‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 14 sur 127 · AU CARDINAL RENAUD POLE · texte numérisé non relu

AU CARDINAL RENAUD POLE

(Ambassades de Renard, III, 34.)

Rome, 5 août 1 553.

Julius episcopus , servus servorum Dei , dilecto filio Reginaldo , Sanctae Mariae in Cosmedin diacono-cardinali, Polo nuncupato, ad charissimam in Christo filiam nostrani, Mariani, Angliae reginam illustrem, et universum Angliae regnum, nostro et apostólicas sedis legato de latere, salutem et apostolicam benedictionem.

Cum nos hodie te, ingenio, doctrina, probitate et summa erga Deum pietate insignem, aliisque multiplicum virtutum donis, quae in te divina propagavit clementia, ornatimi, pro nonnullis arduis et gravibus causis, non solum sedem apostolicam sed orthodoxae fidei cultum et religionem, atque universam christianitatem concernentibus, ad charissimam in Christo filiam nostram , Mariam , Angliae reginam illustrera, et universum Angliae regnum, nostrum et apostólicas sedis legatura de latere, lanquam pacis angelum, de fratrum nostroruni Consilio, ad Dei laudem duxerimus destinandum; nos ut cominissum tibi omcium legationis hujusmodi eo efficacius exequi possis, quo majori a nobis fueris facúltate suffultus, de singulari tuœ circumspectionis prudentia, doctrina, diligentia et pietate plenam in Domino fiduciam obtinentes , te in universis locis ad quae te decli-

1 Renaud Pôle était allié à la famille cardinal légat du pape, il fut nommé en

royale d'Angleterre par sa mère , Margue- i555 archevêque de Cantorbéry. (Voir

rite, comtesse de Salisbury, fille de George, tome III, p. 382, note i.) duc de Clarence, frère d'Edouard IV. Déjà

nare contigerit, nostrum et apostólica? sedis verum, legitimum et indubitatum procuratorem , actorem et nuncium generalem ac speciaiem , ita tamen quod specialitas generalitati non deroget nec e contra, tenore prsesentium facimus, constituimus et deputamus; dantes et concedentes tibi plenam et liberam potestatem , auctoritatem et facultatem, acmandatum generale et speciale, pro nobis et hacsancta sede in qua, ex permissione divina, sedemus, nostro et ejusdem sedis nomine, omnia et singula quae pro executione tibi per nos commissorum necessaria fuerint, seu quomodolibet opportuna, et quae nos ipsi faceremus, si prœmissis personaliter interessemus, etiamsi talia sint quae sub generali concessione de jure non veniant, seu specialem notam aut speciale mandatum desuper requirant, faciendi, gerendi et exercendi. Promittentes, bona fide et in verbo pontifìcis, nos ratum, gratum atque firmum habituros totum id et quicquid per te in praemissis et circa ea, quomodolibet actum , gestum aut factum fuerit , nonobstantibus constitutionibus et ordinationibus apostolicis, caeterisque contrariis quibuscumque.

Datum Roma?, apud Sanctum Marcum, anno incarnationis dominica? millesimo quingentésimo quinquagesimo tertio, nonas augusti, pontificati] s nostri anno quarto.

SIMON RENARD, AMBASSADEUR EN ANGLETERRE

A L'ÉVÊQUE D'ARRAS

(Ambassades de Renard, III, 267.)

Sans date [7 août 1 553 ].

Monseigneur, je nay sceu treuver moien jusques à ceste heure de communiquer avec la royne, ce que je délibérois faire avec l'occasion

