RUY-GOMEZ DE SILVA, COMTE DE MELITO
Gand, 2 octobre i556.
Magnifique seigneur, j'ai reçu votre dépêche du 27 septembre dernier, et pris également connaissance de la lettre où vous rendez compte à S. M. de l'entrevue dans laquelle, conformément aux instructions qui vous avaient été envoyées, vous avez cherché à savoir du connétable si le roi son maître se prévaudrait, pour rompre la trêve, des démonstrations faites par le duc d'Albe dans le but de mettre en sûreté le royaume de Naples, ou bien si ce monarque continuerait à l'observer, selon les termes mêmes du traité. Basse-Fontaine, qui avait eu avis de cet entretien, a sollicité et obtenu ce matin même une audience de S. M. G. Vous trouverez dans un rapport joint à la présente 1 la substance des
1 Celte pièce manque.
capitulado; y teniendo Bassafontana aviso de lo mesmo, pidió audiencia á S. M. y aviéndosela dado, le habló ayer de mañana : y lo que en substancia propuso y le respondió su Magestad es lo que V. M. verá por una relación que con esta sele embia. Y porque de la plática que V. M. tuvo con el condestable se colige aver sido con alguna manera de amenaza y braveria, paresció á S. M. responder al dicho Bassafontana un poco mas frió en la plática de la paz de lo que hasta aquí avia mostrado, alargándola para tractarla por via de embaxadores, ó de personas que viniessen á los confines, ó embiando el rey persona aquí, y S. M. otra allá déla qualidad que fuesse la que el rey embiasse, como se contiene en la dicha relación : mandándome
á mí, después de aver despedido al dicho cmbaxador x
Yo tomé luego al dicho Bassafontana , y le pregunté en qué términos andavan estos negocios de que tractamos. El me respondió que le pesava mucho de ver por lo que S. M. le avia respondido, que los negocios no llevavan el camino que hasta aquí, y que so huviessen
THADÜCTION
propositions faites par cet ambassadeur, et celle des réponses quii a reçues du roi. Cependant, comme dans la conférence quia eu lieu entre votre seigneurie et le connétable, ce dernier semble avoir pris avec vous un ton de menace et de bravade, S. M. a jugé à propos de répondre un peu plus froidement que de coutume à Basse-Fontaine, en ce qui concernait les propositions de la paix, remettant le soin de cette négociation à des ambassadeurs qui seraient envoyés de part et d'autre sur les frontières, à moins que le roi de France ne préférât dépêcher ici un agent exprès, en échange duquel S. M. enverrait à la cour de France un personnage de même qualité , ainsi que le tout est expliqué en détail
dans le rapport ci-annexé. Immédiatement après avoir congédié Basse-Fontaine1
En conséquence, je pris à part cet ambassadeur, et lui demandai en quel état se trouvaient les affaires qu'il avait mission de traiter avec nous. Il me répondit qu'il voyait avec beaucoup de peine, d'après les paroles de S. M. que les négociations se fussent ralenties, et que l'esprit du roi notre maître eût ainsi changé. Dans ma réplique, je lui fis observer que rien de tout cela ne devait le sur-
1 Lacune motivée par un passage écrit en chiffres, dont la clef est perdue.
assy trocado; yo le repliqué que no se maravillasse de que esta plática se huviesse mudado en alguna manera, pues se entendía de lo que el condestable passò con V. M. que la tregua no lendria grande observancia, aunque el rey su amo la quiere guardar, y que lo que se hará seria en nombre del papa; y entendiendo d estas palabras tan dudosas, que querrán con la boz del papa invadirnos el estado de Milan, ó Piamonte, ó Toscana, ó otro algún estado de los aliados y servidores de S. M., le dixe : c Señor embaxador, yo he hablado < siempre clara y abiertamente con vos, y assi lo quiero hazer agora, ■ y deziros que la causa porque el rey mi señor ha tomado estos tér- - minos tan largos de tractar de paz , y mudado de opinion de que « yo vaya á tractar della , ha sido por la sospecha que han dado las « palabras que el condestable ha dicho á nuestro embaxador; de las « quales no se puede dexar de collegir que tengan intención de in- « vadir algún estado de la magestad del rey mi señor, ó de sus alia-
TRADUCTION
prendre, puisque, selon les termes de votre entretien avec le connétable, il paraissait que la trêve ne serait pas observée bien iidèlement, quoique le roi de France prétende vouloir la respecter, rejetant d'avance sur le pape toutes les atteintes qu'elle pourrait recevoir. Et, comme ces dernières expressions, passablement équivoques, semblent donner à entendre que les Français pourraient bien mettre sur le compte du saint-père les tentatives d'invasion qui seraient dirigées contre le Milanais, le Piémont, la Toscane ou quelque autre province appartenant aux alliés et serviteurs de S. M., je dis à Basse-Fontaine : « Monsr « l'ambassadeur, je vais vous parler avec cette franchise sans réserve dont je n'ai « cessé de vous donner des preuves jusqu'à ce jour. Vous saurez donc que si le « roi mon maître laisse à dessein traîner si fort en longueur les négociations re- « latives à la paix, revenant même sur sa première détermination de m'envoyer «auprès de votre cour afin de traiter cette importante affaire, un pareil chan- « gement de conduite n'a d'autre motif que les discours tenus par le connétable « à notre ambassadeur, qui feraient soupçonner que les Français ont l'intention « d'envahir, au nom du pape, quelqu'une des contrées de l'Italie appartenant au » roi mon maître ou à ses alliés. » Basse-Fontaine parut fort surpris que de telles
