‹ Pape et Concile au XIXe siècleChapitre 28 sur 28 · DERNIER COUP D'OEIL · texte numérisé non relu

DERNIER COUP D'OEIL

I. La papauté nous armant elle-même du droit de Tinlerroger. — À quoi elle était condamnée par son existence même. — Nécessité d'organiser l'Eglise en monarchie, — le clergé en armée, — et de multiplier les barrières entre le clergé et le peuple. — Les sacrements. — L'excommunication.

II. Avec la papauté, les redressements sont impossibles. — L'infaillibilité. — Le pape en est le premier esclave. — Est-ce une excuse? — Les papes toujours poussant à toutes les rigueurs que réclamait le système.

III. Dieu jugera; Dieu a jugé. — Pie IX. — Nul droit, comme pape, à des ménagements. — Il a accepté tout Thérilage, et l'a déplorablement enrichi. — Unité, mais dans l'erreur. — Unité, mais sous le joug.

IV. Mon règne n^est pas de ce monde. — Prophétie. — Mais l'accomplissement peut tarder encore longtemps. — Racines profondes de la papauté dans les cœurs, même incrédules. •— Les cadavres qui se promènent. — Quelques vivants, mais on les tue, -— Ce qu'on pensera, un jour, de ce qtfô nous voyons.

La papauté s'était donné la charge de conserver le christianisme, et elle affirme, plus hardiment que jamais, l'avoir remplie; nous avons donc le

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droit de la juger sur cette responsabilité si hautement assumée, et de lui demander, sur chaque point, ce qu'elle a fait de cette religion sainte dont l'existence, nous dit-elle, était liée à la sienne. Nous ne permettrons pas qu'on nous échappe en disant, comme on Ta tant fait de nos jours, qu il a été bon, au moyen âge, que le christianisme eût ijd centre visible, attendu qu'il aurait bien pu disparaître au milieu des ténèbres et des bouleversements de cette époque. Si le christianisme a failli périr au moyen âge, c'est qu'il n'avait presque plus rien de sa divinité; et qui la lui avait plus ôtée que les papes? Qui l'avait plus mêlé d'éléments humains et périssables? Us ont gardé le trésor, soit car nous ne prétendons point qu'ils n'afent rendu aucun service; mais, ce trésor, ils en avaient fait le leur, et, pour en faire le leur, que n'avaient-ils pas sacrifié de ce qui s'opposait à cette confiscation ! que n'avaient-ils pas ajouté de ce qui pouvait la rendre possible! Ainsi, toutes les altérations que la papauté a ordonnées, ou permises, ou rendues nécessaires, nous ne sommes que justes quand nous l'en faisons responsable.

Nous pouvons donc, avant tout, lui demander raison de son existence même, altération déjà, et considérable, et profonde, de la constitution primi-

tive de rÉs;lise. — Nous Tavons fait: n'y revenons pas.

Mais elle était condamnée, par son existence même, à modifier ou à détruire tout ce qui eût été en désaccord avec ce grand changement. Son histoire, durant des siècles, n*est que celle de ce travail incessant, non pas pour se mettre d'accord avec le christianisme, car elle ne l'aurait pu qu'en abdiquant, mais pour le façonner selon ses besoins et ses vues. Organisation, discipline, dogmes, tout va se mouler là-dessus.

Ainsi, en premier lieu, puisque l'Église va avoir un roi ou Ta déjà, elle sera, il le faut, une monarchie, une monarchie absolue, car cette royauté n'est pas de celles qui peuvent avoir à leurs côtés des institutions libres. L*évcque de Rome va être, non pas le chef, mais le maître et comme le propriétaire de rÉglise. Il commencera par l'être en fait, et ses docteurs, après, démontreront qu'il Test en droit.

Mais il lui faut, à ce roi, une armée, et le clergé sera cette armée. Il le sera par son organisation et son esprit; il le sera par la séparation profonde que le célibat aura mise entre lui et le peuple, car toutes les raisons que peut avoir un conquérant pour vouloir des soldats qui soient à lui, tout à lui,, le pape les aura pour que le clergé soit à lui.

