‹ Pape et concile au XIXe siècle [microform]Chapitre 46 sur 46 · CHAPITRE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIEME

DERNIEU COUP D'OEIL

I. La papauté nous armant elle-niêtne du droit dft l'inlorroger. — A. quoi ello était condamiue par son existence même. — Nécessité d'ori^'aniser i'IIglise en monarchie, — le clergé en arniéo, et do multiplier les barrières entre le clergé et le pouple. — Les sacrements. — L'excommunication.

II. Avtc la papauté, les redressements sont impossibles. — L'infaillibilité. —Lo pape en est le premiet esclave. — Est-ce une excuse? — Les i^apes toujours poussant à toutes les rigueurs ({ue réclamait le système.

ill. Dieu jugera; Dieu a jugé. — Vie IX. —Nul droit, comme pape, à" des ménagements. - Il a accepte tout riiérilage, et Va déplorablemei-l enrichi. — Unité, mais dans l'erreur. — Unité, mais sous le joug.

IV. Mon règne n'est pas de ce monde. - Prophétie. — Mais raccomplisseraent peut tarder encore longtemps. — Racines profondes de la papauté dans les cœurs, même incrédules. — Les cadavres qui se promènent. — Qjielques vivants, mais on les tue, — Ce qu'on pensera, un jour, de ce qUB nous voyons.

La papauté s'était donné la charge de conserver le christianisme, et elle affirme, plus hardiment que jamais, Tavoir remplie; nous avons donc le

PVPEET C.ONCll.B

*"' . P ppmo responsabilité si haute-

droit de la ,tger sur - .^^^ ^^^ ^,^^^„,

ment assumée, et de lu. ae ^^^^^

point, ce qu'eue aMdec^^^^^^^^^^^

l'existence, nous d.t-ellc, aa.i ^^

,„„. ne permettrons v^sq^^-^^^^^^^^^

disant, comme on l a aut .^^^^ .^t un

été bon, au moyen •^f^V^''^ bien pu dispacentre visible, attendu qu 1 aurait b P

---"'"■'"^^'^::17:r•S;aLe a failli „,ents de cette JP^^- S e - ^^^^ ^^^^^^^

périr au moyen Jge. ^^ '^"^ . . -, .,,,aii plus ôtée ;K,s rien de sa divinité; et qu. ^^^ ^^^^ ,„.

i«e nonps» Oui l'avait plus meU' d eitmeu ::;rer5slesnis ont^^

aucun ««•■''^«'™;";.;;;i7,,Jr.que n'avaient-ils le leur, et, pour en faire l. l'-u . i ;„„ ,

pas sacrifté de ce qui s'opposa.u <^^^- ,,

que n'avaient-ils pas ajoute de q P.^^^ rendre possible! Ams., ^^^^J^ ^„ ,,„dues

la papauté a ordonnées, "\^^^^,^^,ons nécessaires, nous ne sonuncs que justes qu

l'en faisons responsable. demander

««- Ài\nn avant toui, »"' "^' Nous pouvons donc, Jvau j^.. j

,io «nn existence même, alieiation ui.j , raison de son ex »te ^^^^lUulion pr.m.-

considérable, et prolonae.

tive de l'Église. - Nous l'avons faif, n'y revenons

pas.

Mais elle était condamnée, par son existence même, à modifier ou à détruire tout ce qui eut été en désaccord avec ce grand changement. Son histoire, durant des siècles, n'est que celle de ce travail incessant, non pas pour se mettre d'accord avec le christianisme, car elle ne l'aurait pu qu'en abdiquant, mais pour le façonner selon ses besoins et ses vues. Organisaiion, discipline, dogme.*, tout va se mouler là-dessus.

Ainsi, en premier lieu, puisque l'Église va avoir un roi ou l'a déjà, elle sera, il le faut, une monarchie, une monarchie al)sohie, car cette royauté n'est pas de celles qui peuvent avoir à leurs côtés des institutions libres. L'évèque de Rome va être, non pas le chef, mais le maître et comme le propriétaire de l'Église. Il commencera par l'être en fait, et ses docteurs, après, démontreront qu'il l'est en droit. Mais il lui faut, à ce roi, une armée, et le clergé sera cette armée. Il le sera par son organisation et son esprit; il le sera par la séparation profonde que le célibat aura mise entre lui et le peuple, car toutes les raisons que peut avoir un conquérant pour vouloir des soldats (lui soient à lui, tout à lui, le pape les aura pour que le clergé soit à lui.

AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE

il*

Que le célibat doive-êlre, durant des siècles, la source des plus honteux désordres, peu lu. .mporte 11 veut la fin; il voudra, comme toujours, les

"Tlel voudra également dans ce qui regarde le cuhe, et, là aussi, son premier soin sera deever

des barrières entre le peuple et le elerge . Le Ma ire adit:.Buvez-entous.v-etlepapedecr2 que le vin de la Cène est pour les prêtres. L Lcn Le a dit de parler au peuple dans une langue qu. . comprenne, -et le pape décrétera l emplo dune langue morte, inconnue au grand nombre. L tenture se donne elle-même à tous. - et le pape décrétera qu'elle n'est donnée qu'aux prêtres. L Ecriture a diîque le sacrifice du Christ est -m^2lZ feit,-etlepapedécréteraquecesacnfice«J«je

renouvelle tous les jours. Ne f aut-.l F^ ^^^ ^ f f devienne un corps de sacrificateurs? Ne aut- d pas que son chef, héritier déjà de ^^^^l^^^'''''"'^ Issi du grand sacrificateur des ^-^^^^Z core s'il neùt jamais emprunté qu a 1 anc enne m ce qu'il ajoutait à la nouvelle !Ma.s.l s nqu^

tait peu de ne puiser qu'à une source pure, et, dan c t,e Rome encore pleine de souvenirs pa.ens 1 s^llîHe travailler qu'à lui rendre tout ce quele

avait perdu en arborant la croix. Usages, ceremo-

nies, fêtes, costumes, tout ce qu'on put adopter, on l'adopta, tout, jusqu'à la pluralité des dieux, car nous avons vu ce qu'il y a de sophisme à soutenir que les saints ne sont pas des dieux pour le peuple. Mais la hiérarchie et le culfe, ce n'est pas encore assez; il faut d'autres liens, et des liens qui aillent enlacer riionime dans toutes les circonstance: de sa vie, dans tous les besoins de son àme. Voici des sacrements nombreux, et Rome les dira indispensables, tellement que l'homme ne puisse plus ni aller à Dieu, ni rien recevoir de Dieu, ni prier, ni croire, ni appartenir à l'Église, ni vivre, ni mourir, sans l'intervention du prêtre. Voici, en particulier, la confession, avec ses exigences tyranniques, ses pardons mensongers, ses sécurités fatales, et c'est encore le pape ([ui revendiquera l'honneur d'être le centre du système, la source des absolutions. A lui le droit de pardonner les grands crimes ; à lui le droit d'exploiter cette grande et féconde invention du purgatoire; à lui le droit de faire couler à travers l'Église ce fleuve frauduleux des indulgences, où les peuples boiront, avec l'oubli des lois chrétiennes, l'oubli des plus simples lois de la morale ; à lui le droit d'ouvrir le ciel aux mauvais ; à lui le droit de le fermer, même aux bons, car il faut bien que l'excommunication papale, à moins d'être un

PAPE ET CONClU

*^' ■ •. W.nutéo envoyer en enfer quiconque vain brua sou réputée c J ^ ^^ ^^^^^.^

en aura été frappe- Ma^= ^ ^ ^^^ ^^ les

,e.ps terrible, ^^-^^J^^'^,,,,, «ne erreur papes en a.ent «se poj on ^^ „^^^^^^^

qui leur fut «ule, P""\»^;^ .,^,, ^e développer. ?dée qu'ils eussent uuc..a^i-

Partout où un germe «PP^^"; • i ,e prend tendre quelque fru.t. vo » P^P; J, ,,-.g„e. el soussaproteetion,qmlejlt^>^^^^^^