dos, debaxo de hazerlo en nombre del papa. » El me replicó á esto, maravillándose mucho de que el condestable huviesse dicho tales palabras y que podria ser que V. M. no las huviesse bien entendido, ó que las huviesse tomado á otro fin del que él las dizia. Y aviendo passado muchas pláticas, nos venimos á resolver en que V. M. tornasse á hablar al condestable, diziéndole que porque estas palabras que su señoría avia dicho á V. M. nos avian puesto alguna sombra, S. M. ha mandado scrivir á V. M. que procure de aclararlas, y saber si la tregua se ha de guardar en el Piamonte, y Lombardia, y las otras partes de Italia, y Toscana, y estos estados, y en España, no tomando por color la boz del papa para hazer la guerra en alguna destas partes, sino solamente assistiéndole como su confederado en aquellas partes del reyno donde el papa ha procurado y es su intención de invadirnos; y declarando el rey, ó el condestable por él, que la tregua se ha de guardar en todas las partes susodichas,
TRADUCTION
paroles eussent échappé au connétable, ajoutant quii pourrait bien se faire que votre seigneurie les eût mal entendues ou leur eût donné un sens tout différent de celui qu'elles avaient en réalité. Enfin , après une assez longue discussion sur ce sujet, nous convînmes , d'un commun accord, que votre seigneurie, ^adressant une seconde fois au connétable, lui exposerait que, certains propos échappés de sa bouche ayant donné lieu à quelques fâcheux soupçons, j'avais fait écrire à votre seigneurie pour la charger d'éclaircir cette affaire, s'informant, par exemple, si l'intention du roi de Fiance est d'observer la trêve en Piémont, dans la Lombardie, la Toscane et le reste de l'Italie, comme aussi du côté des Pays- Bas et de l'Espagne, sans nulle arrière-pensée d'y porter la guerre au nom du pape; et si ce monarque est disposé à borner l'assistance promise au pontife, comme à son confédéré, aux différents points sur lesquels il a déjà eu et conserve encore l'intention de nous attaquer. Le roi de France, ou le connétable en son nom , venant à déclarer que la trêve sera maintenue dans tous les pays cidessus, comme nous l'entendons nous-mêmes et prétendons l'observer de notre côté, S. M. verra avec plaisir se renouer les négociations pour la paix, suivant la forme précédemment arrêtée, c'est-à-dire queje partirais pour Paris tandis
como nosotros lo entendemos y declaramos y la queremos guardar, S. M. holgará de tractar de la paz por los medios que al principio se le propusieron, que serán yendo yo, y viniendo de allá otro, ó como el rey christianisimo mas holgare, y que queriendo él scrivir al papa que venga en medios lícitos y honestos y tales que el duque de Alba pueda quedar con la seguridad que conviene , S. M. tendrá por bien de le mandar que suspenda las armas, y haga todos los otros buenos officios que fueren necessarios y convenientes para la quietud de las cosas. Con lo dicho acabamos esta plática y communicacion, y porque quedamos de acordio que el Bassafontana la avia de scrivir al condestable, y yo á V. M., lo he querido hazer tan particularmente, para que teniendo entendido lo que en esto ha passado, y la voluntad de S. M., proceda V. M. en el negocio conforme á lo que se le scrive; y tomada resolución, nos avertira luego della, que para solo este effecto se embia este correo á V. M. cuya muy magnifica persona, etc. De Gante, á dos de octubre i 556.
RUY- GÓMEZ DE SILVA, Conde de Melito.
TRADUCTION
que le roi très-chrétien enverrait de sa part un agent spécial , à moins que ce monarque ne proposât une combinaison plus convenable. En outre, si S. M. T. C. se déterminait à écrire au souverain pontife pour le faire condescendre à l'emploi de moyens licites, honnêtes et propres à donner au duc d'Albe les garanties désirables, S. M. C. autoriserait ce dernier à suspendre toutes démonstrations hostiles , et à s'interposer par tous les offices imaginables pour rétablir entre elle et sa sainteté une parfaite intelligence.
Tel a été le résultat de cet entretien avec Basse-Fontaine; et comme nous étions demeurés d'accord qu'il en donnerait avis au connétable, tandis que j'en informerais de mon côté votre seigneurie , j'ai voulu entrer avec elle dans tous ces détails, afin que possédant les renseignements nécessaires, et suffisamment averti des intentions du roi notre maître , vous puissiez agir désormais en pleine connaissance de cause. Une fois que vous posséderez tous les éclaircissements désirés, vous nous en ferez part aussitôt , et tel est le seul motif pour lequel on vous dépèche le présent courrier. Dieu garde , etc.
LE DUC DE SAVOIE
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, V, i53-i58.)
Gand, 4 octobre 1 556.
Emmanuel-Philibert, etc.
