‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 107 sur 127 · A LA PRINCESSE DE PORTUGAL · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE DE PORTUGAL

(Ambassades de Renard, V, i3o-i3i.)

Sans date [vers le i5 septembre i556 j.

Madame, pour satisfaire aux lectres de vostre altèze du xxvic de juillet, j'ay joinct à cestes copie de plusieurs lectres que jay escriptes au roy, que satisferont au premier poinct concernant les occurens et estât des affaires publicques. Et, pour ne avoir commodité de corrier, je ne puys user de la diligence que seroit requise, si ce n'estoit que l'on fît fraiz et despens que seroient excessifz.

Au second poinct, le pape, en tout et partout ce qu'il peult, traverse les affaires du roy pour seconder et favoriser les affaires de France, avec laquelle il a traicté lighe et confédération, et ne fault espérer de luy sinon ce que l'on attend d'ung ennemy plain de maulvaise affection, vengence et avarice l.

1 « El papa se ha quitado la mascara , » lités,parlui écrite de Milan le i5 sep dit le marquis de Pescaire dans une lettre tembre à l'ambassadeur Renard, ne renfermant d'ailleurs que des généra-

Quant à la manière dont use le roy de France pour collecter les gens d'église, et leur faire contribuer aux fraiz de la guerre par permission des papes, il a eu dispense de prandre une décime sur chacun bénéfice; mais d'autorité reale et par force, il accroist quant il veult de deux décimes, tellement qui reliève la moitié du revenu des biens de l'église.

Oultre ce , ses guerres passez, il a imposé chascun clocher à vingtz livres, et a inventorizé tous lesreliquiaires d'argent, pour les prandre quant il vouldra, et si la tresve ne se fust faicte, il les eust prins pour continuer la guerre : car il n'avoit plus moien de la finance. Davantaige les prélatz et gens d'église quilz ont quelque respargne, sont travaillez par empruntz, et prend l'on les grainnes qu'ilz ont pour mectre es garnisons et pour la munition des gens de guerre ; aians aussy presté leur vaisselle d'argent ceulx quilz en ont eu : tellement que quant ledict Sr roy de France commande, il est obéi , soit par crainte, force ou volunté.

Quant à ce que concerne la monnoye et usaige d'icelle, j'envoie à vostre altèze ung livret à la fin duquel elle treuvera responce à la pluspart de ce qu'elle désire entendre, et verrast comme l'on en use par deçà, le gaing que il faict ledict Sr roy, pour ce que personne ne faict monnoye sinon luy seul et par son auctorité; et avec ceje respondz aux articles selon que sur ung chacun il est cousté ', pour congnoistre que la sacca et distraction de l'or et argent d'Espaigne accroist le prouffit de la monnoye; et s'est treuvé homme à Lyon quii, sur la mise des réaulx de Castille , a gaigné pendant les guerres plus de cens mil livres, dont le connestable en a eu plus de dix ou douze mil escuz : et seroit très-bon euvre que vostre altèze y remédie.

Aussy entendra- elle que l'on tire beaulcoup de chevaulx d'Espaigne en ce royaulme , et entendz que les propres gardes en prennent argent; et pour ce il sera convenable y pourveoir.

Les Françoys ont encoire de douze à treize bateaulx aux Indes, pour fortifier ung port sur le passaige, que donnera grand empes-

1 Coté.

chement si l'on le leur souffre , et est près du cano de Tres-Pontos ; et y a en ce royaulme deux. Espaignolz quilz offrent au roy de France , avec peu de gens, emprendre es Indes et les conquester.

Le duc d'Albe et le duc de Florence sont en campaigne avec seize ou dix-huitz mil hommes de pied et troys mil chevaulx, peur le secours des Colonnoys1 et remédier l'insolence du pape, dont les Françoys sont estonné, pour ce qu'ilz ont tousjours escript au pape qui deust temporizer jusques au printemps de l'année que vient; et vouldroient maintenant que l'on treuvast quelque expédiant pour surceoir les affaires par dissimulation et dolosité, craingnans que les forces du pape ne soient souffisantes pour résister, combien qu'il y a jà de six à septz enseignes de gens de pied françoys à Rome, et environ six mil italiens.

