CHAPITRE SIXIEME
AU PIED DU Ml'R
1. Oui ou non? —Réponses tantôt inflexibles, tantôt souples. — Flatteries à la France. — M. Nicolas: M. De Maistre. — Ce qu'il y a souvent au fond de ces flatteries.— Lacordaire.—La Ligue et 89. — La guerre. — Avec d'autres nations, autres poids, autres mesures. — L'Angleterre. — Gomment on prouve a la France qu'elle n'a jamais pu cesser d'ôtre catholique.
II. Oui ou non f — Encore des biais. — M. Donoso Certes et Ja liberté divine. — Double sophisme. ~ Un sermon de M. de Ravignan. — Première partie : Examinez. — Sf^conde partie : Soumettez-vous. — Mais Rome n'ac^corde pas plus Texamen préliminaire que Toxamen définitif.
III. En somme, jeu de mots. — Liberté, mais uniquement pour pouvoir renoncer à être libre. — Nombreuses variations
sur ce thème. — Système Gerbet : Avec le libre examen, je n'ose pas examiner ; sous l'autorité, je l'ose. — Système Newman : Sous l'autorité, je suis sûr de posséder ia vérité ; je ne puis' donc pas logiquement demander le droit d'errer. lV.Cequedisent,aufond,toutes ces subtilités. —Ce qu'elles disent chez Gerbet, chez Newman. —Ce qu'elles deviennent chez Capes.— Son système : Nulle servitude à croire sur l'autorité d'un juge compétent. — Sophisme encore, et rapprochements faux.
V. L'Exégèse est-elle possible à Rome? — Mœhler dit oui; ce qu'il ajoute dit non. — Vaste champ, selon lui, toujours ouvert.
VI. Ce que le concile de Trente a fait de ce vaste champ. — La Vulgate. — Origines. —Le concile la déclare infaillible, et en môme temps promet de la corriger. — Comment on l'a corrigée. — Ce qu'elle vaut. — Défense d'y rien changei . — Défense donc, en fait, de l'étudier.
Toutes ces habiletés ont eu beau se donner car-
rière sur le terrain politique et social, attribuant
au catholicisme lui-même tout ce que les temps modernes avaient eu, au contraire, ù conquérir sur le catholicisme ; il a bien fallu en venir, de temps en temps, à la question qu'on eut désiré laiâser dans Tombre. Le principe romain est-il, oui ou non, compatible avec la liberté de la pensée et de la foi? t^out-on, oui ou non, être catholique, et ne pas abdiquer entre les mains de Tautorité visible chargée d'enseigner la foij de régler souverainement la discipline?
En d'autres temps, on aurait nettement répondu non, et, même de nos jours, quand il s'agit de poser le principe, d'affronter les contradicteurs, on répond non. Wiseman, par exemple, dans sa première Conférence» compare le catholicisme à une ville où conduiraient beaucoup de chemins, mais qui n'aurait qu'une porte. « On peut, dit-il, faire le tour de ses murailles, admirer de loin la beauté de ses édifices et retendue de ses remparts; mais on ne peut obtenir droit de cité qu'en entrant par cette porte, unique et inévitable, d'une soumission absolue, sans réserve, à l'autorité et aux enseignements de TÉglise. » Et dans sa troisième Conférence : « Du moment qu'un catholique révoque en doute, je ne dis pas le principe de sa foi, mais une seule des doctrines appuyées sur celte
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base, du moment qu il hésite î'i croire à un des. dogmes qu^ l'Église a été chargée de lui enseigner, — dès ce moment, TÉglise le regarde comme ayant virtuellement rompu tout lien avec elle. »
Quel contraste, dès lors, entre toutes les déclarations de ce gent^e, seules officielles, seules vraies, et l'empressement avec lequel on donne le nom de catholiques à des individus ou à des peuples qui, sur ce pied-là, en sont radicalement indignes !