Que le célibat doive être, durant des siècles^ la source des plus honteux désordres, peu lui imporle. Il veut la fin; il voudra, comme toujours, les moyens.

11 les voudra également dans ce qui regarde le culte,' et, là aussi, son premier soin sera d'élever des barrières entre le peuple et le clergé. Le Maître a dit : « Buvez-en tous, i — et le pape décrétera que le vin de la Cène est pour les prêtres. L'Écriture a dit de parler au peuple dans une langue qu il comprenne, •-— et le pape décrétera l'emploi d'une langue morte, inconnue au grand nombre. L'Écriture se donne elle-même à tous, — et le pape décrétera qu'elle n'est donnée qu'aux prêtres. L'Écriture a dit que le sacrifice du Christ est unique et parfait, — et le pape décrétera que ce sacrifice unique se renouvelle tous les jours. Ne faut-il pas que le clergé devienne un corps de sacrificateurs? Ne faut-il pas que son chef, héritier déjà de saint Pierre, le soit aussi du grand sacrificateur des Juifs? Heureux encore s'il n'eût jamais emprunté qu'à l'ancienne loi ce qu'il ajoutait à la nouvelle ! Mais il s'inquiétait peu de ne puiser qu'à une source pure, et, dans cette Rome encore pleine de souvenirs païens, il semblait ne travailler qu'à lui rendre tout ce qu elle avait perdu en arborant la croix. Usages, cérémo«-

nies, fêtes, costumes, tout ce qu'on put adopter, on Tadopta, tout, jusqu'à la pluralité des dieux, car nous avons vu ce qu'il y a de sophisme à soutenir que les saints ne sont pas des dieux pour le peuple. Mais la hiérarchie et le culte, ce n'est pas encore assez; il faut d'autres liens, et des liens qui aillent enlacer l'homme dans toutes les circonstances de sa vie, dans tous les besoins de son àme. Voici des sacrements nombreux, et Rome les dira indispensables, tellement que l'homme ne puisse plus ni aller à Dieu, ni rien recevoir de Dieu, ni prier, ni croire, ni appartenir à l'Église, ni vivre, ni mourir, sans l'intervention du prêtre. Voici, en particulier, la confession, avec ses exigences tyranniques, ses pardons mensongers, ses sécurités fatales, et c'est encore le pape qui revendiquera l'honneur d'être le centre du système, la source des absolutions. A lui le droit de pardonner les grands crimes ; à lui le droit d'exploiter cette grande et féconde invention du purgatoire; à lui le droit do faire couler à travers l'Église ce fleuve frauduleux des indulgences, où les peuples boiront, avec l'oubli des lois chrétiennes, l'oubli des plus simples lois de la morale ; à lui le droit d'ouvrir le ciel aux mauvais; à lui le droit de le fermer, même aux bons, car il faut bien que l'excommunication papale, à moins d*étre un

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vain bruit, soit réputée envoyer en enfer quiconque en aura été frappé. Mais ce même pouvoir longtemps terrible, qu'on nous cite un seul cas où les paires en aient usé pour condamner une erreur qui leur fut utile, pour arrêter la marche d'une idée qu'ils eussent intérêt à laisser se développer. Partout où un germe apparaît dont elle peut attendre quelque fruit, voilà la papauté qui le prend sous sa protection, qui le cultive, qui le soigne, et qui l'arrose, au besoin, avec des torrents de sang.

Après avoir poussé à toutes les déviations, elle a rendu les redressements impossibles; autre effet nécessaire de son action , de son existence même.

Que rinfaillibilité soit regardée comme appartenant au chef on comme appartenant au corps entier, peu importe ici ; le pape en est le représentant permanent, l'organe, l'incarnation. C'est par lui que le dogme de rinfaillibilité marque d'un sceau ineffaçable tout ce quia été une fois décidé ou ordonné ; c'est lui qui a la garde de ce vaste ensemble doctrinal et disciplinaire dont on

