‹ Papiers d'autrefoisChapitre 36 sur 42 · Dans la Uibliothèijue latine de Lemaire · texte numérisé non relu

Dans la Uibliothèijue latine de Lemaire

2. Je me souviens que mon excellent et vénéré maître Legouëz s'en servait encore au lycée Condorcet, il y a une qninzaine d'années.

.3. La préface de la première édition est datée de novemlire 1813 (librairie Delalain).

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claire, elle a fait loi pendant de longues années dans les établissements scolaires; après moins de quarante ans, elle atteignait déjà sa cinquantième édition.

Ce fut à ce volume favorisé du sort que Diibner s'en prit de la déchéance des études grecques dans son pays d'élection. Les brochures qu'il publia et les lettres qu'il écrivit en haut lieu, à ce propos, constituent le plus étrange document qu'on puisse imaginer d'inquiétude, de turbulence et d'envie. Sincère sans doute au fond, et qu'il s'y mêlât ou non — nous n'avons pas à le rechercher — quelque souvenir des relations qui avaient pu exister entre Burnouf et Diibner, quand, auprès de son éminent devancier touchant au terme d'une longue carrière, en possession de tous les honneurs universitaires et académiques, le jeune philologue allemand n'était qu'un modeste débutant et un assez petit sire, l'opinion de Diibner sur les livres de Burnouf s'exprime avec l'accent d'une animosité personnelle. Et le manque de tact, l'outrecuidance agressive, rappellent trop souvent les polémiques de ces érudits du xvi'= siècle, si admirés par Dûbner, et de qui le pédantisme et l'intolérance égalaient trop souvent les lumières et surtout les prétentions.

M. Duruy, nommé ministre de l'Instruction publique le 23 juin 1863, avait à peine eu le temps de s'installer rue de Grenelle, que le terrible Fr. Diibner prenait la respectueuse liberté de mettre sous les

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yeux de Son Excellence deux brochures imprimées en 1858, mais non publiées, parce qu'au moment oîi elles devaient paraître M. Rouland avait créé la Commission des livres classiques. « .Faltendais, explique Dïibner, de cette commission amplement tout leffet qu'auraient pu produire mes modestes brochures pour la question qui y est traitée, et je les supprimais résolument. La question ne fut reprise qu'en 1862 à propos du rapport de M. Rouland sur le Code pharmaceutique, rapport qui m'engagea à lui adresser une lettre tirée à cinquante exemplaires et non mise en circulation '. » Et il se disculpait, en terminant, du reproche qu'on lui avait fait d'avoir un goût excessif pour une publicité que les circonstances ne rendaient pas absolument nécessaire.

Moins de quinze jours après, il revient à la charge, il jette des cris d'alarme pour attirer l'attention sur la crise à laquelle il est urgent de remédier '.

« Monsieur le ministre, s'écrie-t-il, j'ai appris avec

1. Montreuil-sons-Bois, 12 juillet 1863. Lellre inédite à S. E. M. Victor Diiriiy.

2. Montreiiil-soiis-Bois, 24 Juillet 18G3. Lettre inédite à S. E. M. Duruy. — On ne voit pas trop sur quoi se fondent de pareilles récriminations. Les annales du Concours général, pour n'invoquer qu'un exemple, paraissent prouver, au contraire, que jamais les études classiques ne furent plus florissantes qu'à celle époque, au lendemain de la bifurcation, sous des maîtres tels que Hector Leniaire et M. Uoissier, avec des écoliers qui, depuis, n'ont pas mal fait leur chemin dans le monde, et qui s'apjielaient Albert Dumont, Lavisse, Gabriel Monod, Compayré, Hambaud, Vidal-Lablaclie, Aug. Filon, Frary, Groiset, Dietz, Lallicr, Cartault, Jalliffier, Liard, Faguet.

