‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 108 sur 127 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

LAxMBASSADEUR RENARD

A PHILIPPE II

(Ambassades de Renard, V, i35-i3o,.)

27 septembre 1 556.

Sire1 j'ai demandé audience [au Sr connestable ] qu'il

m'accordast. Je le fus treuver en sa chambre, auquel je dis que [je venois plain]dant la persévérance et continuation des ac[tions] du pape pour exécuter ses déseings plains d'ambition et de vengeance et maulvaise volunté; que ny la patience que vostre majesté et ses ministres ont eu des traverses, practicques et molestes qu'il a procuré, depuys l'advénement à son pontificat, contre vostre majesté, ses ministres et ceulx quilz se sont monstrez affectionnez en son service, ny la raison publicque et compassion de la chrestienneté, ny les persuasions et remonstrances plus que chrestiennes que le Sr duc d'Albe luy a faict réitérer, l'ont peu révocquer et retirer de son maulvais propoz et intention. Que tant plus l'on y procède par soffrance et dissimulation, tant plus aigrement est passé oultre à ses emprinses; et de faict, de parolles et couraige a tesmoingné qui ne cessera ou se déportera qui n'ay satisffaict à sa cupidité ; que nonseulement il a provocqué vostre majesté et donné occasion de penser à la défense du royaume de Naples et de ses estatz, ains a déclairé vostre majesté pour son ennemy, a sollicité princes et potentaulx de la chrestienneté avec toutes conditions advantaigeuses pour les tirer à sa dévotion; et voiant les différendz des princes chrestiens estre sur le poinct de s'accommoder, et que la tresve en donnoit et pouvons donner ferme espoir, correspondant les voluntez de ceulx à cuy

1 Cette dépêche est fort détériorée et présente plusieurs lacunes.

le faict touche, n'a cessé par inventions estranges, et soubz prétexte de négotier les choses de la religion et de ladicte paix, de rompre et faire rompre ladicte tresve et troubler de nouveau ladicte chrestienneté, obliant l'office et degré qui tient en icelle, et jusques à tumber en propoz insolens, injurieux et plains de menasses contre sa majesté impériale et la vostre, laquelle n'a peu délaisser de recommander audict sieur duc d'Albe, qui a charge dudict réaulme de Naples, et aultres ses ministres, de adviser ce que seroit nécessaire

pour la défense et seurté de ces estatz Que en

cecy vostre majesté a voulu [aller] justifiément, et encheminer ses actions avec telle [prudence] et raison, afin que l'on congnoisse que s'est à son très-grand regret que l'on use de voie extrême , ne désirant rien plus que de veoir paix et repoz en ladicte chrestienneté. Que combien elle saiche ledict Sr roy de France avoir lighe avec ledici pape et qui luy assiste de gens et argent, toutesfoys contre ce que l'on dict que la lighe soit seulement défensive, veu que le pape est promoteur, aggresseur et celluy quii a donné l'occasion; si est-ce vostre majesté n'entend aulcunement que la tresve soit altérée ou en France ou autre coustel, ny les négotiations dernières tenues sur les moiens de paix ratardez, ains désire par efifect y continuer, les achever et se mectre en tout debvoir pour justifier le zèle qui tient au publicque et le désir singulier qu'il a de vivre en amitié et voysinance avec ses voysins, signamment avec ledict Sr roy de France; que luy desplairoit que l'on s'esloingnast de ceste tant nécessaire et utile négotiation, ou que ladicte tresve n'eust observance. Que vostre majesté m'avoit enchargé le faire entendre audict Sr roy de France et à luy comme principal ministre , pour sçavoir comme ledict Sr roy aura prins ce faict, et pour piaillement luv faire sçavoir sa volunté, encoires que elle l'eust déclairé à Basse-Fontaine en ces mesmes termes et intention; le requérant de peser combien il emporte que en chose de telle qualité l'on y procède ouvertement et sincèrement.

