‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 18 sur 46 · IV. Ce qu'ont avoué longtemps tous les catholiques sérieux · texte numérisé non relu

IV. Ce qu'ont avoué longtemps tous les catholiques sérieux

— Ce qu'on leur a appris à dire. — Question des prospérités temporelles. — Comment cette question remonte au dogme.

— On la soulève, et puis on nous la reproche.

Une autre grande nouveauté, c'est que la divinisation de l'Église n'est pas préchée seulement dans le domaine religieux, mais aussi, et, pourrions-nous dire, surtout^ dans le domaine social.

Même tactique, du reste, sur ce terrain que sur le premier.

D'abord, arrangement du passé en vue des idées et des besoins d'aujourd'hui. Tout ce que nous cherchons à travers nos agitations et nos épreuves, l'Édise l'avait donné à ces fidèles et heureuses populations du moyen âge. Age d*or en religion, comme nous l'avons vu, le moyen âge ne l'a pas été moins en politique, en civilisation, en toutes choses.

Laissons, dans ce tableau, ce qui n'est qu'extravagance, révolte aveugle contre le bon sens et l'histoire; voyons ce qu'a pu dire un historien plus grave, copié depuis par tant d'autres :

• Dans ces âges qu'on appelle barbares, écrivait Lamennais en 1817, le christianisme (le catholicisme) avait affermi et tempéré le pouvoir, établi les vrais rapports sociaux, épuré les mœurs et souvent suppléé les lois... Grâce à l'empire qu'il exerçait sur les idées et plus encore sur les cœurs, l'homme devint sacré pour l'homme... Assujetties à la règle immuable des devoirs, les actions, comme les pensées, tendaient, dans leur ensemble, au bien général... Les croyances étiiblies agissant à la fois sur les gouvernements et sur les nations, la société se trouva régie par une puissance infinie d'amour. »

JDne question, une seule, serait peut-être la meil-

leure réponse à faire. — *Ce paradis terrestre, seriez-vous bien aise d y vivre? Cette « puissance infinie d'amour •, aimeriez-vousà la sentir au-dessus de votre tête, à la place des lois que la révolu- Hm, comme vous dites, c'est-à-dire l'enfer, a données à la société moderne ?

Mais regardons d'un peu plus près.

Avant tout, ne permettons pas qu'on appelle bienfaits du catholicisme, de i'Ëglise, ce qui a découlé directement, évidemment, du christianisme lui-même, de son dogme, de son esprit, de sa divine influence. Les portes de l'enfer n'ont jamais prévalu contre l'Église en ce sens qu'il n'y eût chez elle aucun reste de vérité ni de sainteté.

Mais, cela dit, nous pouvons retourner beaucoup de choses, et, au lieu d'admirer ce qu'a fait le catholicisme, en ces temps-là, comme dépositaire de cette grande et sainte puissance , l'Évangile, — nous dirons : Pourquoi a-t-il si peu fait? Pourquoi la société, au moyen âge, a-t-elle si peu reflété la supériorité du christianisme sur les religions païennes? Pourquoi la civilisation a-t-elle été, en tant de choses, ou à peine égale, ou inférieure à la civilisation romaine? Pour peindre celle-ci, on emprunte à la décadence tout ce qu'on peut trouver de faits odieux; pour peindre les

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siècles catholiques, on représente comme d'admirables progrès tout ce qui s'éleva un peu au-dessus de ce bourbier. Et ces progrès encore, voyez de quelle manière on les constate. Il suffit qu'un concile obscur, qu'un pape, qu'un évêque, qu'un moine, ait énoncé une idée bonne et belle, pour qu'on suppose l'idée se réalisant, s'enracinant, devenant loi de l'Église et de l'Europe. C'est ainsi qu'on arrive à nous affirmer, avec Lamennais, que d'homme devint sacré pour l'homme », quand jamais, au contraire, la vie humaine n'avait été moins respectée, jamais supplices et massacres si facilement ordonnés, et souvent, ne l'oublions pas, ordonnés par l'Église. On nous parle de quelques mesures prises pour adoucir tel ou tel excès de l'esclavage ; mais l'esclavage demeura nomme institution inattaquable, et l'Église avait ses esclaves, aussi bien que les seigneurs et les rois. On nous parle de quelques lois religieuses destinées à tempérer la fureur des guerres publiques ou privées; mais ces lois mêmes sont la meilleure preuve de l'immense désordre que le catholicisme n'avait pas empêché de s'y établir. Ils étaient catholiques, fervents catholiques même, tous ces seigneurs dont la vie n'était qu'un tissu de combats et de brigandages. Et si nous faisions ici de la controverse,

