PRÉFACE. XI
sans émotion; et l'on ne peut sans intérêt voir s'allonger devant ses yeux cette belle écriture légère, fine, un peu féminine, qui a toutes les grâces aristocratiques et un peu abandonnées, sans aller jusqu'à la nonchalance, de la personne de l'auteur lui-même.
Mais il faut reconnaître que l'intérêt devient passionné quand on se penche sur les manuscrits de Victor Hugo. Voilà, au moins, des manuscrits l'aturés, corrigés, remaniés, refondus de fond en comble! Voilà des papiers où l'on peut suivre la pensée de l'auteur depuis ses premières démarches jusqu'à son plein développement! Ce sont des manuscrits-laboratoires. En y entrant, on entre réellement dans le cabinet de travail de l'auteur, et l'on suit pas à pas, et comme minute par minute, les tâtonnements de la pensée et du labeur du poète. On le voit cherchant son expression, son image, son tour, explorant le champ de la langue^ poussant en avant, revenant sur ses pas, inquiet, ardent au pourchas et toujours aspirant au mieux, jusqu'à ce qu'il s'arrête à l'expression définitive, à celle du moins qui l'a à peu près satisfait, et au delà de laquelle il jugeait que la recherche était vaine et le labeur décevant.
C'est d'abord une indication sur le tour d'esprit