A quoy ledict sieur connestable me respondit que en cecy

il y a peu de prouffit pour vostre majesté; quelle ne se veult faire

pape ny aggrandir sur les terres du patrimoine de l'Eglise; que sil y a eu parolles du coustel du pape , il y a effcct du coustel de vostre majesté; qui tient ledict Sr roy ne prendra de bonne part ceste façon de faire; qui assistera ledict pape à tout ce qui pourast; que si n'a assez de dix mil hommes, il luy en envoierast vingtz mil, et qui ne sçait comme les choses iront au demeurant. Que le pape se plainct et demande secours aux Vénitiens, duc de Ferrare, duc de Mantoue et potentaulx d'Italie, quilz ne laisseront travailler le pape; qui sçait le Sr duc d'Albe n'estre si puissant, n'avoir si bons souldars ny équippaige que puisse faire progrès si dommageable comme l'on pense; qu'il y a gens quilz ont veu l'artillerie et le camp qui mène; que ce qu'il a faict en huitz jours se peult défaire et recouvrer en une heure. Qui me prioit de bien peser et considérer ce qu'en peult deppendre : car il pouroit advenir que non-seulement ledict duc d'Albe fût repoulsé, ains que l'on passast oultre, ou que l'on se gectast es lieux que l'on treuvera ouvers; que toutes choses seront suspectes; si l'on faict quelques monstres d'armes de gens de pied ou de cheval, l'on dira que s'est pour rompre la tresve ; qu'il entend assez à quelle fin l'on faict passer oultre ledict duc d'Albe et que l'on parle de paix, pensant par les armes et timidité contraindre le pape à accord, comme l'on a faict le duc Octave , que l'on a mené et induict à s'accorder par menasses et prières; que l'on entend assez ce que faict le duc de Florence ; que l'on ne parviendra à ce que l'on désire ; aiant tousjours diverti les princes de traicter appoinctement pendant que l'on est en armes en leur jurisdiction, pour la réputation qu'il y va,

et la conséquence

..... Qui me vouloit bien advertir et répéter que ledict Sr roy son maistre emploierast le vert et le sec pour la défense du pape et du patrimoine de l'Eglise, usant de telz termes : « Eh bien! que veult faire « le roy vostre maître? veut-il deschasser ce povre viez homme; le » veult-il prandre prisonnier comme l'on fist le pape Clément? veult- « il prandre Rome ? » disant que à la lin il en adviendroit comm'il en advint dudict pape Clément; que ledict Basse-Fontaine avoit très-bien

remasché à vostre majesté ceste contrariété de propoz aux effectz, me jurant, sur la damnation de son âme, qu'il avoit esté marry de veoir ce qu'avoit escript ledici Basse-Fontaine , me priant derechief de bien peser ce faict, sans aultrement respondre au poinct principal. Aulquel je réplicquay que luy et Basse-Fontaine prenoient et interprétoient la négotiation aultrement que vostre majesté ne la prenoit et entendoit, et qu'elle n'estoit différente ny eslongné de celle que s'est traicté dernièrement, ains plustost la confermant : car il n'estoit question d'interrompre la communication de paix accordée, ains provoquer ledict Sr roy de France de non s'en retirer ou aliéner pour le faict du pape, fondé en volunté si désordonnée. Que s'estoit le principal but aulquel l'on tend, et que l'on a prétendu de venir à la résolution des différendz que sont entre leurs majestez, à ce que les aultres quilz sont accessoires et particuliers suyvent; que l'on s'apperçoit clèrement, que oires ledict Sr duc d'Albe poseroit les armes, le pape ne cesseroit de son coustel, pour n'estre traictable, puysque la passion domine en luy et non la raison. Que je m'esbabissoys qu'il vouloit colorer que le Sr duc d'Albe fût aggresseur et invascur, puysqu'il sceit les occasions particulières que le pape a donné à vostre majesté de se mectre en défense, et qui m'a confessé pendant que le légat Caraffa a esté par deçà, et depuys qu'il en est [parti; qu'il n'est personne si] aveugle qui n'ayt veu et [recongneu

avec évidence] les menées, practiques et actions du pape que

je luy ay tousjours [dit] que le véaige dudict Caraffa en ce royaulme m'avoit esté [en suspicion] , comme l'issue le tesmoingne; que je ne créois les potentaulx voulsissent favorizer les passions du pape , puysque par icelles il perturbe Testât et la quiétude de l'Italie, ne qu'ilz veullent suyvre son parti, puysque la desraison est si notoire que n'y a personne, entendant la vérité du faict, qui juge ledict Sr duc d'Albe aggresseur; et que tant plus il persiste en ce, tant plus il dénote qu'il y ait aultre chose traicté et capitulé par la lighe que l'on ne dit, et que semble se soit occasion cerchee pour, parles effectz contraires aux propos d'amitié que l'on a porté, renouveller l'aigreur.