Voyez, en particulier, la France. Mandements, joul*nâui, sermons, livres, tout est d'accord, dans lé camp catholique, pour la représenter attachée au catholicisme par d'indestructibles liens. Il est vrai qu'on dira, en d'autres moments, tout le contraire, noircissant à plaisir ce tableau d'abord si radieux. La France est depuis cent ans Voltairienne, et, depuis trente ans, hégélienne. Qu*y a-t-il d'étonnant qu'elle soit impie et sacrilège?... La France est impie, non qli*elle soit catholique, mais parce qu'elle n'est pas catholique. » Ainsi a dit M. Nicolas, mais satis renoncer plus qu'un autre à représenter cette même France, voltairienne, hégélienne, et, qui pis est, protestante, comme catholique, très-catholique, et marchant à In tête des nations catholiques ; même les nations protestantes, c'est la France, vous dira-t-il, qui les retient « sur la
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pente du matérialisme, ou elles descendent de plus en plus >• Si elle est parfois plus agitée, plus tourmentée que tout autre pays, c'est qu'elle est c comme ce mont sacré où, sous Tobscurité des nuées et à travers les détonations de la foudre, Dieu faisait entendre ses commandements à la terre. La France est le Sinaï de la Providence ». Voilà qui n'est pas bien respectueux envers Rome; mais Rome a trop besoin de la France pour réclamer. M. De Maistre Ta dit : « La religion (le catholicisme) a besoin de la France. » Et il ajoutait : « Il y a chez les Français je ne sais quel élément théocratie que et religieux qui se retrouve toujours. Le Français a besoin de religion plus que tout autre homme. > — Le Français^ au contraire, s'en passe malheureusement mieux que personne^ et M. De Haistre le sait bien ; mais il lui convient^ en cet endroit, de ne pas le savoir^ et^ de par lui, le Français sera religieux, très-religieux, catholique, très-catholique.
Au fond, dans ces déclamations, il n'y a pas seulement le besoin de persuader à la France qu'elle est la Fille ainée de l'Église; il y a aussi, surtout chez le prêtre, le besoin d'écarter l'idée qu'il ne soit pas, lui, un Français, un bon Français. Il sait bien qu'on le suspecte, et pour cause,
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d'avoir ailleurs sa patrie, ailleurs ses affections, ou, (lu moins, de n'être Français qu'en second lieu, et Ronnain en premier. De là, dans les compliments à la France, ce patriotisme toujours un peu boursouflé, ce mélange bizarre et parfois assez sacrilège — c'est un catholique qui l'a dit — d'évocations terrestres, célestes, politiques, religieuses, guerrières, mystiques, t Glorifiez-vous, s'écriait un jour Lacordaire dans la chaire de Notre-Dame, glorifiez-vous d'être baptisés, et surtoui d'être baptisés Français. » Or, c'était son premier sermon en robe de dominicain, en pleine livrée ultramontaine. Ce sermon, sur la nationalité française, allait être comme le type des prédications et des écrits de ce genre. Vous y verrez, par exemple, une apologie de la Ligue, mais basée sur un principe du dix-huitième siècle, et sur un de ceux, encore, que la Révolution u le plus entourés d'horreurs. • La glorieuse et sainte Ligue, dit-il, dont on comprendra la grandeurohaquejourdavan* tage, parce que, quand on sauve la nationalités un peuple^ toutes les fautes se perdent dans la gloire.^ C*est, mot à mot, ce que disent les avocats des terroristes. Et la guerre 1 Quels tableaux ! Quelles excitations! Quel peu de soin, dans cette littérature catholico-françaîse, à faire même les réserves que
t^i PAPE Et CONCILE
In plus simple humanité dicte à d'autres auteurs ! On exploite le vieux mot : Gesia Dei per Francos, On associe les prétendues destinées catholiques de la France à ses destinées militaires, et, comme toujours, la fin sanctifiant les moyens, ceux qui devraient être les hommes de la charité, de la paix, divinisent sans scrupule les instincts guerriers de la nation.
Rfais, avec les autres nations, autres poids, autres mesures, dut-on se contredire de la plus élt*ange manière. On veut que le catholicisme ait été la religion nationale de la France ; on adjure la France, Siu nom de tout son passé, de chercher sa force et sa gloire dans ce saint nationalisme, — et, quand on est forcé de reconnaître au protestantisme, en Angleterre, tous les traits d'une religion nationale véritable, profondément enracinée dans les esprits, dans les cœurs, dans les mœurs, — qu'estce donc, demande-t-on avec un grand dédain, qu'une religion nationale? Ce n'est plus de la religion, mais de la politique; l'Anglais n'est pas chrétien, mais citoyen. — Ainsi, cette unité du croyant et du citoyen, qu'on proclame et qu'on admire en France, ou elle n'est pas, on la trouve mauvaise en Angleterre, où elle est; et, quand M. de Montalembert, quand le père Hyacinthe, ose-
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ront parfois être justes envers le peuple anglais, il y aura, dans tout le camp catholique, stupéfaction, indignation.
On tient aussi beaucoup à démontrer que la France, au seizième siècle, était trop catholique pour que jamais elle ait été en danger de ne plus l'être; autre tactique pour lui persuader qu elle Test, qu'elle le sera.
11 est vrai qu'on s'oublie parfois. « Nul doute, dira M. Laurentie dans sa Justice au dix^neuvième siècle^ que les opinions nouvelles ne se fussent établies en France, si, à défaut deTautorité religieuse, qui ne leur opposait pas toujours une résistance suffisante, Tautorité civile, suppléant à la faiblesse des consciences, n'eût servi la foi de nos pères par des rigueurs que je ne crains pas d'appeler salutaires. » Voilà qui est franc. Sans les rigueurs, le protestantisme triomphait.