Le duc Octavio est appoincté avec le roy mon maistre, et le cardinal Farnese remis en l'évesché de Montréal.

Les Françoys doubtent que le duc de Ferrare les vouldra gehenner et intéresser avant que de absolutement entrer en la lighe, combien que l'on a par cy-devant tenu pour certain qu'il y fut entré ; et de faict, avant la tresve, le cardinal de Loraine l'avoit conclue! avec luy.

Le roy de France a faict déclairer qui veult remener le duc de Loraine à Nancy, place principale et plus forte du pays, et le mectre en liberté pour le marier avec sa seconde fille, pour, soubz ce prétexte, prandre les fors du pays pour les garder, pour avoir le passaige de Loraine ouvert, extendre ses frontières et asseurer la ville de Metz; à quoy le sieur de Vauldemont, tuteur dudict sieur duc, a respondu saigement, priant le roy de le mectre en liberté, comme il convient, avant tout œuvre, et que, par l'advis de ses estatz, il luy fera responce ; qu'il a juré de garder son pays et non le mectre en aultres mains que es siennes ; qu'il a prins la tutelle dont il se veult descharger avant faire actes préjudiciables contre son honneur et serement. Sur quoy le sieur de Guyse faict estapes de vivres et mu-

1 La famille Colonne.

nitions pour un camp à l'entour de Loraine, et tient Ton que ledict

Sr roy y fera quelque emprinse cestuy yvers, ou sur le printemps

EMMANUEL-PHILIBERT, DUC DE SAVOIE

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, V, 119-122.)

Gand, 22 septembre 1 556.

Ce prince, alors gouverneur général des Pays-Bas, envoie à l'ambassadeur le double des « articles qui ont été accordés » avec le sieur de Basse-Fontaine , au sujet des prisonniers de guerre. Parmi les observations, peu intéressantes aujourd'hui, dont il accompagne sa dépêche, il fait remarquer que Ton se plaint à tort du traitement qu'éprouvent les sieurs de Chaulnes et d'Estrées, « d'autant qu'ilz « ne font que trop de pétulances avecq les filles où ilz sont. » Renard doit tenir la main à la prompte délivrance des serviteurs du duc d'Arschot, toujours détenus à la Bastille.

C'EST CE QUE A ESTE ACCORDE ENTRE LES DEPUTES DE LEURS MAJESTES ET L'AMBASSADEUR DE FRANCE, SUR LE FAICT DES PRISONNIERS.

i° Ils seront mis en pleine liberté, en payant pour leur rançon chacun une année du revenu de leurs biens, dans lequel seront compris les appointements qu'ils touchent à raison de leurs grades. Ils acquitteront, en outre, les dettes et dépenses par eux faites durant leur captivité.

2° Les fils de famille payeront pour cette même rançon l'équivalent du revenu d'une année des biens qui pourraient leur arriver de la succession de leurs père et mère décédant ab intestat.

3° Les gentilshommes servants l payeront de plus chacun la somme de trois

cents francs.

Officiers de la maison d'un souverain.

fi° Le comte de Pontdevaux1 et monsr de la Roehe-Guyon devront payer, en sus d'une année de leurs revenus, chacun la somme de trois cents écus, pour leur qualité.

5° Dispositions accessoires sans intérêt.

CGXXXI.

L'AMBASSADEUR RENARD

A PHILIPPE II

(Ambassades de Renard, V, 123-129.)

Paris, 24 septembre i55(3.

Sire, le xvi de ce moys je receuz les lectres du connestable cyjoinctes , qui m'envoiast à Paris , par lesquelles il me prioit me treuver à Melun sambdi dernier pour l'effect y contenu, ce queje fiz; et estant audict Melun, il m'escripvit comme le roy de France passoit à Béroiseat2, pour l'incommodité du logis à Eschou3, et néantmoings il ne fut audict Béroiseat, ains passast à Crécy le lundy suygeant; et lemardy au matin je arrivay audict Crécy, où ledict connestable me tint propoz de cinqz pointz : le premier, qu'il avoit lectres du sieur de Vendosme, par lesquelles il l'advertissoit comme don Antonio de Çuninga avoit esté relascbé de l'arrest que le conte de Lude avoit faict sur luy , et que ledict don Antonio avoit esté devers ledict sieur de Vendosme, qui lui avoit faict bon traictement, luy avoit donné du passe-temps, et à la partie 4 oiseaulx et cbiens, tellement qui s'estoit departi de luy bien content : encoires que ledit sieur roy n'aye treuvé ledict arrest fondé ny à propoz.