nous aurions bien certainement le droit de dire, que, si TÉglise, d'un côté, a fait quelques efforts pour civiliser ces terribles hommes, rien, de Tautre, n'était plus propre à les maintenir barbares, que ces pardons si facilement accordés, sous toutes les formes, à toutes les violences, à tous les crimes. On nous cite, de loin en loin, quelques longues et graves pénitences , presque toujours pour crimes contre l'Église ou ses ministres ; mais, dans le cours ordinaire des choses, le pardon était sur, l'expiation presque rien, et, dans ce déplorable amoindrissement de la conscience, que restait-il du christianisme comme élément de civilisation ?

Il lui fallait, pour le redevenir, cette grande secousse qui allait, chez quelques peuples, le ramener à sa pureté primitive, et, chez d'autres, malgré l'Église, ouvrir du moins la société civile à sa bienfaisante influence. Mais, ici, les négations pleuvent. Tous ces auteurs que nous avons vus ci-dessus condamnant le seizième siècle pour avoir arrêté un progrès-religieux déjà splendide, nous les retrou-

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vons soutenant que ce même siècle a arrêté un progrès social non moins avancé , non moins beau.

c Quel spectacle eût présenté l'Europe, vous dira M. Nicolas, si cette civilisation se fût poursuivie jusqu'à nos jours, et se fût accomplie sous l'empire de cette loi ! Mais le ciel, ou plutôt l'enfer, ne permit pas ce bonheur à la terre. Au moment même où cette civilisation catholique s'épanouissait en sortant riche et féconde des entrailles de l'Église, le protestantisme parut, et toute Tœuvre fut changée. » Ailleurs, considérant les suites : « L'Église catholique a disputé le monde aux ténèbres que le protestantisme refaisait sur lui, et n'est parvenue qu'à force de science et de lumières, non moins que de sainteté , à assurer la marche de la civilisation « »

Le mot de cette énigme — car c'en est une que de comprendre comment le paradoxe a pu arriver jusque-là, — le mot, disons-nous, il est bien possible que nous l'ayons dans ce qu'a dit Lamennais : « Le genre humain s'avançait à grands pas vers le bonheur en s'avancant vers la perfection, quand tout à coup le spectre ensanglanté de la souveraineté du peuple, évoqué par la Réforme, sort du tombeau où /e christianisme l'avait relégué. »

— El cette idée revient plusieurs fois chez M. De

Maistre.

Oui, voilà bien, aux yeux des champions du romanisme, le vrai tort, le grand tort du seizième siècle, du protestantisme, disent-ils; mais le protestantisme fut lui-même, à ce point de vue, un résultat plutôt qu'une cause, et, quand ces écrivains Taccusent seul, c'est encore une habileté pour dissimuler qu'ils sont en lutte avec le principe même de la civilisation moderne, non avec le protestantisme seulement. Pour eux, les ténèbres dont le seizième siècle a couvert la face du monde, c'est l'obscurcissement de ce droit divin politique qui plaisait si fort à l'Église comme correspondant à son droit divin religieux, faisant du trône et de l'autel deux frères, et deux frères, bien entendu, dont l'un serait à tout jamais le ministre et le serviteur de l'autre. Pour ces hommes, donc, disputer le monde aux ténèbres, c'est travailler de toutes leurs forces à ramener cet élat de choses; et, s'ils ne peuvent le ramener tel quel, ils en ramènent ce qu'ils peuvent , fût-ce au moyen de cette même souveraineté du peuple qu'ils condamnent et qu'ils maudissent. Là est la clef de beaucoup de choses qui se sont vues de nos jours; là le mystérieux trait d'union qui a souvent rapproché, sous nos