Mais, généralement, on dit le contraire. On parle des protestants comme n'ayant jamais été, .Jamais pu être, en France, qu'une minorité imperceptible : Lamennais ira jusqu'à dire que Tidée de lire la Bible, de la faire lire à tout le monde, ne pouvait évidemment pas venir aux Français, vu « cette raison parfhile, ce sentiment exquis des convenances religieuses et sociales, qui était le
trait le plus marqué de leur caractère national >. Ainsi, on trompe la France sur son passé comme sur son présent. On lui dit qu'elle n'apa^ pu cesser d'être catholique, — et non-seulement elle Taurait pu, mais jamais elle n'a été catholique comme l'entendaient les papes ; on lui jure qu'elle Test jusque dans ses entrailles, — et c'est pour l'empêcher de s'apercevoir qu'elle ne l'est pas.
Mais il a bien fallu finir par chercher tout de bon une conciliation philosophique et psychologique entre les deux termes de la question, — autorité, liberté.
Vous aurez eu beau éclaircir — ou obscurcir — la question historique, beau effacer de votre mieux les larges traces de sang que le système de l'autorité a laissées, beau dissimuler habilement ce qu'il était et ce qu'il produisait, hier encore, partout où régnait l'Église; des que la question sortira des généralités, dès que le lecteur ou l'auditeur, jusque-là bénévole, demandera ou se demandera à quoi le système aboutit, — la question redeviendra
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forcément ce que nous dision;^ plus haut : « Le syslème catholique me laisse-t-il, oui ou non, ma liberté? Qu'il doive ou ne doive pas se traduire, contre moi, on compression et en persécution, laisse-t-il, oui ou non, à ma raison et à ma conscience, les droits dont je ne veux ni ne puis me dessaisir? »
Voilà la question à laquelle on a prétendu répondre. Disons-le d*emblée, les sophismes que nous avons rencontrés sur le terrain de Thistoiro étaient peu de chose encore au prix de ceux que nous trouvons ici.
Tantôt, après avoir paru accepter la discussion sur le terrain pratique, on la reporte dans les régions nuageuses. Voici, par exemple, M. Donoso Cortés allant chercher dans la notion de la liberté divine une réponse à qui se plaindra de n*étre pas libre à Rome, t Si la liberté, dit-il {Essai sur h Caihol,^ liv. II), consiste dans l'entière faculté do (choisir entre deux sollicitations contraires, Dieu manque totalement de liberté , car en Dieu il n'y a pas de sollicitations contraires. » Et il conclut qu'une définition qui aboutirait à nier la liberté de Dieu, est nécessairement fausse ; que la liberté n'est donc pas le droit de choisir entre deux opinions contraires, mais le droit d'admettre et de professer la bonne. En d*anlre termes : Dieu et )nt
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nécessairement toujours dans le vrai, la liberté; pour lui« ne consiste pas à choisir; nr, (*e que la lil)crt(î n'est pas pour Dieu, elle ne saurait Tétre pour rhomnie, crée à Timage de Dieu ; donc, pour nous comme pour lui, la liberté consiste à être toujours dans le vrai, et, comme nous ne saurions prétendre à y être toujours par nous-mêmes, elle consistera dans une soumission constante à Tautorité qui nous y maintient. — C'est ce qui a été beau-* coup dit dernièrement, en Espagne, dans les débats sur (a liberté religieuse.
Il me semble voir là-dessus, nos questionneurs se ranger en trois bandes.
Les uns, éblouis, courberont la tête.
Les autres, éblouis aussi ^ mais se défiant pourtant, se trouveront au même point qu'auparavant, c Voilà de bien belles choses; cependant..» oui ou non .. suis-je libre?... etc. »
Les autres, enfin, démêleront le sophisme, les deux sophismes, car il y en a deux.
Sophisme, d'abord, à conclure ainsi de Dieu à Thomme, en une affaire où précisément on vient de dire que Dieu et Thomme ne se ressemblent point, f Dieu qui n'a pas à choisir, ne choisit pas ; toi, qui as à choisir, tu ne choisiras paâ non plus, i» Voilà le raisonnement.
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Sophisme^ ensuite, à {)oser comme i néon testa ble ce qui précisément est en question, savoir que la vérité catholique est la vérité. « lu ne peux pas prétendre à être toujours, par toi-même, dans le vrai ; soumets-toi, et tu y seras toujours. • Oui.i. ni vous y êtes ; et, quand je désirerais de tout mon cœur que vous y soyez, encore faut-il que je m'en assure, et que, pour cela, j'examine.
