‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 34 sur 46 · III. La papauté dans ses rapports avec le concile de Trente · texte numérisé non relu

III. La papauté dans ses rapports avec le concile de Trente

— Longs pourparlers préliminaires. — Frayeurs de la papauté sur ses droits et sur l'usage qu'elle en avait fait. — Terribles dénonciations en plein concile.

IV. 1542 et 1868. — La bulle de Paul III notablement plus chrétienne que celle de Pie IX. — Mais Paul III, en détail, ressaisit tout. — Dix-huit ans de luttes et de ruses. — Personne qui eût foi en l'œuvre étrange ainsi faite. — Comment la papauté eo a recueilli les fruits. — Audace, audace encore.

V. 1545 et 1869. — Le sermon d'ouverture à Trente. — Lumen papœ. — Vives réclamations. — Aujourd'hui, timides efforts des évoques pour se persuader qu'ils seront pourtant quelque chose. — Appel à saint Jacques. — Appel à la vieille théorie du corps unique. — Bon pour sauver, tout au plus, les apparences.

VI. Les couronnes à Trente. — Les couronnes, en 1869, éconduites. — Avait-on le droit de les éconduire ?

VII. Question de la présidence papale. — Est-elle nécessaire à la légitimité de l'assemblée ? — Longueur et formes diverses du débat. — Protestations, jusqu'au bout, contre l'opinion du pape. — Tout cela, aujourd'hui, est comme non avenu.

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Vlîl. La publication des décrets de Trente. -^Ctiri^^^^^ nromis et curieuse unité. - Frayeurs jusqu au dernier mo S. - Habileté des légats. ^ Un petit article remet tout entre les mains du pape. confirme

IX. Comment Pie IV acheva de tout "^^Ï^T tT« Ln^^ dT en juge souverain. - Il se réserve aJ)solumenl le droit dm-

terpréter les décrets.

X, Résumé sur lo régime papal.

Une singulière position est donc faite à tous ceux qui ne sont pas décidés, comme M. deMaislre, à étourdirleur conscience, et à pétrir r histoire comme le potier l'argile. Ce ne sont plus seulement certains faits qui les embarrassent; c'est la papauté même, Bès que vous n'en faites plus, comme Vultramontanisme. la source de toute lumière et de toute juridiction dans TÉglise, vous ne savez plus quelle place lui assigner logiquement, et même, abstraction faite de la crainte de lui déplaire, vous vous trouvez devant un problème insoluble. Voyez, encore une fois, Bossuet. Il représentera bien la papauté comme nécessaire à l'unité de l'Église ; il la rattachera bien, nous l'avons vu, à saint Pierre. Mais, cela dit, il ne sait, en quelque sorte, qu'en faire, ni que lui donner à faire. On sent qu'il la soutient

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parce qu'elle existe, parce qu'il sorait impossible à un évêquede ne pas la soutenir; mais elle pourrait disparaître qu'il n'y aurait pas, à ses yeux, un bien grand vide, nidansl'Église, ni dans le christianisme Bref, il la considère plutôt comme un grand fait que comme une grande institution basée sur des principes, et le fait lui paraît bien grand pour la place qu'il croit pouvoir lui donner dans l'ensemble de l'établissement chrétien. Gallicanisme, dira-t-on. Sans doute ; mais je parle des endroits où il veut être catholique, où il défend sérieusement la papauté, et c'est là que je suis frappé du peu de connexion qu'il parvient à établir entre le christianisme et la haute charge attribuée à l'évêque de Rome.

Laissons Bossuet, si l'on veut ; la même observation serait à faire chez bien d'autres, beaucoup moins gallicans, beaucoup moins hérétiques aux yeux des docteurs de Rome. Que délivres, que de sermons, que de mandements, jusqu'à ces dernières années, dans lesquels la papauté n'apparaissait presque pas ! Si M. De Maislre en fait le sujet de son livre, Lamennais, dans le sien, lalaisse dans l'ombre. Quiconque n'est pas spécialement appelé à

enparler,n'enparlepas.Dans les nombreux volumes de Massillon, de Bourdaloue, pas un sermon sur le pape. Même chez les controversistes, bien souvent,

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sUence absolu, ou peu s'en faut Ils «"t ^^^ protestants de se soumettre à l'Eg'-^;- parlent guère de se soumettre au pape. Le système

est complet sans lui. .;i „ » Hp

Encore une preuve, donc, de ce qud y a de

factice, de faux, et, en tout cas, de fiévreux, dans

• ce qui se passe aujourd'hui. Pas un suje, petit Tu '^and, 'dogmatique ou disciplinaire, po t^ue historique, social ou moral, que nos prédicateurs t ts'écrivains catholiques n'envisagent comme

lié à la question de la papauté , lié, diraitron , de telle manière que, lapapauté disparaissanMout dis

paraitraitavec elle. M. De Maistre avait dit « Sans ie pape, il n'y a plus de christianisme. . Beaucoup de catholiques trouvèrent cela un peu fort , ma. . depuis, ils en ont entendu bien d'autres. Nous chsions iiUeurs. parlant déjà de ce curieux eUt d choses, que Dieu, aujourd'hui, semble ne régner dans le ciel que pour qu'il y ait un pape a Rome. Nouspourrionsretournerridée etd.re:«D.,

aujourd'hui, semble ne régner dans le ciel, n exis ter même, que parce qu'il y a un pape à Rome. » Tout cela est donc nouveau ; tout cela étonnerait fort, non pas Bossuel seulement, mais beaucoup d'ultramontains d'autres siècles. Même aujourd hui, nous pourrions opposer à ce fiévreux verbiage la

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sobriété des auteurs qui veulent rester sérieux. Geuxi-Ià,quelque envie qu ils aient de plaire à Rome, la papauté n*est pas un sujet qu'ils aiment. Ils voudraient pouvoir la séparer de l'histoire des papes, source d'objections terribles; ils voudraient lui trouver des origines au-dessus de toute discussion, et, ne les trouvant guère, ils passent vite. Ils font ce qu'a fait Mœhler dans son habile Symbolique. Mœhler, si complet sur d'autres questions, ne dit presque rien de la papauté ; il la déduit en quelques mots du peu qu'il a dit de l'épiscopat, autre sujet que le système romain ne rend pas facile à traiter. € Si les évêques, dit Mœhler, doivent rassembler tous les fidèles en un seul troupeau, il faut qu'ils aient eux-mêmes un centre d'unité... Otez le pasleur suprême, et l'harmonie disparaît ; l'ordre est renversé... Si le successeur de Pierre n'eût affermi tout dans l'unité, nous aurions vu... etc. » — Voilà qui serait bon dans un catéchisme peut-être ; scientifiquement, il est clair que c'est de nulle valeur. Ce qui est clair aussi, c'est que, dans un livre tout scientifique, ou, du moins, affectant beaucoup ce caractère, si l'auteur n'a pas porté ce sujet sur le terrain de la théologie et des prificipei. c*ett qu'il n'estimait pas pouvoir le faire.