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affliction que, dans la session du Conseil impérial, maintenant close, il n'a pas été dit un mot sur le programme de nos lycées ni sur la réforme des désastreuses méthodes qui y régnent. Ce ne serait pourtant là que le premier commencement d'une amélioration de nos études scolaires des humanités dont les membres les plus distingués de l'Université déplorent eux-mêmes l'incommensurable décadence. Je frémis à la pensée qu'une nouvelle année scolaire va bientôt s'ouvrir avec cette mauvaise routine grecque et latine qui a engendré dans toute la jeune France la désaffection et la répugnance pour ce qui autrefois portait force et jouissance dans tous les bons esprits; que cette année doit s'ouvrir sous les auspices d'un profond connaisseur de l'antiquité classique, d'un sincère et actif ami du progrès.

« Votre Excellence a dit lundi dernier : « L'Université, c'est le bon sens ». Si cela était, je n'aurais jamais écrit une ligne en opposition d'elle ; elle m'aurait constamment vu à ses pieds comme le disciple le plus dévoué et le plus reconnaissant; car je ne connais rien de plus précieux au monde que le bon sens '. Mais j'ai dû reconnaître, bien malgré

1. Seuleineiil, il n'esliiiic pas, avec Descaries, que ce soit la chose (lu monde la mieux partagée. Dans les lignes qui précèdent, Diibner fait une allusion évidente à cette phrase de l'allocution du ministre au Conseil impérial de l'Instruction publique, pour la clôture de la session de juillet 1803 : « 11 n'y aura point une philosophie universitaire..., à moins que par Université on n'entende, ce que j'accepterais volontiers, le bnn sens et le patriotisme. >> — Voir le texte de ce discours dans

moi et avec des peines bien vives, que le bon sens était très (sic) absent d'une grande partie de ses méthodes : je Tai dit avec respect pour les personnes et avec modération * ; si elle avait daigné me montrer que j'avais tort, j'aurais proclamé moi-môme mon tort plus haut qu'aucun ennemi.

« J'ose supplier Votre Excellence de vouloir bien secourir notre pauvre enseignement latin et grec aux lycées et à l'École normale. Il est devenu un mécanisme fatiguant {sic), qui laisse les esprits vides et qui rebute infailliblement les bons esprits; les humanités se meurent dans ce mécanisme où les mystifications abondent, je veux dire, des procédés officiellement prescrits pour faire acquérir l'apparence sans la chose. »

La fin de cette épître affligeante et morose n'est pas exempte de déclamation. — Qu'on en juge :

« Après la sainte cause des lettres, vient la question de dignité. Notre grand et glorieux empire a daigné prendre l'Université sous sa protection el même sous sa direction pour en faire la manifestation officielle de ses idées sur un enseignement modèle, ainsi que nous l'a appris maint discours solennel. Je crois qu'on ne peut consacrer assez de

le recueil intitulé L'Administration de l'Instruction publique de 18C3 à 1869 (ministère de S. Exe. M. Duruy (Delalain, mars 1870), pp. 2 et suiv.).

1. On appréciera i)lus loin celle modération dont se vanle Dûbner.

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dévouement à la réalisation de cet idéal que cherche la France des Napoléon (sic).

« Votre Excellence ne pourra se méprendre sur les sentiments qui m'inspirent ces lignes; je les confie à sa haute indulgence... »

Enfin, quinze jours encore après cet appel désespéré, Dïibncr reprend la plume à la fois pour préciser son désir et pour riposter aux bottes de ses adversaires. Après quelques compliments préliminaires adressés à M. Duruy sur les conquêtes qu'il a su rendre possibles en cinquante jours de ministère, il s'exprime ainsi ' :

« Je demande à Votre Excellence la permission de dissiper une erreur que la haute autorité de sa parole ne pourra qu'accréditer dans le public. Je l'exposerai en aussi peu de mots que possible. A l'apparition d'un essai intitulé Quatre années d'études classiques. Programme proposé pour l'enseignement des humanités, on mit en usage une figure de rhétorique inconnue aux anciens te/v-.xoî, et que j'appellerai le malentendu volontaire *. On disait que je voulais réduire tout l'ensemble de nos études secondaires de huit ans à quatre ans ^; je passais, dans

1. Montreuil-sous-Bois, le 10 août 1863. Lellre inédile à S. Exe. M. Diiriiy.

2. Celte élude avait paru à l'iniprimerie administrative de Paul Dupont (rue de Greiudle-Sainl-Honoré, 45), connue, d'ailleurs, beaucoup d'autres dissertations pédagogiques deDiibner, dont nous citerons tout à l'heure, en note, les principales.

