PossEvi.No, lu Tiansilvaiiia, ms., p
2. Pour la suite des négociations jusqu'au l^"" janvier 1580, voir les dépêches de Caligari des 7, 8, 20 septembre, 4, ô, 7 octobre, 4 novembre 1579 (Archives du Vatican, Polonia, XVI, p. 283, 290, 307, 313, 331, 335, 3'i3, 38G) ; Theiner, Annales, III, p. 68, 69, 72 à 74, 661 : TouRGuÉNEv, I, p. 274 à 289; Heidensteix, Bc bcllo mosc, p. 141: Kniga fjosolslt., II, passim.
le même jour, 20 septem])re, et dans le même sens. L'affaire leur paraissait trop importante pour être traitée dans le tumulte des camps, inutile par conséquent que le nonce se dérangeât. Zamojski annonçait le retour prochain du roi à Vilna ; et le roi, renchérissant sur Zamojski, insistait sur le mauvais état des routes et la longueur du voyage. Au cours de l'année, on avait déjà plus d'une fois donné à Caligari des réponses évasives, lorsque ces matières épineuses tombaient sous sa plume. Cette fois, on pouvait se flatter de mieux réussir, la négociation s'engageait sérieusement, le nonce avait un bref du pape l'autorisant à intervenir en vue de la paix avec Moscou et de la ligue à organiser. Au seizième siècle, auprès d'une cour catholique, un habile diplomate était avec cela suffisamment armé, si ce n'est pour triompher de tous les obstacles, au moins poui* obtenir des réponses catégoriques ; mais la malchance poursuivait Caligari.
Après avoir brillamment terminé la campagne de 1,379, Stéphane se dépécha de rentrer dans ses Etats, à cause de la diète imminente. Le 5 octobre, le nonce eut à ^ ilna sa première audience. La veille, il avait causé longuement avec Zamojski. Une guerre européenne contre les Turcs souriait au belliqueux chancelier, pourvu qu'on eût le temps de s'y préparer et que tout se fit en secret. Quant à la mission moscovite, il se retranchait dans une discrétion parfaite, ne voulant rien hasarder sur les rapports avec un souverain trop habitué à violer ses serments, et contre lequel la Pologne devait se mettre en garde. Ces allusions faisaient prévoir l'issue de l'audience royale. Elle fut longue : Bathorv avait ses moments d'expansion où sa parole débordait comme un lleuve, il se montra, du reste, aussi fin que courtois. Prince catholique, à l'offre flatteuse de diriger
une croisade, il ne pouvait répondre que par des protestations de noble et filial dévouement, trop heureux s'il pouvait mettre sa vie et ses Etats au service du Saint-Siège, et voir sa patrie hongroise délivrée du joug ottoman. Mais avant de s'engager dans une si rude entreprise, ne laudrait-il pas s'assurer que les garanties du succès sont suffisantes ? En développant cette pensée dans sa dépêche du 5 octobre, Caligari, sur le désir du roi, n'hésite pas à requérir un mémoire rédigé en latin, où serait exposé le plan de guerre oftensive contre les Turcs, avec l'énumération des princes qui y prendraient part, et l'effectif" de leurs armées, le nombre des galères et des vaisseaux de transport pour soldats, munitions et provisions; en outre, on y mentionnerait les conditions de la ligue, les mesures à prendre contre l'instabilité et lafuria des Français, capables de tout compromettre, les moyens d'apaiser la guerre des Pays-Bas, qui pourrait arrêter le roi d'Espagne; enfin, on fixerait le montant des subsides, le nombre de chevaux et de soldats à lever en Pologne. Bathorv se réservait de faire des observations, de donner des conseils dictés par l'expérience militaire, après quoi la diète eût prononcé en dernière instance. Le roi ne refusa pas non plus son concours à la mission de Moscou, sans cacher toutefois son désir que l'envoi du messager fût différé jusqu'après la diète : d'un jour à l'autre, on attendait, soit le retour du courrier Lopacinski, soit l'arrivée d'un ambassadeur russe. Au cours de l'audience, le vainqueur de Polotsk laissa tomber quelques paroles menaçantes à l'adresse de son rival ; avant d'attaquer les Turcs, il espérait avoir raison des Moscovites, car les forces d'Ivan, disait-il, ne sont pas aussi considérables qu'on le pense, une révolte peut facilement éclater dans sa capitale, les meilleurs capitaines