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Et comment, en effet, le pourrait-on, pour peu cm^on sache l'histoire du concile de Trente ? Une question devant laquelle ce concile a recule, de quel droit un théologien catholique se permettrait-

il de la trancher?

H est vrai qu'on se gène peu, quand le concile de Trente n est pas à la hauteur des hardiesses d'aujourd'hui , d^affirmer pour lui ou de passer outre. Il y eut à Trente, par exemple, de longues délibérations pour savoir si le sixième chapitre de saint Jean se rapporte à la sainte Cène, et, en particulier, si les versets où Jésus parle de manger sa chair, de boire son sang, peuvent être cités comme preuve de la transsubstantiation. La majorité eut la bonne foi de reconnaître ([ue le sens en est purement spirituel, et l'on ne mentionna donc, dans le décret sur la présence réelle, ni ces versets, m le chapitre. Allez maintenant à Wiseman, et vous verrez ce chapitre, ces versets, hardiment cites comme « la prenùère preuve de la vérité des doctrines cathohque. relativement à rEucharislie. .

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Même assertion chez M. Nicolas, chez beaucoup d'autres, et il va saps dire que l'infaillible gardien de la doctrine, le pape, n'a jamais songé à remarquer qu'ils contredisaient le concile. Tout pas en avant est permis quand il s'agit d'affirmer ce que les papes trouvent bon qu'on affirme.

A plus forte raison n'ont-ils jamais rappelé sur le terrain du concile de Trente ceux qui en sortaient pour agrandir, pour diviniser la papauté. Mais il n'en est pas moins curieux de constater comme elle est forcée, dèsqu il s'agit d'elle-même, de se taire sur ce concile qu'elle aime d'ailleurs tant à citer, « Que tous se souviennent, est-il dit dans l'Encyclique de 1832, que c'est au pontife romain qu'a été donnée par Jésus-Christ la pleine puissance de paître, de régir et de gouverner l'Église, comme l'ont déclaré les Pères du concile de Florence. » Pourquoi donc pas ceux du concile de Trente, cités, à quelques Ugnes de là, à propos derinfaillibilité de l'ÉgHse? Ah! c'est que, à Florence, sous la dictée du pape, la chose avait passé sans discussion ; à Trente, où l'on osa discuter, la papauté fut tout heureuse qu'on voulut bien ne rien décréter sur son compte. Le concile, sans doute, la mentionne, la reconnaît, et nous ne dirons pas qu'il se fût trouvé dans l'assemblée une seule voix pour l'a-

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^i PAPE ET CONCILE

bolir; mais, dogmatiquement, sur sa position dans l'Église, sur ses droits quant à la doctrine ou quant àradministration, — pas un mot. Oui, catholiques, pas un mot. Cet homme qu'on vous montre au sommet de la hiérarchie, — le concile de Trente, dans un long décret sur la hiérarchie, n'a pas trouvé moyen de le nommer. Vous le liriez, ce décret, d'un bout à Tautre, sans vous douter qu'il y ait un pape au monde. Des huit canons qui le suivent, vous en liriez sept sans vous en douter davantage; puis, tout au bout, vous en trouveriez un pour condamner Topinion que les évêques nommés par le pape ne soient pas de légitimes évêques, et, même là, il n est pas dit que ce soient les seuls

légitimes.

Les défenseurs de la papauté nous disent : c Si le concile ne l'a pas dogmatiquement définie, c'est qu'il lui a paru qu'elle Tétait bien assez, depuis longtemps, par Tassentiment universel des chrétiens. »

Mais, d'abord, !e concile ne s'était nullement astreint à ne parier que de ce qui avait besoin d'être fixé. Ses décrets, résumé complet de l'enseignement catholique, renferment beaucoup de choses surlesquelles, depuis longtemps, toute incertitude avait cessé dans l'Église. Aucune raison, donc, pour ne

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pas parler du pape, toute incertitude eût-elle en effet déjà cessé, parmi les catholiques, quant à sa position et à ses droits.

Observez, en second lieu, que les décrets du concile s'attachent toujours, de préférence, aux points attaqués par la Réforme. Or, qu'avait-elle plus attaqué que le pape? Sur quel point eût-il été plus naturel d'exposer la doctrine de l'Église, condamnant ensuite, selon la forme ordinaire des décrets, les négations ou afflrmations contraires? — Mais non. Dans celte vaste collection d'anathèmes, il n'y en a pas un seul contre qui niera la papauté.

Enfin, allons aux faits. Pour soutenir que, si le concile omit ce point capital, c'est qu'il ne jugea pas nécessaire d'en parler, il faudrait pouvoir dire qu'on décida d'emblée de le laisser de côté, et qu'il n'y eut aucune tentative pour lui donner sa place dans le décret relatif à la hiérarchie.

Loin de là. Dès la première présentation des articles sur le sacrement de l'Ordre, c'est-à-dire plus de huit mois avant la session dans laquelle on les publia, il est question d'en rédiger un sur le pape. Aucune formule n'est encore positivement proposée; mais personne ne paraît croire qu'on puisse se dispenser d'en chercher une. Parler du pape à l'occasion du sacrement de l'Ordre, c'est, aux yeux de

^^^ PAPE ET CONCîtE

tous, aussi naturel, aussi nécessaire que de parler de la messe à propos de rEucharistic.