Que ne veois fondement pour quoy ledict Sr roy son maistre deust prendre de maie part ceste négotiation, tendant à ce que ledict Sr roy [re]congnoisse qu'il luy desplairoit que, pour le faict du pape, il se divertisi de la volunté qu'il a tant de foys réitérée de paix et amitié , et que l'observance de la tresve fust empeschée ; que la volunté de vostre majesté sera tousjours ferme et constante, et qui désire bien d'esclarcir absolutement celle dudict Sr roy, l'asseurant que ce que jusques icy a esté faict par le duc d'Albe estoit uniquement pour résister aux emprinses du pape et asseurer les estatz de vostre majesté contre ses déseings. Que à quantes foys l'asseurance se verrast, l'on cesserast aussi d'aultre coustel; et congnoistrast le pape vostre majesté ne désirer rien plus que continuer l'obéissance et office deu à pape qui face ce qu'ung vray pasteur doit faire : le requérant aussy de bien peser cecy, et ouvertement et franchement me respondre à ce que dessus, luy certifiant que vostre majesté désire singulièrement que la practicque de la paix voise avant sans dilation ou discontinuation; et qui deust peser vostre majesté n'estre prince qui doige estre traicté, ny qui puisse ou doige soffrir ou comporter les insolences et actions si voluntaires, ny du pape ny d'aultres quilz en vouldroient ainsi user, sans propos ou occasion. Et ne peus [croire ny imaginer que] ledict Sr roi veulle prandre la défense [du pape en une affaire que est] si préjudiciable à la chrestienté, tenant ledict Sr roy [un si haut lieu en icelle], et que quant il considérerast les particularitez [si estranges], il donnerast le tort audict pape.

A quoy m'a respondu ledict Sr connestable que le pape n'a rien fait qu'en sa jurisdiction; qu'il luy desplaist des propoz èsquelx il s'est démonstrez; qui n'a entendu que le pape aie déclairé vostre majesté pour ennemy; que le duc d'Albe est entré en ses estatz et a prins et occupé ses places; qu'il a lectres de Rome du xim de ce moys et sceit ce qu'est passé jusques à maintenant , aiant copie des lectres et responses d'une part et d'aultre; que le roy son maistre veult observer la tresve, et que se que se fera sera tousjours au nom du pape; que là où pourast ledict pape, il ne délaissera d'emprandre

pour divertir l'armée qu'il a sur luy, et par ainsi il sera difficile d'éviter que ne l'on tumbe en inconvéniant. Que, quant à la négotiation de paix, ledict Sr roy y entendrast tout et quantes foys l'on voudrast, reprenant que ledict roy son maistre ne délaissera ou abandonnera le pape.

A quoyje nefiz aultre redite, sinon queje advertiroye vostre majesté de ce qui m'avoit dict; puys excusist que le roy ne me donnoit audience ledict jour, et que ce seroitpour aujourd'huy après son disné.