3. A supposer ([ue Diibner l'ait eirectivement voulu, — ce qu'il nie, — il n'eût pas été le seul de nos jours à émettre

les mille bouches de TUniversité, pour un « expéditif chimérique », pour un « destructeur des méthodes éprouvées » , etc. , etc. J'eus pitié de ces propos qui ne méritaient pas de réponse. Mais, aujourd'hui, ces messieurs, qui conversent immodérément sur les méthodes sans jamais en rien écrire ni signer, ne manqueront pas de s'emparer très promptement du ferme appui que leur prête la flétrissure solennelle qui est tombée hier des lèvres de Votre Excellence. Il m'importe donc de faire voir, le plus clairement possible, qu'il y a un abîme entre ce que Votre Excellence a justement flétri et ce que je propose, c'est-à-dire, selon moi, le seul et unique moyen pour arriver à ce que sa belle parole, « vivre dans un commerce familier avec les maîtres de la pensée humaine * », devienne enfin une réalité dans nos lycées et collèges. Les professeurs de Facultés qui examinent les élèves au sortir des établissements secondaires diront à Votre Excellence à quel point ce commerce familier existe actuellement. A l'Ecole normale môme, s'il s'agit, par exemple, d'analyser et d'apprécier une tragédie d'Euripide , on fait d'abord le travail avec une traduction française; ensuite, et seulement lorsqu'on le copie à net, on

le V(i;u qu'on tâchât •- d'apprendre les langues plus vite pour les mieux savoir ». Les théoriciens de cabinet ne délestent pas ce genre de paradoxes; mais il faut plaindre ceux qu'ils chargent de les mettre en pratique et d'en assurer le succès.

\. Paroles du ministre à la distribution des prix du Concours général, le 10 août 1863. — Cf. recueil précité, pp. 5-12.

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ouvre le texte grec pour y prendre les vers qu'on veut citer textuellement. Tel est, après deux ou trois ans de nouvelles études greffées sur les huit années du collège, le degré de familiarité avec les maîtres de la pensée grecque ! »

Puis, il se pose en victime incomprise; il s'indigne de voir dénaturer sa pensée; et, là encore, on ne peut s'empêcher d'être frappé par l'accent de sincérité de son pessimisme,

« Je cherche, continue-t-il, depuis longtemps et péniblement les moyens de mettre fin au règne de cette pure apparence^ et de le remplacer par un peu de réalité, unjjcu de véritable connaissance du grec et du latin dans nos écoles : et me voilà, dans l'esprit de la plupart des auditeurs d'hier, classé parmi les hideux marchands d'apparencel Je sais que Votre Excellence est fort éloignée d'une telle pensée, mais elle la fait naître officiellement, quoique sans le vouloir. Mes convictions sont trop sérieuses, l'objet trop grave, le temps trop solennel, pour que je puisse permettre à qui que ce soit de me croire atteint par une critique tombée d'aussi haut. Je dois à la cause que je défends une protestation énergique contre la fausse interprétation qu'admettent les paroles de Votre Excellence, et qui sera, à peu d'exceptions près, celle du public universitaire. Je n'aurais pas une syllabe à retrancher du petit recueil intitulé : Etat actuel de notre enseignement public des humanités. »

Et, pour finir, quelle triste statistique il emprunte à la Sorbonne d'alors, moins indiflerente... ou moins charitable que la nôtre aux bévues des impétrants!

« On peut être surpris, à bon droit, de ce que des résultats depuis quelque temps invariables, comme celui de la dernière session d'examen pour le baccalauréat (mai) : quatre notes « bien » sur près de cinq cents candidats (490), ouvrent si peu d'yeux et laissent dans un calme si parfait le Conseil impérial et le respectable corps des fonctionnaires.

« Daignez agréer, etc. »

Analysons maintenant, par une esquisse rapide, les brochures de Frédéric Dûbner sur ce qu'il appelle la réforme des humanités.

La réforme, non, à vrai dire, des humanités proprement dites, mais plutôt de l'enseignement grammatical, que Dïibner a développée dans plusieurs études et dissertations fragmentaires dont un résumé, que jai consulté, a été fait, vers cette époque, au ministère, se réduit à peu près à ce qui suit. Nous nous absliendrons, systématiquement, d'un commentaire détaillé qui nous entraînerait trop loin.