des lectres de sa majesté duxxix6 (m'aiant messrs mes collègues députez à ce), si sans suspition j'eusse peu avoir accès, que n'a esté possible pour estre les portes en la Tour de Londres, où elle est logée , si gardées que n'est possible y entrer que l'on ne soit congneu ; elle m'avoit faict dire si je me pouvoys desguiser et prendre ung manteau, mais il m'a semblé pour le mieulx et plus seur d'attendre qu'elle soit à Richemont; et ce pendant elle donnera ordre à ses affaires et aura plus de liberté. Et avois intention la faire tumber en propoz de mariaige et sur le pardon qu'elle a faict à Cortenay, le dérivant du premier poinct des lectres de sa majesté, par lesquelles elle luy recommande user de miséricorde et clémence, et luy parler du bruict que l'on faict en ce lieu du mariaige d'elle et dudict Cortenay, pour esclarcir si elle a affection à mariaige angloys : ce qui ne me semble, pour ne se confier en la nation et la congnoistre variable, inconstante et traictresse; pour estre ledict Cortenay trop jeusne et sa fortune trop basse, aiant congneu qu'elle aie cueur grand, haultain et magnanime; joinct que se mariant avec ung Angloys, si elle a enfans, sa postérité ne sera en telle considération et souvenance que si elle s'allie avec ung prince estrangier duquel elle sera assistée et asseurée. Et pource que l'on tient tout communément par-deçà que monseigneur nostre prince soit marié avec la princesse de Portugal 1, et que Ruy-Gomez soit allé audict Portugal pour cestuy effect, j'estois en délibération faire tumber en conjuncture la mention dudict Sr prince pour luy dire queje l'avoys adverti de son advénement, que luy seroit nouvelle aggréable et au royaulme d'Espaigne , et lu) dire qui n'est encoires marié, et que le bruict que les Espagnolz marchans en ont semé par-deçà est faulx, et, comme de moy-mesmes. la mectre en fantaisie de mariaige ; car, si elle la prend, elle convertira mieulx que personne du monde ceulx de son conseil à y consentir et d'en faire ouverture. Toutesfoys, monseigneur, comme avant que

Marie, née en 1 52 1, fille d'Emmanuel troisième femme; elle mourut dans le cèle Grand, roi de Portugal, et d'Eléonore libai en 1578. d'Autriche , sœur de Charles -Quint , sa

je parle à elle, vous aurez moien me donner conseil sur ce, je ne me hasterez aultrement, attendant de voz nouvelles

Paiget1 devisant avec moy le jour de Feutrée de la royne, après plusieurs propoz des affaires de la royne, me dit que c'estoit le plus riche mariaige du monde , mais qui n'estoit encoires temps d'en parler, auquel je ne fiz responce sur ce poinct à ce qui ne présuma que l'on y eust pensé.

Au premier rencontre, je feray tumber les divises au mesme propoz pour [savoir de] luy à quelle occasion il me parloit dudit mariaige; et selon que je prévoys la disposition des affaires de par-deçà, join-

gnant le 2 l'évesque de Vincester3, ledit Paiget et contreroleur

de la royne, [je disposerai] facillement les autres à consentir mariaige estrangier

CHARLES-QUINT

A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, Ili, 38-3g. )

Bruxelles, 9 août 1 553.

L'empereur et roy.

Chiers et féaulx : Nous avons receu vos lettres du second du présent, et nous a semblé très-bien ce que avez négocié avec la royne

1 Lord William Paget fut ambassadeur Voy. notes 1 , p. 192 et 3o,4 du tome III. d'Angleterre en France, puis auprès de s Lacune par lacération.

Charles Quint , et enfin secrétaire d'état 3 Etienne Gardiner, qui devint chan-

sous Edouard VI , Marie et Elisabeth. Il celier d'Angleterre. Il était de tous les mi-

fut l'un des membres du conseil qui con- nislres celui qui pressait le plus vivement

tribuèrentle plus efficacement au mariage la reine d'épouser Gourtenay. du prince d'Espagne avec la reine Marie.

d'Angleterre , tant en l'audience publique , comme en celle que particulièrement elle a donné à part à vous, le lieutenant d'Amont, au nom de touts. Et ne faisons doubte que ladite audience publique ne soit esté, comme escripvez , bien prinse par ceux qui sont esté présens; mais que le conseil que donnons à ladite reine est fondé sur l'utilité du royaulme et sujets d'iceluy. Et aussi avons treuvé bon ce que, sur la négociation particulière de vous, ledit lieutenant d'Amont , avez donné pour advis par escript à ladite reine , et tenons pour certain que depuis lui aurez parlé en conformité de ce que vous avons escript par deux dernières, et que vous n'aurez délaissé, sur le point des funérailles du feu roi, de vous attacher principalement, pour lui effacer le scrupule de conscience, sur ce qu'estant iceluv décédé avec la profession de l'opinion qu'il tenoit publicquement, lesdits obsèques et funérailles ne se peuvent faire sinon avec scrupule ; et au regard des prisonniers, le plus tôt leur faire leur procès et descouvrir les meschancetés passées, tant sur la maladie dudit feu roi que au surplus, et les practiques, conforme à votre billet, sera le meilleur. Désirant que vous nous faictes entendre tout ce que par quelque bout que ce soit en pourra venir à vostre connoissance.

