JOS
PAPIERS D’AUTREFOIS
elles constituent la partie immortelle de ce forcené dossier d’imprécations, de cet ardent libelle né dans l’exil, au souffle des rafales marines, en face et pourtant bien loin des côtes de la patrie.
Un commentaire littéraire et politique n’est pas de mise ici, et nous nous l’interdisons systématiquement. Il est oiseux de s’extasier, après tant d'autres, sur les rares beautés d’une œuvre de passion où tout n’est pas emportement et haine rancunière. Mais ce qui nous retient, nous modernes lecteurs, plus rassis et plus résignés aux fluctuations des régimes et aux convoitises des partis, ce sont moins les assauts de la diatribe individuelle lancée contre ces morts, contre le prince-président et ses minisires, flétris dans leurs mœurs et accusés par le proscrit de toutes les débauches et de toutes les vilenies, que les vers ajoutés par le poète en des heures plus calmes, vers sublimes comme un coup d’aile dans l’azur, ou rafraîchissants comme une brise du large; que ces échappées où nous voyons poindre devant nos yeux ravis des profils de grèves familières. Témoin l’admirable tableau — absent des données primitives de la pièce — qui clôt une des plus lui muses invectives que jamais bouche humaine ait proférées ( Châtiments , VI, 5), et qui justifie le litre : Eblouissements :
01 1 ! laissez! laissez-moi m’enfuir sur le rivage!
Laissez-moi respirer l’odeur du flot sauvaee !
LES MANUSCRITS DE VICTOR HUGO
Jersey rit, terre libre, au sein des sombres mers;
Les genêts sont en fleur, l'agneau paît les prés verts;
L’écume jette aux rocs ses blanches mousselines;
Par moments apparaît, au sommet des collines,
Livrant ses crins épars au vent âpre et joyeux,
Un cheval effaré qui hennit dans les deux!
Si Victor Hugo, se corrigeant, aime à étendre, par des développements partiels et successifs, les endroits de son poème qui lui semblent trop brièvement ou un peu platement traités, il lui arrive, par contre, d’arrêter, de couper, pour y mêler des alinéas secondaires, un développement d’ensemble venu tout d’un bloc, et qui, réflexion faite, lui paraît trop long. Cette loi peut se constater, par exemple, dans Le Satyre , Aymeriüot , Zim-Zizimi, Sultan Mourad. Il veut ménager l’intérêt, intriguer le lecteur ou l’auditeur, retarder et faire désirer la fin, la préparer au moyen de circonstances graduées qui en facilitent l’intelligence et en corsent la valeur. Ainsi, Aymerillot , récit très simple en lui-même, fort maigre quant au fond, séduit par la variété du ton des interpellations, insinuantes ou vives, par lesquelles l’empereur à la barbe fleurie tâche de décider ses preux, qui manquent d entrain, à prendre Aarbonne, cette belle fille au piquant corsage. Après s’être mis - — en pure perte — en Irais d éloquence, il se fâche; et l’explosion de son courroux est formidable. Les tirades fragmentaires destinées à couper l’anecdote, à éloigner la conclusion le plus
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possible, seront donc extrêmement fréquentes, Un morceau de la description de la place forte; quelques-unes des paroles adressées au duc Naymes (Oui, dusse- je rester quatorze ans dans ces plaines...); une partie de la réplique du vieillard (Nous voulons nos foyers , nos logis, nos amours ); les vantardises de Hugo de Cotentin (Moi, j'ai vaincu Tryphon , Thessalus, Gaïffer...); l’exhortation de Charles au comte de Gand [Tu mis jadis à bas Maugiron le brigand... etc., et les douze vers suivants); la riposte, très vulgaire, du Gantois, mécontent d'avoir avalé, au cours de ses campagnes, rats, souris et tiges de bottes; enfin, l’apparition et le portrait d’Aymeri1 (Il regarda celui qui s'avançait... et les huit vers consecutifs); tout cela forme une série de nouveaux articles chargés de donner, par l’usage du dialogue, un tour vif, alerte et pressant à une narration qui, d’après la contexture première, péchait, en somme, par la sécheresse.
Dans Zim-Zizimi ( Légende des siècles , II, 16; 20nov. 1858), l’auteur ouvre, en marge, une vaste parenthèse pour dépeindre l’incurable ennui du Soudan d’Égypte, que ni la musique, ni les femmes, ni les plus atroces passe-temps ne dérident ni n’empêchent de bâiller ( Grandeur , bonheur , les biens par
d. Après le vers L’empereur fut surpris de ce ton d’assurance, on lu immédiatement, dans le manuscrit original, la question qui sera posée plus tard en termes un peu différents :
Çà, page, qui t appelle, et qu’est-ce qui t’émeut?
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la foule enviés... et les dix-sept vers suivants). L’énumération des forfaits du Sultan Mourad provoque des remarques analogues. Une foule d additions curieuses coupent la teneur de ce poème, excessivement remanié et surchargé. — Très amplifié, de même, le portrait du marquis Fabrice [Tout homme auprès de lui jadis semblait petit... etc.; quatorze vers) ; nombre d interpolations marginales plus ou moins importantes interrompent la suite primitive de cette pièce, datée : 2-17 décembre 1857.