Le second, que ledict sieur roy avoit escript en tous ses portz de

1 Laurent II, de Gorrevod. 3 Ecouis.

: Béréziat. '' Au déparl.

nier de la Normandie , Bretaigne et la Rouchelle, que si d'adventure par fortune de mer, par tempeste ou vent contraire , sa majesté impérialle et les reines doairières de France et d'Hungrie estoient en leur passaige rejectées es portz de l'obéyssance dudict sieur roy, qui fussent accueilliz, secouruz, honnorez et assistez comme sa propre personne, et ensuyvant l'intention qu'il a tousjours eu à la bonne amitié et voisinance.

Le troizième , que comme les difficultez s'accroissent de jour à anitre es lieux et limites du Piedmont, Luxembourg et aillieurs, que l'on n'a peu résoldre ny décider, pour ce que l'on a prins le terme si court pour y vacquer et entendre , qu'il n'a esté possible d'y mectre fin telle que l'on eust peu désirer, ainsi luy sembleroit-il convenir l'on regardast quelque expédient pour les régler, pour éviter les riotes et occasions de maulvaise intelligence qu'en peuvent soldre.

Le quatrième, que le sieur Basse-Fontaine a adverti ledict sieur roy de plusieurs honnestes propoz que luy a tenu vostre majesté et le sieur comte de Melito , respondans à ce que ledict Basse-Fontaine leur mist en avant, suyvant l'ouverture que m'en fit ledict sieur connestable à Valeri, de moyenner les difficultez d'entre vostre majesté et le pape , pour les raisons jà entendues dudict Basse-Fontaine, et réponses par les lettres tant de votre majesté que dudict sieur conte de Melito, des xime et xvne de ce moys; que ledict sieur roy ne peut délaisser ledict pape, son amy, allié et confédéré ; qu'il y auroit danger que, continuant l'aigreur et hostilité de ce coustel-là , les affaires publiques s'en deussent ressentir, que ledict sieur roy regreteroit; qu'il entend , jàçois ledict sieur conte de Melito aie dict audict Basse- Fontaine que l'on escriproit au sieur duc d'Albe pour le retenir de passer avant sur les terres du pape , attendant si l'on pouroit appaiser lesdicts dififérendz, ledict sieur duc d'Albe estoit passé au pont de Corve1 et en ung autre lieu qui n'a peu nommer2, où estoit

Ponte-Corvo. du duc d'Albe , tuèrent les soldats du pape

a Ripi, dont les habitants , attachés aux et se saisirent de Trenta-Coste, leur gou^ Colonnes , prirent les armes à l'approche verneur.

ung capitaine du pape, nommé Trente-Coste, avec cent cinquante souldars, qu'il avoit deschassé et rompu, saccagé les places et emmené le bestial qu'il y a treuvé, dont s'est doulu ledict pape par ses lectres andict sieur roy, du vie du présent; qu'il entend aussy que l'on faict passer quelque nombre de lansquenetz ; que ledict sieur roy a jâ quinze ou seize enseignes de Françoys à Rome, et pourra aussi avoir lansquenetz et se fortifier pour complir le traicté qu'il a avec ledict pape ; que luy desplairoit que , à ceste occasion , la bonne volunté de voz deux majestez fust disjoincte et empeschée de prandre l'eifect qu'il espère elle prandra , remédiant ce faict du tier entrevenu ; que comme il me parloit franchement, aussy désiroit-il je lui deusse dire ce que m'en avoit esté escript.