Il faut, selon lui, enseigner les trois langues (française, latine et grecque) comme trois membres d'un

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seul et même corps. On commencerait nécessairement par la grammaire franç^^aise ', de telle sorte que tout ce qui est conforme au français n'eût pas besoin d'être formulé dans la grammaire latine, mais seulement ce qui diffère; et que tout ce qui, dans la syntaxe grecque, est conforme au français et au latin, fût, au besoin, brièvement signalé, et ne devînt pas l'objet d'une règle nouvelle. Lorsque l'élève en latin connaîtrait la déclinaison et la conjugaison ordinaires, — à l'exclusion de toutes les irrégularités qui ne portent pas sur les mots fréquemment usités, — il faudrait le conduire le plus tôt possible au point de lire des textes simplement écrits, avec facilité et à peu près comme il lirait du français du XVI* siècle. Pour cela, il faudrait, aussitôt après la déclinaison et la conjugaison usuelles, faire voir les effets qu'exercent sur la phrase les cas à désinences fixes, expliquer Yinversion et la nécessité de construire. Pour ce qui est de la syntaxe, cinq ou six règles capitales, ou môme quatre ou cinq, suffiraient pour que les élèves pussent entendre un texte simplement écrit. Il serait expédient de choisir sévèrement ces règles, ces principes essentiels et fondamentaux de chaque syntaxe. Plus on parviendrait à en réduire le nombre, mieux cela vaudrait. Ces règles seraient : l'accord pour les genres et les

1. Les trois grammaires devraient, s''engrener (pour ainsi (lire) l'une dans l'autre. Est-ce une utopie? Grammalici certant... Mais, certes, la comparaison est utile.

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nombres; la règle du que retranché; la nécessité du subjonctif dans les membres de phrase qui sont régimes et dans le discours indirect, etc. Le programme désignerait un recueil de cinq à six cents pages de textes faciles, ayant quelque attrait pour la jeunesse, textes choisis et coordonnés de manière à présenter les racines et les mots les plus généralement employés; quelques pages devraient être lues chaque jour et relues en étude; il ne serait nécessaire de faire la version que pendant quelque temps. Pour les mots, on les chercherait dans le dictionnaire (la vieille méthode, celle qui vaut le mieux), ou on mettrait un lexique au bas des pages. On ferait en sorte que tous les mots vus fussent retenus. Par ce moyen, au bout de deux mois, au bout de quatre mois au plus, l'enfant lirait le latin aisément, absolument comme du français. Cela, affirme Dûbner, est de toute évidence. C'est donc sur ces textes qu'il faut exercer les élèves et leur débrouiller, à mesure qu'elles se présentent, les règles secondaires et les habitudes de l'usage. De celte façon, ils comprendront réellement la syntaxe, qui n'est que le classement logique et la confirmation de ce qu'ils ont vu. C'est alors que le maître devra raffermir les connaissances pratiques et théoriques par l'exercice du thème et par les compositions en latin. La même méthode exactement serait suivie pour le grec.

Les exercices de lecture, que Diibncr appelle

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courante ou cursive (le mot, depuis, a fait fortune*), sont la base de tout son système. « Notre enseignement secondaire, dit-il, n'est que routine , affreuse routine; celui-là seul est le vrai et le bon. D'une certaine facilité, acquise en cette lecture journalière, naîtrait Vintérét, qui manque complètement à la jeunesse moderne. Létude ultérieure (à partir de la quatrième vraisemblablement) deviendrait aisée et engageante. » Alors cesserait celle grande désaffection pour les études grecques et latines qui n'aurait pas dû se produire en France. A ces conditions, il serait encore possible de faire refleurir des études si conformes au génie national, et dans lesquelles notre patrie a jadis brillé au premier rang. Tel est, à quelques détails secondaires près, l'exposé exact du système que Dûbner offre de substituer au plus vile à celui qui est en usage dans nos lycées; sans quoi, tout est perdu. De grammaires, de Méthodes latines et grecques, il n'en faudra plus : on aura simplement quelques tableaux des déclinaisons et des conjugaisons. Quant à la syntaxe, on pourra l'écrire sur un morceau de papier. L'élève, aidé par son professeur, en découvrira luimême les règfes par l'observation pendant les lectures quotidiennes, et l'on se contentera de lui en présenter, à un certain moment, un aperçu systématique.