Très-chier et bien-amé : Par le courier que vous fust despesché avant-hier soir de par le roy monseigneur, avec les lettres en langue castillane du conte de Melito et le billet y joinct, vous aurez entendu les propos que sont passez entre sa majesté et l'ambassadeur Basse-Fontaine, et depuys, pour plus de déclaration, avecqledict conte de Melito, et joinctement l'office que sa majesté entend vous faictes pour obtenir déclaration claire des propos obscurs et ombrageux que le connestable vous a tenuz, emportant espèce de menaces; désirant ledict sieur roy venir en cest esclarcissement avecq les Franchois, de sçavoir résoluement, si oultre l'aide que le roy de France donne au pape es terres de l'Eglise (dont il se povoit bien excuser, estant ledict pape, comme il est, notoire aggresseur), il vouldra davantaige contre la tresve entreprendre quelque chose , soit soubz couleur de diversion ou aultrement, et en son [nom] propre ou soubz celluy du pape, et comme que ce soit, envahir quelques quartiers de ceulx qui sont soubz l'obéyssance dudict Sr roy; ou s'il se contentera de luy donner la susdicte assistence es terres de l'église, observant punctuellement au surplus la tresve, sans directement ou indirectement, comme elle contient, contrevenir où que ce soit à icelle. Et icelle déclaration si expresse désire sa majesté, non pas pour sur icelle s^endormir, tenant fin de, comme qu'il
soit, se pourveoir pour tout ce que l'on vouldra attempter, mais affm qu'aiant deulx cest esclarcissement, s'il est de roupture, l'on se mecte aux termes que conviennent selon ce ; et si d'observation de la tresve , leur faire l'aide qu'ilz vouldront donner par diversion au pape, plus difficile : parceque , si les apprestes se font hors du chemin que se peult prandre pour lesdictes terres du pape, l'on poura faire les remonstrances requises pour leur causer tant plus d'incommoditez ; veu que, rompant avec telle déclaration, tout ce que se fera du coustel dudict Sr roy sera avec la justiffication convenable, et chargeant évidament le tort audict roy de France de ce qu'il vouldra intenter au contraire.
Comme vous verrez, sa majesté ne se départe au surplus de l'amiableté, offrant de continuer la practicque meute , pour venir à final appaisement des différendz, et encoires pour faire cesser les armes par le duc d'Albe, si le pape s'accomocle à moyens raisonnables. Et comme ce poinct de la déclaration des Franchois emporte tant comme vous voyez , et que le roy est avec désir d'entendre ce qu'ilz vous respondront, plus emporte-il que vous usez de vostre diligence accoustumée pour advertir de ce que vous sera respondu, et [ que ] vous entendrez ; nous remectant du tout à ce que sa majesté vous en a escript.
Mais tout ce nonobstant, continuez tousjours avecq grand regard plus aux œuvres qu'aux parolles, et à vous enquérir soingneusement des mouvemens que peulvent estre au royaulme et des practicques qu'ilz peulvent tenir aillieurs pour lever gens, et mesmes pour, s'il est possible, descouvrir où en la Germanie ilz peulvent lever les quatre ou cinq mille lansquenetz dont deux de vos lettres font mention, et mesmes en lieu d'où ilz les puissent mener vers Italie; ce que nous disons pour aultant que, quelque diligence que l'on ayt faicte en la Germanie, l'on n'a peu descouvrir aulcune levée qui se fasse en icelle, sinon du coustel du nord, vers Mechelbourg, pour occasions particulières, et la monstre que s'est donnée à1. . . .
1 Nom propre en chiffres.
de ceulx que ledict sieur roy fait lever pour envoyer en Italie, affin de s'en servir ou pour le renfort du duc d'Albe, ou pour soustenir où l'on verroit que l'on vouldroit susciter quelque mouvement; ny ne sait-on que le marquis Albert face levée où que se soit, mais bien qu'il est encoires assez gnefvement malade à Nicubourg1. Et aussy quant aux Suysses, n'avons-nous nouvelles que la levée des dix mil mentionnée en vos lettres soit jusques à oires accordée; mais bien pourroit-il estre que l'instance s'en soit faicte à la diette que se tient présentement : et il est bien requis que vous advertissez de ce qu'en entendrez plus avant, et mesmes du lieu où ilz debvront donner la monstre, et quelz commissaires y iront, et ce que vous pourez savoir de la quantité d'argent que l'on y envoie.
L'un des grands poinctz dont aultant il convient sa majesté soit advertie est de Testât des finances de ce coustel-là, puisque d'icelles deppend ce qu'ilz pouront ou ne pouront faire; et pourtant sera bien requis que vous enquerez des moyens qu'ils peulvent avoir, et dont ilz se vouldront servir et mectront en practicque pour assembler argent. Et ne seroit hors de propoz, pour aultres choses, si vous pouviez descouvrir par quelz moyens et avecq quelles conditions se sont faicts les changes de quatre cens mil escuz pour Venise , et deux cens mil pour Rome, et entendre qui sont ceulx qui par delà ont faict ladicte change, et à qui iceulx s'adressent pour furnir les deniers en Italie; qu'est chose qu'aisément, comme nous pensons, vous pourez descouvrir, qui touttesfoys n'emporteroit peu au service de sa majesté que l'on pust sçavoir.