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yeux, des idées contradictoires, des tendances incompatibles. Les simples s'étonnaient ; les habiles, dans le monde, s'y sont quelquefois laissé prendre, et ont cru à une réconciliation du catholicisme et du siècle ; les habiles, dans l'Église, ont poursuivi leur route, bénissant, lorsqu'il l'a fallu, les arbres de la liberté, mais, comme disait quelqu'un^ avec de l'eau bénite empoisonnée, et espérant bien voir périr, non l'arbre seulement, symbole peu regrettable, mais tout ce qu'il était supposé représenter. Ainsi, devant le siècle, on fera sonner plus haut que personne les mots de liberté, de progrès ; on dira que l'Église entend régner par le peuple, que son droit divin tend la main à la souveraineté du peuple, droit divin aussi, frère aussi du droit divin de rÉglise> — et, quand la langue se délie, on parlera, comme Lamennais, du « spectre ensanglanté de la souveraineté du peuple ». On représentera l'Église comme acceptant, comme bénissant tous les progrès sociaux nés de ce grand principe ; on bouleversera l'histoire pour montrer que l'Église a toujours voulu, toujours béni ces progrés, toujours aidé à l'émancipation dont ils découlent, — et, quand la langue se délie, on vous dira , comme Lamennais, que ce que le christianisme avait fait de mieux ici-bas, c'était d'enterrer ce même spectre

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de la souveraineté du peuple. Granderalomnie, assurément, envers le christianisme, qui a élevé si haut la dignité de l'homme, si bien posé les bases de régalité véritable, si évidemment voulu être, nonseulement la religion de tous, mais la religion, le patrimoine, la gloire et la vie de chacun. Mais que leur importe, à ces avocats de l'Église, ce qu'est en soi le christianisme? Il est, il sera, il doit être ce que l'Église a besoin qu'il soit; et, comme l'Eglise a besoin, suivant les cas, qu'il soit ceci , cela, la base du droit divin ou la base de la souveraineté du peuple, attendons-nous à toutes les déBnitions possibles, et souvenons-nous seulement que la seule véritable, selon le cœur de l'Église, est celle des Lamennais, des De Maistre et du Syllabus.

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Mais revenons.

Cette singulière assertion que l'Église, au commencement du seizième siècle, « était sur le point de verser tous ses bienfaits sur les intelligences et sur la société », comme Ta du un autre auteur,

l'évéque d'Annecy, — il faut voir par quels tours de force on prétend la justifier.

D'abord, tout ce que le mouvement général avait déjà produit, on s'en empare pour en faire honneur à l'Égh'se, et on le fait rentrer, bon gré, mal gré, dans cette grande unité catholique qui allait enfin, nous dit-on, montrer ce dont elle était capable; c'est comme si un prince, faisant le dénombrement de ses forces, additionnait ensemble fidèles et révoltés. Non pas, sans doute, que toutes ces intelligences réveillées eussent déjà l'intention de battre l'Église en brèche; Luther lui-même, au début, n'y songeait pas. Mais, quand agit un principe puissant, qu'importe Tintenlion? Chacun va, fût-ce malgré lui, où le principe le mène, — et la suite allait montrer assez où menait celui de la renaissance. Mais non. Selon nos auteurs, l'unité était complète, intacte; l'armée n'avait qu'un cœur, qu uneàme; l'Église était à la tête pour s'élancer à travers les temps modernes, et les conquérir par d'incalculables bienfaits. « C'était le moment, nous dit Balmès, où les nations européennes, recueillant enfin le fruit d'efforts inouïs, se présentaient à l'univers pleines d'énergie et d'éclat... * Puis vient le tableau des découvertes faites, la liste des hommes éminenls, Vasco de Gama, Colomb, Cortez, Magel-

]ai],don Juan d'Autriche, Érasme aussi, bien étonné de se voir ranger parmi les colonnes de l'Église. Et toujours, avec cela, l'unité, Tunité entre les rois, Funité entre les peuples, Funité puissante, Tunité magnifiquement féconde, — dernier point, soit dit en passant, qu'il faudrait démontrer à part, caç la fécondité naît toujours plutôt de la lutte.