Après cinq semaines de débats, durant lesquelles la question de la papauté n'est pas un seul jour séparée de celle du sacerdoce, le cardinal de Lorrame propose, pour en finir, deux canons, Fun constatant l'origine divine de Vépiscopat en général, Tauire condamnant l'opinion « que saint Pierre n ait pas été établi prince des apôtres, qu un souverain pontife ne soit pas nécessaire, etqueles successeurs de Pierre n'aient pas eu constamment la primauté dans l'Église. ^ Attaqué par les uns comme donnant trop au pape, par les autres comme ne lui donnant pas assez, cet article sert pendant un mois de texte à la discussion. Les légats l'envoient au pape; le pape y ajoute ce qui lui parait y manquer, et le renvoie aux légats. Dans cette nouvelle rédaction, anathème à qui dira « que les successeurs légitimes de saint Pierre n'aient pas été constamment les p(> res, les pasteurs, les docteurs de tous les chrétiens, et qu'il ne leur ait pas été donné par Jésus-Christ, dans la personne de Pierre, le plein pouvoir de régir et de gouverner VÉglise. . Et la discussion se poursuit, pendant trois mois, sur cette nouvelleeducation. Mais impossible, absolument impossible de s'entendre. Les fondements de la papauté semblent

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fuir devant qui les cherche ; un malaise profond s'empare de tous les évéques. Enfin, le cardinal de Lorraine retire ses deux articles, — et la question de la papauté sera omise.

Il demeure donc avéré que ni les évoques, ni les légats, ni le pape, ni personne, n'eut primitivement rintention de ne point faire d'article sur le pape ; qu'ainsi, comme nous Tavons affirmé, la seule cause de cette étonnante omission, ce fut l'impossibilité de s'entendre. Tous, sans doute, parlaient de la primauté du pape; personne, pourtant, ne proposa de sortir d'embarras par un article où l'on se bor^' nerait à la reconnaître [en gros : on sentait qu'il serait absurde d'englober sous un même mot les opinions profondément diverses qui s étaient fait jour dans le débat. Il est donc acquis à l'histoire que le concile de Trente n a pas osé ou n'a pu, après plusieurs mois de travail, rien enseigner sur le pape.

Et qu'on ne dise pas, comme on Ta dit, que tout le mal vint des gallicans, à qui le concile eut tort de céder. ■ Les neuf dixièmes des Pères, dit le jésuite Biner, s'accordaient à reconnaître la supériorité du pape sur le concile; et pourtant, sur les réclamations de quelques Français, on ne la déclara pas. » Neuf dixièmes, c'est beaucoup dire, bien que l'assemblée se composât, aux deux tiers, d'évéqucsita-

liens; proportion, soit dit en passant, que la cour de Rome eut grand soin de maintenir pendant toute la durée du concile, fort peu œcuménique, comme on voit. Admettons pourtant, si Ton veut, un seul dixième d'opposants. Une réflexion, d'abord, se présente : c est qu'il fallait que leurs raisons fussent bien fortes pour qu'une majorité pareille, dévouée au pape, vendue au pape, pourrions-nous dire, car beaucoup d'évèques italiens recevaient de lui une pension pour demeurer à Trente, n'eussent pas le courage de passer outre. A cette réflexion joignons un fait : c est que l'opposition ne se composait point uniquement de Français, et que même, à ce moment-là, chose étrange, ses chefs étaient des Espagnols. Le cardinal de Lorraine, venu comme chef des gallicans, avait passé aux ultramontains; les Espagnols étaient demeurés inébranlables dans leur catholicisme fougueux, terrible à l'hérésie, mais sîngulièrementpeu papiste. C'était rund'eux, Avos< mediano, qui avait le premier dit ouvertement que rintervention du pape dans l'institution des évéques est de droit humain, ecclésiastique, et, par conséqueni, ne saurait être de nécessité absolue. Des murmures, des battements de pieds , des sifflets même, raconte Pallavicini , avaient accueilli ses paroles, ce qui, soit dit encore en passant, n'était

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pas fort édifiant dans un concile; mais, de vote contraire, point. Plus hardi encore avait été l'archevêque de Grenade, Guerrero. Il déclara, celuilà, que tous les évêques, y compris le pape, sont égaux et frères, et que Tinégalitc de juridiction, purement ecclésiastique, est la seule qu'on puisse reconnaitre. Il cita tous les faits que l'histoire des premiers siècles fournit à l'appui de cette assertion. Il se railla, en particulier, de ceux qui avaient dit que les apôtres furent bien tous faits évêques par Jésus-Christ, mais que Pierre seul eut le droit d'en faire d'autres; il leur demanda s'ils n'avaient donc jamais lu le livre des Actes. Il se moqua aussi beaucoup de ceux qui disaient que les apôtres, avant de se mettre à l'œuvre, s'étaient fait ordonner évêques par Pierre. Il rappela, enBn, et analysa la fameuse lettre de Grégoire à Jean le Jeûneur. On murmura encore plus d'une fois, et très-fort; mais lui répondre par un vole, mais déclarer tout cela non avenu, on ne l'osa pas. Ainsi, tout ce que nous avons dit historiquement sur cette question , le concile de Trente l'a sanctionné par son silence, et le pape lui-même, Pie IV, par son empressement à trouver bon que le concile ne se prononçât pas.

Il se réservait. Pie IV, de prononcer lui-même, et alors, cela va sans dire, de ne plus s'inquiéter

Il •'

^ PAPE KT CONCILE

des objections. Un an après le concile, il public, dans une bulle, le serment qu'auront désormais a prêter tous les évèques. Ce serment, il déclare en avoir pris tous les articles dansles décrets deTrente, et, parmi ces articles, vous lisez : « Je promets et jure une véritable obéissance au pont.fe romam, vicaire de Jésus-Christ et successeur de somt Pierre le prince des apôtres. . - Le concile n a r.cn d.t de semblable ; mais le concile est dissous : personne ne réclamera.

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Mais une histoire bien curieuse aussi, c'est celle des relations entre le concile de Trente et les papes oui eurent successivement à le mener. . * Vingt-cinq ans de pourparlers avaient précède r ouverture, et le seul mot de concile était, a Rome, unobjet d'effroi; singulière preuve, assurément, de cette admirable harmonie qui régnait, nous dit-on, entre rÉglise et son chef. Cet effroi l«^^^

l'avoue. « De même, dit-il, que, dans la pupdle de l'œil, le moindre grain de poussière cause une

grande douleur, ainsi, quand il s'agit de choses d'un très-haut prix, les dangers les plus éloignés deviennent Toccasion des plus cruelles alarmes. » Or, ces alarmes ne portaient point sur la foi ; Rome ne pouvait douter que le concile futur ne fût unanime à damner dogmatiquement les protestants. Mais elle-même, mais ses droits, mais l'origine de tout ce dont elle était en possession, mais l'avenir de tout ce dont elle était en train de s'emparer, — voilà ce qu'elle tremblait qu'on ne se mît, dans le concile, à fouiller. Le concile de Bàle, cent ans auparavant, lui avait déjà cruellement dit la fragilité de son trône ; que serait-ce donc en ce siècle où tout était remis en question à la clarté de l'histoire, du bon sens, et de ce certain livre qu'il n'y avait plus moyen de cacher ?

