‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 4 sur 46 · È II · texte numérisé non relu

È II

»g PAPE KT CONCILE

auparavant, comme plus audacieuses et plus dangereuses que jamais.

Laissons ces vaines phrases, que les redacleurs de FEncyclique ne se sont pas même mquietes de mettre d'accord. Le grand rapprochement entre 1854 et 1864, le voici :

En 1854, pour la première fois, un dogme est créé par le pape. Non que les papes n'en eussent créé plus d'un; mais, jusque-là, c'était au nom de l'Église, et le droit de l'Église subsistait. Cette fois donc, en 1854, ce ne sera plus l'Eglise, mais le pape, le pape seul. Il réunira bien, autour de lui, deux cents évêques, mais en les prévenant, nous l'avons vu, qu ils ne seront point un concile. Queltjues prélats, peut-être celui dont nous avons parle, hasarderont quelques observations. On passera outre, et le fait accompli s'acheminera paisiblement a

devenir le droit.

Or, le fait tranformé en droit, — n'est-ce pas l'histoire des papes? C'est celle des rois. Créés primitivement par les peuples, ils arrivèrent tous, un peu plus tôt, un peu plus tard, à se dire régnant pardroit divin. Ainsi a fait la papauté pour chacun des pouvoirs que le temps, les circonstances, les hommes, ont remis ou laissés tomber entre ses mains; ainsi a-t-elle fait, en i8(U,non pour quelques

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détails de l'autorité papale, mais pour l'essence même de cette autorité.

Toute l'omnipotence que le pape ovaii exercée, en fait, dix ans auparavant, toute celle que des occasions moins saillantes, mais habilement exploitées, lui avaient permis d'exercer dès lors, — le voici donc, dans l'Encyclique, se l'attribuant ouvertement, et le mot de dogme est appliqué, pour la première fois, à la doctrine ultramontaine de la pleine puissance, divinement donnée au pape par Noire-Seigneur Jésus-Christ, de guider, de régir et de gouverner l'Église. Cette pleine puissance qu'il vient d'appeler un dogme, le pape ordonne de la considérer comme également pleine en toutes choses. Défense donc de penser que le pape ne puisse décréter seul un article de foi ; défense également de ne se croire obligé envers lui que par ses décrets de foi, et de ne pas recevoir avec la même soumission tous ses décrets disciplinaires, tous ses «jugements sur les droits et les intérêts de l'Église »

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Le résultat immédiat de cette dernière défense c'est de placer sur le même rang toutes les injonctions de l'Encyclique, toutes les condamnations dn Syllabus qui y fait suite. Ainsi, nier Dieu (art i") ou nier le pape ; nier la Providence (art. 2) ou ne pas être bien sûr (art. 75 et 76) qu'il faille au pape une royauté temporelle; être hégélien, panthéiste (art. l'% ou accorder (art. 18) que le protestantisme est une de& formes possibles de la religion chrétienne ; faire du Christ un mythe (art. 7) ou croire au salut des protestants et seulement l'espérer (art. 17); nier, enûn, toute révélation, toute religion (art. 4, 6, 7), ou élever le moindre doute sur un seul point de doctrine ou do fait déterminé par le pape, - c'est, de par le pape,

tout un.

Mais non, ce n'est pas tout un. Avec ce manque absolu de proportion qui caractéiise le style de ces étranges pièces, avec cette naïveté qui, en dep.t do la pompe des formes, laisse voir où sont les vrais soucis. — maintes fois la {jrossc épithète est pour

le péché anliromain, la phrase simple pour ce qui n offense que Dieu, ne compromet que le salut des âmes. On sent, dans ce dernier cas, je ne veux pas dire le métier, mais la tâche, la charge ; le pape en dit juste assez pour qu'on ne Taccuse pas d'oublier qu il s'agit du ciel. Mais, quand il s'agit de la terre, je veux dire de la papauté, de l'Église, droits méconnus, institutions menacées, — on sent, alors, un cœur plein, une sourde colère, colère de vieillard avec ses incohérences, ses redites, colère aussi, dirait-on, déjeune homme, avec toutes ses imprudences. Le Syllabus, quoique relativement calme, a des mots curieux, reflets évidents de cette colère. Le panthéisme et le naturalisme, — erreurs, tout uniment; les Sociétés bibliques, — invention pestilentielle. Maïs, dans l'Encyclique, c'est du premier mot au dernier qu'on est frappé de ce manque de mesure, de ce fébrile va-et-vient qui se heurte à tout, ébrèche tout. Deux fois, par exemple, le comble de la perversité des incrédules, c'est de s'associer « aux aberrations des hérétiques » ; — et voilà les hérétiques, gens qui croient, mais qui ne croient pas au pape, mis plus bas que ceux qui ne croient à rien. Ne parlons plus, si l'on veut, des épithétes, toujours fortes, toujours terribles, toujours tombant comme grêle sur l'idée ou l'homme

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à condamner. J'ai remarqué une autre chose. Tous ceux que le pape accuse d' -signer des err^^^^^^ il les accuse en même temps de mentn^ Qu est ce aue cela veut dire? Ceux qui attaquent 1 Évangile seraient donc, au fond, des chrétiens, et, ceux c^. attaquent le catholicisme, des cathohques Ca , eniin. mentir, c'est dire ce qu\)n ne pen.e pas.

