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et les aspirations générales de conquête permettaient de prendre des mesures plus radicales, sans que Ton se crût obligé aux mêmes égards envers Caligari, l'iné- Inanlable adversaire de la veille. Ainsi l'entrevue avec Ghérémétev, qui lui avait été promise, n'eut pas lieu et le prisonnier moscovite quitta Varsovie sans emporter de commission pontificale. On le disait très obstiné dans ses préjugés religieux, son intervention n'eût peut-être pas amené de bons résultats. En même temps, des amis dévoués insinuaient au nonce que ses efforts pour réconcilier deux rivaux, en train de vider leur querelle par les armes, ne seraient pas vus de bon œil à la cour, et qu'il valait mieux y renoncer pour le moment. Quinze jours après, le 18 février 1580, Caligari déclare formellement au cardinal de Côme qu'il se voit obligé d'abandonner cette affaire, parce que les relations avec Moscou sont suspectes aux yeux du roi et du chancelier, et qu'il se contentera, à l'avenir, d'observer et d'attendre l'occasion opportune ^

11 tint parole. Bathory avait toujours à lutter avec des difficultés financières malgré la libéralité de la diète. Les longues campagnes d'hiver épouvantaient les plus braves, ceux qui suivaient de près les phases de la guerre découvraient parfois des pronostics alarmants. Dans le courant du mois de mai, les pessimistes redoutaient « une paix ignominieuse avec Moscou w, Caligari s'attendait à un châtiment de celui qui avait si souvent refusé l'intervention du pape et arrêté l'expédition du

1. « I/amicitia nostra et prattica co' Mosco è sospeUa a Sua Maestà et al cancelliere, pero non vedo via di far alcuno frulto, pur staro su la vedelta et, con la grazia di Dio, spcro di non essere estinto, ma si hene di esser sopito. » Archives du Vatican, Poloriia, XVII, p. 70; voir aussi les dépêches du 'il janvier, 2, 13 mai, 28 août 1580, ibidem, p. -}2, 215, 239, 'i57.

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bref à Ivan. Aussi s'empressa-t-il d'écrire et de faire dire au roi que, sous les auspices du Saint-Siège, une réconciliation se ferait avec plus de dignité et même avec plus d'avantage, à cause des faveurs que l'on accorderait à la Pologne, mais qu'il fallait avant tout apaiser la colère du ciel et mettre en Dieu son unique espoir.

Trois mois après, une nouvelle échappée parut s'ouvrir. Des circonstances imprévues rajjprochent la Suède de la Pologne, il est question de s'unir contre l'ennemi commun, Ivan IV. Initié à ces secrets diplomatiques, Caligari se propose de travailler activement à la réussite de l'alliance projetée et il ajoute négligemment, comme pour acquit de conscience, qu'à l'issue de la campagne le gué sera tenté : si le roi de Suède se montre plus conciliant que Bathory. le bref du pape sera envoyé à Moscou par Stockholm.

Les événements marchaient plus vite que les desseins du nonce. Aucune suite ne fut donnée, pour le moment, à ces différents projets. De spécieux prétextes écartaient l'intervention pontificale, le plan grandiose de Grégoire XÏII se trouvait ainsi compromis, entravé, et. dans tous les cas, retardé. Le chef présomptif de la croisade s'engageait dans une nouvelle guerre contre un j)rince chrétien; l'union, sous un seul drapeau, de tous les adversaires de l'Islam, devenait impossible. S'il faut apprécier à leur juste valeur les intentions généreuses du pape, on ne saurait non plus reprocher à Bathory de n'y avoir pas correspondu avec plus d'empressement. Prévenu contre les Moscovites, confiant dans son étoile, victorieux jusque-là, jaloux de remplir ses serments, outragé dans son honneur, traité par le tsar de voisin et non de frère, il ne se pressait pas de sacrifier des avantages conquis à la pointe de l'épée.

Lu prochain avenir justifiera les appréhensions de Balhory, tout en ouvrant au pape un vaste champ d'activité. Encore quelques mois, et ce n'est plus Grégoire XIII qui engagera un roi catholique à déposer les armes, le tsar orthodoxe enverra spontanément son messager frapper à la porte du Vatican et demander l'intervention romaine pour conclure la paix avec Bathorv.

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