Jamais donc, d'elle-même, Rome n'aurait convoqué ce concile ; jamais l'Église, unanime à le demander par la grande voix des peuples, ne l'aurait obtenu de Rome. Les souverains l'obtinrent, mais seulement lorsqu'ils en furent d'avance rassasiés, dégoûtés, par tout ce qu'ils avaient vu du mauvais vouloir et des finesses de la politique romaine.

On ne saurait dire, du reste, ce que la papauté redoutait le plus de voir examiner par le concile,

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^ P\PE ET CONCILE

ses droits, ou la manière dont elle en avait usé.

Comment, d'ailleurs, obtenir qu'on séparât les deux

q„rstions t Comment faire que ses droUs, même

L plus raisonnables, se présentassent sans l e^

frayant cortège des abus, des scandales don s

étJent devenus la source! Ces abus, ces scandales,

toute l'Église y avait trempé plus ou moms car

sous un gouvernement corrompu et corrupteur.

i .• f. =ni tout ce au'il peut ; mais chacun,

chacun tire a soi tout ce qu u f^" i

le moment venu, n'en est que plus prompt a dénoncer ce qu'il a vu faire aux autres et u,ut en définitive, retombe sur ceux ou celui dontledevoir eût été de combattre le mal.

Ainsien fut-il à Trente, et c'estcequ avaitcraint

la papauté. Avec ce qui fut dit en plein concile sur

les désordres de tout genre dont la cause première

était en elle, dans son avidité, dans son peu de s uc

du bien des âmes, dans son indulgence pour .ou

mal qui épargnait ou favorisait ses intérêts, dans

dlLt^ble's exemples qu'elle avait si souven

donnés au monde, dans cette omnipotence toujou

prête à servir quiconque la reconnaissait ou la payait, - avec ce que le concile, disons-nous, ^- L; entendre là-dessus de la bouche de tan devèques et de la part de tous les princes nous au rions la réfutation complète, écrasante, de presque

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tout ce qu'on va disant aujourd'hui à l'honneur de la papaulé au moyen âge.

Mais ne revenons pas sur les temps antérieurs; restons-en à ce qui concerne la situation respective du concile et de la papauté, et constatons le chemin

fait de 1545 à 1869.

Ce fameux décret de Constance que nous avons vu cité par Grégoire XVI en 1832, — Paul IIÏ, en 1542, n'aurait guère osé s'y appuyer; la bulle de convocation est d'une singulière humilité en comparaison de celle de 1868. Paul III parle du concile comme d'une assemblée souveraine qui devra, « ayant Dieu pour guide, consulter, délibérer, résoudre et exécuter au plus tôt toutes les choses qui seront jugées nécessaires. » Point de phrases sur la papauté, sur lui-même. Il se contente, au commencement, de dire qu'il est appelé « à diriger la barque de saint Pierre, » et, plus loin, en fixant la date du concile, il reproduit simplement la formule où les papes se disent revêtus « de l'autorité du Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit,

et des bienheureux Pierre et Paul. » Des ennemis de la papauté, des dangers de la papauté, pas un mot; il ue voit que les malheursde l'Église. Paul III, comme homme, était loin de valoir Pie IX -, mais sa bulle estincontestablement plus modérée, plus sage, plus religieuse, plus libérale aussi. Le pape du seir zième siècle se montre beaucoup moins hosule au mouvement moderne, qui vient de lui enlever la moitié de l'Europe, que le pape du dix-neuv.èmc. Mais, si Paul III paraît livrer toutes choses à l'autorité du concile, la suite allait montrer qu'il n'en était pas moins décidé à tout reprendre; l'histoire du concile de Trente n'est, en quelque sorte, que celle des habiletés infinies dont la papauté eut besoin pour ne pas en sortir trop effacée, et pour se retrouver, après, sur le chemin de l'omnipotence absolue. Que vous la lisiez, cette histoire, chez Sarpi, ennemi des papes, ou chez Pallavicini, leur avocat, l'impression, sur ce point, reste la même. Il n'y eut pas, dans ces dix-huit années, un seul jour de franchise, un seul jour d'accord véritable, un seul où pape et concile eussent réellement la conviction qu'ils donnaient aux mots le même sens, aux choses la même portée. Personne, du reste, ne s'y trompait, personne au dedans, personne au dehors. Les souverains avaient leurs ambassadeurs

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qui les tenaient au courant de tout, et qui n'avaient pas besoin d'être bien fins pour percer des secrets qui étaient ceux de tout le monde à Trente. Nous avons leurs correspondances ; quand nous ne les aurions pas, assez de choses nous seraient claires encore, et Pallavicini est plein de naïvetés précieuses. Son zèle pour la papauté lui fait trouver bons, admirables, tous les moyens dont elle usa pour rester maîtresse du concile; on sent qu'il rirait volontiers des bons tours qu'elle joua aux évéques, et qu'il répète avec bonheur, in petto, la mauvaise plaisanterie de ce prélat mécontent qui disait : « Le Saint-Esprit nous vient de Rome, tous les samedis, dans une valise ! » — En effet, il ne se vota rien que le pape n'eut dicté, et, toujours, sans en

avoir l'air.