Mais, féconde ou non, où était-elle cette magnifique unité politique et sociale prête à se mettre, nous dit-on, au service de l'Église? Si Ton veut dire seulement que les rois étaient disposés, malgré leurs guerres sans fin, à persécuter d'un même cœur ceux que FÉglise désignait à leur haine, on a raison; bûchers allemands, bûchers français, espagnols, anglais, autres encore, unissaient leur fumée par-dessus celle des batailles, et réjouissaient le cœur des papes. Mais les batailles allaient leur train, le vois, en 1525, le roi de France à Madrid, prisonnier du roi d'Espagne. Je vois, en 1527, Rome ellemême saccagée par les troupes de Charles-Quint. Je vois les trois grands États catholiques, Espagne, France, Autriche, en dépit de la paix vingt fois jurée, reprendre vingt fois les armes, et toujours, plus ou moins, à l'instigation des papes. Je vois, de 1545 à 1563, autour du concile de Trente, d'innombrables rivalités politiques, et le concile même

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révéla, dans beaucoup de questions, un profond désaccord entre l'Église et presque tous les États de l'Europe. Vous dites que la Réformation rompit Funité catholique; dites plutôt qu'elle contribua puissamment à la former, et que, si elle en diminua Fétendue, puisque plusieurs États s'en retirèrent, elle l'obligea de se concentrer, de se serrer, et d'être, en somme, beaucoup plus réelle qu'auparavant. C'était donc lui fournir et les moyens et l'occasion de se signaler, dans les pays demeurés fidèles, par ces bienfaits sociaux qu'elle avait en réserve, nous dit-on, dès avant le seizième siècle. Si elle n'était restée maitreese que de quelques États insignifiants, on pourrait dire qu'une si grande force ne s'y mouvait pas à l'aise, et que là est la cause de sa stérilité. Mais ces pays demeurés fidèles, ce champ que le catholicisme pouvait travailler et féconder, c'était — ne parlons pas, si l'on veut, de la France, où les mauvaises graines semées par la Réforme ont toujours germé plus ou moins, — c'était Fltalie, c'était l'Autriche, c'était l'Espagne, c'était, au delà des mers, tout l'empire espagnol, non-seulement gouverné, mais créé par le catholicisme. Qu'a-t-il fait de ces pays? Quels progrès leur a-t-il, nous ne dirons pas fait faire^ mais permis de faire? Où en étaient, après trois siècles,

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ceux dont la vie moderne n'avait pas quelque peu forcé l'entrée? Qui aurait pu, dressant le tableau des peuples, ne pas mettre ceux-là au dernier rang, et, dans ce dernier rang, ne pas assigner les dernières places aux plus catholiques de tous, y compris Rome? Développement social, développement matériel, tout s était endormi dans une torpeur profonde, et la foi même, la foi, au maintien de laquelle on avait tout sacrifié, la foi dormait, comme le reste, au milieu de pratiques misérables dont s'affligeaient et s*indignaient, en d'autres pays catholiques, tous les gens d'une piété un peu éclairée, un peu sérieuse.

C'est à ceux-là que nous voudrions nous adresser Ici pour leur demander si l'arbre n'a pas surabondamment révélé, par ses fruits, ce qu'il était, ce qu'il est. Mais, avant tout, nous leur demanderons de juger eux-mêmes, par eux-mêmes, avec leur raison, leur conscience et leur cœur, comme faisaient, avant la fièvre actuelle, tant de gens. On avouait, alors, la décadence des États catholiques ; on détournait du voyage de Rome ceux qui se

figuraient devoir trouver là des arguments en faveur du catholicisme ; on ne leur enseignait pas l'art d'en trouver partout. Ces hommes donc, auxquels nous faisons appel, qu'ils n'aillent pas demander conseil aux avocats que le catholicisme s'est donnés en ces derniers temps; ils réviendraient la bouche pleine de ces affirmations, de ces négations , de ces sophismes dont le nouvel arsenal ne cesse de s'enrichir. On leur enseignerait à répéter, même à croire, cela s'est vu, ou que les pays dont nous parlons étaient des pays éclairés, bien gouvernés, riches, contents, heureux, ou que, s'ils n'étaient pas tout cela, ils n'en étaient pas moins heureux et riches comme possesseurs de la vraie foi. Les prospérités matérielles, c'est bon pour ces malheureux hérétiques qui les payeront en enfer; mais, pour les enfants de l'Église, que pourraientils désirer de mieux ici-bas que de sommeiller sous son aile, lui donnant leurs biens s'ils en ont, et, s'ils n'en ont pas, mendiant aux portes de ses couvents?