Le cinquiesme, il me dict que ledict sieur Basse-Fontaine avoit tesmoigné audict sieur roy de France la bonne volunté que vostre majesté tient au bien de paix et amitié avec ledict sieur roy, et comme il s'estoit montré voluntaire et prompt d'entendre à la résolution des doubtes et difficultez que se sont retreuvez jusques icy pour parvenir à icelle, selon le chemin que la tresve a préparé; à quoy ledict sieur roy entendoit correspondre jusques au boult et ne refuseroitaulcungs moiens, pourveu qu'ils soient proportionnez et fondez en raison, et que à quantes foys qui plairoit à vostre majesté que l'on y entende , l'on feroit le semblable du coustel de deçà. Mais que convient en préalable adviser comme l'on poura retenir que les motions en Italie ne passent plus avant, ains surceoient : car aultrement il seroit difficile de négotier le faict de la paix pendant que la guerre se feroit entre les gens de vostre majesté et dudict sieur roy de France, sur le secours et aide que ledict sieur roy est obligé de donner audict pape, et que, si continuent, il sera difficile que inconvéniantz n'en sortent. Que je luy deusse aussy dire ce que m'en sembloit ; adjoustant ce que ledict Basse-Fontaine passast avec ledict sieur comte de Melito, selon qui lui escript en responce de sesdictes lectres.

Et comme je viz la manière de procéder dudict sieur connes-

PAPIEP.S D'ÉTAT. — IV. 89

table , qu'il estoit si retenu qui parloit entre ses dens, qu'il y alloit à tastons et nie donnent assez à entendre que l'on faisoit toutes les apprestes duyses1 à la guerre, pour assister l'emprinse et déseing conclud avec le pape , je luy dis, quant au premier point, que j'estois en peine jusques à ce je sceusse la liberté dudict Antonio de Çuninga, et que l'arrest a esté estrangement faict contre la tresve et asseurance en deppendans , sans occasion ; que oires l'on eust arresté aulcungs Françoys en Espaigne sans couleur, si est-ce l'on ne debvoit procéder par contre-exploit, ains debvoit l'on suyvre la forme prescrite par ladite tresve. Qu'il avoit occasionné plusieurs à demander passe-portz; que j'avoys mémoires pour les sieurs marquis de las Naves, don Fadrique Hanriquez de Gusman et Loys Sigonet, pour demander lectres de paz, que luy exhiba, le priant les faire despechen que tant s'en fault-il que l'on deust arrester ledict don Antonio, que j'attendois le procès dressé contre le capitaine Goudon, pour particulièrement justifier l'emprinse qui tenoit contre Fontarabie par ordonnance et adveu dudict sieur de Vendosme, que mérite démonstration exemplaire pour servir à l'advenir.

Quant au second, je m'asseurois au cas pareil vostre majesté useroit de réciproque, quand l'occasion s'addonneroit.

Quant au troisiesme, je fuz très-aise que de soy-mesme ledict connestable entrast en propos des limites, pour avoir occasion de négotier ce que vostre majesté m'a commandé par ses lettres sur ce expédiées ; luy ayant répété, comme dois long-temps je luy ay remonstré, combien il emporte que les différendz des limites soient entenduz et appaisez , tant en Piedmont comme aillieurs, jusques à luy ouvrir moien de communication par commissaires qui se pourroient de part et d'aultre choisir, et ce pendant surceoir toutes procédures et nouvelletez ; que le cahier desdictes particularitez tend à ceste fin, sur lequel l'on ne m'a jamais faict responce. Que si ceste voie luy sembloit convenir, je confiois vostre majesté ne refuseroit moiens quelconques servans à l'entretient et accroissement de bonne amitié

