CONSÉQUENCES PROMISES
I. L'argument de la peur. — Idéal d'ordre et de paix. — Tout despotisme peut en dire autant. — Impuissance, en fait, contre les révolutions. — Empressement, pour na pas paraître vaincu, à passer aux vainqueur*. — Vieilles armes contre armes nouvelles. — Vains efforts du catholicisme pour ne pas paraître un étranger au milieu du monde moderne. — Le salut par lui.
IL Quand ce serait possible, serait-ce à désirer? —Ceux qui y poussent font, la plupart, leurs réserves. — (Craintes sur le futur concile. — Ge.iS voulant le catholicisme pour le peuple, et, encore, jusqu'à un certain point. — Déliance, en tout temps, des souverains, même très-catljoli(iues.
m. Beaucoup de gens ignorant ce qu'est le catholicigme, et se le faisant autre qu'il n'est. — Beaucoup ne voulant pas le bien connaître, cl ne s'inquiétant pas de la question de vérité.
IV. La question de vérité, seule décisive. — Rendons-'.ui sa place et son rôle. — C'est en la posant que l'Évangile a triomphé du paganisme. — Ëlforts contraires des païens, et, aujourd'hui, de beaucoup de catholiques. — Grand travail pour voiler, poétiser, spiritualiser. — Appelons les choses par leur nom.
Dans ces mêmes journaux, pourtant, dans ces mêmes livres, on ne se fera pas faute d'invoquer,
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SOUS une autre forme, des arguments à peu près identiques. C'est lorsqu'on recommandera le catholicisme, au nom de la peur, comme seul capable de € fermer Fabime des révolutions » et de donner aux affaires humaines la stabilité qu'elles n'ont
plus.
Nous avons souri, tout à l'heure, quand un Espagnol a ditcela; nous pourrions sourire toutautant quand ce sera un Italien, un Français, un Américain catholique, un quelconque des enfants de l'Église romaine dans les pays dont elle s'était chargée d'assurer la tranquillité.
On nous dit : « Mais c'est contre ces pays que la Révolution a surtout dirigé ses coups. »
Peut-être ; mais c'est aussi là que votre prétendue sauvegarde était le plus solidement campée. Elle n'avait pas seulement la force en main ; elle avait eu surabondamment le temps de façonner les esprits, les cœurs, les institutions, tout. Elle avait, des siècles durant, travaillé à consolider le sol, — et c'est là que le sol s'est trouvé surtout n'être que du sable.
Ah ! sans doute, si nul tremblement de terre ne les eût jamais assaillis, ces vieux remparts, ils auraient pu rester indéfiniment debout. Si vous vous mettez à tracer idéalement le tableau d'un pays où
Rome sera souveraine, vous n'en direz jamais trop sur le calme profond dans lequel ce pays vivra. Point de débats entre l'État et l'Église, puisque l'Église domine tout, règle tout. Point de querelles entre le gouvernement et les sujets, car l'Église, une fois le gouvernement sous sa main, a prescrit qu'il fut obéi comme elle-même, comme Dieu. Point d'idées dangereuses, car ceux qui pourraient en concevoir les soumettraient d'eux-mêmes au jugement de l'Église, ou si, par impossible, ils tentaient de les publier, un mot les arrêterait. Et point de raison, encore une fois, pour que cet ordre admirable ne fut pas
éternel.
On oublie, malheureusement, deux choses.
La première, que tout gouvernement absolu, politique ou religieux, pourrait en dire autant. Donnez-moi un pouvoir sans bornes, des sujets qui ne le discutent pas, et je vous garantis à jamais la
paix et l'ordre.
La seconde, qu'avant de nous donner cet idéal comme un argument péremptoire en faveur du catholicisme, il faudrait nous montrer ce même catholicisme, quand les combats sont venus, vainqueur en effet de l'anarchie et restaurateur de la
paix.
Qu'il ait, dans chaque pays, après chaque révo-
iution, proclamé le retour à lui comme le seul moyen d'en éviter de nouvelles ; qu'il ait trouvé des gouvernements disposés à profiter de ses offres, à lui rendre assez de pouvoir pour faire de l'ordre à sa manière, — ce n'est pas la question. Après des bouleversements, quand tout le monde a soif de paix et d'ordre, il est facile de contribuer, pour un temps, au raffermissement apparent de toutes choses. Mais il s'agit de savoir si un raffermissement par le catholicisme est aujourd'hui possible, et, fùt-il possible, s'il est désirable. La question, du reste, est posée plus nettement que jamais, car c'est surtout en vue de ce grand rétablissement des bases sociales que le concile est convoqué, nous dit-on. La bulle de convocation, quoique parlant surtout de l'Église, de ses maux, de ses privilèges, du rétablissement de sa puissance, indique en plusieurs endroits l'autre but, le salut de la société civile, et c'est sur quoi ont particulièrement insisté les mandements explicatifs des évéques. Ils ont compris que c'était par là qu'il fallait recommander le concile à une génération beaucoup plus préoccupée de la terre que du cieL
Ce grand raffermissement est-il possible, disionsnous, possible tel qu'on le promet, c'est-à-dire durable et véritable ?
