‹ Papiers d'autrefois [par] Paul et Victor GlachantChapitre 28 sur 35 · DE L’ENSEIGNEMENT DES LANGUES ANCIENNES UN PROJET DE RÉFORME · texte numérisé non relu

DE L’ENSEIGNEMENT DES LANGUES ANCIENNES UN PROJET DE RÉFORME

En 1863, M. Duruy étant ministre de l'Instruction publique, Frédéric Dübner se mit en tête de restaurer dans l’Université le goût et la culture des études antiques, des études grecques en particulier, menacées, selon lui, d’une complète banqueroute. 11 n’est peut-être pas sans intérêt de jeter sur ce débat un coup d’œil rétrospectif. C’est d’épisodes de ce genre que l’on fera plus tard l’histoire des études et des méthodes en notre siècle; et nous avons la bonne fortune de pouvoir utiliser, dans cètte notice, avec des brochures devenues rarissimes, un certain nombre de lettres complètement inédites.

Dübner était, comme on sait, d’origine allemande, du Saxe-Gotha b Professeur d’abord à Gotha, fixé,

1. Il naquit le 21 décembre 1802 à Hœrselgau. et mourut le 13 octobre 186" à Montreuil-sous-Bois (Seine). — Voir sa notice

dès 1832, à Paris, où l'avaient appelé les Firmin Didot, il prit, sous la docte direction de Dindorf et de Hase \ Saxon de race comme lui et naturalisé depuis 1820, une part fort active à tous les travaux de cette importante maison, notamment au remaniement du grand Thésaurus2 et à la publication de la Bibliothèque gréco-latine. Il donna aussi à diverses librairies de solides et consciencieuses éditions d’auteurs classiques, et plusieurs travaux estimés, entre autres les Œuvres morales de Plutarque, les Scholies d'Aristophane , Saint Jean Chnjsostome , Y Anthologie, Jules César , etc., ainsi qu une Grammaire élémentaire et pratique de la langue grecque (1833, in-8°) et un Lexique français-grec3 (1860, in-8°), souvent réédité depuis (Hachette).

Par malheur, Dübner n'était pas le seul helléniste distingué que la b rance comptât dans la première moitié de ce siècle, et il ne se sentait point d’humeur à partager sa réputation avec autrui. La notoriété du voisin 1 ollusquait visiblement. Il eut la maladresse de ne pas cacher son mécontentement,

dans le Dictionnaire des Contemporains (les quatre premières éditions), — Nous reproduisons ici, sans y rien changer, un article paru dans le Journal de l’Enseignement secondaire. c est ce qui explique et excuse certaines redites de ce début.

I- Ancien précepteur de Napoléon 111; professeur de grammaire comparée à la Faculté des Lettres de Paris.

;; 11 travadla pendant vingt-quatre ans (1840-1864) à cette nouvelle publication du thésaurus linr/uæ græcæ d’Henri Estienne. Hase était président de la commission du dictionnaire.

3> sur. le plan <iu Lexigue français latin extrait du

grand Dictionnaire de Quicherat.

FRÉDÉRIC DÜBNER.

et le tort de jalouser la gloire de Burnouf, son ancien, dont il prétendit ruiner, vingt ans après sa mort, le renom par d’opiniâtres attaques.

Le personnage de Jean-Louis Burnouf *, père de l’orientaliste Eugène Burnouf, est trop connu pour qu’il soit utile d’insister ici sur sa carrière universitaire, si belle et si féconde. Fils d’un humble tisserand qui, de bonne heure, le laissa orphelin, boursier brillant du collège d’Harcourt (lycée Saint-Louis), prix d’honneur du Concours général en 1792, professeur de l’Université en 1808, après avoir été quelques années, pour vivre, commis marchand durant la Révolution, chargé d’enseigner la rhétorique aux lycées Charlemagne etLouis-le-Grand de 1808 à 1820, maître de conférences à l’École normale depuis 1811 et professeur d'éloquence latine au Collège de France depuis 1817, inspecteur de l’Académie de Paris en 1826, puis inspecteur général de l’Université en 1830, retraité en 1836 avec le titre de bibliothécaire de l'Université et admis, la même année, à l’Académie des Inscriptions ; voilà, certes, un curriculum vitæ digne entre tous de commander l’admiration et le respect. Diïbner, seul, en jugea autrement. Burnouf ne s’était pas conLenlé d’être un professeur et un administrateur de premier ordre, de traduire Tacite1 2

Page 1