C. CARDINAL DE LORRAINE
LE BARON DE BOLWILLER
AU BARON DE SILLIERS
( Mémoires de GraDvdle , XYI , 1 86- 1 88. )
(Hagaenau) 6 février 1 565.
Monsieur, j^ay receu voz lettres du pénultième du mois passé, et entendu par icelles la résolution prinse par son altèze de non aller en Aùstriche, de quoy je suis bien contant puisque ainsi est son bon plésir, et vous asseure que je n^eust sceu escripre aultrement sur madite allée celle part que ce qu^en avez veu par mes dernières lettres : car d*en dire aultrement, il m'eust semblé estre grand péché de tromper son altèze, veu rafiPection que j'ay à son très-humble service, et vous sçavez aussi que je ne proposai jamais ledit voyaige d' Aùstriche, ains vous-mesmes.
PAPIERS D«éTAT. — YIII. 86
D^aller en Espaigne, eucoires que ce ne soit plus mon mestier de courir la poste, et que certes je m^estoye résolu ne le jamais faire avant que voz {dernières lettres, faisant mention pour accepter ceste charge et voyager, me vinssent, sans poinct de faulte, si je sçavoye que son altèze ne peûst recouvrer personnaige quil peust mieulx faire l'office pour ladite Espaigne qu'elle requiert, que moy, tant désireux suis-je de son bien et grandeur, j'en prendray volentier la peine; bien entendu que ce soit soubz le congé de mon seigneiur et maistre.
Vous verrez ce que monseigneur le cardinal de Grantvelle m'escript, et je me doubte que le roy ne fera rien de premier front sans le cômmunicquer à luy ou à quelque aultre ; et d'aller en Espaigne , et attendre là que l'advis fût envoyé par deçà et derechief envoyé en Espaigne, il se consumera beaulcop de temps et avec grandz fraiz : poiu* quoy doncques il me sembleroit , à correction toutesfois, que son altèze deust ainsi faire, que dès lors qu'elle envoyra ung corrier à monseigneiu* l'archiduc poiu* obtenir mon congé, qu'elle face subit partir ung aultre en court d'Espaigne devers sa majesté, avec lettres cohtenans succinctement comme elle, son altèze, avoit ung desseing sur main, assisté de bonnes inteUigences pour le recouvrement de son bien de Danemarcq, et lequel aussi touchoit le proffit de sa majesté, le bien du publicque et de toute la chrestienté , dont elle luy désiroit faire part et communication. Mais comme elle, son altèze, craindoit que sa majesté ne vouldroit rien entendre sans premièrement le cômmunicquer à quelxungs par deçà, elle prioit sadite majesté , pour gaigner temps qm couroit fort à l'encontre d'elle, de commectre ung ou plusieurs non suspectz en ceste matière, avec lesquelx elle peust cômmunicquer tout ce que deppend du subject; et qu'après qu'elle auroit veu que sadicte majesté, ou celluy ou ceulx qu'elle y commectroit, le gousteroyent, elle envoiroit puis après devers icelle le baron Nicolas de Polviller ou aultre, pour en traicter et résoldre avec sadite majesté.
Et si c'estoit mon propre afiPaire, j'en feroye de la sorte que je
dictz cy-dessus, si ce n'estoit que son aitèze fut asseurée que, par Le moyen du prince d'Eboly, Ton puisse traicter avecsadite majesté sans qu'elle le communicquast ny en prinst advis aultre part. Et en ce cas cela seroit bien bon; mais aidtrement il y courroitbeaulcop de temps, comme je le dictz cyrdessus, aller là, et puis attendre que Tadvis fut retourné. Et poiu* le vous dire, je ne feroye point volentier le voyaige en ne sçaichant que j'y feisse quelque firuict; me semblant que Ton doibt faire comme je le dictz, et que Ton doibt avec trèsgrande diligence envoyer le courrier.
En après, je n'ay voulu délaisser à vous dire que j'entendz de tous costez, et par vous-mesmes aussy, que les troubles en France se commencent à susciter derechief, de manière que je ne peuk aller en Espaigne sans avoir satdfconduyt du roy françois : car aultrement il me seroit difficile de passer, veu (ju'en ces quartiers-là Ton ne m'ayme poinct trop ; et ne sçay si avec si bon passeport qui soit (les choses et troubles s'augmentans) , je'f)Ourroye avoir ledict passaige ouvert. Pour quoy, monsieur, il faudra sur tout ce que dessus considérer, impétrer ledit saulfconduyt et m'advertyr incontinent de ce que son aitèze se sera délibérée sur cestes.