1 Propres, convenables.

avec ledict sieur roy, et à la bonne voisinance de tous coustelz. Au quatriesme, je luy dis que je n'avois aulire chose à luy dire sur ledict poinct, sinon de réitérer audict sieur roy et à luy ce qu'est passé entre vostre majesté, ledict sieur conte de Melito et ledict Basse-Fontaine, et qui ne sembloit nullement convenir que l'on se deust arrester sur ung accessoire pour délaisser le principal ; áins que l'on debvroit plustost s'attacher et accrocher sur les différend/, restans entre vostre majesté et ledict sieur roy, et iceulx vuider, que de commencer sur le faict d'un tiers entrevenu de nouveau et depuys la tresve, c'est-à-dire du pape, qui a donné toutes les occasions d'aigreur que l'on sçauroit dire à vostre majesté, et de faict et de parolle, pour le irriter et commouvoir à penser pour résister à ses menasses. Que s'il y a lighe avec ledict seigneur roy, elle ne peut estre pour assister le pape en chose si mal fondée et desraisonnable, sinon que ladicte lighe fust préjudiciable à la tresve, et que l'on eust traicté aultre capitulation que celle que l'on faict entendre. Qu'il est vraysemblable le pape ne se fust tant démesuré, si ne fust esté l'espoir qu'il a prins de ladicte lighe pour exécuter sa maulvaise volunté ; que luy en prend bien que vostre majesté soit tant catholicque et désirant éviter scandales ; que oires le trouble commencé par ledict pape allist avant, si est-ce je ne véois pourquoy l'on deust mectre en dispute l'observation de la tresve. Que du coustel de vostre majesté je m'asseurois il n'y auroit contravention ; qu'il pouvoit veoir de quel pied votre majesté procède en cecy, puysqu'elle a voulu récompenser le conte de Montorio pour estaindre le feug d'ambition que de ce coustel-là le pape a allumé : tellement que offrant d'entrer en communication des moiens de paix d'entre les principaulx, offrant récompense audict de Montorio , offrant de s'accommoder aux moiens que l'on jugerast convenir pour appaiser le trouble concité par le pape , l'on ne pouvoit que désirer davantaige de vostre majesté. Que plus est, vostredicte majesté confioit tant de luy, de sa prudence et inclination à ladicte paix, que si proposoit moiens plus convenables, je m'asseurois votre majesté ne les refuseroit.

Quant au cinquiesme , que instruyrois à vostre majesté l'intention dudict sieur roy quant à icelluy, persistant que par ung mesme chemin l'on pouroit arrester le principal et accessoire.

Au premier, ledict connestable ne répliquast aultre chose sinon que les vassaulx et subjectz de vostre majesté ne debvoient presser ou importuner pour lectres de paz , puysque la tresve estoit plus souffisante que icelles lectres, et que se seroit faire tort audict seigneur roy de révoquer en doubte la fidélité que en deppend; m'asseurant en parolle d'homme de bien et de foy qu'ilz n'auront empeschement en leurs passaiges quant ilz le vouldront faire, et que l'arrest dudict dom Antonio a esté à l'insceu et contre l'intention dudict sieur roy, et que l'on doibt plustost prandre sa parolle que tous les escripts du monde.

Au troisiesme, il me dit que, estant à Paris, ledict sieur roy se résoldra et nommera commissaires pour entendre aux différendz des limites, me priant avoir patience jusques alors, et remectre tous aultres négoces particuliers , pour me copper le chemin des prisonniers, ou synon il ne veult entendre jusques à ce le conte de Villars soit de retour, pour après faire ce qui pourast à l'injure des prisonniers qu'il a , subjects de vostre majesté, la rançon desquelx est aultant incertaine comme si n'y avoit traicté, et n'y a encoires voulu entendre : toutesfoys pour troys jours je ne l'ay voulu aultrement importuner.

Quant au quatriesme, il a tousjours insisté que l'on deust faire poser les armes au pape et audict sieur duc d'Albe, avant de négotier le faict de la paix, me disant qui me vouloit bien advertir que le roy ne pouvoit délaisser le pape , qu'il aidera et assistera. Que se seroit chose répugnant de traicter d'un coustel et que la guerre fust de l'aultre ; que ne saroit penser moien plus propre que ladicte surcéance ; que combien ledict pape soit assez scabreux et difficile , si est-ce que ledict sieur roy impetrerà de son coustel qui cesse et se désiste des armes, pour tant mieulx adviser sur les moiens d'accord. Quant au cinquiesme , que à quantes foys vostre majesté vouldra

entendre sur les moiens de vuider les difficuitez sur lesquels la tresve s'est conclute , ledict sieur roy y entendra promptement et sans dilay.

A la réplique du premier poinet, je insistay pour lesdicls passeportz, attendu que ledict arresi de don Antonio avoit donné juste occasion pour en user, le priant affectueusement les vouloir faire despêcher.