L'on a parlé icy à Basse-Fontaine fort expressément sur le poinct de noz prisonniers, et mesmes sur les propos que, comme voz lettres contiennent, le connestable vous en a tenu, que sont icy esté treuvez fort estranges ; et avez sur iceulx très -bien et pertinament respondu, et n'a nulle raison de soy plaindre de ce que l'on a faict à l'endroict du sieur de Villars, lequel dois aulcungs jours est icy libre sur sa parolle, pour chercer les asseurances requises pour le
1 Ce prince mourut le 8 janvier iSb-j, à l'âge de trente-cinq ans.
payement des deniers qu'il demeure redevable, tant pour sa despence (le payement de laquelle est plus que raisonnable) que pour ce que doibvent ceulx pour lesquelz francement et de sa pure volunté il a respondu dois bien longtemps, et sans y estre aucunement forcé, comm' il pourra dire. Et certes les termes, dont vous escripvez ledict connestable use, se sont treuvez estranges, et ne povons penser qu'il se voulsist partir ny du traicté ny de l'accord faict, selon que ledict de Basse-Fontaine nous asseurast, encoires avant-hier, qu'il n'y auroit faulte. Et touttesfoys ne povons-nous délaisser de vous encharger bien expressément, comme nous faisons, de incontinent en parler audict connestable et d'y prandre résolution prompte avecq luy, avecq la spécification expresse de la ranchón qu'ilz vouldront demander pour chascun en somme particulière, et déclairant pour chascun la sienne, tant pour les grandz que pour les petitz ; et importe grandement au service du roy, que incontinent, et en la plus grande diligence qu'il vous sera possible, vous nous advertissez de ce que le connestable vous responderá sur ce poinct „ . .
Nous avons receu la ratification de la neutralité de Bourgoigne, que nous semble très-bien despeschée, et en conformité de celle que ledict sieur roy vous avoit envoyé pour délivrer aux Franchois; et l'on tiendra la main afin que la diligence se fasse vers les Lighes, afin qu'ilz se tiennent plus obligez à en procurer l'observance.
Reste le poinct des affaires particulières et commissaires que, du costei de France, l'on debvoit faire nommer pour tous costelz où l'on a contention des limites et choses intentées depuys la tresve, au préjudice dicelle, et requises pour l'observance. Vous ne fauldrez de tenir le soing et d'advertir de ce que finalement ilz résoudront quant audict chois de personnaiges; et jusques à ce que nous aions advertissement de ce que ilz arresteront finallement avecq vous, nous ne vous y sçaurions que dire, sinon que tous les jours l'on a nouvelles plainctes, comme vous verrez encoires par les copies cy-joinctes. Mais, pour en venir plus tost à chief, il fault presser la-
dicte déclaration des commissaires, ou, selon la résolution finale que Ton prendra de ce costel-là, treuver du nostre quelque aultre expédient.
Et pour satisfaire au désir que vous avez que l'on vous renvoie Villey, il sera luy-mesme porteur de ceste.
Nous avons receu plusieurs duplicates de voz lettres du VIe, vne, xxve et xxvne du moys passé et troys aultres entre deux l, sans date , l'une commenchant : Sire, aiant entendu, etc.; l'aultre : Sire, comme le roy, etc. ; et la tierce : Sire, le xvf de ce moys, etc. Et, en escripvant ceste, est survenue encoires une aultre du jour d'hier. Très-chier et bien amé, Nostre Seigneur vous ayt en sa garde. De Gand, le mie d'octobre i556.
E. PHILIBERT
Et plus bas :
COURTEWILLE.
GCXXXVII.
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, V, i43-i^8.)
7 octobre i556.
Sire, aiant receu les lectres qu'il a pieu à vostre majesté m'escripre du deuxième du présent, je demanday audience au connestable de France pour le jour suygant, qu'estoit le cinquiesme du présent, qu'il excusast et remist au sixiesme, disant se treuver mal et indispos. Au-
1 Dans l'intervalle.
dict jour il fit assembler le conseil privé dudict S1' roy de France, oulquel je me représentay et me délivrast le cahier des différendz apostillé, comme vostre majesté verra par icelluy, accordant de nommer commissaires pour les différendz des limites et difïïcultez de Piedmont, Corsica et Pays d'em-bas, et que fauldroit nommer troys divers commissaires, pour estre les lieux loingtains et séparez ; et à la fin dudict cahier vostre majesté verra les responces aux choses particulières.
Puys me touchast le poinct des prisonniers, se complaignant que l'on les eust resserré et escript que l'on ne vouloit laisser aller ceulx quiîs sont détcnuz par deçà, que n'a resté sinon [ceulx] quilz n'ont encoires donné leurs déclarations comm'il convient; que le conte de Pont-de-Vaulx est allé devers sa mère pour la faire; le conte de Mansfelt ne l'a faicte, qu'il a envoie visiter aiant sceu qu'il estoit malade, et luy a demandé aultant que l'on a faict au conte de Villars son frère, disant qu'il a plus de qualité que sondict frère, qu'il est gouverneur de Luxembourg, ce que n'est pas le conte de Villars; que Martigue l ne peult joyr du traité accordé et convenu avec Basse-Fontaine, ny Roche-Malignez 2 de la Normandie et quelques aultres, quilz sont es mains du capitaine Navairet, que j'en deusse escripre à vostre majesté; que sera difficile de donner fin aulx filz de famille, pour ce que l'on ne sçait pour la pluspart de où ilz sont ne quilz sont.
A ces deux poincts je acceptay ledict cahier pour veoir les apostilles et les consulter à vostre majesté, accordant de leur nommer les commissaires quant ilz nommeront les leurs et de semblable qualité.