I. Voir, dans les Instructions, Programmes et Règlements de 1890, ce qui a trait à ce genre d'exercice.

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Cette réforme est, comme on le voit, radicale; elle ne ressemble à rien de ce qui se pratique soit chez nous, soit à Télranger, si ce n'est pour les langues vivantes; et il y aurait, opine avec raison le rédacteur du résumé dont j'ai parlé, une forte témérité à l'introduire dans tous nos établissements d'instruction secondaire; tout au plus pourrait-on en faire l'essai dans un seul. D'abord, on aurait besoin, pour l'appliquer, de maîtres d'un profond savoir et d'un rare mérite. Les faits de la syntaxe latine, et plus encore ceuxdela syntaxe grecque, sont multipliés à l'infini. Les explications données par le professeur sont, pour le plus grand nombre des élèves, très fugitives. Il leur arrive souvent d'être inattentifs; d'autres fois, leur mémoire est infidèle ou inexacte : comment pourraient-ils se retrouver, n'ayant aucun point de repère? La difficulté ne serait pas moins grande quand il faudrait réunir et coordonner toutes ces règles, la plupart oubliées ou mal comprises, et en faire un classement logique, ou môme retenir ce classement que le professeur aurait fait. De dix à quinze ans, les idées de détail entrent assez facilement dans l'esprit, mais non l'idée d'un vaste ensemble, d'une synthèse, en un mot. Des élèves ainsi exercés seraient-ils capables d'exécuter convenablement soit des thèmes latins ou grecs, soit des compositions en latin et en grec? Cela est foi-t douteux. Ils auraient, il est vrai, plus de mots à leur disposition, mais il serait bien à

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craindre que leurs devoirs ne fussent remplis de solccismes. Oui les guiderait, lorsque la mémoire leur ferait défaut? A quoi occuperait-on, hors des heures de classe, des élèves dont tout le travail consisterait à étudier quelques pages de latin ou de grec?

On peut se demander, en outre, si cette méthode serait aussi favorable à la culture générale de l'esprit que celles qui sont actuellement suivies dans nos lycées. On lirait sans doute plus facilement — plus négligemment aussi peut-être — le latin et le grec; on n'aurait pas tant à rougir de l'ignorance des candidats au baccalauréat es lettres : mais bien peu, sans doute, seraient capables ou se soucieraient d'approfondir. Le conseil que donne Diibner de lire, non des morceaux détachés dont on n'indique pas toujours l'auteur, mais des ouvrages entiers, a souvent été prôné par les ennemis des morceaux choisis [disjecti membra scriptoris) : il serait, à coup sûr, fort bon si l'on disposait dans les classes de plus de loisirs pour l'explication orale. Mais, la traduction des auteurs n'étant point écrite, tout se réduisant à des lectures ou explications à première vue, l'élève apprendrait-il réellement à écrire et à penser en français, ce qui est, sans conteste, le but essentiel de nos études? Il ne faut pas se le dissimuler : ni professeurs, ni élèves ne peuvent improviser une traduction élégante et fidèle d'un morceau de Sophocle ou de Démosthène, d'Horace, de Virgile

OU de Cicéron. On n'y réussit qu'au prix d'un travail sérieux et à tête reposée, qui oblige non seulement à suivre strictement la pensée du modèle, apprentissage excellent do méthode dans le raisonnement et d'enchaînement dans les idées, mais à repasser en esprit un grand nombre de mots et de tours de la langue française, parmi lesquels on choisit ceux qu'on croit le mieux appropriés à la pensée que l'on traduit; et c'est là une gymnastique indispensable pour aboutir à la connaissance de notre langue. Nul exercice n'est plus propre à former et à assouplir le style.

