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veau protecteur et tic son dernier appui. A dater de cette époque, ses traces disparaissent complètement; on ignore jusqu'aux réponses qui lui furent données à Rome; |)eut-éti-e prél'éra-t-on laisser tomber l'affaire d'elle-même pour s'épargner des explications inutiles et pénibles. En 1570, Pie V avouera sincèrement ne pas savoir pourquoi les projets moscovites ont échoué sous le pontificat de Jules III.
Le lecteur a maintenant sous les yeux tout le cours de la mystification depuis son origine jusqu'à son dénouement : les rôles ne sont pas difficiles à saisir, et la part des responsabilités peut désormais se faire.
Les premières combinaisons émanent évidemment de ilans Schlitte. Ses allures sont celles d'un aventurier plus hardi que méchant. La conversion de Moscou devient entre ses mains une affaire politique et un moyen (l'exploitation. Avec les mêmes projets, il s'adresse successivement à un empereur catholique et à un roi protestant, ce qui suppose une souplesse peu commune de caractère ou une forte dose d'étranges illusions. Le <'omte d'Eberstein reste dans la pénomÏDre : simj)le bailleur de fonds pour l'ambassade projetée de Moscou, il u"a pas été dans le cas de délier les cordons de sa bourse. Le plus intéressant des trois personnages est .Jean .Steinberg. Ses relations antérieures avec Schlitte sont du domaine de l'inconnu, peut-être avait-il rendu <les services à l'ambassadeur à court d'argent, car, malgré les obligations onéreuses, celui-ci semble plutôt le favoriser, en l'élevant aux fonctions de chancelier, en le chai'geant d'une mission importante. Les procédés de .Steinberg, ses démarches à Home, son dévouement à la cause, son insistance, trahissent une bonne foi imperturbable, voire un certain fond de naïveté. Il semble absohunent convaincu de tenir entre ses mains les des-
tinées de Moscou, celles presque de toute l'EuroiJC et du monde. j)ourvu ([ue le pape accorde à Ivan la couronne royale.
De fait, l'affaire moscovite revêt, grâce à Steinberg. une forme occidentale. L'influence du nonce Pierre Bertano a pu être considérable sans qu'elle se laisse toutefois déterminer exactement. La maison d'Autriche n'attachait pas d'importance exceptionnelle à ces négociations, des appréhensions mal fondées pouvaient seules y voir, de sa part, un piège tendu à la Pologne. Dès le début, Charles-Quint se place au point de vue exclusivement religieux, il y reste fidèle jusqu'au bout. Aussi, à peine averti des fâcheuses conséquences qui seraient à craindre, il se désiste sans regret de la protection accordée à Steinberg; rien ne prouve mieux l'absence de toute arrière-pensée.
A Rome, on n'avait pas d'opinion arrêtée sur le chancelier de Moscou. Les vigoureuses protestations du roi de Pologne, l'abandon de Charles-Quint, durent porter une forte atteinte au prestige de Steinberg, peut-être un sentiment de méfiance s'empara-t-il de la cour pontificale après les premiers épanchements. Ainsi s'expliqueraient le bon accueil fait d'abord aux propositions moscovites, la promptitude à les écarter en face des obstacles.
Sigismond-Auguste est la principale victime de la mystification. 11 n'admet pas de doute sur les prétentions moscovites; c'est son intime conviction qu'Ivan, par des promesses trompeuses, aspire à la couronne royale. Pour conjurer le danger, des mesures rigoureuses et efficaces lui semblent nécessaires et il ne recule pas devant les moyens extrêmes, ainsi parait au grand jour le système politique de la Pologne visà-vis de Moscou à l'endroit des rapports avec Rome.
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Dans ces révélations se concentre l'importance historique de ce curieux incident.
Quelle était, se demandera-t-on enfin, dans tout cela la part d'Ivan? peut-on lui supposer des velléités d'union avec le Saint-Siège, l'ambition d'être couronné par le pape? Les documents ne fournissent pas, à cet égard, de preuves convaincantes; les patentes de Schlitte sont d'un mutisme parfait; quant au diplôme de Steinberg, il a été délivré à l'insu d'Ivan et ne saurait passer pour l'expression de sa pensée personnelle. Le prince de Moscou semble plutôt avoir complètement ignoré les projets grandioses que l'on agitait en son nom auprès du pape : en effet, dans sa correspondance avec Grégoire XIII, en 1581 et 1582, Ivan en appelle aux relations de Vasili, son père, avec Rome, il remonte jusqu'au concile de Florence où siégeaient des évêques russes; tout ce qui peut passer pour une avance faite naguère au Saint-Siège se presse sous sa plume, toutefois ni Steinberg ni Schlitte ne sont jamais mentionnés. Mais peut-être ce dernier avait-il des commissions verbales qu'on n'a pas osé confier au papier, et dont le commettant lui-même a perdu le souvenir? Rien n'autorise une conjecture si peu conforme aux mœurs du Kremlin et aux idées d'Ivan. Nous sommes à l'époque brillante de son règne : le pope Sylvestre et Alexis Adachev ont une influence prépondérante à la cour, ni l'un ni l'autre n'est suspect de partialité pour le Saint-Siège; à la tête de l'Eglise russe se trouve le célèbre métropolite Macaire, aux yeux duquel les Latins ne sont que des apostats; en 1547, l'honneur des autels est accordé au métropolite Jonas, adversaire implacable d'Isidore qui avait signé à Florence le pacte d'union avec Rome; le concile de 1551 publie, sous le nom de Stoglav^ tout un recueil de décrets sanctionnés par Ivan, où respire à chaque
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page, dans les moindres détails religieux et administratifs, l'ancien esprit moscovite; on y rencontre jusqu'à des insinuations contre le fantôme de l'hérésie latine '. Ivan lui-môme, à l'occasion de la prise de Kazan, en 1552, fait grand étalage de ses sentiments orthodoxes. L'attachement à la foi de ses pères dure autant que sa vie malgré le désordre de ses mœurs : c'est au patriarche de Bvzance qu'il demande la confirmation de son titre royal, les désastres militaires ne le feront pas fléchir. Effrayé par les victoires du roi de Pologne, Stéphane Bathory, Ivan provoque l'intervention de Grégoire XIII pour obtenir la paix; mais, en dépit d'une lettre ambiguë, il reste inébranlable sur Tarticle de la religion. Lorsque Tenvoyé du pape lui en parle, l'affaire est remise jusqu'après la conclusion de la trêve ; celleci une fois signée, il n'y aura guère que des discussions orageuses et stériles. Supposer Ivan lY plus accessible et plus conciliant au moment de sa gloire qu'à l'époque de ses désastres, c'est méconnaître complètement son caractère.