‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 1 sur 77 · Papiers d'état du cardinal de Granvelle · texte numérisé non relu

Papiers d'état du cardinal de Granvelle

dite lettre poiu* le service du roy, c'est que combien que saches assez les troubles de Flandres , et trop mieulx que. moy qui n'y fuz oncques, j'ay veu et ouy parler despuys peu de temps des personnes qui ont de merveilleuse asseurance et conffédération des grandz de par dellà, que pour Tadvenir se prépare secrettement de grandes entreprinses conttre sa majesté, tant pour le faict de la religion que pour les transmutacions de règne et gouvernement; et ne m'est possible de les mettre par escript, combien que je le pourroys aisément faire, et aussy je ne diffère pas pour mefiyence que j'aye de vous, m'asseurant assés de vostre prudance et bon jugement. Et quant à ce que me mandés que je pom^oys faire acheminer la négotiation par dauhres, je ne doubte point de vostre faveur et croy qu'elle est bonne et axessible , et encores plus vostre loyalle fidellitez envers ledit seigneur \ qui me faict plus shurement adresser à vous : non que je veuUe estre estimée espye, et moings faire acte de trahison, mais

» (Roi.)

comme yl me samble avoir plus de debvoir au soubstennement de ma foy et religion que à nulle aultre chose de ce monde; congnoissant qu'il n'y a plus personne qui puisse suppourter le fays que* ce bon roy catholicque, et joinct les cruelles uninmanittez^ dont Ton a usé envers moy en France , m'ont faict dellibérer de totallement dédier mon service en ce lieu, combien que je n'aye jamais eu cest heur el honneur de le voyr, comme de long temps je désire.

Sy est-ce que pour la bonne affection que Ton a estimé que je luy vouUoys porter, et le tout avoir esté révellé par de mes domesticques ausquelz je me fyoys, a esté cause que cruellement ftiz mise prisonnyère sans l'avoir mérittez, et voilée soubz aultre prétexte desguisant la véritey, et n'eust esté la saincte garde du Tout-Puissant, je n'eusse esté amprisonné : car l'on me voulloit perdre secrettement ; qui me faict merveilleusement craindre de retorner en tel estât et tayre ce que say, qui n'est de pettytte importance, mais de très-grande et haulte conséquence , que j'espère vous faire enttandre , ayant de vous une ferme asseurance, tant de tenir mes advertissementz secretz, que aussy d'an advertir ledit seigneur et madame la gouvernante, et de solliciter pour môy la récompanse de mes mérittes. Cest ce que je prettandz avoir, en sorte que moy et les miens s*an puisse ressentir, n'estimant sy peu mes moyens pour son service, que possible s'an Ireuvera peu qui en puisse faire davantaige : vous le congnoistrez par effect. C'est ce que je demande que, pour ma bonne affection, et au hazard là où je me veulx mectre sy l'on descouvroist quelque chose de secy, me confisquant ce que j'ay par dellà, je peusse avoir au réciproque aultant comme je perdroys, ce que je ne désire, vous le pouvez ainssi penser ; craingnant encores plus honste que je recepvroys que la pertte de mes biens. Ce dont je vous vetdx advertir pour le service de sa magesté est trop plus grande chose que l'importance de mes biens. Cependant, gardez-vous bien d'envoyer ma lettre à Madame , ny luy faire aulcungz advertissenientz que n'ayez de mes nouvelles : car tout ce que vous luy mandez est amplement manifestez

' (Sinon.) — * (Inhumanités.)

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k voz ennemys et aux siens; pour ce, donnée vous de garde et vous tenés doz et couvert pour un peu de temps. J'espère que par mon moyen vous serez plus conttant que ne fastes oncques. Aussy ay-je oppinion que par le vostre je seray enttièrement sattisfaicte de mes premyers dessaings que j'ay, despuis la mort du feu bon roy Henry, imprimé et résollu en mon esprist, et que sy m'estes auitant secou* rable comme je vous seray fidelle, vous vous trouverez au plus enttier de voz désirs. Je laisseray ce propoz pour saluer touttes voz bonnes grâces par mes très-humbles recommendations, pryant Dieu vous doimer, etc. De vostre maison de S^-Remy, ce u^ de juing i56ii.

LE BARON DE BOLWILLER

AU CARDINAL DE GRANVELLE, (Mémoires de Granvelle, XII « 111-113.)

Haguenau , 3 juin i564.

Monseigneiu* Madame de Lorraine m'a envoyé ung nouvel

discours sur son desseing de DannemarqS lequel, pour m'estre seulement venu hier et que ne Tay encoires bien ieu ny peu rien délibérer j'ay remis, avec ce que sur iccelluy elle m*escript, de

vous en faire part jeusques par mes premières. Elle mect tousjours en avant la perdte que pourroit estre des intelligences et occasions, fesant le roy longue demeure, et le voulant attendre pour l'aide de Texécution du desseing; et voidz que tousjours elle faict oppiner si se debvra attendre ou non, et débattre les accidentzque pour cela en pourroient advenir. Et certes, pour vous dire la vérité, lesdites intelligences et occasions sont fort belles et advantageuses , lesquelles

* Voir le n* CLVII du Yolame précédent.