Quant au troisiesme , je luy dis que à Paris l'on achèveroit ce qu'en deppendoit, le priant d'avoir souvenance des aultres négotiations restans et des prisonniers.

Au quatriesme, je luy dis que je me esmerveillois pour quoy ny comme il mcsloit le différend du pape avec les différendz d'entre voz majestez, pour estre faict nouveau, que n'a couleur ou fondement; que ne me pouvois tirer de suspition qui n'y aie aultre cause que celle l'on faict entendre, que le temps la pouroit descouvrir; que le moien de suspendre les armes et que le pape demeurast saisi des fors qu'il a faict pour dresser l'emprinse du royaulme de Naples, est trop à l'avantaige dudict pape : car il auroit ce qui demande, et seroit vostre majesté prévenu; que ce moien ne se pouvoit bonnement conduire sans aultre provision, comme qu'il abandonnast lesdicts forz ou les mist en main non suspecte, pour oster la juste craincte et suspition que causent ses propoz tenuz au consistoire et dehors, et les effeetz les accompagnans. L'interroguant si devant ou après la tresve ladicte lighe a esté faicte, pour ce que si elle a esté devant, l'on scet, comme la saison du temps dénote, la qualité et conditions d'icelle; si après, et qu'elle ne soit sinon défensive, elle ne peult avoir lieu, pour estre aggresseur et promoteur ledict pape par les occasions urgens qu'il en a donné.

Au cinquiesme, que je ne pouvois passer plus avant sinon advertir vostre majesté , comme je pensoys le feroit ledict Basse-Fontaine , pour y prandre résolution.

Au premier, il me dit que me deusse contenter de la parolle dudict sieur roy, aultrement ce luy seroit faire tort d'y insister, attendu la tresve, et entrer en trop préjudiciable diffidence.

Au quatriesme, après avoir longuement pensé, il me dit qui ne vouloit respondre ou promectre du faict du pape , quant à démolir les fortz de Paleano ou les mectre en mains séquestres, jusques à la décision , mais qui s'asseuroit de luy faire poser les armes ; que lesdicts fortz sont en sa jurisdiction , qui prétend que Marco-Antonio soit esté rebelle ; qui n'y a capitulation par ladicte lighe que face mention d'emprinse contre le réaulme de Naples ny aultres estatz de vostre majesté ; que ledict sieur roy de France a défendu à ses souldars et recommandé au sieur de Lansac , qu'est allé avec le cardinal Caraffa, qui tienne la bride au pape et aux capitaines françoys, pour non emprandre, en sorte que ce soit, sur les estatz de vostre majesté; que le pape n'a encoires commencé faict que puisse mouveoir vostre majesté. Quant auxparolles, pourroit estre que elles sont plus appassionnées qu'elles ne doibvent , mais que ne failloit mesdire des princes ny de personnes élevez en tel degré ; que la lighe fut faicte devant la tresve ; que posant les armes, il fera son mieulx pour incliner le pape à tout ce que poura donner contantement à vostre majesté , et que s'est l'advis qui peult pour le présent proposer; sans me faire mention de la récompense oííerte audict de Montorio.

Et comme il ne respondoit au poinct que j'avois plus en recommandation , pour sçavoir si continuant les troubles en Italie , l'on les vouldroit tirer à roupture de la tresve, je luy dis incidament que puys il me sembloit l'observance de la tresve ne seroit altérée , encoires que le pape ne cessast et que ledict sieur roy donnast assistance audict pape, j'estois tousjours d'opinion que le mieulx seroit de traicter des différandz principaulx et iceulx desmêler, et après entendre à ceulx du pape; à quoy il me donna entendre, par motz toutesfoys assez couvertz, que si la guerre continuoit entre vostre majesté et le pape, ladicte tresve n'aura grande observance : que j'ay noté singulièrement.