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russes ont disparu, et sur les trois survivants de quelque renom, l'un manque d'expérience, l'autre de dévouement, le troisième n'est pas heureux à la guerre. Revenant ensuite aux projets de ligue, Bathory s'étendit longuement sur la manière de se battre avec les Turcs, dont il faut exténuer les chevaux par des marches et des contre-marches, avant de livrer bataille ; sur les ruses de guerre des Tatars, qui attaquent avec vigueur, simulent la fuite et reviennent à la charge en lançant des nuées de flèches. La prise de Constantinople ne semblait pas difficile à l'intrépide guerrier, pourvu qu'on assiégeât la ville par terre et par mer à la fois; il regrettait profondément que les alliés de Pie V n'eussent pas continué la campagne après la journée de Lépante, deux ans auraient suffi pour détruire à jamais la puissance de l'Islam. Telles étaient les opinions et les vues de Bathorv en 1579. Le nonce ne manque pas de les consigner dans sa dépêche, en suppliant, deux jours après, le cardinal de Côme de n'en rien révéler à son prédécesseur : Laureo était mal vu à A'arsovie ; il s'était vanté d'avoir écrit une histoire contemporaine de Pologne, au grand déplaisir de Zamojski, qui s'en plaignait tout haut; les relations de l'ancien nonce avec les ennemis du roi éveillaient les soupçons, la plus légère indiscrétion pouvait être fatale, les Turcs avaient des intelligfences dans le pays.
Ces précautions judicieuses ne dissimulaient cependant pas l'échec de Caligari. Il n'avait obtenu de nouveau (ju'une réponse dilatoire : dilatoire, quant à la guêtre ottomane, car le mémoire exigé par le roi ne pouvait être livré de si tôt, et les conditions de la ligue ne se laissaient pas improviser à la hâte ; dilatoire surtout, quant à la mission moscovite, que le capitaine vie-
torieiix, mais dénué de ressources, remettait, non sans motif, jusqu'après la diète. En effet, les représentants de la nation avaient seuls qualité pour voter les impôts, et l'argent a toujours été le nerf de la guerre. Convoqués à Varsovie, le 23 novembre, les bruyants comices de la libre Pologne furent aussi orageux qu'à l'ordinaire, mais plus fertiles en résultats pratiques. Bon gré mal gré, les fiers magnats s'inclinaient devant les gloires militaires de Bathory; Zamojski, le prince de la parole, en imposait à la petite noblesse; unissant leurs efforts, le roi et le chancelier enlevèrent les suffrages de la diète. L'esprit belliqueux, assoupi sous le règne de Sigismond II, se réveillait parmi les Polonais; la conquête de la Livonie , celle peut-être de Moscou, séduisaient les plus timides, et l'idée aventureuse faisait son chemin ; Zamojski prévoyait que les peuples conquis seraient taillaliles et corvéables à merci, tandis que les vainqueurs ne payeraient plus de grosses contributions ; avec toute l'autorité de sa haute position et de ses talents, il adjurait ses compatriotes de ne pas laisser s'échapper une occasion unique de profit et de gloire : la diète convaincue vota les subsides. Bathory y ajouta quelques sommes puisées dans son modeste trésor. Son frère Christophe lui envoya, à défaut d'argent, des fantassins hongrois. Se trouvant ainsi, à l'issue de la diète, dans des conditions plus avantageuses, le roi de Pologne ne se montrera-t-il pas moins accessible aux insinuations pacifiques du Saint-Siège?