Examinez! examinez!... me crie-t*on. — Et ceci me met en présence d'une autre série d'efforis pour amener les gens à se croire libres, bien que soumis, pleinement soumis.
Un jour — c'était en 1855, dans la chapelle des Tuileries — j'entendis M. de Ravignan. J'ai ot^blié le texte, mais je n'ai pas oublié le sermon*
La première partie était Une invitation à ne pas condamner le christianisme sans Tentendre. L'orateur n'était là ni catholique ni protestant ; c'était un chrétien déplorant la légèreté du siècle, Tindifférencc en matière de religion. Le résumé de cette première partie, c*était : Examinez.
La seconde partie avait Tair de continuer la première, et, en réalité, la renversait. Le verbe exa^miner recevait son complément, comme on dit en grammaire, et le complément tuait le verbe, t Examinez. . . Quoi? Les fondements de l'autorité de l'Égliso,
et, cela fait, soumettéz-vous. » Ce dernier mot n y était pourtant pas; il y avait là des oreilles poui" lesquelles un tel mot est moins fait encore que pour d'autres. C'était'au nom de la paix intime, paix de Tesprit, paix du cœur, que l'orateur disait, en résumé : t Accepter les enseignements de TÉglise, c'e^t le meilleur moyen, au milieu des débals du siècle, de n'avoir plus à s'inquiéter de rien. ^
Ceci, c'est vrai. Il est sur que, si vous pouvez arriver à une foi parfaite aux enseignements de Rome, et que, dans toute question, pour être en paix, il vous suffise de savoir ce que Rome en pense, — le ^yllabus et ses quatre-vingts articles sont le meilleur code de bonheur qui ait été donné au genre humain.
Et cependant, le Syllabus fut-il la vérité même, resterait encore à savoir si cette paix ignorante, inerte, est celle que Dieu veut pour nous. Il ne Ta, en tout cas, évidemment pïj^s voulue en nous donnant son Syllabus à lui, le livre que nous appelons sa parole, plein d'exhortations à chercher, à trouver, à conquérir la vérité, et partout s'offrant comme le cha^np où cette noble conquête sera faite.
. Le sermon revenait donc à ceci : « Usez de votre liberté, mais pour arriver à vous convaincre que
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VOUS devez ensuite y renoncer. » Et, dans lu question générale, voici ce que cette idée devient : c Quiconque s'est librement convaincu de l'autorité de l'Église, vous ne pouvez pas dire qu'il ne soit pas libre, après cela, en lui obéissant. »
Quand ce serai* philosophiquement vrai, ce serait encore, en fait, deux fois faux.
D'abord, l'Église n'admet pas que Ton se convainque librement de son autorité. Ce serait reçoitnaiire qu*on peut ne pas s'en convaincre, trouvant les bases faibles, et, par conséquent, ne pas s'y soumettre; ce serait renoncer à l'imposer, renoncer au principe même. Jamais l'Église, jamais lespape^ n'ont dit ce que disait notre prédicateur dans cette première moitié de son sermon; jamais, là où régnait l'Église, nul n'a pu étudier librement, c'està-dire avec possibilité de rejet, les bases de son droit suprême. Le Syllabus (art. 15) défend de penser que « chaque homme est libre d'embrasser la religion qu'il aura réputée vraie par les lumières de sa raison », c'est-à-dire par l'examen.
L'Église, en second lieu, ne reconnaît pas davantage qu'on puisse, une fois soumis, secouer le joug. Ainsi, la liberté eut-elle existé en effet dans l'examen préliminaire, elle est bien, a partir de ià, coniisquée, puisqu'il est interdit de la reprendre, in-
toriiil' en principe, interdit en fait, partout où l'Église a droit de contrainte.
Laissons les faits , et , •philosophiquement , qu'avons^nous? Un jeu d'esprit, un jeu de mots, triste preuve, dans une bouche d'ailleurs si élo^ quente, de la profonde impossibilité d'une solution franche et vraie. Je me suis soumis librement; donc, soumis, je suis libre. Libre de ne pas rester soumis? Non, encore une fois; non. Je suis libre parce que j'ai eu, ou plutôt parce que je suis sup^ posé avoir eu, il y a vingt ans, quarante ans, la liberté de rester libre. Absolument comme si Pon soutenait à un soldat qu'il est libre, actuellement libre, parce qu'il s'est volontairement engagé, ou bien encore parce qu'il a librement reconnu, en théorie, le droit du gouvernement à le faire soldai. Ajoutez que ce soldat a au moins la perspective d*étrc libre une fois; ajoutez, comme nous Tavons déjà remarqué ailleurs, qu'il conserve au moins la liberté de penser que ses chefs commandent mah Sous le drapeau de Rome, il ne faut pqs seulement
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toujours obéir, mais toujours être convaincu que ce qu'on a à faire est bon, que ce qu*on a à croire est vrai; et il faut, en sus, de par nos modernes ' avocats du catholicisme, être convaincu qu*avec cela la raison et la conscience restent libres.
