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PAPB ET CONCILE

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proportion non plus, nous l'avons remarqué ailleurs, dans son horreur pour les idées qu'il croit devoir condamner; ni lui ni ses conseillers, évidemment, ne se rendent bien compte du plus ou moins de gravité, de portée, qu'il faudrait attribuer à chacune. Tout cela montre peu, bien peu, Tentente de la situation ; tout cela ressemble bien peu à cette magnifique tradition d'intelligence, d'initiative puissante, qu'on nous dit avoir été celle de la papauté à toute époque.

Cet éloge est plus vrai dans ce qui concerne les arts; mais on Ta exploité, sur ce terrain, avec un singulier mépris pour la vraie question, pour les principes.

Chateaubriand, dans ses Études historiques ^ vous dira : «La Kéformation éclata au sujet de quelques aumônes destinées à élever la basilique de Saint- Pierre. Les Grecs auraient-ils refusé les secours demandés à leur piété pour bâtir un temple à Minerve? »

Des secours en échange de cette bizarre mar-

chandise que Ton appelait les indulgences, — la Grèce n'a jamais eu, que nous sachions, à les refuser ni à les accorder, car jamais le paganisme, avec ses erreurs et ses folies, n'imagina rien de pareil.

Mais que lui importe, à Chateaubriand, le fond, l'erreur, l'absurdité? Apôtre de la forme, il voit, dans la forme, excuse à tout. Que le trafic des indulgences déshonore l'Église, la papauté, le christianisme; que les indulgences, en soi, ne renversent pas seulement la notion chrétienne du salut, mais les premières notions de la morale et du bon sens, — encore une fois, que lui importe? Le produit a servi à bâtir un temple splendide. « L'or ne sent jamais mauvais, » disait Vespasien. On ne nous dit plus tout à fait cela ; on veut seulement qu'une fois mis en colonnes, en statues, l'or soit pur de toute souillure.

Mépris donc, mépris pour la vérité d'abord, pour les hommes ensuite. Pour la vérité, car Chateaubriand ne croyait certainement pas aux indulgences; pour les hommes, car il trouve tout naturel, tout simple, qu'on les leur ait vendues pour vrais pardons célestes, et que chacune des pierres de la basilique romaine représente une ou plusieurs âmes dont Léon X a sacrilégement trompé la foi.

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C'est ce que nous dirons de tous ceux qui ont cherché, dans des résultats de forme, une excuse aux Qrreurs ou aux mensonges du fond.

M. Ampère, dans son Histoire littéraire de la Franecy raconte la grande querelle des images. Arrivé au concile de 774, qui les proscrivit : c Si cette manière de voir, dit-il, eut triomphé, nous n'aurions ni les Madones de Raphaël ,ni !e Juge^ ment dernier de Michel-Ange. »

Oui, en effet, nous n'aurions pas les Madones de Eaphaël ; mais nous n'aurions pas non plus ces milliers de madones qui, peintes ou sculptées, sont devenues, dans certains pays catholiques, des idoles autant et plus vénérées, adorées, que ne le furent celles du paganisme. Nous serions tout simplement revenus à ce que disait Origène dans son livre contre Celse, le païen, Tadorateur de la forme : c Si nous n'avons ni beaux temples, ni statues, c'est qu'ayant appris de Jésus la manière d'adorer le vrai Dieu, nous évitons tout ce qui, sous une vaine apparence de piété, nous détournerait de la vérité elle-même. » Et c'est ce que tous les Pères répondent aux païens; et jamais, remarquez-le, jamais ils n'ajoutent qu'une fois les persécutions passées, une fois riche, le christianisme aura, lui aussi, ses magnificences. Est-ce à dire qu'ils le

condamnent à n'avoir jamais d'autres temples que ceux d'alors, humbles locaux sans ornements d'aucun genre ? Est-ce à dire qu'ils lui imposent de ne jamais permettre, même hors des temples, ni tableaux, ni statues, comme fit plus tard Mahomet? Non ; mais ce qu'ils en disent n'en suffit pas moins pour montrer que jamais ils n'auraient loué, dans ces choses, quoi que ce fût, en faisant abstraction du mal produit, des atteintes portées à la spiritualité du christianisme et de son culte.

