XII PRÉFACE
même de Hugo. N'est-il pas prouvé une fois de plus par ceci que Hugo est ce que les psychologues appellent un « visuel »? l\ semble avoir eu besoin de quelque chose devant ses yeux qui fût concret et comme palpable et comme plastique. Les « lueurs flottantes du cerveau », comme il a dit lui-même en une admirable formule, ne lui suffisaient point pour son travail d'artiste. Ce n'était pas sur elles qu'il pouvait travailler, qu'il pouvait procéder aux remaniements, corrections, transpositions et amendements. H lui fallait la ligne écrite, frappant les yeux et susceptible d'être enveloppée du regard. C'était sur elle qu'il s'appliquait et qu'il s'acharnait. Elle était là, précise, nette, arrêtée, saillante. l\ jugeait d'elle par les yeux, par l'oreille en se la lisant tout haut, sans doute, comme faisait Flaubert ; et de sa large plume d'oie il la balayait à moitié, aux trois quarts ou tout entière, et la rétablissait, une première, une seconde, une troisième fois. H procédait comme le peintre, par retouches et par « repentirs ». Il ne jugeait, bien précisément, de sa pensée et de l'expression de sa pensée, que quand il les avait extériorisées, projetées au dehors, étalées sur cette toile de l'écrivain qui est le large papier aux vastes marges.