Pour peu que ceci nous paraisse fort, ils iront encore plus loin , comme toujours faisait M. De Matstfe; et voici, par exemple, Tabbé Gerbet, dans l'ouvrage déjà cité : il vous dira comme quoi ce despotisme, non-seulement ne détruit pas, mais sauvegarde la liberté, et comme quoi le libre exa* men, qui a Tair d'être la liberté même, la restreint, la comprime.
Son raisonnement est celui-ci. — Pour peu que vous teniez aux vérités religieuses, vous n'osez pas, avec le libre examen, examiner celles dont vous craignez que les preuves ne soient faibles ; votre raison ne peut donc pas se donner pleine carrière. Hais, du moment que vous êtes sur le terrain de l'autorité, d'une autorité infaillible, ces vérités sont pour vous indépeiidantes de tout ce que vous pourrez penser ou même dire contre les preuves qu*on en donne. Ces preuves, par conséquent, lorsque vous aures à les exposer, « vous n'avez rien à craindre en les mettant à Tépreuve des discussions les plus rigoureuses ^ et l'enseignement , replacé sur sa
véritable base, renaît en même temps à la li^ berté » •
On serait curieux de voir ce syslème à l'œuvre, et de savoir ce que penserait le pape d'un professeur de séminaire qui mettrait librement et tout de bon « à répreuve des discussions les plus rigoureuses > ou rimmaculée Conception, ou tel et tel point du Syllabus, sauf d trancher catholiquement ensuite cothme s'il n'avait rien dit, comme si aucune objec* lion n'avait porté ni pu porter.
Cette même certitude que l'abbé Gerbet invoque comme élément de liberté, vous l'entendrez invoquer par Newman, dans une de ses Conférences, comme justifiant précisément le contraire, — le refus de la liberté d'examen.
Ce refus, selon lui, n'est pas un décret prononcé arbitrairement par l'Église, mais la conséquence naturelle de la notion même de la foi. La foi, dit-ii, est oui ou non ; on l'a ou on ne Ta pas. Si un catholique n'est pas pleinement et absolument convaincu de tout ce que l'Église enseigne, il n'est pas catholique ; s'il a cette conviction, s'il est sûr de posséder actuellement la vérité, il ne peut pas raisonnablement demander la liberté de changer d'avis, puisque ce serait demander la liberté de tomber dans l'erreur. Bref, si je suis certain de |)osséder
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acluellemenl la vérité, il y aurait folie, de ma pari, à me réserver lé droii de la perdre.
Voilà donc encore un système, t Tu ne peux pat» dire que l'Église t'enlève la liberté, car, celle liberté qu'elle t'enlève, tu ne pourrais pas logiquement demander de la conserver. »
Ainsi, l'un nous disait qu'avec la foi en i'aulorité de l'Église, on pourra s*élancer courageusement, librement, à travers toutes les objections ; Tautre nous dit, au contraire, qu*avec la foi en Tautoriié de l'Église, il n'y a plus lieu à examiner ni objections ni preuves, plus lieu à vouloir être libre. Renoncera-tril, pour cela, à parler de liberlô? Nullement. Il se souviendra, lui aussi, qu un peu de libéralisme est nécessaire. Le catholique, dira-t-il donc, est libre, pleinement libre. C'est volontairement, c'est c par prudence » qu'il évitera d*examiner, de sonder. Par prudence ! Mais vous avez dit, au contraire, que Tautorité lui garantit qu il ne sera pas ébranlé. Sans doute, répond Newnian. c II ne craint pas que les objections soient fortes en elles-mêmes ; il craint seulement que Dieu, s'il y prêtait sans nécessité l'oreille, ne le punit par la perte de sa foi surnaUirelle^ < c'est-à-dire du don de croire malgré les objections. C'est comme s'il nous disait : « Vos objections ne m'ébranleraienl
iU PAPE £T CONCILE
eertainemeut pas; seulement, en les écoulant, je pourrais perdre la faculté de ne pas être ébranlé, el, alors, elles m'ébranleraient. »
Est-ce assez de subtilités ? Est-ce assez de tourment pour arriver à ne pas dire, et, si possible, à ne pas croire ce que Rome crie sur les toiis î Et, devant ces contradictions, ces sophismes, ce chaos de désaveux et d'aveux, — avons nous tort de parler d'une protestation universelle de la conscience et de la raison î
L'abbé Gerbet, ce fut un des disciples de Lamennais. Sommé, comme son maître, de rentrer sous Tobéissance , il quitta son maître et rentra. Ce qu'il garda dans le cœur. Dieu seul Ta su ; mais plus nous le croirons sincère dans son retour à l'unité romaine, plus nous aurons le droit de constater^ sous la sincérité, ce besoin permanent, indestructible, de se faire illusion sur la pesanteur et même sur la réalité du joug. Ne pouvant ailer^ lui, jusqu'à s'interdire les objections^ trouvant même peutêtre à celle étude comme une saveur de liberté
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dont H se réjouissait et s'effrayait, il ri lâché de voir celle liberté légitimée par le fait que Tautorité aurait toujours, ijécessairement, le dernier mol. C'était le prisonnier invoquant sa chaîne même pour attester qu il lut est permis de se mpuvoir.