Dubner paraît, du reste, avoir réservé entièrement les classes supérieures de lettres ou humanités proprement dites, surtout la rhétorique et la philosophie. Ses observations ne portent guère que sur ce qu'on nomme en France les classes de grammaire. Dans sa brochure intitulée Quatre années d'études classiques^ il ébauche un programme qui embrasse cinq aimées d'études, et mène les élèves environ à la force de nos troisièmes.

Trois livres, qui jouissaient alors d'une faveur marquée dans les écoles, sont particulièrement critiqués par Dubner. C'est d'abord le mémorable Jardin des racines grecques, où l'on promenait, bon gré mal gré, les apprentis hellénistes, en leur incrustant des vers ridicules dans la mémoire : « Livre rempli

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d'innombrables erreurs, monument de grécité frelatée et de mauvais goût, déclaré livre dangereux par plusieurs professeurs tenus de le faire apprendre par cœur. » Sauf un peu d'exagération dans ce jugement, on peut souscrire à l'avis de Dûbner. C'était là un ouvrage suranné, et quelques lectures suivies et approfondies, accompagnées d'exercices étymologiques, dans des auteurs relativement faciles, comme Lucien et Xénophon, sont plus pertinentes pour enseigner l'origine des vocables grecs. Au surplus, les meilleurs dictionnaires renferment des tables de racines (Ghassang, Bailly).

En deux passages, il s'attaque aussi aux Eléments de grammaire latine de Lhomond ; et les lacunes ou les imperfections de ce livre célèbre, le plan défectueux de sa syntaxe, les définitions inexactes ou puériles (« le nom est le mot qui sert à nommer »), les impropriétés d'expression, les solécismes môme, dans les exemples, perpétuelle substitution de l'étude mécanique au raisonnement, justifient dans une large mesure ses critiques.

Mais c'est à la Méthode grecque de Burnouf qu'il réserve surtout ses rigueurs, à ce livre de 1813, « déclaré grammaire officielle de l'empire français », et dans lequel, depuis cette date reculée, ni les progrès de la science, ni le perfectionnement des méthodes ne sont, dit-il, parvenus à pénétrer.

Pour se faire bienvenir de l'Empereur, que troublaient d'autres préoccupations, il a mis, comme

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épigraphe à son réquisitoire, ces propres paroles de Louis-Napoléon Bonaparte : « Non seulemcnl la routine conserve comme un dépôt sacré les vieilles erreurs; elle s'oppose encore de toutes ses forces aux améliorations les plus légitimes et les plus évidentes, et il est bien triste que, sous certains rapports, la France ait donné les exemples les plus remarquables de cette antipathie au progrès, » — Là-dessus, Diibner constate, avec cette verve impétueuse que n'inspire pas toujours le seul amour de la science, l'immutabilité de ce livre, dont, au cours de cinquante-cinq éditions successives, « aucun chapitre, aucun article, aucun chiffre n'ont été déplacés, dont la pagination même n'a pas varié depuis la seconde édition ». Et, tout en se défendant de chercher noise à Burnouf pour des vétilles, il se vante d'avoir découvert dans sa Méthode « deux cent neuf fautes graves de doctrine et de méthode, sans compter plusieurs centaines d'autres erreurs qui sautent aux yeux des hellénistes de profession ' ». Dieu merci, Dûbner s'est privé de nous dresser le catalogue intégral de ces errata et desiderata.

d. Diibner prétend avoir découvert 300 fautes (en regardant il la loupe) dans 400 paragraphes. — Dans sa Deuxième lettre au Ministre (RoulancI) sur V enseignement élémentaire de la lanf/ue qrecque, il rappelle que, dès les preiniors mois de son administrallon, Roidand nomma une commission composée de 'f uuMubres de l'Inslitul (.Académie des Inscriptions et Helles-Lettres) et de 15 professeurs de l'Université, pour examiner le livre; or, la Commission reconnut qu'il contenait, en elTet, des erreurs, qu'il n'était pas, comme on dit, tenu au courant. C'était l'avis de Hase, d'Artaud, d'Alexandre.

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Du moins a-t-il rédig-é (broch. I, Appendice) son esquisse personnelle de syntaxe grecque, qu'il n'hésite pas, naturellement, à déclarer bien plus logique que celle de Burnouf.

