de Trente fut une de ces explications; le concile de 1869 en sera une, ou, plutôt, n'en sera pas une, mais parce qu'elle a eu lieu d'avance. Elle a eu lieu par le simple cours des choses. Les principes sont arrivés à leur maturité, maturité tardive sur certains points, hâtive sur certains autres, hâtée et comme précipitée, ces derniers temps, par toute sorte de causes. Les livres de M. DeMaistre n'en furent que le prélude, prélude brutal qui eut plutôt pour effet de retarder l'action des éléments mis en jeu. La papauté ne fut pas non plus toujours heureuse quand elle jugea bon d,1ntervenir directement ; chaque fois qu'elle a dit un peu franchement sa pensée, un arrêt s'est fait dans le mouve-
ment qui poussait i'Égfise à ses pieds. Mais les principes sont toujours plus forts que les hommes, et, les événements aidant, nous avons vu la question faire en quelques années plus de chemin qu'elle n'en avait fait depuis 1563. Toutes les déductions de Lainez sont adoptées, et le concile qui va s'ouvrir n'a plus qu*à les enregistrer.