Newman, ce fut lui-même qui se mit à la chaine, car il était né protestant. Les motifs, ne les sondons pas ; il peut y avoir beaucoup d'orgueil dans Tabdicattonde soi-même, beaucoup dans une humilité au nom de laquelle on prêchera d*au(ant plus hardiment la soumission, l'abdication. Et c'est ce qu'il fait, Mewman, avec sa foi oui ounon^ avec son catholique cessant d'être catholique dès qu'il admettra, même de bien loin, la possibilité de no plus l'être. Pour lui, la conciliation entre l'autoriic et la liberté, c'est que, Tautorité admise, vous no songerez plus à être libre, vous fie le voudrez pitis. fités-vousou n'êtes-vous pas enfant de l'Église? Tout est là. Si vous ne l'êtes pas, vous n'entendez rien à ces questions ; si vous l'êtes, elles sont pour vous résolues, et vous n'avez plus à y songer.
Un autre Anglais, Capes, a fait un livre sur cette dernière idée. H l'intilolè: Quatre ans d'é'arpérience de la religion calholirjue^ et ce qu'il tient surtout à bien fairfe croire, c'est que, non-sèijlement il n'a pas perdu sa liberté, mais il a trouvé
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la seule yraie. « L'indépendance avec laquelle je misonnais précédemment n'était qu'entraves, ditil, en comparaison de la liberté sans limites dont j'ai joui depuis que j'ai cessé d'être protestant... Pour la première fois, mes facultés arrivaient à la plénitude de leur liberté... L'Église catholique est le seul corps ou la raison de l'homme sit^ une suffisante liberté. Comme l'aiglon qui s'élance pour la première fois de son nid« ainsi ma raison se réjouissait des nouvelles facultés qu'elle venait d'acquérir... > Ces choses-là, on ne les refuie pas. L'avocat n'est plus même un avocat plaidant une cause ; c'est le courtisan qui se dévoue à changer en vertus tous les vices de son maître, — et le plus intéressé à lui imposer silence, ce serait le maître lui-même.
Mais le même auteur^ jxirfois, est plus sérieux, et nous pourrions prendre chez lui plusieurs des raisonnements tentés par d'autres dans ce même sujet.
Selon lui donc, il n'y a pas « ombre de servitude » à croire « sans hésitation » tout ce que l'É- <2;lise enseigne, attendu qu'il n'y en a point « à croire sur Taffirmaiion d*un juge compétent. »
Compétent ou non, si ce juge m'interdit Texamon, l'examen au fond de mon cœur comme Texn-
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men public, la servitude, an contraire, est complète. Uétions^nous de ces comparaisons avec les choses vulgaires. Elles sont toutes nécessairement inexactes, aucune autorité humaine ne s'exerçant comme prétend s'0xercer celle de TÉglise.
Même iiiexactitude, par conséquent, lorsqu'il ajoute : € Est-ce qu'il y a servitude pour un paysan qui ne sait pas un mot de mathématiques, à croire que la terre tourne autour du soleil ? »
Ce paysan, d'abord, puisqu'il est absolument incapable de vérifier par lui-même les assertions des astronomes, vous ne pouvez invoquer ici son exemple , car ce n'est pas aux ignorants seulement, mais à tous, que l'Église impose ses décrets. Ce paysan , d'ailleurs, s'il ne sait pas les mathématiques, il a le droit de les apprendre, et, dès qu*il les saurait, voire argumentation tomberait. Ce paysan, s'il ne peut pas demander des preuves mathématiques, auxquelles il ne comprendrait rien, il peut en demander d'autres, et vous le loueriez d'en demander. Ce paysan, enfin, quelque disposé qu'il puisse être à vous croire sur parole, — si vous lui disiez qu'il c]{ot7 croire au mouvement de la terre, qu'il ne doit pas en demander les preuves, pourriez-vous dire encore que ce n'est pas là la servitude ?
