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CHAPITRE II

CxVXOBIO, GIRALDI, PORTICO 15G1-1572

I. Le procès Carafa. — Réouverlure du concile de Trente. — Invitation des souverains caLlioliques et dissidents. — Canobio destiné pour Moscou. — ■ Ses instructions. — Hosius y ajoute une mission politique. — Cliances douteuses de succès à Moscou. — Difficultés à prévoir en Pologne. — EU'orts de Hosius pour faciliter la mission moscovite. — Canobio à Cracovie. — Conseils du nonce Bojigiovanni. — Appréhensions de Hosius. — Canobio à Yilna. — Accueil gracieux de Sigisniond-Augustc. — Délai fatal. — Maladresse de Canobio. — Procédés do Radziwill. — Lutte avec Padniewski. — Renseignements de Kromer. — Nouvelle lutte entre Radziwill et Padniewski. — Le roi refuse à Canobio le passage pour Moscou. — Explications diverses. — lïlcliec de Canobio à Kœnigsbei"g. — Dernier échange d'idées.

II. L'ambassadeur da Mula nommé cardinal. — Disgrâce à Venise, crédit à Rome. — Giraldi charge d'une mission secrète à Moscou.

— Ses instructions. — Anomalie dans le litre d'Ivan IV. — Histoire de la mission résumée par Possevino. — Giraldi arrêté en Pologne.

— Dépèches de Commendoiie. — Giraldi arrêté à Venise. — Détails personnels.

III. Pic V, ty])0 d'un nioine-pontilc. — Sélim II déclare la guerre à Venise. — Ligue contre les Turcs. — Lettres de Venise à Ivan IV.

— Bonne opinion à Rome sur les Moscovites. — Vincent del Porlico, nonce de Pologne, destiné pour Moscou. — Ses instructions.

— On ignore à Rome les excès sauvages d'Ivan, l'institution de l'opritchnina, les massacres périodiques, le sac de Novgorod. — Porlino s'ouvre sur la mission moscovite au roi de Pologne. — Physionomie de celui-ci, ses tergiversations, sa lettre à Hosius. — Deux prêtres expédiés successivement à Moscou. — Préparatifs de voyage de Portico. — Il envoie à Rome les relations de Schlichting et des ambassadeurs polonais. — Pie V renonce au projet moscovite. — La bataille de Lcpanlc. — Devlet-Ghireï aux portes de Moscou. — Nouvelles lettres de Venise à Ivan IV.

L'clecliûii d'an nouveau pape, le 25 décembre 155!), était le signe avant-coureur du sombre procès des Ca-

lafa. Les neveux de Paul IV avaient étonné le monde parleurs scandales et provoqué des haines implacables; la mesure était comble, une répression nécessaire. Le consistoire du 3 mars 1561 fut de sinistre augure, les cardinaux inclinaient à la clémence, pas un mot ne tomba des lèvres du pape. Pie IV avait signé d'avance et muni de son sceau une cédule qu'il remit au gouverneur de Piome, avec ordre de l'ouvrir le lendemain. Le pli fatal portait la peine de mort : le 6 mars, dans les prisons de Tordinone, le bourreau trancha la tète au duc de Palliano : le cardinal Carlo Carafa fut étransrlé le môme jour au fort Saint-Ange. A la vérité, quelques années plus tard, les dossiers furent revisés : Pie V cassa tardivement les rigoureux arrêts.

Cette cause dramatique et retentissante, que Rome entière suivait avec une curiosité mêlée d'effroi, n'absorbait pas cependant Pie IV au point de lui faire oublier les intérêts généraux de l'Eglise. La grande affaire du moment était la réouverture du concile de Trente, déjà deux fois interrompu. L'opinion catholique réclamait hautement cette mesure, on sentait le besoin de réagir contre l'invasion protestante, de parfaire une œuvre qui promettait des résultats importants et durables. Le neveu du pape, cardinal Carlo Borromeo, auquel l'éclat de ses vertus valut plus tard l'honneur des autels, était, par sa tournure d'esprit, la pureté de son zèle, l'austérité de sa vie, le vrai représentant de la réaction catholique au seizième siècle. Son influence à la cour pontificale était prépondérante, les préparatifs du concile rentraient dans son ressort; il mit au service de cette cause toute l'énergie de son caractère. Or, d'après les idées et les mœurs de l'époque, un concile général supposait la convocation, non seulement des évêques, mais celle aussi des souverains, soit catho-

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liques, soit dissidents. Des démaithes furent faites dans ce sens auprès des différentes cours et., dès le mois de mars 1561, tandis que Rome s'agitait sous le coup du procès Carafa, à la Aeille du fatal dénouement, on décida qu'un envoyé spécial se rendrait auprès du « duc de Moscou*». Borromeo s'y croyait obligé en conscience ; à trois siècles de distance, c'est assez piquant de voir un saint cardinal inviter au concile de Trente le tsar orthodoxe de Moscou ; les contemporains eussent été moins surpris, toujours est-il que l'empereur Ferdinand P"" approuvait hautement cette mission^; Commendone, diplomate pontifical en renom d'habileté, était persuadé qu'elle réussirait à merveille, que l'accueil du tsar serait, pour le moins, des plus bienveillants 3. Restait à faire le choix de l'envoyé, à se concerter avec l'empereur qui s'intéressait au succès d.e l'entreprise, et avec le roi de Pologne, jaloux d'être au courant des affaires moscovites.

On avait en vue deux candidats : Zacharie Delfîno, évêque de Pharos *, déjà accrédité auprès des princes d'Allemagne, pour les gagner à la cause du concile, et Giovanni-Francesco Mazza de Canobio. Les brefs pontificaux furent rédigés en leur nom, en double exemplaire ; le choix définitif, sauf l'approbation de l'empereur, était réservé au cardinal Hosius, investi de la pleine confiance du pape, son représentant à Vienne, et chargé de la haute direction de l'affaire moscovite ^.

1. Arcliives du Vatican, Lill. priitc, 1555-1565, p. 113, Borromeo à Coimnendone, i mars 1561. La lettre ne fut expédiée que le 7 mars.

2. Arcliives du Vatican, Lett. di scgr., 170 A, p. 23 v., Borromeo au nonce de Pologne, 9 avril 1561.

3. Bibliothèque Barberini, LXII, 58, p. 59, Commendone à Borromeo, Anvers, 10 mai 1561.

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