L'Europe, quand elle ne s'indignait pas, riait aussi; satires, caricatures, pleuvaient sur le concile, et pas seulement, bien s'en faut, de chez les protestants. On se serait fait moquer de soi si l'on avait paru croire que les travaux d'une telle assemblée dussent avoir une autorité durable, sérieuse; les membres mêmes du concile avaient souvent fort peu l'air de gens ayant foi en leur œuvre. S'ils poursuivaient, c'était pour plaire ou aux souverains, qui leur demandaient de poursuivre, ou

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«Mil i'APf: et concilf.

ail pape , qui les pressait^ de finir , las qu'il était d'avoir sans cesse Tesprit tendu vers les mêmes dangers. Dans les derniers temps, la cour de Rome avait plutôt moins de craintes; mais elle B-avait pas, pour cela, plus de foi en l'œuvre commune de fixation des dogmes fit consolidation de l'unité, tant les débats avaient révélé de divergences là même où Ton se croyait d'accord, tant la papauté, en particulier, avait pàti et de ce qu on avait dit, et du silence dans lequel on s était enfin renfermé. Personne, en un mot, à ce moment personne qui parût se douter des avantages dont le concile allait être la source et pour l'Eglise et pour

la papauté.

On les a dus, ces avantages, à Taudacieuse habileté avec laquelle on a fait rentrer dans l'ombre toute l'histoire du concile, ne laissant voir que ses décrets, et, parmi ses décrets, que ceux dont on n'avait rien à redouter ni en discipline ni en dogme. On ne s'est pas contenté de laisser dans l'ombre; on a, au besoin, nié. Mœbler nie'les tâtonnements. L'Église catholique, dit-il, a la certitude immédiate des enseignements divins. « Si elle eût du parvenir à sa doctrine par les recherches, par l'examen, elle se fût contredite elle-même, el elle éiait mise au néant. » Elle y serait donc, à ce compte, puis-

AU DIX-NEUVIÈME SIECLE

que des délibérations durèrent trois mois, huit mois. D'autres nient, en gros, tout ce qui ne fut pas à l'honneur de l'assemblée ; un concile d'anges n'aurait pas été plus beau. Bref, le recueil des décrets est devenu comme un livre tombé du ciel, ou dont Torigine, du moins, se perdrait dans la nuit des temps. Le Concile de Trente^ ce tout si prodigieusement multiple, ce lent et laborieux produit de dix-huit années, de mille débats, de mille intrigues, do mille votations, et, en fait, de plusieurs assemblées dont les dernières ne comptaient presque plus aucun membre qui eût assisté aux débuts ; ce chaos, enfin, où la foi et la discipHne s'amalgamaient, de session en session, d'une si étrange manière, où toute proportion manque entre la longueur des décrets et Timportance des sujets, où l'anathème est tantôt ridiculement prodigué, tantôt timidement épargné, où des questions inabordables à rhomme sont résolues jusque dans leurs moindres détails , tandis que des questions tout humaines et toutes claires sont éludées ou laissées dans un vague complet, — ce chaos, disons-nous, on a eu l'art de le faire passer pour un tout complet et parfait; ce terrain mobile et tout de sable, on a trouvé moyen d'y asseoir, comme sur un roc, et le catholicisme, et l'Église, et la papauté

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3Pg PAPE ET CONCILE

• nni riix-huit ans, trembla de s'y enfoncer même, qui, dix-nuii du»,

brisée lin grand révolutionnaire a dit que le se e rde sa force était : Aurface, anrfac. encore l/«c« . Les extrêmes se touchent, et 1 immob e papauté, si elle nous faisait sa confession, ne dirait pas autre chose.

Mais, quand nous la voyons lancer triomphalement, aujourd'hui, cette convocation œcumeniqv^^ ;-ene lança, au seizième siècle, en trempant «o avons le droit de la ramener «7«"^«" /;;;. vieilles misères, et de lui demander ou elle a pr s ce qu'elle n'avait évidemment pas alors, au sorur

des siècles catholiques. ,. .„a„,ip

Quel bruit, à Trente, au début, quand 1 eveque de Bitontc, Cornelio Musso, chargé du sermon d'inauguration , s'avisa de '•«P'«^'^"'^[ J^ P;^! comme la source de la lumière qui allait se ^pa dre sur rÉ#se! Dans une apostrophe «n gnes des environs de Trente, il inv.t it le» r he , res bois, les torrents, à faire entendre a 1 un vers

. ci«e tout devait se soumettre au concile, foute

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quoi, disait-il, « on pourra dire avec raison que la lumière du pape est venue dans le monde, et que le monde a préféré les ténèbres à la lumière ». La lumière du pape! Lumen papœ ! L^effet fut si mauvais, que les légats durent presque désavouer Torateur. Quant à Pallavicini,rhistorien, il ne voit pas, dit-il, pourquoi Ton s'est tant indigné de ce mot lumen papœ. Ne sait-on pas que papœ, en latin, est tout simplement une exclamation, un /^e- /as/ Quoi de plus naturel, dès lors, que d'avoir dit : € La lumière, hélas ! est venue dans le monde, et le monde... etc.? » Pallavicini se moque de nous, c'est clair; mais il ne prendrait pas , aujourd'hui , la peine de se moquer. Il approuverait carrément le mot du prédicateur de Trente ; carrément il appellerait lumière du pape celle que le futur concile, reflet delà papauté, doit verser sur le monde. N'estce pas ce qu'on nous a dit, sur tous les tons, ces dernières années? N'est-ce pas ce qui résulte de la publication même du Syllahus, dont le concile n'aura évidemment qu'à développer les assertions ? N'est-ce pas ce que proclament presque tous les évéques, prosternés, dans leurs mandements, devant cette lumière dont ils se déclarent éblouis? Et, si quelques-uns paraissent ne pas éprouver au même degré cet éblouissement de leurs collègues, ils n'au-

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ront, à Rome, comme ceux-ci, qiume chose à faire; baisser les yeux el voler.

Beaucoup d'évèques, cependant , et des plus éblouis, n'ont pas pu ne pas s inquiéter un peu de la position faite à répiscopat dans ce concile; le pape lui-même, dans sa bulle, à côté des idées papales, uUra-papales, qui leur promettent un effaeement absolu, tàcbe de leur conserver 1 apparence au moins d'un certain rôle. Ils se sont mis a développer cela; ils ont tâché de montrer a leurs ouailles comme quoi les évoques, bien que votant nécessairement pour le pape et avec le pape, ne seront pourtant pas annulés comme assemblée delibérante et libre, ni même, individuellement, commeiugesdelafoi.MaisquedeF^^^^^^^^ que de circonlocutions pour dire cela sansebrecher cette autorité souveraine quele papes est réservée! L'évêque de Belley, par exemple, commence par déclarer qu'un concile n'était nullement indispensable, que le pape avait pleinement le droit de tout régler, de tout décider seul ; puis, ne vou ant pourtant pas dire que les évêques tiendront de lui, de lui seul, le droit de voter dans le concile, il se refagie derrière saint Jacques, évêque de Jérusalem, qui, dans le concile raconté au livre des Actes, non-seulement dit son avis, mais le dit en com-