Puys je luy respondiz punctuellement à tout ce qui m'avoit proposé, pour tousjours rejecter le tort au pape, tant à l'endroit dudict Marco-Antonio que à l'endroict des ministres de vostre majesté; que

son déseing n'est seulement sur Paleano, ains sur Naples; que l'on scet assez ce qu'est passé sur ce dois long-temps; adjoustant tout ce que me semblast convenir pour effectuer le commandement de vostre majesté, et contenu es lettres dudict sieur conte de Melito. Et pour conclusion, il me dict qu'il escriproit à Basse-Fontaine ce que dessus, et que je le deusse escripre à vostre majesté, pour y prandre telle résolution qui luy semblera convenir ; ce que luy promis faire.

Et me fist demeurer en sa chambre pendant qu'il allist devers le roy, pour l'informer de la négotiation ; puis me fist appeler, et en sommaire je déclairay audict sieur roy de France le mesme, qui me remist à ce que ledict sieur connestable m'avoit dit : usant des meillieurs propoz du monde de l'intention qu'il ha à la paix, amitié et voisinance avec vostre majesté. Et comme je luy fis recharge pour lesdictspasseportz, l'entendant le connestable qui parloit aux cardinal de Lorenne et mareschal de Sainct-Andrey, ledict connestable luy dict qui ne les debvoit accorder, puysque sa parolle passoit tous passeportz. Sur quoy ledict seigneur roy me dit en ces termes , « Ma foy, je ne « veulx que l'on en despêche plus , pour ce qui n'est nécessaire; » m'asseurant qui ne seroit faict moleste quelconque aux subjeetz de vostre majesté en leur passaige , ny à leurs bardes, bagues et chevaulx, et commanderoit partout qu'ilz fussent bien traictez. Et afin que l'on eust quelque témoingnaige de ce, l'Aubespine me mandist par mon secrétaire qui m'envoieroit lectres pour confirmation de la parolle dudict seigneur roy, que j'attendz.

Aussy ledict l'Aubespine m'envoiast la ratification de la neutralité d'entre les conté et duché de Bourgongne assez ample et réciprocque, que j'envoie à vostre majesté , aiant envoie le double d'icelle au sieur de Vergy, gouverneur du conté de Bourgongne.

Sire, je ne me veulx aultrement élargir sur ceste négotiation, pour ce que vostre majesté en tirera et colligera la fin à laquelle tend ledict sieur roy de France, qui ce pendant ne délaisse de passer et faire passer gens de guerre pour assister le pape ; et préveoys que selon les choses continueront en Italie, elles passeront par deçà, ne treuvant

que la volunté proposée de parolle soit fondée sur intention de parvenir aux effectz de la paix, si ce n'est avec advantaige préjudiciable ; la suppliant très-humblement peser ce qu'en deppend.

Avant que le connestable me donnast audience , il a voulu ouyr l'abbé de Sainct-Salutz , comme a faict le cardinal de Lorenne, et entendz qu'il a esté par delà pour descouvrir les affaires de vostre majesté ; qu'il a faict plusieurs maulvais offices à ce qu'il a dict de bouche; qu'il a escript plusieurs lectres en Angleterre, au cardinal Pôle, pour empescher l'establissement de vostre majesté en Angleterre; ne veullant passer plus oultrequantà ce, puys quej'ay donné à vostre majesté si certain advis de son humeur : aiant sçeu de bon lieu qu'il a plustost recul! é à son retour la practicque de l'accord que advancé.

Le paige du Sr duc d'Arschot m'a mandé que l'on a examiné puys peu de jours ençà ' . . . . gentilhomme dudict Sr duc, et qui croit Ion le veult appliquer à la question, pour luy faire confesser ce qui ne sçayt

CCXXX1I.

L'AMBASSADEUR RENARD

A PHILIPPE II

(Ambassades de Renard, V, i34-)

2 5 septembre i556.