De tout ce qui précède, que convient-il, au total, de retenir, et comment conclure? Certes, Diibncr ne se leurrait pas absolument quand il signalait une sorte d'ébranlement maladif dans notre enseignement secondaire. Ce ne fut pas, hélas! le dernier. L'absurde tentative de la bifurcation, contradictoire avec tout principe sérieux d'éducation libérale, avait fait bien du mal aux études; et le conflit, renouvelé depuis lors par l'utopie du trop positif Raoul Frary, auteur de La Question du latin, entre les intérêts de la vie moderne et l'antique ordo studiorum, n'était pas en voie de s'apaiser*. Pourquoi, d'ailleurs, s'en tourmenter? Les esprits avisés, prudents et sains feront toujours justice — du moins, il faut l'espérer — des rêveries des songecreux et des cerveaux déséquilibrés. Où Dûbner a vu moins juste et s'est montré moins impartial, c'est lorsqu'il a voulu faire porter au seul Burnouf,

\. Diibner proteste avec raison et arec courage contre rutililarisme à outrance : « C'es^t un éternel honneur pour l'Uni- Versilé, observc-t-il en son style volontiers pompeux, de n'avoir jamais cédé aux novateurs qui réclamaient le remplacement des deux langues anciennes par des langues vivantes. »

qui n'en pouvait mais, toute la responsabilité de cette « effroyable décadence », de ce « discrédit des études' », de cette faiblesse des étudiants^ qu'il grossit comme à plaisir. En ce qui concerne les erreurs matérielles qui pullulent, selon lui, dans la Méthode^ tous ceux qui ont publié, et surtout du grec, savent à quel point il est difficile d'éviter d'une façon absolue les multiples chances de fautes. Il est vrai qu'on peut amender son œuvre, si elle a du succès, dans les tirages successifs, et, à ce propos, Diibner accuse vertement d'insouciance coupable Burnouf, « trop savant, accorde-t-il, pour se dissimuler les imperfections de son livre, mais trop modeste ou trop faible, insinuc-t-il, pour le corriger après le succès et les applaudissements qu'il avait obtenus », môme chez les Pères Jésuites, même à l'École normale supérieure, où la Méthode servait de cadre d'enseignement en première année, aux termes des programmes annexés au règlement d'études.

Tout est donc à réformer, prononce Dûbner, pour donner à la jeunesse une méthode d'enseignement

1. La désaffection dont il se plaint à plusieurs reprises tenait à des causes tout autres, que nous ne jugeons pas opportun de relever ici.

2. Il rappelle quelque part que, dans une des sessions de 1802 du baccalauréat es lettres (à Paris), sur 4î)o candidats, ;{ seulement passèrent avec la note 6ien; 260 échouèrent. Voilà, elTectivement, une triste constatation. On était plus dur dans ce temps-là que maintenant. Et pourtant, on ne faisait pas encore le procès du baccalauréat.

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qui lui fasse sentir « combien son intelligence profite, combien sa conception gagne en souplesse, en pénétration, en étendue, son goût en justesse, au contact des langues et des œuvres antiques ». Mais à quoi bon s'étendre sur ce sujet? interroge-t-il avec amertume. « Ce seraient discours du médecin assistant au convoi. » Le mot est expressif; mais nous sommes devenus, pour notre part, moins pessimistes. J'en appelle au témoignage de nos collègues, même des moins satisfaits du train dont vont les choses. La routine, ou, pour bannir cette dénomination pénible, la tradition a du bon. Villemain, bien avant M. Brunetière, le croyait, qui disait, il y a quarante-huit ans, devant l'Académie française ', avec sa double autorité de professeur et de ministre : « L'Université de France, honorée, en moins d'un demi-siècle, par tant de travaux, tant de maîtres habiles, tant de jeunes talents plusieurs fois renouvelés, a, de nos jours, plus besoin de stabilité que de réforme. »

Il le répéterait encore à l'heure actuelle, j'imagine, et il trouverait plus d'un écho. Il nest pas nécessaire, pour former de brillants et fermes esprits, d'accumuler à l'infini les instruments de travail; et quand je songe, non aux athénées de Belgique, non aux philologues d'où Ire-Rhin invoqués par Diibner, mais aux « Athéniens de l'Europe

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