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mençant par ce mot : « Je juge que... » Donc, dit courageusement M. deLangalerie : « Ces hommes que le pape réunit et consulte ne sont pas de simples consultants ou avocats, mais des juges ayant pouvoir et mission déjuger. > Ceci, nous le craignons fort, c'est plus que le pape n'accorde; il aurait, en tout cas, le droit de trouver ce raisonnement bien mauvais, car c'est un pur jeu de mots. Si vous allez au grec, vous verrez que saint Jacques a dit : Je juge dans le sens de : Je pense^ et qu'il n'y 'a pas là ombre de système ou d'intention. D'autres donc, plus prudents encore, se sont contentés de reprendre la théorie de l'autorité unique, vieille réponse aux objections protestantes sur l'incertitude du siège de l'autorité dans l'Église. L'autorité, disent-ils, est entière dans le pape, entière dans le concile, entière dans les deux ensemble. Un pape et un concile, ce ne sont pas deux autorités, deux sources de lumière; c'est la même lumière, la même autorité. Voyez l'Eucharistie. Jésus-Christ est tout entier dans le pain, tout entier dans le vin. Avec le pain seul, vous recevez Jésus-Christ; avec le vin seul, vous le recevriez également ; avec les deux, vous ne le recevez pas deux fois. Que le Saint-Esprit, de même, ait pour organe ou le pape seul, ou le concile uni au pajjc,

(••e«t tout un. A^oter avec le pape, pour le pape, ce n^esldonc point s'annuler; c'est exercer concurremment avec lui une autorité libre et souveraine. .

Il est permis de douter que cette métaphysique, bonne pour sauver, en théorie, la dignité de l'épiscopat, paraisse bien bonne, en pratique, à qui se verra forcé ou de voter contre sa conviction, ou de rompre cette unanimité que le système suppose. Peu la rompront, point peut-être. Mais plus le spectacle sera beau pour qui ne voudra voir que l'apparence, plus il sera triste pour qui s'enquerra des réalités et comptera les sacrifices faits. Les minorités considérables qui se dessinèrent à Trente sont embarrassantes, sans doute, à bien des points de vue; moralement, elles sont au moins une preuve que, malgré Rome, malgré un pressant besoin d'unité, l'épiscopal n'était pas encore façonné à abdiquer et à s'annihiler.

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Les souverains aussi avaient conservé leur mot à dire, non-seulement dans tout ce qui concernait

le concile en général, mais même dans la marche des délibérations, dans le choix et l'ordre des sujets. Ceci, — nous tenons à le dire, — nous ne l'approuvons, en principe, aucunement; s'il est triste que les évêques ne soient plus que l'ombre du pape, il était triste aussi d'en voir souvent, dans le concile, qui représentaient bien moins TÉglise que les intérêts et les passions de leurs souverains temporels. Mais, enfin, historiquement, notre observation subsiste, et, sans remonter aux temps où c'étaient les empereurs mêmes qui convoquaient ces assemblées, on pourrait demander de quel droit la papauté s'affranchit, en 1869, de ce qui était encore, au seizième siècle, l'usage universel de la cathohcité. C'était un abus, nous dit-on; et le mandement que nous citions tout à l'heure fait remar* quer, dans ce même concile de Jérusalem, la complète absence de l'autorité civile. Il est clair que l'autorité civile, alors juive ou païenne, ne pouvait songera intervenir; chrétienne, elle intervint toujours, et l'Église ne protestait nullement. Si l'Église prétend changer cela, il faudrait au moins que ce changement s'appuyât sur l'idée moderne de la séparation des deux pouvoirs. Mais, cette idée, Rome ne l'admet point ; elle la combat, au contraire, partout où elle a intérêt à la combattre. Elle demande,

pa'rtout où elle Vose. que le -tholicisme soU la re-^ Îigiondel-Étal-, elle réclame partou ou c est en core possible, non la protecuon «euleme-U ™ s rappi. les services, le dévouement de 1 utor^ civde. Si donc rien n'est changé, de ce cote dan «on système, dequel droit, répéterons-nous a-t-ellc Tange reste, excluant les souverains cathoUques t oute participation omcielle à la convocauon aux préliminaires, à l'ouverture, aux travaux du concL' Si ces souverains réclamaient, que pour- :Û1- répondre. Elle répondrait prob^lemen parrarticledusyllabusoùl^^-e.^^^^^^ vraie et parfaite société pleinement nor avons déjà vu que cette liberté, dans sa Pe^^^^ consiste à jouir de tous les d™^« ^« «"^^f „\';, clarés siens-, ajoutons maintenant : « Et a n être tenue à aucun devoir envers personne. .

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ce ne fut pas non plus une mince affaire à Trente, que de déterminer la pos.t.on de. le aU loyés de Rome pour présider cl d.r.gcr le

concile.

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Dès le début, une grave question se pose : leur présence est-elle nécessaire à la légitimité de l'assemblée? Dans le décret de la première session, les légats se tirent d'embarras en donnant au décret la forme d'un procès-verbal ; il y est dit que le premier légat s*est adressé aux évêques, qu'il leur a demandé s'il leur plaisait de déclarer le concile ouvert, et que tous ont répondu oui. Mais, pour la seconde session, il faut un décret véritable. Au nom de qui parler? Au nom de qui publier le décret? Au nom du concile seul, au nom du pape et du concile, au nom du concile et du pape? — car Tordre même, au cas qu'on nomme les deux, est d'une grande importance. Quelque forme qu'on adoptât, c'était toujours trancher, dans un sens ou dans un autre, une question que Ton sentait ne pouvoir trancher sans tuer le concile. La supériorité de cette assemblée sur le pape, — Paul III avait dit qu'il mourrait plutôt que de la laisser proclamer. La supériorité du pape, — on savait qu'en la décrétant, même en la laissant entrevoir, on s'attirait d'Allemagne et de France des protestations terribles. Une commission de cardinaux, nommée par le pape, à Rome, pour s'occuper de tout ce qui regardait le concile, avait longtemps cherché une formule de décret qui pût ne blesser