FRAGMENT

.... Afin que ceulx qu'ilz despeschent et ceulx qui viennent en

court ne soient aperceuz, et que les espies n'aient moien de référir2 leurs menées; et se sont rencontrez troys advis conformes en ung : que

1 Lacune 2 Rapporter.

quant le secrétaire du cardinal Caraffa, qu'il a laissé en ceste court, eust receu les lectres de Rome, du sixième de ce moys, et entendu que le duc d'Albe se mectoit en campaigne contre le pape, il fut longuement avec le connestable à Valuisant, puys le connestable fut plus de six heures en conseil avec le roy et ceulx quils ont accoustumé d'y assister; que la sustance de la charge dudict secrétaire estoit de demander aide audict Sr roy de France, que le pape se treuvoit en danger si n'estoit secouru; que s'il reçoit inconvéniant , il n'aura plus moien de seconder les affaires de France; que ledict cardinal n'est encoires arrivé à Rome, et craint que les galères de vostre majesté, que l'on tenoit estoient à Ligorno1, fussent pour le surprendre en cheminot enfin que les affaires du pape estoient en extrémité. Avec ce le nonce dudict pape, estant par deçà, escrivit une lectre audict sieur connestable, persuasive et tendant à ceste fin. Oultre ce le Sr de Brissac fut mandé pour, s'il estoit possible et que la goutte permict qu'il peult venir audict Valuisant , s'efforcer, ce qui fit et fut conclud qu'il y avoit deux remèdes en ce : l'ung de veoir s'il y auroit moien de faire rompre l'entreprinse du sieur duc d'Albe par la négotiation que s'est traictée, luy faisant poser les armes sur intention d'accord, qu'a prins le progrès que vostre majesté a veu par les lectres sur ce faictes, et par ce que Basse-Fontaine en a déclairé; l'aultre que si le Sr duc d'Albe passoit oultre, il convenoit faire une guerre diversive pour séparer et révocquer les forces de vostre majesté. Quant au lieu où elle se pourroit faire , véant la saison tant advancée et vostre

majesté [dans les Pays-Bas et avec si bonne provision] 2 que

sous couleur de faire passer [souldars françois] et suysses au secours du pape, l'on feroit [invasion] en la duché de Milan; que l'on feroit passer six mil Suysses et septz ou huitz mil lansquenetz; que l'on lièveroit troys ou quatre mil Italiens et quatre ou cinq mil Françoys, et avec quelque nombre d'hommes d'armes et de chevaulx légiers l'on feroit l'emprinse; et que surprenant vostre majesté et rompant tresve celle part, l'on pourroit esbranler de telle sorte Testât de Mi-

1 Livourae. — 2 Lacune.

lan, que non-seullement l'on feroit cesser ledict duc d'Albe, ains Ion pouroit prandre partie dudict estât. Sur quoy a servy ce que Jehan de Luna a déclairé de l'estat dudict Milan , des forces et nécessité ; et selon ceste conclusion l'on a despesché en Suysse le colonel Frolick, demeurant à Soleurre. L'on a despesché en Alemaigne ; l'on tend1 l'appreste des sieurs Danville2, vidame de Chartres, Randan 3 et aultres capitaines de chevaulx-légiers; l'on tend la despesché des capitaines venuz avec le sieur de Brissac. Oultre ce, je suys adverty que les sieurs Bonnivet4, Francisque Bernardino, gouverneur à Quiers, et Loys Birago, sont esté avec le sieur de Brissac deux jours entiers pour arrester les moiens de l'emprinse et exécution.

A cecy est conforme ce que ledict sieur connestable me dit à Crécy, mardi dernier, que le roy avoit lansquenetz et Suysses pour le pape ; et jà par aultres mes lectres j'en ay touché généralement aulcune chose de la guerre diversive. A cecy respond ce que ledict connestable me donnast entendre, que si le duc d'Albe commence l'hostilité , la tresve n'aura longue observance : tellement , sire , que cestuy advis se treuve véritable, et que si le duc d'Albe presse davantaige, ledict Sr roy de France rompra en la duché de Milan; etjà je sens ses forces si prestes, qu'il est de besoing vostre majesté [ haste ses préparatifs ]

1 (Hâte.)

2 Henri de Montmorency, second lils du connétable , né en 1 534- Il devint maréchal de France en i566 et connétable en 1 593 , il était de plus gouverneur du Languedoc.

Charles de Randan, frère du duc de La Rochefoucault, mort, en i562, des

suites dune blessure reçue à la prise de Rouen par les troupes du roi.

4 François de Gouffier, seigneur de Bonnivet, second fils de l'amiral de ce nom; il se distingua fort avantageusement dans les guerres de Flandre et d'Italie, et mourut, en décembre 1 556 , des suites d'une blessure.

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