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ne se doibvent négliger. Touteafois, je ne voidz encoires chose que ce soit pour Tayde de ladite dame par où elle peust changer mon premier advis.

Des nouvelles de ce costé^ le bruict est grand en tous ces peys par deçà , que le conte palatin a faict ou veult faire une constitution et ordonnance en tous ses peys, que les femmes doiresenavant ne seroient participes du sacrement de l'autel, comme non comprinses en la circoncision, et lorsque nostre saulveur et rédempteur Jésus- Christ feit sa dernière cène, n'assistoient ny furent présentes aulcunes femmes. Velà de belles raisons ; je ne peultz rien penser làdessus sinon qu'il se void à l'œil la fin de ce monde approcher: Dieu par sa grâce veuille mieulx illuminer telles gens!

Le deroier du mois de may passé est venu par devers moy Toxi tes S qu'avez auttresfois veu, lequel , combien par cy- devant avoit accoustumé de me veoir souvent, si est que dez que sa majesté impériale estoit à Fribourg, je ne l'ay veu ny ouy une seule nouvelle de luy, encoires qu'il demeure à Strasburg, lequel m'a apporté une lettre de crédence de Sturmius sur luy, ne m'ayant aussi ledit Stur-. mius, dez plus d'un an, rescript ung seid mot comme il souloit. Et entendant sa crédence , il m'a dit que ledit Sturmius Tenvoyoit exprès devers moy pour m'enhorter que je ne me deust en rien fier

' Michel Toxitès, originaire du pays des Grisons, homme très-savanl, selon le témoignage de Grusius ( Chronicon Saeviœ ) , était à Tnbingue en i556, où il profes* sait Téloquence et la poésie. Trois ans après il fut nommé doyen de la faculté de philosophie ; mais renonçant à sa carrière académique vers 1 662 , pour aller s*établir h Strasbourg, il se livra dans cette ville à la pratique de la médecine. Le cardinal de Granvdie Vavait ùli créer comte palatin, et lui payait, dès avant i556, une pension annuelle en échange du métier d observateur secret qu'il avait bassement

accepté. En 1670, Toxitès publia à Strasbourg un petit écrit inS" sous le titre de, De Podagrœ laadibus docioram hominnm lusas, dont la dédicace est datée de la diète de Spire, le 10 des calendes d'octobre 1670. Il joignit à l'exemplaire dont il fit hommage à Thomas Perrenot de Ghantonnay, frère du cardinal , les vers manuscrits suivants :

Cum qnoqae te vexet membromm dira noverca , Clare vir, ingenio maximo et ore potens,

Hune ad te tibnua Toxites mitto legendum , I3t recréent animnm ludicra dicta tnam.

Vdle tibi plaoeat nostrum non munus , et olim Expectet mus» nobiliora me«.

à moDS' de Condé. Je luy respond» feingnant Tesbey : « Pourquoy? «Je n'ay rien ny nay jamais rien heu affaire avec luy, sinon que « par aidtresfois il m*a rescript pour ung prisonnier qu estoit de ses « gens , en quoy je luy ay complaict, et ne me mesle rien de leurs par- « cialitez ; car aultant feroye-jc pour ceulx de Guyse comme j'ay faict « pour luy. Et ne peultz entendre comme ledit Sturmius me mande « cela et pourquoy. » Ledit Toxitès me respond : « Il ne m*a ditaultre « chose; bien est-il délibéré de vous venir veoir la sepmainne prou- « chaîne, tant pour le vous répéter que pour aultre chose; • et sur ce, après dîné, se partit d'emprez de moy. Je ne sçay d'où ledict Sturmius vient à savoir ce que j'ay traicté avec ledit seigneur, sil ce n'est que quant il a esté son favorit, et que ledit seigneur pensoit estre ré-

)n, il luy aura déclairé la négociation. Mais, )rendre, ils le voyent vaciller et grandement ifin que ledit seigneur ne soit dadvantaige , et que pour ce il fust contrainct d'aller le s, ilz me seront venuz faire cest afi&ont, et l'avoir en nostre main. Je verray ce que ledit : en tireray de luy, comme je pourray, l'esîz incontinant adverty. Je vous prie, monseiayt quelqu apparence que ledit seigneur se doibve recongnoistre , m'en faire part; il pourra advenir que nous aurons souvent prophétisé en son endroit qu'il se repentira de n'avoir accepté noz offres, et je dictz, bien tard. A tant, etc D'A-

gnau, ce second de juing i564.

* Jean Sturm, né dans le vobinage de Cologne et établi à Strasbourg depuis 1537, contribua plus qu aucun de ses collègues à la célébrité du gymnase de cette ville, aussi bien qu à celle de Tuniversité, dont la fondation , principalement due k ses efforts, ne remonte qu*à Tannée 1 566. n en devint recteur perpétuel ; mais, deux années avant sa mort, arrivée

en i58a , et après avoir fourni dans Tinstruclion publique « avec le plus grand succès , une carrière de quarante-cinq ans , on le dépouilla de tous ses emplois, soupçonné qu* il fut de pencher pour les opinions de Zwingle et de Calvin. Très-lié avec Toxiiè», il était, comme lui, pensionnaire du cardinal de Granvelle, et i*un de ses agents secrets. (Voir t. IV, p. 465; t. V, p. ai3.)

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