Et à l'heure me treuvay devers ledict Sr roy, aulquel amplement je fiz entendre le contenu èsdictes lettres de vostre majesté; qui me fist la mesme responce que le connestable m'avoit faicte, usant des propres motz dont avoit usé ledict Sr connestable : qui treuvoit ceste négotiation eslongnée des propoz dont vostre majesté avoit usé envers Basse-Fontaine et que luy avois confirmé à Crécy; qui ne peult laisser le pape pour deux causes : l'une, pour son debvoir, comme prince catholique; l'aultre, pour son honneur, pour avoir ligne avec luy; que ce pendant le duc d'Albe avoit envoyé ung gentilhomme devers le cardinal du Belay et cardinal Saint-Jacques, et qu'il y avoit espoir de concorder les affaires, pour se treuver bien disposé à iceulx le pape; ledict sieur duc d'Albe est entré es terres du pape et l'a assailli; qui s'est offert, comme il faict encoires, de faire tous les offices qui poura pour pacifier ce différend, pour le désir qu'il a [de voir la chrestienté] en repos; et que, quant à la négotiation [de la paix], il est prest d'y entendre el tesmoingner l'effect [de la voulenté] qu'il a de vivre en amitié avec vostre majesté; que si vostre majesté envoyé par deçà, ou advise aultre moyen pour communiquer de ladicte paix, il fera le semblable, et par ung mesme chemin l'on poura donner fin à tous les troubles et différendz; que le plus tost sera le meilleur. Aulquel j'ay replicqué plusieurs particularitez cy-dessus spécifiez pour justifier le tort dudict pape, et que je despescherois incontinent à vostredicte majesté pour luy faire entendre son intention.

L'abbé de Sainct-Salutz m'est venu treuver ce matin et m'a donné les lettres cy-joinctes pour le Sr conte de Mélito, et m'a dict que le-

dici Sr roy et les S1S cardinal de Lorenne et connestable ont prins de bonne part ce qu'il a négotié par delà; que quelque bravade que face le connestable, si est-ce le cardinal de Lorenne luy a dict que ledict S1' roy veult entendre sincèrement à la paix, et que si vostre majesté envoyé quelque personnaige par deçà, il sera aussy plus honorable que l'on renvoyé aulire par delà pour le mesme effect; et qui pense se sera le sieur admirai que Ion faict venir pour cestuy eiFect, et que l'on luy doibt faire encoires plus absolute responce, et qu'il a bon espoir les choses prandront bonne fin.

J'entendz que le cardinal de Tournon est partit de Rome malcontent du pape, pour ce qui n'a secondé ses voluntez comme le cardinal du Belay, et que pour ceste raison ledit de Tournon s'est retiré à Venise.

L'on a ceste nuict despescbé ung corrier«à Rome et au duc de Ferrare, et, selon que suys adverti, l'on faict instance audict duc de Ferrare pour mectre gens de guerre en campaigne pour entrer en la duché de Milan, comme jà l'ay escript à vostre majesté; et que, du coustel de Flandres, ledict Sr roy approchera ses frontières avec quelques hommes d'armes pour faire [quelque démonstration].

L'on a publié que le cardinal Caraffa soit arrivé à Rome. L'on a créé le Sr de Montmorency gouverneur de l'Isle de France.

Le sieur de Vendosme est contremandé, et craint l'on que l'armée de mer de sa majesté impériale face quelque nouvelleté du coustel de la Rochelle.

J'ay advis que Ton dresse une nouvelle practique en Angleterre contre la serenissime royne , et me doit l'on descouvrir la particularité deans peu de jours, et la ville où elle se meut.

L'on a advis que le pape s'est fort fortifié au bourg de Rome, qu'il a rompu tous les pontz du Tybre en attendant secours, ce que ceulx de par deçà ne peuvent si tost faire, et pour ce sont-ils déterminez de user de diversion en Testât de Milan.

Quant à ce que vostre majesté désire sçavoirsi ceulx de par deçà font appreste de guerre, je l'ay comprins spécifiquement par mes dernières,

PAPIERS D'IiTAT.

et attend d'heure à aulire plus ample advis de toutes particularitez.

Quant à ce que vostre majesté désire sçavoir si ledict Sr roy de France chemine de hon pied ou négoce de la paix, les difficultez sont si grandes et l'advantaige que les Françoys ont [est] si mal à propos , que Ion ne peult espérer grand fruict de la communication que consentent les Françoys, sinon que l'on s'accommodera au temps et affaires, que gist en la délibération que prandrast vostre majesté; et est certain que, si les Françoys ne pensoient tirer quelque fruict d'icelle, qu'ilz ne l'accorderoient, ou que ce fust pour endormir et tromper vostre majesté : à quoy elle pourra remédier par contraire appreste de résistance, et cependant passer oultre en ladicte communication avec la retenue et discrétion requise, que ne poura estre préjudiciable, ains servira pour descouvrir et enfoncer leurs humeurs , et tesmoingner à la chrestienté le désir que- vostre majesté a de son repos et tranquillité.