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Qu'on nous cite un pays, un seul, où le catholicisme n'ait été impuissant contre ces dangers et ces maux dont il prétend sauver la société moderne. Il ne s'agit pas, répétons-le, de savoir s'il a protesté, s'il a lutté, mais s'il a réussi. Protester! Il passe sa vie à cela. Mais c'est le rôle des faibles, rôle qui peut être glorieux, rôle qui ne l'est guère quand la protestation est mesquine dans son objet ou prétentieuse dans sa forme, ce qui est bien souvent le cas à Rome. Donc, livré à ses propres forces, que peut le catholicisme contre les révolutions? Tous les gouvernements qui se sont confiés en lui, il les a compromis devant les peuples, et, la tempête venue, il n'a rien pu pour eux. Un moyen qu'il a souvent employé pour ne pas paraître vaincu, c'était de passer aussitôt, sans hésitation, sans regret visible, dans le camp des vainqueurs. Les vainqueurs savent bien que ce qu'il a fait pour eux, il le ferait, demain, pour leurs ennemis triomphants ; mais , en attendant , on s'arrange. Pour pallier ces revirements, on nous dira que l'Église plane au-dessus des formes muables de la politique humaine. Oui, vous planez au-dessus de tous les pouvoirs qui tombent ; ceux qui sont debout, — en vous servant, ils vous auront, s'ils veulent, à leurs pieds. Mais vous ne les
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sauverez, le moment venu, pas plus que les autres.
Celle puissance de salut que le catholicisme n'a pas eue, il l'aura nécessairement de moins en moins, car la première condition d'une guerre à chances favorables, c'est d'être armé comme l'ennemi. Tiendrez-vous, au dix-neuvième siècle, une troupe en échec avec les armes du quinzième? Le monde des idées a encore plus changé que le monde de la guerre. Si le catholicisme est encore quelque chosci c'est grâce aux efforts qu'il a faits, depuis vingt ans, pour s'armer un peu à la moderne, — et nous avons vu ce que sont, dans beaucoup de cas, ces tristes efforts. Mais ce n'est pas ainsi, ce n'est pas avec des armes d'emprunt, faites pour *une autre main, qu'on peut gagner une telle bataille.
Prenez-le maintenant, si vous voulez, non pas dans la bataille, mais simplement parmi la société moderne. Il est là comme un homme ayant à vivre dans un pays qui n'est pas le sien, qu'il ne peut ni ne veut adopter comme une patrie, et dans les affaires duquel il veut cependant jouer un rôle. Soupleet hautain, tantôt caressant, tantôt bravant ces mœurs qui ne lui vont pas, un jour soumis aux lois, un autre jour en pleine révolte, affichant ou voilant, selon les temps, ses regrets et ses espé-
ranceF,mais toujours en deçà ou au delà de ce qu'il devrait être pour qu'on le cvùt citoyen du pays, — voilà, depuis vingt ans, les allures du vieux guide qui s'offre aux générations modernes. Est-ce lui qui pourrait, je ne dis pas les mener au but, mais leur persuader qu'il les y mène ? Pourraientelles ne pas voir que l'ordre et la paix qu'il promet n'ont à peu près rien de commun avec l'ordre et la paix qu'elles demandent? —Non, ce n'est pas par lui que la société se raffermira.