qui Varrosc, au besoin, aN(<»^

.p... avoir poussé toutes les d^.^^^^^^^^^^^

J. les redressements -M-" 1^^;;, „,,«.

nécessaire de son acuon de e ^^

Q„e VinfaiUibibte so.t ''-^l'''' , au

. nn rhet ou comme appaiicuai partcnant au «J^' j,-,. le pape en est

corps entier, F« '«^P vincarna-

10 représentant pemanen.^^ ^,.^^^.^^.^.,.^,

fois décidé ou ordmuie , c c=t '" ^ „„

ce vaste ensemble docirmal et disc.pnna

Al: DIX-NEUYIÈMR SIÈCLE

ne pont rien al)nndonner sans tout abandonner, puisque ce serait avouer qu'on s'est trompé, et renoncer à rinfaillibililé même. Sans lui, cette heureuse inconséquence serait encore possible; avec lui, elle ne l'est pas, elle le devient de moins en moins. Bien des choses flottaient il y a dix ans, il y a quatre ans, que le Syllabus a fixées, que le concile fixera nécessairement pour jamais. Lien du grandfaisceau, chef et sentinelle à la fois, il faut que le pape ait l'œil ouvert sur les plus petites concessions, car toutes seraient graves, toutes emporteraient le système, et lui avec; il faut qu'il arrête et condamne toute pensée de retour au christianisme évangélique ; il faut que tout ce qui a été sacré soit éternellement sacré. Mais il n'aura pas même, avec ses prêtres, à user souvent de son pouvoir. Us sont trop sous sa main, trop enlacés eux-mêmes dans Tensemble, trop intéressés à plaire au chef, trop convaincus que sa cause est la leur, et qu'il n'est, en définitive, que le premier esclave du système.

Verrons-nous, dans ce dernier fait, une excuse? L'esclavage des papes plaidera-t-il pour eux?

Nous aurions tort de n'en tenir aucun compte ; mais ce qui est certain, c'est qu'ils se sont montrés peu désireux de mériter cette indulgence. A peine en est-il deux ou trois qui aient paru, dans

PAPK ET CONCILE

,„„os rares cas , affligés ou effrayés de leur quelques rares ca^ b ^^^^^^ ^^^^ , ,.

rôle. «'-'-«; ;^^f,;;reux ou trois excepùons gnorons -, ^^;^^,, ,o„ re.pU sans au-

p.,3, t°"^ l°;;;;:;f '.^^^ ils «m apponé leur cune trace de regret, i ^.^^^^

nlprre grande ou petite, a l edihce, ou

pierre, gi <"■" „;„ ^p nieu- tous dsont eu des

déclaré bâti de la --"J^J^ ;. \^ ^..^ait l'ébran-

anathèmes POur qu^-^" ^ ^ ^^^^^ j,, eruau-

tes. Ah! cest ici s n devenue

pale! La persécution, ^'^'' ^'^^'^,^^^, ^a„.ais Ls VÉglise chrétienne ce qe^en^^^^^^

été chez les païens un s>s^m ^^^^^^^^^ ^^ normal etpermnnent. Je ne pa P ^^^^^ ^^^

""n:rStunv'a::c orgueU. L-.„-

* f ..t Hps efforts surhumains poui papes ont fait de ej o ^^^ ^^^^ ^^

Us ont souri a tou» 1 s ,^ . ^^^^

essai de 1°*''^"""" ' ' ^j.nt les mœurs du temps

que, tout ce que P^^'"^;^''^"' ^,^ ,„,si longrAnracpmenldes hereuqueb, c^i

pour 1 ecra e™«"^ ,,3 «^nures, que les

empsque les ?:^'''^''l guerres, bûchers, bûchers ontpu être ^^''^^' \, ' contre tortures, rien ne leur a paru trop rig

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qui osait parler d'avoir pour maître W.^^^^^ et non pas son vicaire. EU,nnez-vous, après c.la que le sang des martyrs criât surtout contre la pa lié! Étonnez-vous que des imaginations echau - Cs par les douleurs de l'exil, la fièvre des tortures ou L longue agonie des cachots, aient ramasse ::„:: elle toltcequelaBib.eoffraitdeprophet.es

effrayantes et de sombres malédictions .

IIÏ

Nous, nous ne voulons pas maudire. Dieu ju- JaD eu a jugé. Us sont arrivés devant lu,, tous gera,uicuaj o ,.,;,„s représentants sur ces hommes qui s étaient dits ses rcp la terre ; ils ont trouvé au pied du tribunal e Lrqu-^ls avaient égarées et les mart^^^^^

avaient faits. Heureux ceux qmP';^

. ^ Nmis nous étions trompes . nuuc moins : « Nous nous ^^^^^^^^

cru faire l'œuvre de Dieu . » r^i

• • . «n \P dire'... Encore une lois, uieu a qu, aient V^'^^^'^ aun,pourtant. que

jugé-, ^-^°°«-"°"^^'*;;;;'^i ,,,, avonsle droit de

Dieu n'a pas juge encore, ei uu

lui demander, à celui-là, s'il se ««uvien asse^'J '