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personne. Elle croyait l'avoir trouvée « Le smnt concile de Trente, œcuménique et ge»-™'' ';; '\ «als présidant {pmsidentibus legaUs), iecveie...* La majorité parut satisfaite ; la minonté demanda. sinon un aveu positif de rinfériontc u pape d« „,oins «ne mention plus claire de l «ga^'^e des deux pouvoirs. On se défiait de ces mots prmtdenlibus Ijaiis; on craignait qu'au lieu d-'n/'.f ^■' ""^ simple présidence, ils ne fussent traduits ensuUe comme indiquant une présidence nécessaire m^spensable. C'était bien là, du reste, ce qu entendaient les Italiens. Il fut donc proposé de remplacer œc«- ^nénique par représentant l'Eglise universelle ; ei comme ces mots précéderaient la ment.on des légats, le concile risquerait moins de paraître t.re. ton autorité du pape. Un Italien traita^ de renani ceux qui soutenaient cette rédaction; c était, a vrai dire, uneépithète qu'on pouvait se donner mutuellement tous les jours. La majorité '°<=1'«»;^;«-

pendant à accorder, f^^^l^:Zt^l'Z mots; mais, sur l'ordre du pape, les »e»ais refuser.Bienplus:oneffaça«BCuW«et<;^»era

. A quoi bon ces mots? disaient les légats. N est- 1 pas suffisamment dit, dans la bulle du pape, que le Lcileest œcuménique et général? -Oui, repondait-on-, mais, dans la bulle, c'est le pape qui

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parle. Ne faut-il pas que le concile s'affirme aussi lui-même? » Les Italiens persistèrent; les deux mots restèrent effacés. Mais les opposants, la session venue, protestèrent en pleine cathédrale, et, à la session suivante, les deux mots leur furent accordés.

Mais la question de la présidence, le prœsidentibm^ comme on disait, continua d'agiter les esprits; et ce fut bien pis quand, plus tard, au prœsiden^ libus se fut joint ce qu'on appela le proponentibiis.

C'était en 1562, dans la première session de la troisième reprise du concile. On s'aperçut, mais trop tard pour protester efficacement, qu'après ces mots c les légats présidant » on avait glissé « et proposant » ; ce qui menaçait fort de vouloir dire qu'aux légats seuls appartenait de choisir et de proposer les sujets. En fait, c'est ce qui avait toujours eu lieu ; en droit, c'est ce que beaucoup d'évêques refusaient absolument d'accorder. Les protestations furent donc si vives, qu'il fallut, aux sessions suivantes, omettre ce mot malencontreux . Mais, comme il figurait dans le décret de réouverture, dominant ainsi tout ce qui se faisait dans le concile, les protestations continuèrent, et les légats durent consentir à mettre, dans le décret de la vingt-quatrième session, une note portant que ce mot ne devait pas

If. ^

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être entendu comme changeant rien aux anciens usages. — Encore une équivoque, car, selon les ultramontains, Tancien usage était précisément que tout vînt du pape ou de ses légats. Mais cette note n'en fut pas moins regardée comme une victoire

sur le pape.

Voilà ce que Fépiscopat osait encore, il y a trois siècles, contre la papauté. ïl frémirait, aujourd'hui, à la pensée d'en faire autant. Oser dire, oser insinuer que rassemblée de 1869 puisse être quelque chose indépendamment du pape, puisse être présidée par un autre que le pape ou que le légat du pape, ce serait une monstrueuse hérésie; et quand, d'ailleurs, le pape laisserait à rassemblée le droit de choisir son président, nul danger qu'elle ne s'empressât pas de choisir un homme tout au pape. Nul danger non plus qu'elle lui conteste, ou à ses représentants, le droit de choisir les questions. N'a4-il pas nommé, un an d'avance, des commissions chargées de préparer tout le travail ? Il est vrai que ces commissions sont, ditr-on, fort embarrassées, soit à cause des difficultés inattendues dont bien des questions se compliquent, soit par la difficulté même de préparer tout, de faire tout sans avoir pourtant rair de ne rien laisser au concile. Mais, pour peu que les apparences soient sauvées,

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le concile, on peut y compter, ne réclamera pas. Tous les ménagements, toutes les ruses dont la papauté eut besoin, à Trente, pour voiler son omnipotence, — elle en est, aujourd'hui, à peu près totalement affranchie.

Elle le sera aussi de l'embarras où elle se trouva pour publier les décrets du concile.

Comme ils ne lui étaient officiellement communiquésquaprèsavoirétéproclamés,àTrente,en séance

publique et solennelle, pape et concile se trouvaient dans une étrange impasse. Si le décret a besoin de la confirmation pontificale, que signifie cette proclamation publique? S'il n'en a pas besoin, pourquoi le pape aura-t-il à la donner? Comment la donnera-t-il sans déclarer, par cela même, que ce décret solennellement proclamé n'avait encore aucune valeur ? Aux trois premières sessions, comme il ne s'était point fait de décrets proprement dits, la difficulté put dormir; à la quatrième, impossible. Mais ce que, de part et d'autre, on redoutait le plus, c'était d'en venir à s'expliquer. Paul IH eût

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frémi à la pensée de provoquer des manifestations comme celles de Bàle ou de Constance, où Ton avait déclaré pouvoir se passer de la sanction pontificale ; le concile, de son côté, ne voulait ni rompre avec le pape, ni se soumettre ostensiblement à lui, car c'eût été renoncer à toute influence hors de Fltalie, et, en fait, aux yeux de toute TEurope, abdiquer. De là le compromis qui allait unir Rome et Trente. Le pape ignorera la proclamation solennelle; il confirmera les décrets comme si le concde n'avait fait que les préparer. Le concile ignorera la confirmation par le pape ; il continuera de proclamer les décrets comme définitifs et souverams. Voilà ce que fut, à Trente, l'union, l'unité entre le concile et le pape ; voilà ce dont on nous fait aujourd'hui le tableau comme d'une œuvre meffable et mystique de l'Esprit-Saint 1 Un compromis, une comédie dont le secret était celui de l'Europe; un nœud qui n'existait qu'à condition que les deux partis s'accordassent à l'ignorer.