Mais, disions-nous encore, quand ce raffermissement par lui ne serait pas impossible, serait-il désirable? *
Cette question pourrait porter uniquement sur des faits. Nous ne parlerions plus de désirable; nous dirions : a Ceux mêmes qui aujourd'hui déclarent que là seulement est le salut de la Société, désirent-ils tous réellement livrer la Société, eux compris, aux mains du catholicisme, aux mains du pape? »
Voyez, par exemple, ces évêques qui se sont
donné tant de peine pour adoucir le Syllabus. Il y en a, sans doute, que nous pouvons considérer comme pleinement d'accord avec le pape, et, par conséquent, comme ne cherchant par ces adoucissements qu'à tromper sur leur vraie pensée; mais il y en a aussi dont les paroles ont révélé, malgré eux, une tout autre manière d'entendre l'autorité de l'Église et son action sur la Société. On sent qu'ils ont choisi, choisi presque librement, parmi les déclarations du pape; on sent qu'ils en abandonnent bon nombre, non-seulement comme n'ayant aucune chance d'être acceptées par le monde moderne, mais comme leur étant inacceptables à euxmêmes, tout catholiques, tout prêtres, toutévêques qu'ils sont. Or, le Syllabus est un tout; le Syllabus, même indépendamment de Fautorité qu'il a comme parole du pape, est, nous l'avons montré, le catholicisme même, l'ensemble rigoureux du principe et des conséquences. Si ce n'est pas ce catholicismelà qui doit sauver la société, lequel est-ce? Tout autre est condamné p»r le pape; tout autre est l'abandon du principe. Et voilà dans quel sens on pourrait dire que des évêques même ne désirent pas voir la Société moderne aux mains du catholicisme, aux mains du pape. On assure, du reste, que beaucoup d'entre eux n'attendent pas sans une
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très-vive inquiétude ce que proclamera le concile à cet égard. S'il reste dans le vague, il n'aura réellement rien fait; s'il précise, s'il veut entreprendre tout de bon la guérison des plaies modernes, il ne peut guère ordonner que des remèdes plus ou moins condamnés d'avance par le malade qu'il s'agit de guérir. La tâche des évéques n'en serait donc, presque partout, que plus difficile.
Et si nous sortons du clergé, c'est alors qu'il serait aisé démontrer combien peu de gens acceptent réellement le catholicisme, tel qu'il est, comme tuteur de la société.
Nous retrancherions, d'abord, ceux qui le veulent pour le peuple, sans le vouloir, en aucune manière, pour eux-mêmes. Le vouloir ainsi, ce n'est pas avoir confiance en lui, puisqu'on ne le considère ni comme divin, ni comme vrai, mais uniquement comme un moyen de maintenir dans l'ordre les gens assez simples pour y croire ou assez faibles pour ne pas oser le repousser ; c'est dire tout uniment qu'il faut une religion pour le peuple, et que celle-là est bien bonne pour lui. Encore voyonsnous généralement ces hommes, quoique trouvant bon que le clergé leur aide à tenir le peuple en laisse, prendre beaucoup de précautions contre le clergé lui-même. Ils n'entendent pas que le peuple
lui appartienne au delà d'un certain degré de soumission; ils tiennent à mesurer la dose de catholicisme qui sera jugée nécessaire pour que les masses soient Iraiiquilles. C'est, du reste, ce qu'ont fait de tout temps les souverains, même ceux qui étaient, quant à la foi, de bons et vrais catholiques, et qui n'avaient, pour le moment, aucune querelle avec Rome; le catholicisme ne leur inspirajamais, comme élément social, qu'une bien médiocre confiance. Ainsi pensent aujourd'hui, souverains ou non, beaucoup de ceux qui parlent néanmoins du catholicisme comme d'un mentor à maintenir à côté du corps social.
Nous retrancherions ensuite tous ceux qui le recommandent sans savoir ce qu'il est. Et il y en a beaucoup. On leur a dit que c'est là le grand remède aux maux actuels, et, comme ces maux leur font peur, ils le répètent, souvent avec quelque belle phrase des auteurs que nous citions tout à l'heure. Mais ce ne sont pas ces auteurs qui ont pu leur donner des idées claires, — témoin Tétonnement où le Syllabus a jeté tant de gens qui croyaient
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connaître le catholicisme, l'Église, et qui s'indignaient quand nous leur disions... quoi? ce que le Syllabus allait leur dire. Même après le Syllabus, que de gens se faisant un catholicisme tout autre que celui qui est là, si clair pourtant ! Ceux qui ne l'ont vu qu'à traversas arrangements des évêques, est-ce bien au catholicisme qu'ils donnent leur suffrage lorsqu'ils se joignent aux évêques pour le recommander? Ils croient recommander un système de liberté, ou, tout au moins, de domination modérée, paternelle ; est-ce vrai ? Ils croient le passé abandonné, l'avenir ouvert à toutes les aspirations sagement libérales ; est-ce vrai ? Forcez-les, tous ceux-là, de lire le Syllabus, de le bien lire, avec leurs yeux, leur raison, leur conscience; forcez-les de se demander à quoi conduiraient nécessairement, dans la pratique, ces droits attribués à TÉglise, ces devoirs imposés à l'autorité civile ; forcez-les de calculer ce qu'il pourrait rester de vie intellectuelle, scientifique, môme artistique, quand cet idéal de compression se réaliserait de point en point, quand chacun se sentirait obligé de ne jamais être, de ne jamais risquer d'être, en désaccord avec l'Église, — et vous verrez s'il en restera beaucoup qui veuillent encore imposer à la Société d'être sauvée par le catholicisme.
