‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 36 sur 77 · LE SIEUR DE SARRON · texte numérisé non relu

LE SIEUR DE SARRON

(Mémoires de Granvelle, XIV, a 18.)

Faverney, 6 octobre i564.

Monseigneur : Pontier, qui servoit à monseigneur de Chantonay en France, me donna, venant dernièrement devers V. S. Dl"*, quelques papiers qu'il avoit encores, qui touchent à mademoiselle de S^-Remy ; et, estant si près d'elle, je la suis allé treuver ce jourd'uy poiu* luy rendre et la visiter. Et, après m'avoir parlé de diverses choses, elle m'a dit qu'il seroit fort nécessaire que le roy et V. S. lU"** eussent quelques pensionnaires en France qui fussent gens d'écrit, fidèles, d'entremise et crédit, mesmes vers monsf le connestable et autres s^, et qu'elle en sçavoit deux fort propres, desquelzl'on se pourroit fyer et tirer de très-grans succès : car Tmig couche ordinairement en la chambre dudict connestable, qui se fye de tout en luy comme à soyjtnesmes, et l'aultre est ung nommé mons' Gayaut, homme de grand crédit et autorité, qui gouverne mons' le cardinal de Bourbon et autres seigneiu^, et est conseillier de la court de pariement à Paris , comme est aussi son père ; me priant ladicte damoiselle faire entendre cecy à V. S. 111°^, comme je faiz ^ encores que, à la vérité, tout ce qu'elle dit n'est pas Evangille, et que je n'y adjouste pas grand foy, mesmes

pource que, au mesme instant, elle s'est déclairée fort amye et afiFectionnée servante dudict connestable; et aussy que autresfois, estant en France , après m avoir faict promectre de ne révéler ce qu'elle me diroit, elle me paiia , de la part de la royne mère ,-poiu* servir de semblable mestier contre le roy et mons' de Chantonay, me faisant de grandes ofires et promesses de la part de ladicte royne, dont j'advertiz mondict sieur et le sieur don Francès, qui estoit pour lors en France, sans toutesfôis nommer ladicte damoiselle, à laquelle je feiz telle responce , qu'elle ny autre n'eurent jamais la hardiesse de m'en parier. Et pource que je ne sçavois qui estoit celluy qui luy avoit parlé, de la part de ladicte royne, pour me faire telle ouverture , je Tay prié aujourd'uy de le me dire, ce qu'elle a fait, me déclairant que c'estoit le président de Saluce , qui gouverne ordinairement les ambassadeurs de Savoy e et visite quelquefois ledict s' don Francès. Et comme j'ay tousjours oblyé de dire ce que dessus à V. S. lU"^, je n'ay voidu faillir de l'en advertir avec ceste occasion, afin que, s'il luy semble bon, elle escripve audict s' don Francès, et autre qui viendra après luy, qu'ilz ne se fyent audict président. Enfin, monseigneur, pour ce que je sçay, V. S. 111°^ sçaura, par sa très-grande prudence, congnoistre s'il y a fondement aux propoz de ladite damoiselle; je ne luy diray autre chose, synon qu'elle m'a dit qu'elle avoit eu nouvelles qu'il y avoit eu , puis trois sepmaines en çà , une grande révolte à Paris, à cause d'une patente que la royne y avoit envoyé, par laquelle elle veult que l'édit de janvier soit observé. Aussi m'a-t-elle asseuré que le chancellier estoit démis, et que le président Birago\ beau-père du mareschal de Bourdillon, estoit garde des seaidx; aussi que ung lacquay qui l'a autrefois servie, lequel venoit de la court de France, luy avoit dit que le roy très-chrestien est mort. Je ne sçay ce qu'il

René de Birague, d*une noble famille sceaux de France. Après la mort de Va-

du Milanais, fut d^abord conseiller, puis lence Balbiani, sa femme, il reçut le cha-

président au parlement de Paris. Plus tard peau de cardinal , et cessa de vivre au mois

il parvint au faîte des honneurs, ayant été de décembre i583, à Tâge de soixante

élevé à la dignité de chancelier, garde des et seize ans.

en est , combien je ne le crois : car s'il estoit vray, Ton en eust sceu plustost les nouvelles que par un lacquay. A tant, etc.