Quant aux prisonniers, je luy remonstray qu'il y a six sepmaines entières qui me promist députer commissaires en ce lieu pour abon-
1 Sébastien de Luxembourg , comle de de Brosses, duc d'Etampes, son oncle ma-
Martigues, qui fut tué au siège de Saint- terne!. — 2 Probablement le même qui
Jean-d'Angely en i56g. Il avait eu le gou- fut soupçonné d'avoir pris part à la cons-
vernement de Bretagne à la mort de Jean piration d Amboise en i56o.
ner la rançon des prisonniers, subjectz et vassaulx de vostre majesté, ce qui n'a faict; qu'il y a jà sorti plusieurs prisonniers des leurs et non ung seul des nostres; que le traicté est réciproque; que le sieur d'Estrée a mis en une aultre prison le conte d'Arc, où il ne voit gouste et n'a espace pour se pourmener, luy a osté un laquay qu'il avoit pour se servir, et depuys qui m'a offert n m. escuz pour la rançon de son filz et de quicter les rançons dudict conte d'Arc , du capitaine Juliain et du Rogrofz qu'il offre encoires; qui n'y aura difficulté en la liberté de leurs prisonniers, pourveu que les nostres soient traictez de mesmes; que la rançon de Floion * et riamale est accordé avec Basse- Fontaine et l'offre[nt] , le requérant d'y entendre ou députer commissaires pour y donner fin; que le conte de Mansfelt offre sa déclaration de rançon telle qui debvra paier, qu'il y a à dire de la richesse de son frère et dudict conte de Mansfelt. A quoy il respondit que Basse-Fontaine n'avoit peu accorder de la rançon desdicts Floion et Hamale, pour ce que ne les avoit prins par serment, et qui ne sçavoit quelz deppens ilz ont faict : à quoi répliquay que j'avoys lettres de monseigneur de Savoie, par lesquelles il me mandoit l'accord estre faict, qui ne s'estoit advancé en cela sans commission. Sur ce, l'Aubespine dict qu'il avoit eu pouvoir de ce faire et que Ion luy avoit envoie les déclarations à cest effect. Puys ledict connestable députa le conseillier Vaulac2 et bailly du palais pour abonner les rançons, et me dict que le trésorier des guerres, nommé du Vaulx, avoit charge de paier pour les hommes d'armes, et que quant la rançon des nostres sera abuté 3, s'ilz n'ont argent par deçà, ils pouront paier par delà pour lesdicts hommes d'armes françoys et au fur et équypollent de ce qu'ilz pouront debvoir ; et ce jourd'huy ont commencé d'y procéder.
Sire, la négotiation particulière achevée, je dis audict connestable que je désiroys luy dire deux mots, lequel se leva de la table et me
1 II était de la maison de Barlaymont, « ni lune, ayant eu quatre serrures sur la
« et fut mis à la Bastille dix mois de long « porte. » (Ambass. de Renard, t. V, p. 162.) «en une chambre où il n'a veu ni soleil 2 (Viole?) — "' Fixée, arrêtée.
papiers d'État. — iv. p,3
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tira appart. Puys je luy déclairay que vostre majesté aiant veu ce que luy ay escript dernièrement de la responce que me fit ledict Sr roy de France et luy sur la négotiation de la paix et observance de la tresve, vostre majesté aiant treuvé la responce dudict Sr roy générale, quant à l'observance de la tresve, nonobstant l'hostilité que le pape a occasionné en la Romaigne, et celle dudict connestable obscure et doubteuse, en ce qui me dict que seroit difficile de user des armes en ung endroict et que en l'aultre coustel Ion ne s'en sente , et que si le pape véoit ung lieu ouvert il s'y pouroit gecter pour se descharger de l'armée qu'il a sur luy, et que se que se feroit seroit au nom du pape; désirant que toutes choses passent par la réalité et sincérité que convient, il luy avoit semblé convenir, avant que d'entrer en communication de la paix, sçavoir plainnement et ouvertement l'intention dudict S'' roy quant à l'observance de ladicte tresve, puysque vostre majesté avoit déclairé plusieurs fois son intention estre de non enfraindre ladicte tresve , ou soffrir estre violée en sorte que se soit. Que l'hostilité à laquelle le pape a occasionné le sr duc d'Albe est à son regret et sans fondement; [qu'jil ne conviendroit que, pendant l'on communiqueroit en bonne foy de ladicte paix, l'on fist appreste pour, soubz le nom du pape, invanir les estatz de vostre majesté ou de ses alliez, soit en Espaigne, Italie, Milan, Toscane, Piedmont, Flandres, Corsica ou aultres lieux, aux fraiz, soulde et forces dudict S' roy de France, et que, selon la responce, vostre majesté entendra tousjours à ladicte communication de paix avec le zèle qu'elle tient au bien publicque et à l'amitié dudict Sr roy de France, soit par commissaires quilz approchent les frontières et limites, ou par les ambassadeurs ordinaires, ou par personnaiges quilz seront envoiez d'une part et d'aultre pour en communiquer, ou par tous aultres expédiens que semblera plus convenir : m'aiant enchargé que pour tousjours tesmoigner le désir singulier elle ha à ladicte paix et repos de la chrestienté, signantment de l'Italie, que à quantes foys le pape se recongnoistra et que l'on se poura asseurer de luy et de ses déseings, vostre majesté fera cesser ledict sr duc d'Albe; le requérant
DU CARDINAL DE GRAN V ELLE. I'Mj
de user en ceste négotiation de la sincérité dont il est cousturmer de user en chose de telle qualité.