Malheureusement, parmi les hommes qui le soutiennent aujourd'hui comme autorité sociale, il y en a beaucoup qui ne veulent pas être éclairés sur ce qu'il est réellement. « Qu'il soit, semblent dire ces hommes, ce qu'il voudra. Il nous convient en gros ; nous l'acceptons. » Ils s'arrêtent donc, dans leur foi| à l'endroit où ils peuvent encore être sincères, soutenant et recommandant, non la religion catholique, mais le catholicisme, le puissant être historique que les siècles ont vu régner sous ce nom.
Le paganisme, à ses derniers moments, eut beaucoup d'amis de ce genre. L'appuyer comme vrai, on ne l'osait guère; mais c'était la tradition de l'Empire, c'étaient les dieux des aïeux, c'étaient les idées et les formes qui avaient présidé à toutes choses. Or, que faisait le christianisme en ce tempslà? Il s'obstinait à être, avant tout, une religion, et, comme tel, à battre en brèche, dans le paganisme, une religion, le sommant de combattre, non sur le terrain vague des souvenirs, des vieux droits, mais sur celui de la vérité, hors duquel aucun droit n'est légitime.
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Voilà ce qu'ont aujourd'hui à faire, voilà ce que font aujourd'hui les adversaires sérieux de l'institution catholique. Ils n'admettent pas que l'^tiquité, la possession, soient des droits ; ils ne reconnaissent, en religion, que ceux de la vérité; ils entendent que tout se juge au tribunal du christianisme, seul légitime arbitre entre les Églises, les systèmes, seul juge de ce qui se fait en son nom. Que des esprits légers les considèrent, s'ils veulent, comme remuant sottement de vieilles querelles oubliées ; ces querelles sont aussi neuves aujourd'hui qu'il y a trois siècles, douze siècles, dix-huit siècles, car au fond une seule question s'agite, et cette question est celle qui nécessairement s'impose à tout esprit sérieux, religieux : c Où est la vérité ? » Alors, la question sociale est remise à sa véritable place ; alors, avant d'admettre une religion ou une Église à influer sur les choses de la terre, on examine ses titres comme messagère du ciel; alors, on ne se croit point permis de pardonner à des erreurs parce qu'elles ont pu faire
quelque bien, ou, du moins, si on les absout dans le passé, c'est à condition qu'elles ne prétendent point, au nom du passé, prolonger indéfiniment leur règne. Ainsi s'unissent, ainsi se fortifient l'un par l'autre le respect pour Thomme et le respect pour la vérité ; pour la vérité, car aucune considération d'intérêt ne fera plus passer par-dessus ses droits ; pour l'homme, car on ne voudra plus le conduire même à l'ordre, même au bien, par quoi que ce soit qui l'abuse et qui ne soit pas la vérité. Si le christianisme a vaincu le paganisme, c'est que le christianisme était Vesprit^ et que l'esprit, c'est la vie ; toutes ces institutions, tous ces arguments de fait au nom desquels le paganisme prétendait dominer indéfiniment le monde, c'était une grande machine, mais ce n'était rien de vivant. Oue d'efforts, chez quelques païens d'élite, pour infuser à cette puissante machine quelque chose qui fût la vie ! Quelle victoire pour le christianisme, même encore persécuté, quand les néoplatoniciens se mirent à spirituaiiser le paganisme, cherchant sous ses vieilles formes, sous ses vieilles divinités, des éléments vivants et purs ! Quel aveu, de la part d'une religion jadis si fière, que cette complaisance avec laquelle elle se laissait métamorphoser, tout heureuse, à ce prix, de trou-
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ver quelques philosophes qui consentissent à rajeunir sa vieillesse et à se parer de son nom ! Mais n'est-ce pas un travail du même genre qui a lieu aujourd'hui dans le sein du catholicisme? Avec les écrits de Julien en faveur du paganisme expirant, on ferait un livre singulièrement semblable à beaucoup de ceux qui se publient en faveur du catholicisme. Tandis que l'Église officielle est de moins en moins esprit et vie dans ses institution» et dans son culte, voilà des gens qui se mettent à spirituaiiser, à poétiser toutes ces choses, les enveloppant, les pénétrant même, quand ils peuvent, d'un christianisme plus pur. N'est-ce pas encore un reniement du catholicisme réel? Et quand ces mémos hommes persistent à attaquer d'autres chrétiens pour avoir pris un chemin plus ^ourt, abandonnant franchement la forme, embrassant franchement l'esprit, — savent-ils ce qu'ils font?