Quant au mariaige de ladite reine , encore que par ce que contiennent vosdites lettres de ce que à part s'est passé avec elle, etmesmes par l'interprétation qu'elle donne à ce que nous avons ici dit et vous a esté escript quant à non prendre parti hors du royaulme , que ce soit esté pour s'accommoder au temps, elle démonstre plus d'inclination à parti d'étrangier; si est-ce qu'elle ne déclaire expressément ce qu'elle treuve par son conseil que le" royaulme pourroit comporter et luy seroit plus agréable, et touttefois seroit besoin que seussions, avant que lui pouvoir donner avis : par où sera besoin que procurez l'assentir d'elle par les meilleurs moyens que jugerez convenir.

Et, au regard de ce que les ambassadeurs estant icy peuvent avoir escript des propos que leur a tenu l'évesque d'Arras, vous pourrez déclairer à ladite royne que ledit évesque n'a dit autre chose que de répéter ponctuellement le mesme que leur dismes en la dernière

audience que leur donnasmes, que fut de mot à autre ce que vous a esté écrit, sans en rien excéder; et peut bien estre que Morison ou Obby l'ayent voulu tirer à ce que peut servir aux fins et desseins qu'ils peuvent tenir.

La provision faicte pour Guisnes nous a semblé très-bien, et mesmes puisque par ce boult Ton aura fait entendre au peuple d'Angleterre la fin des malheureuses practiques françoises, et ce que le connestable prétendoit par les offres que si libéralement il faisoit au Debitis de Calaix. Et, au regard du paquet surprins, quelque diligence l'on aye faicte, l'on n'a encoires pu deschiffrer les lettres, ni s'est treuvé aucune contre-chiffre à Hesdin ni Térouenne, que corresponde à celle dont sont écrittes lesdites lettres.

Vous avez très-bien fait d'advertir du voyaige que doivent faire les évesque d'Orléans1 et Sr de Gié2pour aller en Angleterre, et du sieur d'Oysel pour retourner en France. Et a-t-on desjà fait quelque diligence pour voir si l'on pourra dextrement surprendre quelqu'un d'eux en leur passaige. Et a semblé mieux tenir sur eux en mer que en terre, pour non attoucher chose sur les limites d'Angleterre, que d'arrivée les pût mettre en trouble. A tant, chiers et féaulx, Notre- Seigneur vous ait en sa saincte garde. De Bruxelles, le ixe d'août 1 553.

* CHARLES

Et plus bas :

BAVE

1 Jean de Morvillers, depuis garde des * Ce seigneur était de la maison de

sceaux. Rohan.

io.

LEVEQUE D'ARRAS

A SIMON RENARD, AMBASSADEUR EN ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, III, /|0-4i-)

Bruxelles, i4 août 1 553.

Monsieur le lieutenant : J'ay receu voz lettres particulières du vne de ce moys que sa majesté a leu elle-mcsme, et m'a commandé vous escripre que le contenu en icelles luy semble très-bien, et mesmes les moyens que vous pensez tenir pour faire tomber en propoz tant le mariaige sur ce que Ton dit de Cortenay, que pour oster l'opinion qu'elle pourroit avoir du mariaige de nostre prince avec la fille de la royne de France , à couleur de luy faire entendre que vous ayez adverty monseigneur le prince de ce qu'est passé en Angleterre et sa promotion à la corone, chose dont il aura si entier contentement. Et pour non riens délaisser de ce que convient de ce coustel, l'empereur escript à nostre prince afin que, pour garder l'honnesteté, il envoyé personnaige exprès pour la visiter et congratuler son advénement à la corone , l'advertissant de ceste négociation , pour s'çavoir aussi ce en quoy il enclinera, puisque il est en aige et jà vef et aiant enfans: et il est requis , en chose de ceste qualité, avoir son opinion et seconder aussi son inclination et contentement; et aussi luy escnpt l'empereur que, selon qu'il incline en ce parti ou non, il face ladicte visitation ou plus grasse ou plus maigre. Et il fault que vous ayez regard à ce que, faisant tomber la royne d'Angleterre en propoz de mariaige estrangier, si elle touche de l'empereur, vous luy touchez en l'aultre, comme plus convenable; mais que ce soit de sorte qu'elle ne puisse penser qu'il vienne mehu d'aultre que de vous , afin