IL'B 1»APK Et CONCILE-
Vous demandez éë qu'on penserait d'ufi homme rfui demanderait la liberté de ne pas croire, par exemple, que là tétre soit ronde. — Il rie ferait* cet homme, qu'exprimer Un peu bizarrement ce que nous exprimons touë par le fait tûèttïé d'entreprendre un examen quelconque. J*ai beau croire à la rondeur de la terre ; du moment que je me mels à en chertîher les pr^avés, il est. clair que je me réserve le, droit de n*y{)ltls ëroire si les preuves venaient à me paraître Insuffisantes. Ce droit, il n'y a persoime qui tt*en ait iisé maintes fois, personne qui n'ait chatigé d'hvîs sur des choSes qu'il avait criies certairtes, |)ersonne, par conséquent, qui puisse réellement renoncer au droit de changer d'avis en fehgioh.
Mais c'est surtout lorsqu'il s'agit de l'interprétation scientifique des saints livres, Texégêse, que l'embarras est grand poUr les champions de Tautoriléromame.
Impossible, ici , d'aller chercher l*exempie dii . paysan ignaro. 1/ exégèse peql se tromper; maïs
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elle n'en est pas moins hasée sur ce qu'il y a de plu? solide en éléments d'examen, les langues, l'histoire, rarch'éologie. Or, en bonne logique, sous le ealholicisme, elle devrait être proscrite, proscrite comme inutile, puisque toute interprétation procède et doit procéder de l'Église, proscrite comme entamant le système, puisque nul exégète ne saurait s'engager d'avance a voir dans TÉcriture ce que l'Église ordonne d'y voir. Mais, d'autre part, proscrire ouvertement l'exégèse, ce serait avouer une frayeur par trop compromettante; le concile de Trente ne la proscrit qu'indirectement, et, de nos jours , il a môme fallu se donner l'air de l'encourager plus que le concile.
Ainsi a fait, entre autres, l'auteur de la fameuse Symbolique^ Moehler ; mais rien' de plus curieux que ses efforts pour montrer comment se concilient là liberté de Téxégète et la soumission du catholique. Ce n'est, du reste, qu'une application spéciale du grand sophisme ou du grand jeu de mots que nous avons relevé. « Le catholique croit à renseignement de l'Église ; il ne peut dohc pas s'en écarter, car ce serait à la fois croire et ne pas croire. » Voici donc cohfiment l'auteur raisonne :
« Le catholique, dit-il, a la libre conviction que rÉjrlise est une institution divine, qu*elle est assistée
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d*cn haut, qu'elle possède la vérité. Il croit donc que toute doctrine rejetée par elle est contraire à l'Écriture, que tout ce qu elle enseigne y est renfermé... Ainsi, l'obligation que l'Église impose aux siens de retrouver dans l'Écriture ses dogmes et 3a morale, est fondée sur la raison, sur l'essence même des choses. »
Toujours, on le voit, toujours, pour point de départ, cette idée fausse, catholiquement fausse, que le catholique a librement choisi la voie catholique ; toujours, comme conclusion, cette espèce de fatalisme en vertu duquel le premier pas engage indéfiniment l'esprit, le cœur, tout Tbomme enfin; tellement, que le système entier n'est plus même un système, mais la raison^ mais V essence des choses^ mais leur cours naturel et légitime, mais la liberté par conséquent. Quel circuit! Et comme l'auteur ressemble à qui vous ferait marcher longuement, les yeux bandés, affirmant qu'il vous mène loin, bien loin, et ne faisant que vous promener dans le cercle où vous vous étiez plaint d'être enfermé !
€ Voilà donc, poursuit-il, le seul engagement du fidèle; hors de cette limite, il est libre de toute entrave. »
Quand l'auteur raillerait , que pourrait-il dire
AU DIX-NEUVIÈME SIÈGLK I4i
d*aulre? Votre seul engagement, c'est de ne vous écarCer jamais du sens admis par l'Église ; hors de là, pleine liberté. < Un vaste champ, sgoutera-t-il, reste ouvert à l'exégète catholique. Il peut déployer tout son talent, toute son érudition ; il peut sans cesse faire de nouveaux progrès dans la science des saints livres. »
Or, voulez-vous savoir ce que le concile de Trente a fait de ce vaste champ ? — Il Ta entouré d'une barrière absolument infranchissable à tout travail et à toute science.
La version depuis longtems en usage, la Vulgatc, s'était formée du mélange de deux versions, Tune du cinquième siècle, œuvre de saint Jérôme, l'autre, plus ancienne, connue sous le nom àHialiqi^e. Jusque-là, néanmoins, aucun décret ne l'avait consa* crée. L'Église se contentait de s'en servir.