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ne peut rien abandonner sans tout abandonner, puisque ce serait avouer qu'on s*est tronipé, et renoncer à rinfaillibilité même. Sans lui, cette heureuse inconséquence serait encore possible; avec lui, elle ne l'est pas, elle le devient de moins en moins. Bien des choses flottaient il y a dix ans, il y a quatre ans, que le Syllabus a fixées, que le concile fixera nécessairement pour jamais. Lien du grand faisceau, chef et sentinelle à la fois, il faut que le pape ait Tœil ouvert sur les plus petites concessions, car toutes seraient graves, toutes emporte* raient le système, et lui avec ; il faut qu'il arrête eC condamne toute pensée de retour au christianisme évangélique ; il faut que tout ce qui a été sacré soit éternellement sacré. Mais il n'aura pas même, avec ses prêtres, à user souvent de son pouvoir. Ils sont trop sous éa main, trop enlacés eux-mêmes dans l'ensemble, trop intéressés à plaire au chef, trop convaincus que sa cause est la leur, et qu'il n'est, en définitive, que le premier esclave du système.

Verrons-nous, dans ce dernier fait, une excuse? L'esclavage des papes plaidera-t-il pour eux?

Nous aurions tort de n'en tenir aucun compte; mais ce qui est certain, c'est qu'ils se sont montrés peu désireux de mériter cette indulgence. A peine en est-il deux ou trois qui aient paiHi, dans

quelques rares cas , affligés ou effrayés de leur rôle. D'autres en ont-ils gémi en secret? Nous l'ignorons ; mais tous, à ces deux ou trois exceptions p^cs, tous Tont accepté, tous Font rempli sans aucune trace de regret. Tous ils ont apporté leur pierre, grande ou petite, à l'édifice; tous ils l'ont déclaré bâti de la main de Dieu; tous ils ont eu des anatbèmes pour quiconque osait ou oserait l'ébranler; tous, après l'anathème, ils ont voulu les cruautés. Ah! c'est ici surtout qu'apparaît l'unité papale! La persécution, grâce à eux, est devenue dans l'Église chrétienne ce qu'elle n'avait jamais été chez les païens, un système établi, un état normal etpermnnent. Je ne parle pas seulement de l'Inquisition proprement dite, cette « fille des papes )>, comme disait Paul IV avec orgueil. L'Inquisition n'a pas régné partout; mais partout les papes ont f;ùt des efforts surhumains pour l'établir. Ils ont souri à tous les holocaustes que leur offraient les souverains; ils se sont lamentés à tout essai de tolérance; ils ont sollicité, à chaque époque, tout ce que permettaient les mœurs du temps pour l'écrasement des hérétiques, et, aussi longemps que les guerres, que les tortures, que les bûchers ont pu être invoqués, — guerres, bûchers, tortures, rien ne leur a paru trop rigoureux contre

qui osait parler d'avoir pour maître Jésus-Christ et non pas son vicaire. Étonnez-vous, après cela, que le sang des martyrs criât surtout contre la papauté! Étonnez-vous que des imaginations échauffées par les douleurs da Texil, la fièvre des tortures ou la longue agonie des cachots, aient ramassé contre elle tout ce que la Bible offrait de prophéties effrayantes et de sombres malédictions !

Nous, nous ne voulons pas maudire. Dieu jugera; Dieu a jugé. Us sont arrivés devant lui, tous ces hommes qui s'étaient dits ses représentants sur la terre- ils ont trouvé, au pied du tribunal les âmes qu'ils avaient égarées et les martyrs qu'ils avaient faits. Heureux ceux qui ont pu dire au moins : <t Nous nous étions trompés ! Nous avons cru faire Tœuvre de Dieu ! » En est-il beaucoup qui aient pu le dire?... Encore une fois, Dieu a jugé; taisons-nous. Mais il y en a un, pourtant, que . Dieu n'a pas jugé encore, et nous avons le droit de lui demander, à celui-là, s'il se souvient assez, s'il se souvient même quelquefois, au milieu des adu-

