M Ï*APE ET CONCILE
conduite du Saint-Esprit. » Les ecclésiastiques, de quelque rang quils puissent être, auront, comme les laïque?, à demander au pape dans quel sens ils doivent entendre les décrets.
Allez, après cela, allez reprocher au catholicisme de vous refuser le droit d'interpréter TÉcriture Sainte! Ce qu'il a lui-même mis à la place, ce qu'il a élaboré, calculé, pendant dix-huit années, — il ne s'en croit pas encore assez sûr pour Fabandonner à la conscience et à la raison des fidèles, même à la conscience et à la raison de ses ministres. Il le publie, ce code, mais avec une défense qui, bien observée, serait la défense de le lire, car il est clair que vous ne pouvez l'ouvrir, non plus que la Bible, sans risquer d'y voir, en quelque endroit, autre chose que ce qui convient au pape, et d'être, en conséquence, interdit si vous êtes prêtre, excommunié si vous ne Têtes pas, fussiez-vous d'ailleurs le plus pieux et le plus savant des catholiques.
Voilà donc, il est bon de le dire et le redire, car l'excès même d'un pareil despotisme empêche sou-
AU DIX-NEUYIÈME SIÈCLE
vent d'y croire et rend nos accusations invraisemblables, — voilà le joug sous lequel la papauté tient le monde. Un de ces empereurs, que le pouvoir absolu rendait fous, imagina, nous dit-on,.d'afilcher ses décrets tellement haut, que personne ne put les lire, et que, tous pouvant y avoir contrevenu, tous fussent en perpétuelle angoisse. Sous des formes plus graves, Rome a quelque chose de cette folie-là. Elle tient, dirait-on, à ce que personne ne puisse être bien sur de ne pas lui déplaire, de ne pas être, sur quelque point, hérétique; elle veut que chacun aille sans cesse au-devant des condamnations possibles, et, pour cela, multiplie les protestations d'obéissance. Elle veut ne voir autour d'elle, dans tout le monde catholique, que des gens à genoux et l'interrogeant du regard pour savoir ce qu'ils doivent croire, faire, désirer, craindre, aimer, haïr. Ce qu'elle a fait du concile de Trente, tournant à son profit d'abord l'ensemble, par cette confirmation où la souveraineté s'affiche, puis les détails, par cette hardie défense de les interpréter, — c'est ce qu'elle fait, hardiment ou habilement, selon les cas, poar toutes choses. Tout lui devient un précédent, une base. Ce précédent pourra rester inexploité quatre siècles, ou être invoqué après quatre jours. Rome a tantôt l'impatience fiévreuse de qui ne
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JJ6 PAPE ET CONCILE, ETC
pcul allendre au lendemain, tantôt la patience impassible de qui a les siècles devant soi. Ma.s, patiente ou impaUente, ses yeux ne quittent jamais le but; ses pas, grands ou petits, y tendent .mperlurbablement, - et voilà comment elle est arrivée à entraîner après elle, non le siècle, mais, maigre le siècle, malgré toutes les idées et tous les instincts du siècle, une armée de plus en plus aveuglement dévouée.