La renaissance des études, et, pourrait-on dire, la renaissance du grec et de l'hébreu, presque perdus pendant le moyen ùge, avait bientôt amené
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plus crtifte fâcheuse découverte sur le coraple de* ce vieux (exle latin, altéré par Tignorance, arbitrairement retouché sans recouHf à Fhébreu ni au grec. De là , au cdûclle de Trente, un embarras d'abord vivement senti. On avait déclaré vouloir tout juger sur l'Écriture. Un juge peut-il juger s'il n'est pas sûr d'avoir entre les mains ou le texte même de la loi, ou une traduction authentique et officielle ? Mais, peu à peu, le concile se rappelle qu*il est le maître, après tout, d'apposer son sceau sur n'importe quoi. Le 8 avril 1546, il « arrête et déclare que, dans toutes les leçons, discussions, prédications et explications publiques, cette antique version soit regardée pomma authentique^ et que personne n'ose ou ne prétende la rejeter, sous quelque prétexte que ee soit > .
Cette version qu'on déclarait authentique, invio* lablc, on ne pouvait pas même dire exactement où elle était^ car il y en avait des éditions assez diverses. On promit donc une édition qui fixerait le texte ; une commission fut chargée de le revoir sur les originaux. Sage mesure ; mais le décret précé-« dent n'en devenait que plus étrange. On commence par déclarer la Vulgate authentique, inviolable, ce qui équivaut à la déclarer infaillible, — et Ton ajoute qu'on va la cnrricjor.
AU illX-NËCVli%MK ^IKCLK t«3
La commission ne lit rien. Vers la iin ducon* ciie. Pie IV en nomme ane autre, mais à Rome. Pie V la renouvelle. Douze ans après, à l'avénement de Sixte-Quint, l'oeavre est à peine ébauchée. Sixte-Quint en fait son affaire, et, en 1S89, il annonce par une boite que le travail touche à sa fin. La nouvelle Vulgate s imprime sous- ses yeux, au Vatican ; il revoit lui-niérae les épreuves, c Nouî> les avons corrigées de notre main », dit-il dans la préface. L'ouvrage parait, « et il était impossible, dit un savant catholique, Hug, que ce travail ne fournit matière à la critique et à la plaisanterie. On trouva, surtout dans TAncien Testament, un grand «ombre de passages recouverts de bandes de papier, sur lesquelles on avait imprimé des corrections nouvelles; d'autres étaient raturés, ou simplement corrigés à la plume ; enfin^ les exemplaires étaient loin de présenter tous les mêmes corrections 9 .
c'était donc à refaire. Ije successeur de Sixto, Grégoire XIV, se remet à l'ouvrage, etClément Vlll, après lui, publie enfin, en 159â, le texte qui ne changera plus.
Que vaut ce texte? -— Le cardinal Bellarniin avouait déjà, dans la préface , que les réviseurs s'étaient hàtés^ que quelques endroits auraient du
être revus encore ; aujourd'hui, c'est par cenlaines que rérudition relève les erreurs de la Vulgate. Dans l'Ancien Testament, ce sont plutôt des erreurs de détail; dans le Nouveau, partout où le texte offrait quelque difficulté, la Vulgate n'est réellement pas une traduction : ce sont des mots latins appliqués sur les mots grecs, et Formant n'importe quelle phrase. Il est évident, dans beaucoup de cas» qu'on a cherché à ne pas engager la responsabilité de l'Eglise, et que c'est à dessein qu'on n'a adopté aucun sens.
Voilà, de par le concile de Trente^ ce qui doit faire foi < dans toute leçon, discussion, prédication, explication » ; voilà ce que personne « ne doit osa* rejeter, sous quelque prétexte que ce soit >, — pas même, par conséquent, en cas d'erreur évidente et palpable. Allez, après cela, allez faire de l'exégèse; allez mettre un pied seulement sur ce c vaste champ » dant on vous parle ! Vous n'avez pas le droit de modifier un mot, pas le droit de rejeter, nftémc l'hébreu et le grec à la main, un évident contresens ; vous n'avez, pour mieux dire, qu'un moyen d'échapper à la position étrange , absurde, que vous ferait la découverte de la plus petite erreur : c'est de fermer, au plus vite» et le grec, et l'hébreu, et tout commentaire savant, et la Vulgate elle-même,
car vous pourriez, rien qu'en la lisant, trouver des fautes, — et il vous est interdit d'en trouver. N'allez pas, surtout, vous autoriser de l'exemple des catholiques qui se sont fait quelque nom comme exégètes. Ils ont violé la défense ; ils auraient dû, en bonne discipline, être rappelés à Tordre. Quand Bossuet, dans sa vieillesse, se mit à étudier l'hébreu, il commettait une grande faute. Le décret du concile est l'interdiction détournée, mais absolue, de tout travail sur les Saints Livres.