. li^no H^nq ce mot. 11 est à, comme

Point de sens donc dans ce moi. u ^= ,

ailleurs tant d'autres, pour arrondir la phrase; ,'est un dernier coup de pinceau, ou de poignard ou d'épingle, comme on ^-^^ra Toujours es -^^^ nue c est bien peu digne, et que de pareilles boutldes sentent plus le prône de village qu une lettre iirfri et orbi.

Laissons ces misères. Le mot sur les Sociétés bibliques appellerait une observation plus grave

Je vois dans TEncyclique un certain nombre de citations. Combien de la Bible? Line seule, prise rfun psaume, et sans aucune portée dogmatique. Heureux le peuple dont t Eternel est le Dieu ^^ TEncvclique ne renfermait ailleurs, une seule fois,

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en passant, les mois Saintes Écritures, on pourrait la lire d'un bout à l'autre sans se douter qu'un livre existe qui est à la base de la foi dont elle se dit l'expression.

S'étonner de cette omission, ce serait naïf, car ce serait croire que le pape auraitpu, s'il l'eût voulu, appuyer TEncyclique sur la Bible. Il Faurait pu, sansdoute, pour les parties chrétiennes; mais, encore une fois, son cœur n'est pas là, et, d'ailleurs, on aurait alors trop remarqué l'absence de la Bible dans les parties romaines et papales.

Il est vrai que l'on peut, au besoin, payer d'audace, et c'est ce que fait le pape dans cet unique endroit où il nomme les Écritures, C'est l'endroit, en effet, ou il répète avec bonheur, après Grégoire XVI, qu'il y a délire à vouloir la liberté de conscience. Voilà ce que les Écritures, selon lui, enseignent, proclament. Où? Comment? Il ne le dit pas. Et pourquoi, après tout, s'inquiéterait-il de le dire? Puisque vous devez croire le pape alors même qu'il parle sans aucun appel à la Bible, comment ne le croiriez vous pas quand il veut bien vous dire que c'est elle qui parle par sa bouche? C'est l'avis de l'abbé Gerbet, dans son Coup d'œil sur la Coul rover se chrétienne, Sdon lui, citer l'Écriture, c'est faiblesse, c'est abandon de l'autorité de l'Église. Le

Concile de Trente, il est vrai, pensait autrement, et, partout où il peut citer l'Écriture, il la cite. Mais nous n'en sommes plus là. Allez au Syllabus, et vous lirez (art. 21) qu'à l'Église appartient le droit . de définir dogmatiquement que la religion catholique est la seule vraie ». Comme l'Église, aujourd'hui, c'est le pape, la traduction de cet article est nécessairement ceci : « Au pape appartient le droit de déclarer que le pape a raison, toujours raison, et il n'a que faire, dès lors, de citer l'Ecriture. »

Si le procédé est logique, romainement logique, ce n'en est pas moins un des traits de l'évolution doctrinale qui s'accomplit parallèlement à l'evolulion hiérarchique.

Il y a longtemps, sans doute, que l'Eglise romaine s'inquiète peu de la Bible; jamais pourtant on ne l'avait vue, à ce point, s'en dégager, s en passer. La pressurer, la tordre, c'était encore une espèce d'hommage, car c'était au moins reconnaître qu'une Église chrétienne a besoin d'elle. L Encyclique inaugura donc une autre ère, ouverte silencieusement depuis longtemps, ouverte avec éclat lors de l'Immaculée Conception, mais dont nous avons maintenant, dans l'Encyclique, lemann îesle, et, dans le Syllabus, le programme.

Du manifeste ot du programme ressort une reli-

AU UIX-NEt VlliUE SlÈCLi:

gioii dont l'évéque de Komc ne serait pas seulement le grand prêtre, mais le révélateur, le législateur, le prophète, plus que Moïse chez les Juifs, plus même que Mahomet chez les mahométans, car le Coran est beaucoup moins plein de Mahomet que ne sont pleines du pape, de sa personne, de ses droits, toutes les pièces venues de Rome depuis vingt ans. Mais, avec rÊncyclique de 1864, nous avons la consécration formelle, la définition, comme on dit, de cette suprême indépendance que la papauté s'attribue en regard de la Bible et de Dieu même; c'est le grand vassal arrivant à n*avoir plus au-dessus de lui qu'un suzerain lointain, un nom, une théorie, une abstraction. L'Encyclique est le dernier mot de la papauté sur elle-même, du vicaire de Jésus-Christ achevant d'éconduirc Jésus-Christ.

Voilà pourquoi celte pièce est à la fois nouvelle et vieille, pourquoi des gens en ont été étonnés, confondus, et, d'autres, pas du tout.