Lequel me respondist qui s'esbahissoit du changement et variété dont l'on usoit en cecy, qui sembloit, selon le vent que l'on a des affaires, l'on vôulsit négotier et traicter ceste matière; que l'on avoit assez entendu la volunté dudict Sr roy son maistre, par sa dernière responce quant à la paix et observance de la tresve; qui pensoit l'on deust envoier par deçà aulcungz personnaiges pour entendre à ladicte paix, laquelle il a tousjours désirée et désire; mais que ledict Sr roy véant que Ton faict gens de guerre en Alemaigne pour vostre majesté, ledict Sr roy son maistre a aussy proposé faire ses apprestes à la guerre, pour sa défense, et en Suysse et en Alemaigne et aillieurs; qui ne veult estre prins au dépourveu; que puys l'on change de volunté quant à la paix, l'on la remectra à aultres temps et saison. Reprenant que ledict Sr roy son maistre ne veult habandonner le pape, son allié et confédéré, qui l'assistera de toutes ses forces; sans me respondre aultrement à ladicte observance de la tresve.
Et pour ce luy répliquay qu'il n'y avoit changement ou variété du coustel de vostre majesté, qui estoit prest d'effectuer ce qu'elle a dict à Basse-Fontaine; mais aussy puysque il y a appreste à la guerre du coustel dudict Sr roy de France, vostre majesté désire entendre particulièrement comme il veult observer la tresve es aultres lieux que où l'hostilité est par l'occasion du pape, afin que soubz prétexte de l'assistance que l'on donne au pape, ses estatz ne soient offensez et la tresve rompue, pendant que l'on entendroit à ladicte paix; et mesmes que l'on est asseuré que du coustel de vostre majesté ladicte tresve sera observée inviolablement. Que en cecy il y a deux poinetz : l'ung pour sçavoir la volunté dudict Sr roy sur ladicte observance de tresve, l'aultre si l'on vouldra entendre à moiens de paix, comme et par quelle manière? èsquelx vostre majesté satisfera avec la fidélité et sincérité requise : le requérant de m'en parler franchement, sans laisser scrupule ou doubte en ce; car en négotiation de telle qualité entre lesdicts princes, en telle saison de tresve, en
tel mouvement et apprestes à la guerre comme l'on voit de leur coustel, il a tousjours semblé convenir esclarcir les cloubtes et effacer les scrupules.
Et véant ledict connestable queje le pressois de venir au poinct, il me dict que les choses que surviennent de nouveau requièrent nouveau conseil; qu'il en vouloit communicquer avec ledict Sr roy de France et son conseil, et qui me respondroit le jour suygant, et me feroit avoir audience sur ce devers ledict Sr roy. Et comme l'Aubespine , qui estoit assez prochain, s'apperceut que je pressois pour parvenir à la fin que vostre majesté désire, il vint parler audict connestable et luy monstrast une lettre; puys le connestable me rappella et dit : que aiant considéré ce que luy avois dis, et entendu que vostre majesté continue la bonne volunté qu'elle ha à la paix, et le bon office que le sieur conte de Melito fàict en ce et le conseil de vostre majesté, il me vouloit bien certifier que n'y a homme au monde qui désire plus la paix et repos de la chrestienneté que luy; qui scet comme elle est nécessaire, qui scet les nécessitez que peuvent presser vostre majesté et celles que pressent le roy son maistre; qui l'advertira à son retour de l'assemblée de noz devises, et tiendra la main à toutes bonnes résolutions; qui scet bien ce que l'abbé de Sainct-Salutz a dict par delà; que ny luy, ny aultres tireront de luy que ce qui conviendra estre sceu, et que tout ce que l'on luy dict est incontinant publié partout.
Lors je luy dis qui ne treuveroit, du coustel de vostre majesté ny de son conseil, l'on procède en cecy faintement, ains pour moienner les différendz et mectre en repos la chrestienneté, et que ne fauldroys me treuver en court quand il me manderoit. Oultre ce, il me dict qu'il avoit nouvelle de Rome que l'on parloit d'appoinctement; que le roy son maistre congnoissoit le pape viez, néapolitain et forinsude, et sur lequel il ne pouvoit reposer ses affaires; et finalement qui désire aultant la paix que convient à homme de son eaige et qualité.
Puys il me dict que ce seroit une bonne œuvre , si vostre majesté vouloit entendre que l'on advisast sur un pied général pour la mon-
noyé, qui se altère de jour à aulire à l'injure du publicque, et qu'il y a un nommé Pinadet que s'est retiré à Besançon ou Alemaigne , qu'a falsifié la monnoye et mésusé estrangement de son art. Aulquel je dis que j'en advertirois vostre majesté, et que ce royaulme avoit plus affaire de réformation en ce que nul aultre pays.