Beaucoup d'évèques voulaient qu'il en fût de même jusqu'au bout. Le concile se séparerait; les décrets iraient à Rome ; le pape les confirmerait sans autre explication. Mais le parti romain avait remporté, chemin faisant, tant de petites victoires, qu1l voulut finir par une grande; il proposa que

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l'assemblée demandât elle-même au pape la confirmation de tous les décrets en l)loc, c'est-à-dire de Tœuvre entière du concile. Trois mois auparavant, c'eût été déchaînçr tous les orages. Mais beaucoup brûlaient de s'en aller ; entamer au dernier moment une pareille lutte, c'eût été presque de l'héroïsme. Peu donc se récrièrent avec quelque vivacité. On s'empressa de leur dire que la confirmation papale n'impliquait pas nécessairement la supériorité du pape ; que c'était simplement l'acte par lequel, comme chef du pouvoir exécutif dans l'Église, il prenait sous sa responsabilité l'exécution des mesures votées. Comme on ne demandait pas mieux que d'être persuadé, on le fut, et il n'y eut à la fin qu'un seul prélat, l'archevêque de Grenade, qui persistât à ne pas vouloir demander la confirmation papale. C'est là ce que M. de Falloux raconte poétiquement, dans son Pie V, comme une preuve éclatante de l'intervention divine. € Au moment, dit-il, où tout concourait au désordre, Dieu se montre... L'harmonie éclate, la lumière jaillit, et la chrétienté s'illumine. » Les légats n'en furent pas moins, jusqu'au dernier moment, dans de grandes transes. Ils se défiaient de la complaisance montrée par les chefs de l'opposition; ils redoutaient, pour la séance publique, des prêtes-

talions, un éclat. Il n'y en eut pas; mais ces craintes nous montrent à quel point tout réchafaudage

ctait fragile. . .

Ces craintes, du reste, n'avaient pas empêche les légats de pourvoir d'une autre manière encore au maintien de l'autorité de leur maître.

Quand les décrets furent lus en séance publique, on ne fut pas peu surpris d'entendre un dernier article ainsi conçu : « Déclare en dernier lieu le concile que, de quelques expressions et clauses qu'on se soit servi dansles décrets..., tout a été décrété de telle sorte que Tautorité du Saint-Siége soit et doive être considérée comme demeurant inlacle. » Uautoritédu Saint-Siège n ayant pas été définie, un tel article constituait le pape seul juge de ses propres droits, et, sans proclamer nettement sa supériorité sur le concile, lui donnait toute latitude dans l'interprétation et l'application des décrets. Il était clair, d'ailleurs, qu'on pourrait entendre^ cet article dans le sens ultramontain le plus pur. L'aûloriié du pape Y était représentée comme tellement au-dessus de toute discussion, qu'un concile ne pouvait avoir même la pensée d'y toucher en quoi

que ce fût.

Cet article donc, les légats l'avaient ajouté pendant la nuit. Maintes fois, précédemment, on l'avait

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repoussé. Il passa comme tout le reste. On murmura, mais on ne protesta pas.

Voilà comment le concile de Trente a reconnu la plénitude de Tautorité pontificale; voilà comment, sur ce point capital, la chrétienté sillumma.

Mais c'était assez pour que, le concile dissous, la papauté fut pleinement à Taise.

Le concile avait demandé — nous avons vu comment — la confirmation papale. Pie IV confirmera donc, mais en donnant à cette demande un sens que beaucoup d'évéques, bien certainement, n'y ont pas mis. « Après mûre délibération, dit-il dans sa bulle, ayant reconnu que tous ces décrets sont catholiques, utiles et salutaires au peuple chrétien, nous les confirmons en vertu de Tautorité apostolique, ordonnant qu'ils soient reçus et observés. »

Ainsi, ces décrets qu'il confirme, il ne les a pas reconnus seulement uliles et salutaires^ mais ca^ Iholiques; il les a donc jugés, souverainement

jugés, au point de vue de la foi comme ou point de vue disciplinaire. Il prononce, mais après mûre délibération. Il accorde; il aurait donc pu refuser. Que serait-il advenu, dans ce cas, de Tauloritê du concile? Question, pour nos ultramontains,

fort simple ; le concile, nous diront-ils, rentrait dans le néant. Mais pour quiconque n'est pas ultramontain, question terrible, question qui reviendrait sans cesse, n'était Tintérêt que tous ont h la laisser sommeiller.

Pie IV se pose donc nettement en supérieur du concile, en juge de ses décrets. Mais ce n'est pas encore assez. Quoique mené par le pape, le concile a pourtant voté, sous la pression de l'opinion, sous l'influence de la Réforme, des choses qu'on pourrait tourner contre le pape. On lui a bien fait ajouter, le dernier jour, qu'il n'entendait pas amoindrir l'autorité du Saint-Siège ; mais des gens pourront néanmoins venir, qui, s' emparant de tel ou tel article, cherchant ce que le concile a pu vouloir y mettre, s'en feront une arme inquiétante. Pie IV, à cette pensée, était allé jusqu'à se demander sli devait confirmer le tout, et, pendant plusieurs jours, il hésita. Plusieurs de ses conseillers hésitaient aussi. Un d'eux, enfin, Hugues Duoncompagno, lui suggéra l'idée de se réserver expres-

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sèment, dans la bulle, à l'exclusion de qui que ce fut, le droit d'interpréter les décreis.

Cela, c'était chose inouïe, même dans les annales du despotisme papal. On avait bien vu Nicolas III, quand la règle de saint François, fort ambiguë, menaça d'être un champ de bataille, s'en réserver l'explication. Dans un cas pareil, passe encore; mais publier lin code complet, tout neuf, de doctrine et de discipHne, et y ajouter, du même coup, |a défense d'en étudier le sens, — c'était le dernier pas possible dans l'asservissement de la pensée et de la conscience.

Il fut fait, pourtant, ce pas que l'on traiterait de fable si une bulle solennelle n'était là pour en faire foi. « En vertu de l'autorité apostolique, défense à tous, soit ecclésiastiques, de quelque rang qu'ils puissent être, soit laïques, de quelque autorité qu'ils soient revêtus, aux premiers sous peine d'interdiction, aux autres sous peine d'excommunication, défense, en un mot, à qui que ce soit, de faire sur les décrets du concile ni commentaires^ ni gloses^ ni annotations j ni scolies, ni interprétations quelconques. »

Personne, on le voit, n'est oublié, pas même ceux qui, un mois auparavant, s'intitulaient «le saint concile de Trente, légitimement assemblé sous la

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