AU BARON DE B0LW1I,LER

(Mémoires -de Grftnvelle, XTV, aao-aaS.)

Baudoncourt, 7 octobre i564.

Mons% je respondray par cesle à voz lettres du premier de ce mois, et diray, en premier lieu, que vous pouvez estre asseuré que tant que je vive, je demeiureray en ceste opinion qu'il convient entretenir nôz maistres en bonne unyon et intelligence tant que faire se poiura , et que cela emporte grandement; et à cest effect, en tout ce que j'en auray le moyen, je y feray Fofl&ce que je doibs et que Ton sçaiu'oit désirer, vous mercyant de l'amité que vous me faictes d'en douner si asseuré tesmoignaige , et je prociu^eray tousjours de faire de sorte qu'il ne vous sera jamais imputé <i'avoir mescompté personne pour avoir respondu pour moy.

Je sçay fort bien que l'on a voulu mectre en avant souvent aultres mariages, poiu* la royne d'Escosse, que celluy de Farchiduc Charies, selon que ung tient ung respect et l'aultre ung aultre ; mais je n'en ay entendu de nid qui m'aye semblé plus à propoz , ny si revenant à ce que convient au bénéfice universel et repoz publicque ; et je penseroye bien que les François ouffriront le mariage de leiu* roy en cent lieux à leur accoustumé, et selon qu'ilz voyent convenir à leurs affaires, et ny plus ny moins l'aïu'ont-ilz mis en avant pour Escosse , pour abuser de paroUes et entretenir ceste poure royne. Mais véritablement je ne pense pas que jamais ilz le feront, quant ce*ne seroit que pour

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double de ceulx de la maison d& Guyse , craignant qu'ilz ne retournent en crédit comme au temps du (eu roy François second; et je roe forcompte , ou le roynostre maistre s'employera fort voluntiers pour le mariage dudict seigneur archiduc Charles, si Ton Ten requiert. Je feray l'ofl&ce verà les parens des dames conforme à ce que je vous ay escript , et vous feray toujours plaisir et service où que je poturay.

Quant à vostre déhu en Espaigne , je n'en sçauroye certes escripre dadvantage au maistre et à ceulx qui traictent les affaires, de ce que j'ay faict jusques à maintenant; et nonobstant que souvent Ton m'a dict que Ton n'y sçauroit plus que faire sinon de le remectre à justice , j'ay mis en avant plusieurs expédients, comme de vous donner pension et aultres ; mais l'on ne m'y respond plus

Par vosdictes lettres vous me renfreschissez la mémoyre de l'enprinse contre Metz, pour en cas que l'on deust tomber en rupture avec France, et dictes qu'il se pourroit faire aux mesmes conditions que lurent dernièrement proposées; et les dernières furent, à mon advis, en faveur du prince de Condé, par où je désireroye que me voulsissiez ramentevoir desquelles vous entendez, et quel chemin vous y penseriez tenir : non pas que je saiche que maintenant il y aye chose que puisse servir, mais bien pour estre prévenu en ce ipie pourroit survenir cy après. Car pour maintenant, je ne voy «loores les choses en si apparente rupture, ny avons nouvelles que du coustel de France l'on passe avant en l'assistence de San^Pero Corso ; bten tiens-je pour certain, comme je vous ay escript, que si l'on y persévéroit, nostre maistre ne pourroit délaisser, à peyne de se faire grand tort et à sa réputation, de s'en ressentir, voyres et de rompre ; mais ne mouvant riens, aussi pensé-je que nostre maistre ne mouvra. Et ce que me faict penser qu'il n'y aura riens est qu'à tout ce que nous voyons , les affaires de San-Pero Corso ne vont pas fort prospérant, mais plus tost au contraire , et n'a camp formé, ains simplement, à son de cloches, rassemble quelques fois aulcunes gens de Fille, quant il survient trop grand nombre de gens sur iuy , et que pour cela il aye besoing fie secours.

