‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 35 sur 77 · NICOLE DE SAVIGNY · texte numérisé non relu

NICOLE DE SAVIGNY

( Mémoires de Granvelle , XIV, a 1 02 11.)

Sarat-Remy , 6 octoln-e 1 564.

Monseigneur Despuys son partement, estant aryvé à S*-Miel,

mon frère me envoya ime lettre, par où yl me charge de vous suplyer continuer envers oous vostre bon voulloyr; ce qui m'a faict vous escripre ceste lettre , afin qu'il vous plaise avoir souvenences de nous, et aussy pour quelque aidtre occasion que je pense povés savoir, qui est que le duc d'Anjou \ frère du roy de France, est à Parys gouverneiu* et lieutenent-général poiu* ledit seigneiu* en tout le royaulme de France, avec six seigneiu^s que Ton luy a donné pour son consseil; et despuys quinze jours enssà, ariva à Parys couryer de la part du roy, portanz lettres pattentes affin de maintenir et couffîrmer Tesdit de janvyer, et de obéyr au prévost des marchans de ladite ville , qui fust cause dune fort grande émotion, avec aussy assés d'aultres nouvelles qui ne serviroient que de brouller le pappyer, qui me fera dispencer de cella , pour vous suplyer me mander sy avez eu quelque responce du roy qui me touche, et sy je me puys asseiu-er d'estre au nombre de ses servanttes et très-humbles subjectes : car je say bien que d'eifect et de bonne affection je le méritte assés. Mais je ne say si je auray le fruict de mon méritte; et pour ce que je m'en suis adressée à vous et que je vous veulx tenir pour mon seur appuy et refluge , je recours à vous pour m'en mender Fissue ; que combien je ne

* Depuis Henri III. Le roi son firère visitait alors les provinces méridionales de France.

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ung fort grand repos d'esprist, et encores plus, sy je savoys que à l*avenyr yl fust tant vertueulx que yl peust avoir poiu* ftme Tune des données ^ de sa magesté, que ne seroit sans le grand conttantement de plus de cinq sens gentishonunes, mes parantz et allyés, qui seroient tous tournez à service et dévotion de sa magesté. Et s'yl vous plaisoit d'en enttamer les propos, vous pouvez estre asseuré, monseigneur, que jamais n'en seryons ingrat, et moiu*ryons tous pomr soubstenir vostre querelle. Madame de Savoye tesmoignera bien qu'il est (ilz du feu bon roy Henry très-cbrestien , comme celle à qui luy-mesmes Favoit recommandé; combien que despuys sa mort j'aye soufiert assés de grande cruaxdté, ainsin que desjà je vous ay escript, je vous asseure que le trouvarés beau et dispost enffant; je le vous mèneray devant que je l'envoyé en France. Et ne vous veulx celler que Tung de voz gens, nommez mons' de Sarron, m'est venu ce jourd'huy voir, qui m'a fait grand plésir, auquel j'ay parlé pour vous faire enttendre que les sussdites pention seroient bien amployées, pour ce qu'il congnoist les perssonnaiges, et aussy que je l'ay tousjours congneu fidel et afiFectionné serviteur de sa majesté et de vous; et me samble que ne debvez avoir craincte de luy : car s'yl estoit aultrement, je le sauray'bientost et vous en advertiray. Il m'a dict avoir estez en Espaigne despuys peu de temps , ce que ne pouvoys croyre , pource que je le vys à Bar, accompaignant le seigneur don Fransseze, ambassadeur, et m'a dict que le roy viendroit bientost en Flandres, ou le prince; ce de quoy j'ay esté fort aise ; mais je crains que sa longue demeure ne luy cause une guerre civille et grande émotion de quelque chose cachez, qui se viendra à manifester.

Jevouldroys bien, monseigneur, que me fissyés ceste grâce de me faire estre à la royne , ou à la fille de l'empereur à présant régnant : celle que j'espère sera famme de nostre prince , famme de nostre roy, que je m'essayroys de luy faire sy bon service et la tenir sy propremejQt, et apprandre quelque fasson de la France, qu'elle en recevroist contant-

' (Fflle naturelle.) On attribua de même à Philippe II la paternité du duc de Pastrana, fila de la princesse Éboli.

tement etmoy honneur; estant toutte délibérée de ne jamais retourner en Fjrance , pour avoir une perpétuelle souvenehce des rigueurs que Ton m'a tenu sans l'avoir méritté ; vous suplyant de m'excuser, etc. Ce VI* octobre 1 564 1 à S' Remy.

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