se souvient même quelquefois, au milieu des adu

mû

lations et des adorations dont on Tenloure, que Dieu le jugera. En vain nous dirait-on que ce n'est ni un Boniface VIII, aujourd'hui, qui règne à Rome, ni un Grégoire VU, ni un Jean XXIIÏ, ni un Alexandre M ; en vain nous rappcUerait-on ce qu'il a fait comme prince — ce qu'il n'a pas su faire, devrions-nous dire plutôt — pour le bonheur temporel de ses sujets. S'il s'est montré parfois un ami du bien, tant mieux; mais il n'en est pas moins le pape^ et c'est la papauté que nous combattons ici comme illégitime en droit, comme funeste en fait. Et quel droit aurait-il, d'ailleurs, comme pape, à nos ménagements ? Quelle portion de l'héritage at-il répudiée ? Quelle parole est sortie de sa bouche qui ne fût pour glorifier le passé et pour enchaîner l'avenir ? Tout le pouvoir que lui rendait l'ambitieux réveil de son Église, il Ta employé à la pousser dans de nouveaux oublis de TÉvangile ; tous lessophismes dont elle a eu besoin pour se maintenir devant le siècle, il les a sanctionnés du haut de sa chaire infaillible. C'est lui qui a donné l'exemple de cette politique à double face que nous voyons prêchant le même jour, dans un même pays, s'il faut, et la liberté et Fintolérance, selon que ses amis ont besoin de Tune ou de l'autre, selon que le catholicisme est le maître ou ne l'est pas. C'est lui

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Ml

qui a repris hautement le patronage « Ç^^Jj;; 'd-action que quelques papes ava.ent plutôt neglge, superstitions anciennes, superst.uons no ve, • „ a. nous l'avons dit, il a m.s sur »es aut ^P'"^

de saints qu'on n'en avait fait depu.s longtemps . desainisqu develop-

!r a rroTb're et ,e Christ et le salut par

î Christ • il a redonné le signal des attaques

, RhlP cette . lecture empoisonnée .,

contre la Bible, ceue « pAnan-

a-t-il dit, des calomnies contre ceux qu. la repan

dent ces. ennemis de la société humame»,d

t^Cmes, enfin, contre qui osera ne vou^.r qu el^ Znv rèsle de sa foi. Ceci, c'était inévitable Vous poui «^^S'^." ... il faut que vous arriviez,

ave. quitte '.\^;"f'^'i;^,„i,.'n faut qu'un pas fût-ce maigre vous, a le rciu hors de la route vous force d'en faire un autre " un autre; il faut que vous augmentiez, e . C: les iours, le fardeau déi. é.^an^^^^^^

prédécesseurs vous ont mis sur le» «P^^'^^ ''' '

.,. vous en veniez à anathématiser, non pas des que vous en ven ^^^

hommes seu cment. mais le u\ 11-" '

rriions seulement, mais la conscience et la des OP'" °" trembliez à tout progrès

pensée; il faut que vo émancipation

■ ie l'intelligence humaine a tou^ em « P du cœur, à toute aspiration ver. un id.al l

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élevé que votre échafaudage de pratiques ; il faut — ce sont vos docteurs qui l'ont dit comme leur idéal à eux — il faut que vous arriviez à régner sur des cadavres. Oui, vous êtes la clef de voûte, mais la clef de voûte d'un tombeau.

Tous les raisonnements qu'on pourra faire sur la nécessité d'un chef suprciae [lour coiiserver la foi et pour maintenir l'unité, ce n*est pas nous qui les réfutons, c'est l'histoire, c'est la papauté elle-même, pour peu qu'on ose voir ce qu elle a été, ce qu'elle est, ce quelle sera nécessairement jusqu'au bout. Quand l'unité romaine ne serait pas l'unité dans l'erreur, pourrait-on la vouloir au prix de ce qu'elle a coûté, de ce qu'elle coûte? Ce qui n'a pu s'établir qu'avec tant de fraudes et de sang, ce qui n'a pu durer que par la force ou par la ruse, ce qui ne se maintient, aujourd'hui même, que par des compromis sans fin ou par l'étouffement de toutes les libertés, ce qui a peur également de la parole de l'homme et de la parole de Dieu, — ce serait là ce que Dieu a voulu pour son Église ! Ce serait là ce que le Christ a annoncé en disant : Mon rèijne n'est pas de ce monde !