Quant à Taccord d'Angleterre et de Flamlresr, j*ay lettres bien fr^sches de.nostre ambassadeur, par où je sçay que le xif du mois passé ledict accord n estoit eneores fatct, et que Sicel ^ , à Taccoustumé de ceste insolente etmauldicte nation, avoit bien osé demander à nostre ambassadeur que nous réroquissions noz édictz six sepmaines devant qu'ilz revocassent les leurs, pour bonnes causes (comme il dict) à ce le mouvans, sans toutesfois faire déclaration d'icelles. Ce que, siu* ma foy, en lisant (si je vous veulx confesser la vérité), me fit entrer en fort grande diolère contre eulx, et, à mon advis, non à tort; et si Ton me croit , ilz révoqueront les leurs réallement et de faict avant que Ton admecte leurs drapz en Flandres, ny qu'il se face chose quelle qu'elle soit de tout ce qu^ilz désirent. Et je suis asseiu^éque, si on leur tient le poinct de la note, ilz 5'accommoder:ont à la raison, veuillent ou non : car leurs affaire» sont en termes qu'ilz ne se peuvent plus soubstenir, pour la perte qu'ilz reçoipvent par la faulte du commerce, ayant très-mal, et à leur bien grande perte, vendu bien peu de drapz à Empden; et jà se seroyent-rengés d'eulx-mesmes à la raison, ne fût l'espoir qu'ils ont conceu que l'on les priera et que l'on a besoin de leurs drapz , seullement pour les offices qu'aulcungs particuliers de la ville d'Anvers ont faict pour solliciter pour lesdictz Anglois et en leur &veur. Et si nos gens en Flandres le sçavoyent entendre, et se servir du temps et de la nécessité que souffrent les dictz Anglois, et du mescontentement qu'ilz ont contre leur reyne et son gouvernement, *qu'est tel qu'elle a esté çontraincte de proroguer le parlement d'octobre jusques en apvril prochain, pour non l'oser assembler, nous ferions fort bien nos affaires : car nous ne nous sçaurions mectre en plus de raison que ce que nous demandons, qu'est de demander équalité, puisque en icelle consiste le vray lyen d'amité; et estantz les plus foibles , ilz vouldroyent avoir l'advantage et la supériorité, que véritablement je ne leur compôrteroye volontiers, n'extimant mon maistre riens moins de ce qu'ilz veuillent extimer leiu* maistresse ; et je tiens que je n'ay pas tort.

* Mflord Ceci!.

Je vouldroye qui! m'eust cousté largement du mieû, et qu'il ne fust rien de ce que je spubçonne de monseigneiu: l'archiduc Ferdinande, lequel est saige comme vous dictes; niais aussi fut réputé pour saige le roy Salomon, ettoutesfois se mescompta-il en ce mestier^ et quant jeusnes seigneiu^s désirent, ung consentement ou une déclaration exhorbilante est tantost donnée; Dieu doint qu'en cecy il n'en soit riens, et j'^nt^ndz bien que quoy qu'il en soit, vous demeurerez en son endroict en l'amité que doibt ung bon et vertueulx subgect , tel que vous luy estes, à son seigneur, sans y tenir aultre respect; vous priant et conjurant, par nostre amité, de non jamais faire semblant de ce que, pour satisfaire à icelle nostre amité « je vous enay escript; et je ne le diz sans cause : car je sçay bien qu'il a heu soubçon contre moy que je deusse sçavoir en cecy plus de ses affaires qu'il n'eust voulu, et soubçonnoit que les nouvelles m'en venoyent par ung coustel de où je n'en sceu oncques chose quelconque. Mais bien me IVon escript de Vyenne il y a bien long teinps^ et lors mesmes que J'on dit que feue sa magesté impériale, leur père, l'y appella exprès, pour sçavoir ce qu'en estoit

Je suis en la mesme peyne que vous de non pouvoir avoir nouvelles, pour le danger de peste qu'est à tous coustelz, et commence jà en aulcungz lieux de ce conté, quelque -garde que l'on y mecte; mais j'espère que le bon ordre sera cause que le mal, s'il plaît à Dieu, ne passera pas plus loing, et mesmes se renfreschisse le temps comme il faict.