Voilà donc ce que nous voudrions pouvoir dire, non à ces derniers seulement, mais à tous ceux ilont nous avons parli, à tous ceux qui ne restent dans l'Église qu'en se faisant un catholicisme meilleur, meilleur dans sa foi, meilleur dans son culte, meilleur comme pouvoir social, meilleur comme aliment des âmes. Si le siècle était plus clairvoyant, si seulement il mettait aux questions religieuses un
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quelque bien, ou, du moins, si on les absout dans le passé» c'est à condition qu'elles ne prétendent point, au nom du passé, prolonger indéfiniment leur règne. Ainsi s'unissent, ainsi se fortifient l'un par l'autre le respect pour l'homme et le respect pour la vérité ; pour la vérité, car aucune considération d'intérêt ne fera plus passer par-dessus ses droits ; pour Thomme, car on ne voudra plus le conduire même à l'ordre, même au bien, par quoi que ce soit qui l'abuse et qui ne soit pas la vérité. Si le christianisme a vaincu le paganisme, c'est que le christianisme était Vespritj et que l'esprit, c'est la vie ; toutes ces institutions, tous ces arguments de fait au nom desquels le paganisme prétendait dominer indéfiniment le monde, c'était une grande machine, mais ce n'était rien de vivant. Que d'efforts, chez quelques païens d'élite, pour infuser à cette puissante machine quelque chose qui fut la vie ! Quelle victoire pour le christianisme, même encore persécuté, quand les néoplatoniciens se mirent à spiritualiser le paganisme, cherchant sous ses vieilles formes, sous ses vieilles divinités, des éléments vivants et purs! Quel aveu, de la part d'une religion jadis si fière, que cette complaisance avec laquelle elle se laissait métamorphoser, tout heureuse, à ce prix, de trou*
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ver quelques philosophes qui consentissent à rajeunir sa vieillesse et à se parer de son nom ! Mais n'est-ce pas un travail du même genre qui a lieu aujourd'hui dans le sein du catholicisme? Avec les écrits de Julien en faveur du paganisme expirant, on ferait un livre singulièrement semblable à beaucoup de ceux qui se publient en faveur du catholicisme. Tandis que l'Église officielle est de moins en moins esprit et vie dans ses institutions et dans son culte, voilà des gens qui se metientà spiritualiser, à poétiser toutes ces choses, les enveloppant, les pénétrant même, quand ils peuvent, d'un christianisme plus pur. N'est-ce pas encore un reniement du catholicisme réel? Et quand ces mêmes hommes persistent à attaquer d'autres chrétiens pour avoir pris un chemin plus ''ourt, abandonnant franchement la forme, embrassant franchement l'esprit, — savent-ils ce qu'ils font?
Voilà donc ce que nous voudrions pouvoir dire, non à ces derniers seulement, mais à tous ceux tiont nous avons parlé, à tous ceux qui ne restent dans l'Église qu'en se faisant un catholicisme meilleur, meilleur dans sa foi, meilleur dans son culte, meilleur comme pouvoir social, meilleur comme aliment des âmes. Si le siècle était plus clairvoyant, si seulement il mettait aux questions religieuses un
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peu plus de véritable intérêt, comme iF forcerait vite tous ces hommes, et les sincères, et les habiles, à appeler les choses par leur nom ! Comme la question se poserait vite, nettement, impérieusement, entre le despotisme et la liberté, entre l'immobilité et le progrès, entre la matière et Tçsprit, entre le catholicisme et l'Évangile!
Un temps viendra-t-il où les choses entreront enfin dans cette voie? Verrons-nous la lumière se faire sur ces questions, ou bien, par l'indifférence des uns, Tignorance ou la lâcheté des autres, les ténèbres se perpétuer et s'accroître? Qu'il en soit ce que Dieu voudra. Nous n'en continuerons pas moins à déchirer, pour notre part, tous les voiles. Le pape nous y a beaucoup aidés; le pape nous y aidera encore.