Ala mesme audience, je fis entendre audict Sr connestable les nouvelletez que les Françovs font en Corsica et les informations que me sont esté envoie, que seroit bien nécessaire de les remédier et choisir commissaires pour aborner et limiter les lieux et appaiser les diffère ndz , comme es aultrcs lieux de Piedmont et Pays d'em-bas; que si ceste voye lui sembloit propre, les Genevoys depputeroient de leur part commissaires pour y vacquer. A ce il me respondit que Paulo- Jordain Ursino, lieutenant audict Corsica, doibt estre de briefz par deçà , qu'il entendra plus amplement ce que passe en cecy et que le roy ne refusera de prandre commissaires pour l'effect susdict, m'advertissant qu'il entendoil que ceulx de Calvi avoient faict quelque empnnse sur les gens dudict Sr roy, il avoit mandé que l'on se revanche, et que où il n'y eust que dix enseignes de gens de pied, il y en envoierast de bref dix aultres, pour faire congnoistre aux Genevoys que le roy son maistre a moien de garder ce qu'il tient; et que comme le roy ne faict que arriver en ce lieu, il n'a eu encoires loisir de veoir les négoces particuliers qui restent à vuyder; que se sera le plus tost que sera possible, et que l'on nommera et choisira commissaires- pour tous les lieux que sera besoing. Aulquel je diz que

j'avoys information justifiant le tort du coustel des ministres du roy audict Corsica, et s'ilz continuent, comme aussy il dit leur avoir mandé, ce ne sera pour accorder le différend

Aussy luy dis-je avoir receu l'accord résolutif des prisonniers, quii estoit raisonnable il y donne fin, puysque de jour à aulire il retire leurs prisonniers estans par delà, le priant d'y mettre une fin et députer ung commis pour arrester et recepvoir les rançons d'un chacun ; à quoy il respondist qu'il a tousjours attendu ladicte résolution, se plaingnant que monseigneur le duc de Savoie ou aultres aient faict ung tort au conte de Villars1 assez estrange, et que estant à deux maisons près du logis dudict Basse-Fontaine , l'on l'a faict arrester et remener en prison, pour le vouloir forcer derespondre pour ses hommes d'armes; que, oultre sa rançon, qu'est excessive, l'on luy demande troys mil escuz pour les despens qu'il a faict, oultre ce qu'il a jà

desbourcez qui fera ainsi envers les prisonniers qu'il a et en

tirera ce qui pourast, et que je ne deusse doubter qu'il pourast advenir que aultres s'en resentiront quilz ne le pensoient. Aulquel je respondis que je ne créois il voulsit traicter lesdicts prisonniers contre ce que a esté convenu et arresté, sinon qui désadvouast ce que ledict Basse-Fontaine a faict, et qui ne peult contraindre lesdicts prisonniers contre ledict traicté; queje me fiois bien qui en useroit ainsi comm'il me disoit: et certes sert que, en ce que l'on a arresté, l'on n'a faict mention de la rançon des contes de Mansfelt et d'Arcqs, ny de plusieurs aultres. Je préveois que ce que j'ai souvent répété à vostre majesté adviendrast et qui taixera excessivement lesdicts prisonniers, puysqu'il a tiré ses parens hors de prison. Je verray ce que s'en sera et acivertiray vostre majesté

Je insistas pour avoir passe-port pour les seigneurs quilz doibvent véaiger par ce réaulme, en nombre de septz, luy remonstrant les doubtes qu'ilz avoient, présentant de nouveau ung billet et mémorial sur ce; lequel commandast à l'Aubespine leur despescher lettres de paz que je solliciteray pour les envoier par mes premières

1 Honorât de Savoie, conile de Villars, beau-frère du connétable.

L AMBASSADEUR RENARD

A PHILIPPE II

(Ambassades de Renard, IV, 23o.)

