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DE L'ENSEIGNEMENT DES LANGUES ANCIENNES UN PROJET DE RÉFORME

En 1863, M. Duruy étant ministre de Flnstruction publique, Frédéric Dûbner se mit en tête de restaurer dans l'Université le goût et la culture des études antiques, des études grecques en particulier, menacées, selon lui, d'une complète banqueroute. II n'est peut-être pas sans intérêt de jeter sur ce débat un coup d'œil rétrospectif. C'est d'épisodes de ce genre que l'on fera plus tard l'histoire des études et des méthodes en notre siècle; et nous avons la bonne fortune de pouvoir utiliser, dans cette notice, avec des brochures devenues rarissimes, un certain nombre de lettres complètement inédites.

Dûbner était, comme on sait, d'origine allemande, du Saxe-Gotha '. Professeur d'abord à Gotha, fixé,

1. 11 naquit le 21 décembre 1802 à Hœrselgau, et mourut le 13 octobre 1807 à Monlreuil-sous-Bois (Seine). — Voir sa notice

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dès 1832, à Paris, où l'avaient appelé les Firmin Didot, il prit, sous la docte direction de Dindorf et de Hase \ Saxon de race comme lui et naturalisé depuis 1820, une part fort active à tous les travaux de cette importante maison, notamment au remaniement du grand Thésaurus- et à la publication de la Bibliothèque gréco-latine. Il donna aussi àdiverses librairies de solides et consciencieuses éditions d'auteurs classiques, et plusieurs travaux estimés, entre autres les Œuvres morales de Pluiarque, les Scholies d'Aristophane, Saint Jean Chrijsostome, \ Anthologie, Jules César, etc., ainsi qu'une Grammaire élémentaire et pratique de la langue gi^ecque (1855, in-8°) et un Lexique français-grec^ (18C0, in-8"), souvent réédité depuis (Hachette).

Par malheur, Diibner n'était pas le seul helléniste . distingué que la France comptât dans la première moitié de ce siècle, et il ne se sentait point dhumeur à partager sa réputation avec autrui. La notoriété du voisin l'oll'usquait visiblement. Il eut la maladresse de ne pas cacher son mécontentement,

dans le Dictionnaire des Contemporcmis (les quatre premières éditions). — Nous reproduisons ici, sans y rien ohanger, un article paru dans le Journal de l'Enseignemenl secondaire. C'est ce qui explicpie et excuse certaines redites de ce début.

1. Ancien précepteur de Naiioiéon III; professeur de grammaire coni])arée à la Faculté des Lettres de Paris.

■2. 11 travailla pendant vinîj;t-(|uatre ans (1840-18(14) à cette nouvelle publication du Thésaurus linr/uœ gr.rcr d'Henri Eslienne, Hase était président de la commission du dictionnaire.

3. Rédigé sur le plan du Lexique français latin extrait du grand Dictionnaire de Quiclierat.

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et le tort de jalouser la gloire de Burnouf, son ancien, dont il prétendit ruiner, vingt ans après sa mort, le renom par d'opiniâtres attaques.

Le personnage de Jean-Louis Burnouf', père de l'orientaliste Eugène Burnouf, est trop connu pour qu'il soit utile d'insister ici sur sa carrière universitaire, si belle et si féconde. Fils d'un humble tisserand qui, de bonne heure, le laissa orphelin, boursier brillant du collège d'Harcourt (lycée Saint-Louis), prix d'honneur du Concours général en 1792, professeur de l'Université en 1808, après avoir été quelques années, pour vivre, commis marchand durant la Révolution, chargé d'enseigner la rhétorique aux lycées Charlemagne et Louis-le-Grand de 1808 à 1826, maître de conférences à l'École normale depuis 1811 et professeur d'éloquence latine au Collège de France depuis 1817, inspecteur de l'Académie de Paris en 1826, puis inspecteur général de l'Université en 1830, retraité en 1836 avec le titre de bibliothécaire de l'Université et admis, la même année, à l'Académie des Inscriptions ; voilà, certes, un curriculum vitœ digne entre tous de commander l'admiration et le respect. Dûbner, seul, en jugea autrement, Burnouf ne s'était pas contenté d'être un professeur et un administrateur de premier ordre, de traduire Tacite'

1. Né lel4 septembre 177oàUrville (Manche), mort le 8 mai 1844.

2. Paris, Hachette, 18-27-1833, 6 vol. in-S"; nouv. édit., 1858, in-S". — Sur J.-L. Burnouf, cf. xYrlaud, dans la Nouvelle bioç/raphie f/énérale, et A. Morel, Éloge de B ur ?iou f {Caen, 1847). Ce fui surtout un latiniste de la vieille école.

avec une fidélité, une exactitude de termes, une précision élégante et une vigueur de style merveilleuse, de traduire également (1834) le Panégyrique de Trajan^ plusieurs ouvrages de Cicéron, les Catilinairea, le De Officiis (1844), le Dialogue sur les orateurs illustres (1826), et de donner des Commentaires sur Salluste * ; il avait aussi doté l'enseignement public de traités élémentaires qui, par leur incontestable mérite, ont exercé une influence efficace sur le progrès des études, et dans lesquels il a fait preuve — on ne saurait le nier — d'une connaissance profonde et réfléchie des langues anciennes et d'un esprit méthodique et lucide. Deux surtout sont restés classiques jusqu'à l'apparition des plus récents travaux de maîtres éminents. La Méthode pour étudier la langue latine ^ qui ne date que de 1840, est un manuel des plus estimables auquel on ne peut reprocher qu'un peu de complication, une condensation excessive, en quelque sorte, dans l'étude de la syntaxe,, qui risque de rebuter les tout jeunes élèves. Supérieure à tous égards au livre de Lhomond, elle ne parvint pas cependant à se substituer entièrement à lui. Quant à la Méthode 'pour étudier la langue grecque^ beaucoup plus ancienne ' et plus

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