Donc, encore une fois, quand nous devrions ne pas avoir eu les madones deRaphël, nous n'aurions au moins pas cet elfacement déplorable du Dieu spirituel, invisible, par une divinité présente et matérielle, objet de tous les honneurs, centre de toutes les prières; nous n'aurions pas ce matérialisme religieux qui arrive à considérer chaque madone, non comme une image de la Vierge, mais comme un être distinct, ayant ses vertus spéciales, tellement qu'on ne trouverait presque personne à qui il soit indifférent d'invoquer telle madone ou telle autre. Ne dites pas que l'Église n'a jamais enseigné cela. Si elle ne l'enseigne pas par ses théologiens, elle l'enseigne parles images mêmes et par le culte dont elle les entoure; elle l'enseigne, d'ailleurs, par dee exemples qui rendent l'erreur inévi-

lable. Tout récemment, quand le pape envoya aux catholiques de Genève une madone de marbre quHl avait eue quelque temps dans son oratoire particulier, ou put lire, dans les journaux catholiques, que le pape avait dit en la donnant : « Je rai tant de fois priée, et elle m'a exaucé tant de fois! » Ainsi, celle que le pape a invoquée, ce n*est pas la Vierge Marie « reine du ciel, debout à la droite de son fils », comme dit FEncy clique; c'est la statue même, c'est le marbre qu'il avait dans son oratoire, et qu'il envoie à ses amis de Genève en leur garantissant que ce marbre Ta exaucé.

J'ignore si ce marbre est un chef-d'œuvre. Je ne refuserais certainement pas, dans ce cas, de l'admirer comme tel, pas plus que je ne voudrais voir brûler les Madones de Raphaël. Mais que, dans la question religieuse, on me donne comme argument ou ces madones ou telles autres, nie sommant, au nom de leur beauté, de fermer les yeux surtout ce qu'il y aura d'erreurs, d'abus, d'absurdités dans le culte des images ; que, en particulier , dans la question de la papauté, on s'efforce ou de me convaincre ou de m'étourdir en étalant ce que les papes ont fait pour la sculpture, l'architecture, la peinture, — alors, mon admiration s'arrête, car il ne s'agit plus du beau, mais du vrai, et, pour que

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mon admiration revint, il faudrait que l'on me montrât le vrai uni au beau. Je puis pleurer d'enthousiasme en contemplant le dôme de Saint- Pierre; mais, si je permettais qu'on s'emparât de mes larmes pour me faire approuver, mêmeexcuser, tout ce que je pourrai voir sous sa voûte, — le chef-d'œuvre de Michel-Ange ne serait plus qu'un colossal sophisme, un magnifique piège à ma raison et à ma conscience.

Voilà le piège qu'on nous tend quand on nous prêche la papauté au nom de ce qu'elle a fait pour les arts. Si l'argument n'était, en soi, sans nulle valeur religieuse, il y aurait lieu à examiner si labase, au moins, est exacte, si les arts ont eu autant qu'on le dit à se louer de la papauté.

Il est sûr, d'abord, que beaucoup de papes n'ont pas mérité cet éloge, et que d'autres ont fait, pour le mériter, très-peu. Il est sûr encore que le goût leur a souvent manqué, et que beaucoup d'églises, à Rome, sont loin de leur faire honneur. Si des papesse sont montrés pleins de zèle pour retrouver ou concerver les chefs-d'œuvre de l'art antique, beaucoup y ont mis grande incurie, et quelquesuns ont été des vandales. Quod non fecerant barbariy fecerunt Barberiniy disait-on sous Maffeo Rarberini (Urbain VIIl), qui bâtissait, lui et ses ne-

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veux, avec les plus belles pierres des vieux temples. Ces admirables cathédrales qu^on nous cite toujours, avec raison, comme les chefs-d'œuvre de l'art catholique au moyen âge, elles ne sont pas à Rome ni près de Rome. La statuaire, si faible, si nulle pendant cette période, fut aussi nulle à Rome qu'ailleurs, malgré de si beaux modèles. En peinture, en musique, Rome ne marqua point non plus d'une manière exceptionnelle. A la renaissance, son rôle, jusqu'à Jules II, fut modeste, et Léon X lui-même ne fit, nous l'avons déjà vu, que lui apporter de Florence une impulsion déjà puissante. L'impulsion, sous plusieurs des successeurs de Léon X, reçut peu d'encouragements; et, si Rome ensuite a joué, comme école de beaux-arts, un rôle considéreble, elle l'a dû bien moins au gouvernement papal qu'aux gouvernements étrangers, à l'attrait de ses monuments antiques, de ses souvenirs et de son ciel.

Mais, encore une fois, ces remarques importent peu. Quand nous devrions accepter sans réserve tout ce qu'on nous dit de la papauté comme patronne et mère des arts, nous n'en redirions pas moins que la question n'est pas là. Il s'agit pour l'Église, pour tout le monde, aujourd'hui, de la papauté institution religieuse ; il ne s'agit plus du

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tout de ce que les papes ont 'fait ou n'ont pas fait en cditîces, en tableaux, en statues. Des païens ont fait plus, et souvent mieux.

Des païens ont aussi fait plus, souvent mieux, que ce qui peut réellement être attribué aux papes comme ouvriers de la civilisation en général, et, dans beaucoup de cas^ l'unique .et triste conséquence qui serait à tirer d'un parallèle entre la Rome des papes et la Rome andque en ses beaux jours, — ce serait, osons le répéter, l'infériorité du christianisme.

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