Cette parole ne peut pas ne pas être une prophétie; un jour, elle sç lira sur les débris de la papauté renversée. Mais nous ne sommes pourtant pas de ceux qui se figurent la papauté tombant demain, le catholicisme après-demain. Nous ne lui fournirons pas le facile triomphe de venir nous dire : « Je vis; où sont vos pronostics? » Nous savons trop ce que le système tout entier a encore de racines dans les replis du cœur humain, et nous n'avons que trop vu, de nos jours, comment il les y enfonçait. De plus en plus, c est la religion facile ; de plus en plus, par les progrès du culte de la Vierge, c'est la religiosité succédant à la religion, l'effacement de tout ce qui déplaisait, dans l'Évangile, au cœur humain. Comme autorité, c'est le plus large oreiller de paresse offert à quiconque est bien aise de trouver sa foi toute faite et son salut tout fait; comme parti, c'est la plus vaste et la plus serrée des coteries, offrant à l'esprit de parti, dans tous les rangs, sous toutes les formes, une inépuisable pâture; comme

^^^ pape kt ciinciif.

gouvernement , c'est un champ ouvert à toutes les ambitions, et leur offrant à la fois toutes les séductions des régimes les plus divers. Monarchie absolue, voici une cour, voici un prince disposant de faveurs sans nombre; féodalité, voici une foule de petites cours, de petits princes, maîtres aussi d'élever, d'enrichir; république, voici un état de choses où tous peuvent arrivfr à tout. Amour, crainte, confiance, défiance, tout concourt à consolider l'unité; prêtres, laïques, hommes, femmes, grands et petits, gouvernements et peuples, le catholicisme papal les tient tous par les libres les plus intimes de ce vieux cœur qu'il se garde bien de changer. Il les tient croyants; il les tient encore incrédules, car,le lien de la foi brisé, il en reste, sous ce régime, cent autres. Oh ! non, la papauté ne tombera pas de si tôt, et, fùt-elle chassée de Rome, elle a encore pour longtemps à faire des Syllabus, à convoquer même des conciles, s'il lui plaît de jouer encore à ce jeu. Ce sont de ces agonies qui peuvent durer des siècles.

Mais que nous importe, en somme, et le moment ell'heureî Dieu règne, et l'usurpation cessera. N'estce pas déjà un châtiment que de pouvoir ainsi aller encore, et longtemps, quand c'est à condition d'affirmer toujours davantage s.'s erreurs, ses étran-

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gel«s, ses misères ? N'est-ce pas une mort déjà que cette vie t II V a quelquefois des cadavres qui se promènent. Dante vous le dira. Il avait vu chez les morts, disait-il. des gens qu'on voyait encore sur la terre, qu'on croyait vivants, qui croyaient l'être. Effrayante image de ces vies qui ne sont plus la vie, parce qu'elles ont cessé d'être ce que Dieu voulut en les créant ! Dieu, pourtant, a été patient. Longtemps il a permis qu'une vie chrétienne véritable circulât encore à côté de tant d'erreurs et de corruptions. Mais, ce levain céleste,, Dieu s'est lasse de le mêler à la pâte qui ne voulait pas s'en emparer ; il vous abandonne aujourd'hui à l'entraînement impitoyable de vos principes cl de vos traditions. Notre siècle a vu les derniers de ces chrétiens encore bons catholiques. Embarrassés, dépaysés dans cette Église de plus en plus ultramontaine et papale, ils n'aspiraient cependant encore qu'à mettre à son service leur zèle, leurs lumières, leur foi, leur influence; ils demandaient seulement que la vieille barque de saint Pierre tendit ses voiles un peu moins du côté des passions humaines, un peu plus du côté de l'esprit de Dieu, — et, pour toute réponse, on les a jetés par-dessus bord.

Un temps viendra, croyez-le, où votre Eglise rougira d'avoir oublié à ce point, aux pieds d'un

homme, sa dignité de grande Église et l'honneur du chef invisible. Un temps viendra où cette page de l'histoire du monde, si bruyamment et si triomphalement écrite par les ardents soldais qui se croient arrivés, avec leur chef, à la domination universelle, ne sera plus, pour le chrétien comme pour le philosophe, qu'un triste et curieux sujet d'étude. Le concile qui va s'ouvrir ne pourra qu'y ajouterquelqueslignes, curieuses aussi, tristes aussi.

La logique a^cs lois ; la Providence a ses décrets. La logique, la vôtre, vous pousse en avant, toujours en avant; Dieu choisill'heure où elle sera brisé.-, et où sa logique à lui, celle de la vérité, reprendra possession du monde.

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