Le jour d'hier le connestable me mandast par ung secrétaire que le roy me donneroit audience après son disné; et à l'heure assigné je fis entendre audict Sr roy le contenu es lectres de vostre majesté, reprenant les mesmes argumens dont j'avoys usé envers ledict connestable; lequel me respondist que depuys qu'il parlit à moy à Crécy et en ce lieu, il n'a changé de volunté, ny donné occasion de insister à aultre déclaration de l'observance de la tresve ; qui ne la rompra le premier; que l'appreste de guerre il faict c'est pour secourir ses amys et alliez, et pour veoir et entendre que vostre majesté s'arme en Alemaigne et Italie, et qui ne veult estre dépourveu, et pour estre les estatz des princes jointeux1; que encoires il ne se vouldroit défier de la parolle de vostre majesté, si est-ce ses ministres pouroient passer oultre et faire quelque surprinse qui veult éviter. Quant à la communication de la paix, si le sieur Ruy-Gomez vient par deçà , comme il en a esté question entre luy et Basse-Fontaine, il sera le bienvenu, et l'orra voluntiers en ce qui vouldra proposer sur ce poinct; ou si l'on en veult communiquer avec ledict Basse-Fontaine, ce luy sera tout ung et entendra ce que l'on vouldrast dire. Et faisant instance si je pouvois asseurer vostre majesté particulièrement que, faisant ladicte assistance au pape, les estatz de vostre majesté de là les montz ou deçà ne seront offensez ny la tresve altérée ou rompue, il me dict qu'il ne rompra la tresve le premier; et davantaige l'interrogeant si vostre majesté se délibéroit denvoier le S1 Ruy-Gomez par deçà, il n'enveoiroit aussy devers vostre majesté aultre personnaige, il me dict que comme l'on n'en a parlé de commencement, il se tenoità la première ouverture, et n'en ay peu tirer aultre chose. Et pour avoir meilleur mémoire de ce, je luy dis que comme ceste négotiation estoit d'importance, il ne
1 Joignants, attenants
deust prandre en maie part si je luy reprenois ce qui me avoit dict, afin de l'escripre es propres termes et substance qui m'avoit parlé et respondu, qui me dict que le deusse ainsi escripre à vostre majesté.
Or, sire, j'ay bien congneu le contraire de ce que me dict le jour devant hier le connestable, et treuvé ledict Sr roy disposé à la guerre, selon que par les espies j'avoys esté préadverti, et colligé de ladicte responce : qu'il entend vostre majesté aye rompu la tresve le premier, par ce que le sieur duc d'Albe a faict, et que ce qui dict et respond que ne la rompra le premier, il le réfère audict sieur duc d'Albe , d'aultant mesme qui n'a jamais passé oultre en aultre particularité, ce que sa contenance a aussy tesmoigné. Avec ce, vostre majesté entendra qu'il se prépare et diligente ses apprestes à la guerre, nonobstant qui soit bien asseuré que vostre majesté gardera la tresve; et joinctement qui n'a dévotion que l'on traicte de paix pour le présent.
Avant que négotier avec ledict Sr roy et connestable, j'entendiz que le secrétaire du cardinal Caraffa, nommé Buccier, arrivasi lundy dernier, que apporta lettres au roy du pape et dudict cardinal Caraffa, des xxv et xxvi de ce moys passé, par lesquelles le pape admonestoit et adjuroit ledict Sr roy de sa promesse et de le secourir, aultrement que son honneur et crédit envers les nations estrangières y gisoit, et en pouroit recepvoir dommaige; escripvant par un stile fort aigre, comme s'il eust voulu faire un barigel dudict sieur roy et exécuteur de ses vengences, comme l'a dict le cardinal de Loraine à ung bon personnaige.
Aussy escripvoit l'on que ledict sieur duc d'Albe avoit approiché Rome de huictz mille , pour communiquer d'appoinctement avec les cardinaulx Caraffa et de Saint-Jacques, mais que ledict Caraffa ne s'i estoit voulu treuver, ains seullement ledict de Sai net-Jacques et le cardinal Trani1; que ledict sieur duc d'Albe n'avoit assiégé Velitre2, ains estoit bruict qui vouloit aller devant le port de Neptune ; escripvant ce que dessus pour donner entendre audict Sr roy que le pape s'accorderast si n'est tost secouru, et pour en avoir son advis. Et, après que
1 Jean-Bernardin Scafi, cardinal et archevêque de Trani. — 2 Vellelri.
ledict S' roy eus! veu lesdictes lettres, il assemblas! son conseil où fust conclut que ledict Srroy ne pouvoit délaisser de secourir le pape , et qui ne le sçauroit faire sans rompre avec vostre majesté; aultrement que se seroit découraiger tous aullres de faire ligne et alliance avec France. Et pour exécution de ceste conclusion , en laquelle le sieur de Brissac eust crédit , il fut advisé que ledict sieur de Brissac passera en Piedmont dans huitz ou dix jours; qu'il aura dix-huitz enseignes de Suysses, combien que l'on n'eust parlé que de douze; que Rogendorfz passera dix enseignes de lansquenetz , et ung aultre capitaine cinq ou six; que l'on lèvera x enseignes de Françoys; que l'on envoierast cinq cens hommes d'armes en Piedmont et mil chevaulx ligiers; que l'on renvoierast l'ambassadeur du duc de Ferrare à Ferrare pour faire armer ledict duc et le -faire mectre en campaigne, pour de deux coustelz entrer en la duché de Milan, et par ce divertir les forces dudict sieur duc d'Albe et rompre la tresve celle part.