Sans date [septembre 1 556 ].

. Et vois les choses inclinez à mutation si soubdainement ,

maintenant de faire paix et garder la tresve, et tout incontinant de la rompre, que Ton ne se peut résoldre en certitude sur les considérations ordinaires, pour ce que les Françoys cherchent toutes extrémités pour surprandre vostre majesté; et tous les doulx propos, tenuz pour entrer en communication et accord , ne tendent à aultre fin sinon pour tromper et endormir vostre majesté. Sur quoy je la supplie peser ce qui luy semblera myeulx convenir, envoiant avec cestes la lectre du principal amy, qui discourt plusieurs pointz notables, et qui en cecy a rendu bon debvoir. Et, pour mieux effectuer ceste emprinse, l'on a surceu le véaige de Lorenne pour quelque temps; le véaige du cardinal de Lorenne est retardé et tout le soing est remis pour dresser ceste armée : à ceste cause est retourné le sieur de Guyse, de Nevers, d'Aumale et aullres, de leur véaige.

Oultre ce , j'entend certainement que la lighe d'avec le duc de Ferrare est conclute et que les difficultez qui restoient sont vuidez, parce que le roy, estant deschargé des fraiz qui soubstenoit en Parme, s'est élargi davantaige, et a accordé audict Sr duc de Ferrare tout ce qu'il a voulu, jusques à lui consentir que l'on faschera le duc Octavio et que l'on dressera emprise pour Parme avec le temps; en quoy a tousjours tasche ledict duc de Ferrare, et dont l'on a offert récompense au duc Octavio en France. Et m'a l'on dit davantaige que le S' duc de Guyse ne refusera d'estre lieutenant dudict duc de Ferrare , pour estre son beau-père , et qui poura estre chief de ceste

armée; que le pape engaige les places de Ravenne et Syrne1, où l'on faict le sel, pour la scurté et ypothèque des deniers que ledict duc de Ferrare fornist, et que sur ce le prince de Ferrare se délibère partir pour aller devers ledict duc pour l'assister en ce.

Et comme ledict Srroy de France voit la noblesse de son réaulme tant povre et ruinée de la continuation des armes, le peuple si extrêmement foulé qui n'a moien respirer, sinon par une longue abstinence de guerre; l'argent ne se treuver en France; la querelle du pape n'estre fondée ny aggréable à plusieurs, mesmes ceulx quils suvvent la nouvelle religion : pour tant plus rendre l'ung et l'aulire voluntaire aux aides et contributions, pour aulcunement leur satisfaire, le dict Sr roy de France s'est treuvé conseillé de, à ceste assemblée prouchairie en ce lieu, appeler les cbevaliers de l'ordre, princes de France, pour leur faire entendre qui ne peut abandonner le pape et sainctsiége apostolique, à l'exemple de ses prédécesseurs, roys de France; qui luy emporte de le maintenir contre vostre majesté; qu'il a capitulé avec luy confédération perpétuelle, et donnera couleur telle qui verra servir pour persuader que le Sr duc d'Albe soit aggresseur, qu'il soit entrées places du patrimoine de l'église, et conséquemmentfera les remonstrances qui verra servir plus à propos.

Sire, comme il y a troys mois que j'ay despeché Villey par delà, et qui n'est cncoires de retour, n'aiant personne si confident qui seroit requis pour le dépêcher à Milan, j'ay dépêché ce porteur à vostre majesté, bien prévoiant que quant oires j'eusse diligente du coustel du marquis de Pescaire , tousjours eust-il fallu avoir l'ordre et provision de vostre majesté; la suppliant très-humblement peser ce qu'il emporte que l'on face poser les armes et entrer en communication de paix, puysque les déseings sont si eslongnez de bonne volunté, et pourveoir à ce que l'on ne soit surprins; et comme il a pieu à Dieu que les Turcqs aient abandonné à lever le siège d'Oran, adviser si ses galères instruictes2 pourront faire aulcun fruict, prévoiant que si vostre majesté rompt le déseing du pape, celui de France s'en sentira.

! (Soriano?) 2 Armées.

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