lalions et des adorations dont on l'entoure, que Dieu le jugera. En vain nous dirait-on que ce n'est ni un Bonifaee VIII, aujourd'hui, qui règne à Rome, ni un Grégoire VII, ni un Jean XXIII, ni un xVlexandre VI ; en vain nous rappellerait-on ce qu'ila fait comme prince — ce qu'il n'a pas su faire, devrions-nous dire plutôt — pour le bonheur temporel de ses sujets. S'il s*est montré parfois un ami du bien, tant mieux; mais il n'en est pas moins le pape^ et c'est la papauté que nous combattons ici comme illégitime en droit, comme funeste en fait. Et quel droit aurait-il, d'ailleurs, comme pape, à nos ménagements ? Quelle portion de l'héritage at-il répudiée ? Quelle parole est sortie de sa bouche qui ne fut pour glorifier le passé et pour enchaîner l'avenir ? Tout le pouvoir que lui rendait l'ambitieux réveil de son Église, il Ta employé à la pousser dans de nouveaux oublis de TÉvangile ; tous lessophismes dont elle a eu besoin pour se maintenir devant le siècle, il les a sanctionnés du haut de sa chaire infaillible. C'est lui qui a donné l'exemple de cette politique à double face que nous voyons ^ prêchant le même jour, dans un même pays, s'il faut, et la liberté et l'intolérance, selon que ses amis ont besoin de l'une ou de l'autre, selon que le catholicisme est le maître ou ne l'est pas. C'est lui

qui a repris hautement le patronage de ces moyens d'action que quelques papes avaient plutôt négligés, superstitions anciennes, superstitions nouvejles. Il a, nous l'avons dit, il a mis sur les autels plus de saints qu'on n*en avait fait depuis longtemps ; il a donné au culte de la Vierge un développement immense; il a laissé d'année en année plus dans l'ombre et le Christ et le salut par le Christ ; il a redonné le signal des attaques contre la Bible, cette c lecture empoisonnée », a?-t-il dit, des calomnies contre ceux qui la répandent, ces € ennemis de la société humaine », des anathèmes, enfin, contre qui osera ne vouloir qu'elle pour règle de sa foi. Ceci, c'était inévitable. Vous avez quitté TÉvangile; il faut que vous arriviez, fut-ce malgré vous, à le^ renier. Il faut qu'un pas hors de la route vous force d'en faire un autre, puis un autre; il faut que vous augmentiez, et tous les jours^ le fardeau déjà écrasant que vos prédécesseurs vous ont mis sur les épaules ; il faut que vous en veniez à anathématiser, non pas des hommes seulement, mais le Livre de Dieu, non pas des opinions seulement, mais la conscience et la pensée; il faut que vous trembliez à tout progrès de l'intelligence humaine, à toute émancipation du coeur, à (oulc aspiration vers un idéal plus

élevé que votre échafaudage de pratiques ; il faat — ce sont vos docteurs qui l'ont dit comme leur idéal à eux — il faut que vous arriviez à régner sur des cadavres. Oui, vous êtes la clef de voûte, mais la clef de voûte d'un tombeau.

Tous les raisonnements qu'on pourra faire sur la nécessité d'un chef suprême pour conserver la foi et pour maintenir Tunité, ce n'est pas nous qui les réfutons, c'est l'histoire, c'est la papauté elle-même, pour peu qu'on ose voir ce qu'elle a été, ce qu'elle est, ce (fu' elle sera nécessairement jusqu'au bout. Quand Tunité romaine ne serait pas l'unité dans l'erreur, pourrait-on la vouloir au prix de ce qu'elle a coulé, de ce qu'elle coûte? Ce qui n'a pu s'établir qu'avec tant de fraudes et de sang, ce qui n'a pu durer que par la force ou par la ruse, ce qui ne se maintient, aujourd'hui même, que par des compromis sans fin ou par Tétouffement de toutes les libertés, ce qui a peur également de la parole de l'homme et de la parole de Dieu, — ce serait là ce que Dieu a voulu pour son Église ! Ce serait là ce que le Christ a annoncé en disant : Mon règne n'est pas de ce monde !