Et se préparent tous ceulx de par deçà à la guerre, selon aussy que ledict Sr roy de France le m'a confessé ; et du coustel du Pays d'embas il y a une practique sur main : car le sieur d'Andelost, coronel de l'infanterie françoyse, est parti pour [aller] visiter les frontières des Pays d'em-bas avec le sieur1 aiant charge de renforcer les garnisons; et entend que l'on est après pour despescher Bare, maistre d'hostel du Rintgrave , pour avoir Alemans. Et est certain que le sieur d'Estrée tient son artillerie preste et en ordre, et sont jà despeschés tous les commissaires de ladicte artillerie. L'admirai de Chastillon se part pour la Picardie. Les seigneurs quilz souloient loger en la court sont en leurs maisons, donnant ordre à leurs affaires pour le véaige. Les capitaines qui avoient esté cassez sont retenuz. L'on envoie en Suysse quatre-vingtz mil francs pour donner deux paies aux Suysses, quilz ont capitulé que l'on les paieroist en escuz,non en monnoye. L'on donne deux paies aux garnisons de Piedmont, de neuf ou dix que l'on leur doibt. L'on est après pour lever troys cens mil escuz des banquiers; l'on faict un emprunt de ung million de frans; l'on ac-
1 Nom illisible.
croist les tailles de troys ou quatre solz par livres. L'on faict monstre générale des hommes d'armes en armes et équippaige pour marcher, et ce deans dix jours, es lieux ordinaires et accoustumez. Je ne puys descouvrir l'emprinse quilz ont sur les Pays d'em-bas, ny le véaige que poura faire le roy.
Plusieurs avoient esté d'opinion que le connestable induiroit ledict S1 roy à conscillier au pape de s'accorder avec vostre majesté; mais le contraire s'est faict, et renvoie l'on devers ledictpape, afin de luy déconseillier lappoinctement.
L'on entend que le cardinal Caraffa a ostez au conte de Montorio toute entremise, et qui le tient comme prisonnier à Rome, aiant ordonné aux gardes de sçavoir ce qui faict.
Pierre Strozzy est désespéré de ce que l'on dict il a escript au cardinal que les Françoys ne se fioient de luy, et que le duc de Parme gardist bien la place de Parme, car les Françoys practiquoient pour la mectre es mains du duc de Ferrare.
C'est chose véritable que l'on envoie maçons en Italie pour fortifier places.
L'on avoit escript par deçà que l'on conseilloit au pape de se retirer à Orviète, mais qui n'a voulu abandonner Rome.
L'on entend que Marc-Antoine Colonne a couru jusques auprès de Rome en ung lieu dit Sainct-Paulo, distant d'un petit mil de Rome, où il a prins grande quantité de bestial.
J'entends que les Vénetiains ne sont contens que le duc de Ferrare se veulle tant aggrandir en Italie et donne si grand accès en Italie aulx Françoys, comme le pape désireroit, et que si vostre majesté leur entamoit quelque alliance et practique contraire, ils pouroient préster l'oreille ; voire l'on m'a dict qu'ilz n'attendent aultre chose sinon que l'on leur en parle : me remectant à ce que vostre majesté en peult entendre d'ailleurs.
Les lettres escriptes, j'ay eu advis que les Françoys ont practique et intelligence à Hesdinfort, par le moien d'ung Anglois, qui de là practique et hante audict lieu, et que les Françoys se doibvent essaier
de le prendre et hasarder de leurs gens, en peu de temps; et espère en savoir plus de particularité , travaillant tout ce que je puys pour sçavoir quelz déseing ilz ont es Pays d'em-bas. Car je sçay pour vray qu'ilz ont sur main par delà , et les menées en sont apparentes : venant cestuy advis de bon autheur et fidèle, qui adjouste que les Françoys ont advis que l'on vuide les fouselz dudict lieu et que Ton en doibt faire sortir les Espaignolz et changer la garnison
Sire , il plaira à vostre majesté pourveoir à ce que plus convient pour la seurté de ses estatz ; car la vérité des choses est telle que je l'ay comprins par les présentes.
P. S. Après que le roy eust parlé à moy, le sieur connestable me dict à la mesme chambre que le conte d'Arc estoit mieulx traicté que l'on ne m'avoit faict entendre , et que j'avoys escript par delà que l'on ne vouloit relascher les prisonniers quilz sont par deçà ; qui n'a tenu à luy que l'on n'y ait besongnié et y donnera l'on fin ; que l'on a resserré le Sr de Villars pour cela; que je deusse escripre à vostre majesté que les prisonniers seront relaschez. Et pour ce que lesdicts prisonniers escripvent à vostre majesté, qu'elle verra par leurs lettres, du besongné que Ton a commencé, je n'en faiz redite par cestes, sinon que ledict connestable ast arresté que le conte de Mansfelt paiera xxv mil escuz de sa rançon1, jà çois il y a grand [différence] de son revenu à celluy de son beau-frère.
Et en présence dudict connestable, ledict sieur d'Estrée a offert de donner deux mil escuz et relascher ledict conte d'Arc, Juliain et Rogrofz. Sur quoy il plaira à vostre majesté prendre résolution; car il a dict que le roy luy a accordé que ledict conte d'Arc ne sera mis en liberté qui ne paie aultant de quotité que le filz dudict sieur d'Estrée; et pour ce il plaira à vostre majesté d'avoir souvenance dudict conte d'Arc, qu'est gentilhomme de service.
Ledict connestable m'a faict instance de Crèvecueur, donnant à entendre que si l'on ne faict retirer ceulx qui tiennent la place , l'on y procédera par la force. Mais il ne m'a tenu un seul propos de la né-
1 Ce seigneur obtint du roy quinze mille écus à titre de subside.
gotiation publicque de la paix ou observance de la tresve, et me suys bien apperceu que son opinion n'a eu lieu, si elle a esté telle qui m'avoit promis.