Je suis, quant à moi, de ces derniers. Je pourrais dire que j'ai connu rEncyclique avant qu*elle

PAPE KT «CONCILE

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tous les anciens droit. ° ° , apeiAbsur- L'Églises absorber, s'an-nt'r d^^lep ^^

dUé Lafoi -'^•-""^^'^'«^^ La "larnation d'un P^-^^f''::r;^ au ait dans sa .ainesétat de choses o« le paF ^^^^^^ ^^^ ^^^ ^^„.

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, dit bien plus que je 1^^^^^^^^ plus que je n'aurais cru pouvoi

AU DlX-NlilLVlÈME SlÈCLi:

Oui, je le déclare, quand on m'aurait permis de rédiger moi-même tout de bon le manifeste que j'aurais ensuite à combattre, je n'aurais pas osé le faire tel ; j'aurais craint d^étre injuste. Ainsi, à ce point de vue, je suis de ceux que FEncyclique a

surpris.

Elle m'a surpris dans les choses mêmes aux- . quelles je m'attendais, car jamais je ne me serais attendu à les trouver si crûment exprimées. Le pape a évidemment tâché de rendre impossible toute atténuation, tout arrangement de sa pensée. , Nous verrons qu'il n'a réussi qu'à multiplier les tours de force auxquels ses amis étaient condamnés, dès longtemps, pour l'excuser quelque peu devant

le siècle.

L'Encyclique m'a surpris aussi par bien des choses que je ne songeais pas à y chercher, non que je les crusse étrangères à la pensée du pape, mais parce que je ne croyais pas qu'il pût oser les dire. Puis, je l'avoue, il me semblait impossible que Pie IX, tout pape qu'il est, ne fût pas devenu, en quelque petite mesure, un homme de notre temps, capable au moins d'accepter certaines données de l'expérience et de l'histoire. « Dans cette famille Mastaï, disait Grégoire XVI, tout le monde est libéral, jusqu'aux chats; » et le futur Pie IX,

,,si noté, attendu assez longtemps le chap^^^^^ sais bien qu'aux yeux de Ovego.re XU on et-t 1 dlemenl libéral, révolutionnaire; mais enfan ce a prouve aumoins que l'archevêque Masta. eta.t p u EIl nue d'autres, plus éclaire auss. . Jamais donc e Je J etis atte;L à cette défense d'admettre ou quries papes aient parfois dépassé leur pouvo r SvLus, art .3), ou que leur pouvo.r n a,t pas e^ dÏÏles;renV.erstempsdcrEgl.se,ce.jua^^^^

«lus tard (art. 34). Jamais je ne me serais l.gure ; papTdu dix-neuvième siècle défendant de pense m que les méthodes scolasl.ques ne soient ; IseUlintes à toujours. Jamais Je ne a^^^^^^^^

L assez aveugle ou assez imprude po r Pclamer (art. 30) que le clergé ne do H Pas P V^^ d'impôts, que le clergé, soit au criminel, soit au ' , dou'uvoir (art. 31) ses tribunaux propres que le mariage civiln'est pas même un en t

cWil mais (art. 73) un contrat radicalement nul. i,enlin, quoique bien convaincu de son peu

de sympathie pour la civilisation moderne, jamais Ïn-aurais imaginé de formuler ce peu de sympajt n auia ^ o ^^ j^j.^j^g^ie qui clôt le Syllabus :

rrf«r,«è\tpo«Uf« romain puisse etdai^ LrécLliera.ecie progresse Hbcral^^^^^

emlisation moderne.

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

Cette phrase a paru si étrange, si énorme, que i'ai vu de grands ennemis du pape hésiter a la prendre dans son sens naturel. . Evidemment, disaient^ils, Pi« IX entend le libéralisme sans frein, la civilisation aux raffinements immoraux, le progrès enfin, comme le comprennent ceux qui en font une religion et le seul but de l'homme. » - Je voudrais le croire; je ne puis. Si la phrase dit cela, elle ne dit rien, et l'anathème tombe dans le vide. Qui a jamais dit que le pape dût se réconcilier avec le libéralisme incrédule, avec le progrès immoral? Qui a eu la pensée de lui demander dans ce <=ens, d'être de son siècle et de marcher? Encore un coup, s'il a dit cela, il n'a rien dit, et a

dernière des quatre-vingts condamnations du Syllabus, au lieu d'être la plus générale et la plus nette, n'enfonce qu'une porte ouverte, ne contred. quecequejamaisonn'adii. Non, non! point

d'équivoque. C'est bien à la civilisation moderne, au progrés, au libéralisme, au meilleur comme au plus mauvais, que le pape, en finissan.^^ a décoche «a dernière flèche. La preuve n'en est-elle pas dans tout le reste? Nous montrera-t-on une seule phrase, un seul mot, qui soitl'éloge, l'absolution seulement de la plus innocente idée moderne? Et ce derniet article n'est-il pas, de fond et de fortne, le couron-

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