J'ay veu voz ei^criptz que vous avez envoyé à Rome , et vous mercye cent mille fois de la communication ; et véritablement si les princes allemandz vouloyent bien considérer ce que leur convient, iJï debvroyent fort volentiers condescendre à ce que vous mectez en avant pour leur proulEt. Mais, à vous dire la vérité, je ne vouldroye que

' Il est évident qu'il s'agit ici de Tunion dissous que par la mort de Philippine, ar-

secrète, puis déclarée de Tarchiduc Fer- rivée au mois d'avril i58o. Elle fut inhu-

dinand avec Philippine, fille de François mée à Inspruck et laissa deux fils : André,

Welser, sénateur de la ville d*Augsbourg. cardinal d'Autriche, évêque de Constance

Leur mariage, contracté en i55o, ne fut etdeBrixen, et Charles, marquisdeBurgau-

cela eust lieu par toute la chrestienté : car il ne pourroit estre qu'il ne portast avec soy du préjudice à Testât ecclésiastique , et mesmes lepoinct du mariage ^; et en avez pertinemment respondu à celluy qui a esté par devers vous, et ne sçay comme je vous pourroye dire ce que vous pourriez faire plus avant, sans veoir premièrement ce que vous respondra le prince^ duquel le conseillier^ a esté emprès de vous.

Je ne sçay que peult faire le duc de Wirtemberg et ceulx de sa religion ensemble, et n'ay despuis aussi rien entendu ny de Sturmius ny de son compaignon; et si sondict compaignon vient devers moy, ou si d'eulx j'entendz quelque chose, ce ne sera sans vous en faire part.

A cest instant que j'escriptz la présente, est arrivé mons' de Chantonnay mon frère, lequel partit de Madrid le xv® du mois passé, et a traversé la France, et mesmes a passé par Orléans, sans estre congneu; il vient despesché pomC allerrésider ambassadeur vers sa majesté impériale. Mais le roy luy permect demeurer ung six sepmaines ou deux mois par deçà pour tnectre ordre à. ses afiaires; et ce pendant vad visiter sadicte majesté impériale, pour luy plaindre le dueil, le conte de Fuensalida. Sa majesté a faict mondict frère son maistre d'hostel et luy a accreu sa pension de deux mille florins, oultre les gaiges ordinaires qu'elle luy donne pour pendant qu'il sera en ceste charge; et luy a donné sadicte majesté une bonne adjude de costes, avec espoir de faire dadvantage, poiu* se tenir fort bien servy de luy.

La royne nostre maistresse se portoit mieulx^ et don Garcia de Tolède avoit, avec l'armée qu'il conduisoit par mer, prins en quatre jours le Pignon de Velès, s'estant rendue la place après avoir assiz la batterye sur icelle en plusieurs endroictz, et faict quelques escarmouches, et s'esbahissent noz gens, despuis qu'ilz sont dedans, comme les ennemys ont ainsi rendu ladicte place : car, au jugement de ceulx qui la voyent, elle est tenue pour inexpugnable. Bonne partie de l'armée se debvoit partir pour aller en Corsique, afin d'achever d'applayner toutes choses en ce coustel-là avant que le mal s'accroisse.

' (Des prêtres.) ' Henri Joham de Mundolsheim.

^ Christophe, dac de Wurtemberg.

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Et mV esté plaisir d'entendre de luy coiDine toutes choses vont bien en court ; et cpmbien que Ton procède tousjours sur la visite d'Erasso, si ne délaisse-il de denK>urer en crédit, et d'avoir tousjours grande part aux affaires, dont je nay voulu faillir vous advertir. Il me dict aussi que Ton tient le mariage du prince de Parme avec la fille de rinfant de Portugal , don Duardes ^ , dont cy devant je vous ay escript, poiu* feict. Et, etc. De Baudoncourt, ce vif d'octobre 1 664.

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