Fidèle à son programme, Rome, en ce moment, n'en pressait cependant pas l'exécution. On n'avait point, la suite le prouvera, d'idée nette et précise sur les origines de la guerre eptre Russes et Polonais, sur la gravité de ses motifs, sur la valeur des droits en collision ; questions singulièrement complexes que Caligari tran-
c'hait d'un seul mot, quand il ne répétait pas les versions polonaises. Dans les victoires de Bathory, érigeant des églises, fondant des collèges, Grégoire Xlll ne voyait que triomphes de la foi et progrès de la religion, il l'en félicitait avec une effusion paternelle et, sur le déclin de l'année 1579, lui décernait la toque et le glaive, bénis selon l'usage dans la nuit de Noël, et offerts tour à tour aux princes les mieux méritants. Les encouragements belliqueux s'alliaient, dans l'idée du pontife, avec le désir de la paix; quelques victoires décisives eussent provoqué des négociations, hâté leur marche, préparé le terrain de la ligue. Caligari agissait sur place dans le même esprit, tempérant l'enthousiasme par la prudence. Il exhortait les évêques à prier pour le succès des armes polonaises, composait lui-même une formule spéciale d'oraison, se répandait en congratulations devant le nouveau Récarède ; mais reprenait, à la première occasion, son refrain pacifique, sans se laisser décourager ni par les projets de guerre discutés à la diète, ni par le courant de l'opinion publique.
Pareille occasion se présenta à l'audience dont la dépêche du f'' janvier 1580 donne un fidèle résumée Le langage de Bathory est loin d'être le même, du 5 octobre au jour présent la différence est frappante : c'est que le roi désormais ne doute pas de l'appui de la diète. Aux allusions à la guerre contre les Turcs, il répond froidement que les obstacles paraissent insurmontables : les Perses s'avouent épuisés, le roi d'Espagne ne songe ({u'aux Pays-Bas, la Pologne risquerait de se trouver isolée. ^lême réserve à l'endroit de Moscou : au lieu de s'en tenir à la procédure officielle, le nonce est engagé à se mcllre en rapports avec Chérémétev, un des plus
1. Arciiives du Vatican, Polania, XVII, cifra di Caligari^ 1^'' janvier 1580.
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marquants prisonniers moscovites'. Or. Moscou ne transigeait pas sur les formalités, et personne n'ignorait en Pologne que des pourparlers non autorisés par le Isar seraient considérés au Kremlin comme nuls et non avenus. L'idée prédominante de Bathory se laisse facilement saisir, un aveu formel s'échappe de ses lèvres : pas de bonne paix avec Ivan, dit-il à Galigari, si ce n'est les armes à la main. Assurément, ces procédés ne correspondaient pas en tous points aux vues de Rome; toutefois le nonce crut devoir user d'une extrême condescendance, il ne souleva pas d'objections, son but suprême eût été d'amener Ivan à demander l'intervention du Saint-Siège, personne ne prévoyait encore les démarches spontanées que provoqueraient les péripéties de la guerre. Bathory, de son côté, dut savoir gré à Galigari de laisser les événements suivre leur cours et de ne pas trop insister sur la croisade anti-ottomane. Pour le moment, les bonnes grâces des Turcs n'étaient pas à dédaigner. Elles auraient permis de lancer les Tatars contre Moscou, l'envoyé polonais agitait cette question à Constantinople-, mais le roi se gardait bien d'en souffler mot et se renfermait dans de vagues affirmations.
Sur ces entrefaites, Galigari, ayant été nommé évèque de Bertinoro et prévoyant la fin prochaine (h' sa nonciature, ne demandait pas mieux que de la terminer brillamment, lorsque des événements d'un caractère intime et personnel vinrent paralyser son action et compliquer les aftaires. Bien p(;u de jours avaient suffi à l'époux d'Anne Jagellon pour se convaincre, s'il en avait
1. Fedor Yasilicvitch Cliérérnétev, fait prisonnier à Sokol, «jcbeté par Ivan IV en 1582, boiar en 1584, dans la suite moine sous le nom de Féodoritc.