Cette parole ne peut pas ne pas être une prophétie; un jour, elle se lira sur les débris de la papauté renversée. Mais nous ne sommes pourtant pas de ceux qui se figurent la papauté tombant demain, le catholicisme après-demain. Nous ne lui fournirons pas le facile triomphe de venir nous dire : « Je vis; où sont vos pronostics î » Nous savons trop ce que le système tout entier a encore de racines dans les replis du cœur humain, et nous n'avons que trop vu, de nos jours, comment il les y enfonçait. De plus en plus, c'est la religion facile ; déplus en plus, par les progrès du culte de la Vierge, c'est la religiosité succédant à la religion, reffaceniient de tout ce qui déplaisait, dans l'Évangile, au cœur humain. Comme autorité, c'est le plus large oreiller de paresse offert à quiconque est bien aise de trouver sa foi toute faite et son salut tout fait; comme parti, c'est la plus vaste et la plus serrée des coteries, offrant à Tesprit de parti, dans tous les rangs, sous toutes les formes, une inépuisable pâture; comme

gouvernement , c'est un champ ouvert à toutes les ambitions, et leur offrant à la fois toutes les séductions des régimes les plus divers. Monarchie absolue, voici une cour, voici un prince disposant de faveurs sans nombre; féodalité, voici unefoule de petites cours, de petits princes, maîtres aussi d'élever, d'enrichir; république^ voici un état de choses ou tous peuvent arriver à tout. Amour, crainte, con&ance, défiance^ tout concourt à consolider l'unité; prêtres^ laïques, hommes, femmes, grands et petits, gouvernements et peuples, le catholicisme papal les tient tous par les Qbres les plus intimes de ce vieux cœur qu'il se garde bien de changer. Il les tient croyants; il les tient encore incrédules, car, le lien delà foi brisé, il en reste, sous ce régime, cent autres. Oh! non, la papauté ne tombera pas de si tôt, et, fut-elle chassée de Rome, elle a encore pour longtemps à faire des Syllabus, à convoquer même des conciles^ s'il lui plait de jouer encore à ce jeu. Ce sont de ces agonies qui peuvent durer des siècles.

Mais que nous importe, en somme, et le moment et l'heure? Dieu règne, et l'usurpation cessera . N'estce pas déjà un châtiment que de pouvoir ainsi aller encore, et longtemps, quand c'est à condition d'affirmer toujours davantage ses erreurs, ses étran-

ge(éS) ses misères ? N'est-ce pas une mort déjà que cette vie ? Il y a quelquefois des cadavres qui se promènent* Dante vous le dira. Il avait vu chez les mortSy disait-il, des gens qu'on voyait encore sur la terre, qu'on croyait vivants, qui croyaient l'être. Effrayante image de ces vies qui ne sont plus la vie, parce qu'elles ont cessé d'être ce que Dieu voulut en les créant ! Dieu, pourtant, a été patient. Longtemps il a permis qu'une vie chrétienne véritable circulât encore à côté de tant d'erreurs et de corruptions. Mais, ce levain céleste, Dieu s'est lassé de le mêler à la pâte qui ne voulait pas s'en emparer ; il vous abandonne aujourd'hui à l'entraînement impitoyable de vos principes et de vos traditions. Notre siècle a vu les derniers de ces chrétiens encore bons catholiques. Embarrassés, dépaysés dans cette Église de plus en plus ultramon»taine et papale, ils n'aspiraient cependant encore qu'à mettre à son service leur zèle, leurs lumières, leur foi, leur influence; ils demandaient seulement que la vieille barque de saint Pierre tendit ses voiles un peu moins'du côté des passions humaines, un peu plus du côté de l'esprit de Dieu, — et, pour toute réponse, on les a jetés par-dessus bord.

Un temps viendra, croyez-le, où votre Église rougira d'avoir oublié à ce point, aux pieds d'un

homme, sa dignité de grande Eglise et l'honneur du chef invisible. Un temps viendra où cette page de l'histoire du monde, si bruyamment et si triomphalement écrite par les ardents soldats qui se croient arrivés, avec leur chef, à la domination universelle, ne sera plus, pour le chrétien comme pour le philosophe, qu'un triste et curieux sujet d'étude. Le concile qui va s'ouvrir ne pourra qu'y ajouterquelqueslignes, curieuses aussi, tristes aussi. La logique a ses lois ; la Providence a ses décrets. La logique, la vôtre, vous pousse en avant, toujours en avant; Dieu choisit l'heure où elle sera brisée, et où sa logique à lui, celle de la vérité, reprendra possession du monde.

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