Est-ce à dire que nous prétendions mesurer la valeur d'une religion sur la prospérité matérielle de ceux qui la pratiquent? — La valeur d'une religion, non; mais la valeur d'une Église, la valeur des institutions sociales soutenues et perpé-

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laées par elle, oui. Néanmoins, tant vaut la religion, tant vaut TÉglîse, et, au fond, c'est bien toujours k religion même qui est en cause , dans Tordre social comme dans Tordre moral. Voyez, par exemple, ce à quoi nous venons de faire allusion , — I la mendicité. Les pays catholiques ne faisaient rien pour la combattre; leurs institutions charitables tendaient même, presque toutes, à la favoriser. Pourquoi? D'abord, parcequeles ordres mendiants imprimaient à la pauvreté une consécration mystique, qui n'en faisait pas seulement un état comme un autre, mais un état plus saint qu'un autre, partie indispensable de Torganisme religieux; puis parce que Taumône avait à jouer un très-grand rôle, non-seulement comme acte de charité, mais comme expiation des péchés, et, en quelque sorte, achat du ciel. C'est donc bien le catholicisme, bien son dogme qui est en cause quand on nous peint ces fertiles contrées couvertes de mendiants, et, en outre, mal travaillées, mal exploitées par une population à qui tout enseigne la paresse ; c'est lui aussi qui est indirectement en cause lorsque nous voyons, au contraire, dans des pays bien moins favorisés de la nature, un bien-être, une activité tout autres. Ce que nous avons dit là de deux idées catholiques, la mendicité réputée sainte, Taumône

achetant le ciel, nous le dirions de plusieurs autres ; nous montrerions sans peine à quoi se rattache intimement, dans le dogme ou dans la morale de TÉglise, tout ce qu'on a pu reprocher, politiquement, socialement, aux États catholiques; nous avons d'ailleurs déjà rencontré, chemin faisant, beaucoup de faits qui rentreraient maintenant dans ce point de vue. ^

Ainsi, dans les limites que nous venons de poser, nous le dirons nettement : Oui, la prospérité sociale est un argument de grand poids en faveur d'une religion. Cet argument pourra ne pas exister toujours; une Église pure et sainte pourra ne se composer, soit à son origine, soit en des temps de persécution, que de petits et de pauvres. Mais il est clair que nous la supposons ayant eu le temps et les moyens de développer son influence, et de montrer, par des bienfaits terrestres, ce qu'elle vaut comme institutrice d'un peuple. Que cette prospérité ait en même temps ses dangers, attachant les âmes à la terre et pouvant leur faire ou* blier le ciel, voilà qui est évident ; mais c'est une autre question. Restons-en donc à la première, et répétons qu'une religion qui a peu et mal fait ses preuves sur le terrain social, est suspecte, par cela même, sur le terrain religieux.

Au reste, en ces dernières années, c'est souvent le catholicisme lui-même qui a obligé ses adversaires d'aborder ce débat inférieur. Il affectait de ne pas le craindre ; il s'y lançait, selon sa coutume, avec d'autant plus de hardiesse qu'il se sentait, en réalité, moins fort. Comment ne pas lui répondre ? Quand il traçait ces tableaux fantastiques dont on a vil ci-dessus quelques échantillons, comment ne pas tracer le tableau vrai de ce qu'ont été, de ce que sont les peuples soustraits à son joug ? Quand il se mettait, au contraire, à vanter les progrès modernes, mais en les revendiquant comme siens comment ne pas montrer où en étaient, où en sont, les pays qui lui appartiennent? Ha persisté ; ses journaux, ses livres sont pleins de cette polémique; — et, quand nous renouvelons nos démentis, quand nos faits reparaissent avec leur brutale évidence, alors on change de thèse, et nous sommes des eens qui déshonorent la religion en la jugeant sur cequ'elledonneou promet de prospérités n.oté. rielles.

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