qu'elle ne sente si la chose succédoit aultrement, ou pour estrejà passé trop avant avec Portugal, queje ne pense il sera, selon que ces gens de ce coustel-là sont longs à négocier les choses mesmes qu'ils désirent, et trop plus celles qu'ils ne désirent, comme je pense estre le mariaige de la fille de la royne de France, pour plusieurs respeetz; ou st pour aultres respeetz MonsSr le prince eust fantaisie aillieurs. Et je ne doubte que si la royne d'Angleterre, pour les considérations touchées en voz lettres, encline à mariaige estrangicr, elle vous en fera toucher quelque chose par personnaige à elle confident, soit son contreroleur ou Paget qu'est assez hault pour vous, disant ce qu'il vous ha dit [pour] taster quelle seroit en cecy vostre opinion , et tant plus quii est tel. Il vous fault parler avec lui avec plus de respect, afin que vous faictes que, s'il est possible, il parle lui-mesme.

Quant à Cortenay, vous pourriez bien dire, pour éviter au propoz mencionné en voz lettres, que l'on en parle, pour veoir ce qu'elle dira: mais gardez-vous de luy tout desfaire1 et mesmes qu'elle n'aye descouvert plus avant son intention : car si elle y avoit fantasie, elle ne layroit 2 (si elle est du naturel des aultres femmes) de passer oultre, et si se ressentiroit ajamáis de ce que vous luy en pourries avoir dit. Bien luy pourriés-vous toucher des commoditez plus grandes que pourroit reccpvoir de mariaige estrangicr, sans trop toucher à la personne où elle pourroit avoir affection.

Vous verrez ce que l'empereur vous escript à tous du voyaige que fera par delà Martin de Gutzman de la part du roy3; mais sa majesté m'a commandé vous escripre à part que, si vous entendez qu'il s'enhardit de passer plus oultre de la visite , et proposa mariaige pour lequel il a esté envoyé par-deçà, que à part vous le contredictes à la royne, comme chose nullement convenable; car sa majesté tien* que l'on ne la sçauroit marier à personne que convînt moings pour les peys de par-deçà; et vous sçavez dont provient ceste opinion, et il est requis que vous vous y gouvernez saigement, et n'entrez en cecy

1 Dire, détailler. J (Des Romains.)

* Laisserait.

aulcunement que vous ne véez qu'il fût nécessaire, pour non tomber

à pis. A tant, etc. De Bruxelles, le xime d'aoust i 553.

Vostre bon confrère et amy,

L'ÉVESQUE D'ARRAS

SIMON RENARD, AMBASSADEUR EN ANGLETERRE,

A L'ÉVÊQUE D'ARRAS

(Ambassades de Renard, III, 290.)

Sans date [i5 août 1 553].

Monseigneur, par les lettres que escripvons à l'empereur, vous entendrez ce qu'avons négotié avec la royne d'Angleterre, la responce qu'elle nous a faict sur tous les pointz, signantment sur le dernier et principal et qu'est répété par vos lettres particulières à je soubscript , que me garde les réitérer, pour ce qu'elles passeront et tumberont en vos mains. Seullement toucberez-je le dernier poinct, vous certiffiant que, quant je luy fiz l'ouverture de mariaige, elle se print à rire, non une foys ains plusieurs foys, me regardant d'un œil signifiant l'ouverture luy estre fort aggréable, me donnant assez à congnoistre qu'elle ne taicboit ou désiroit mariaige d'Angleterre, ains estrangier : reprenant expressément ce que nous avions déclairé au conseil quant au mariaige estrangier ; le interprétant comme la remonstrance fût esté faicte de pourvoir au temps et conjoncture d'icelluy. Avec ce j'ay congneu qu'elle a la mesme baulteur et encline à parler de sa qualité et grandeur; et, à dire vérité, il n'y a parti en Angleterre pour elle, si ce n'est le marquis d'Ansestre1, dit Cortenay, qui

1 Exeter.

est du sang royal et seul restant de la blanche rose; et, selon que je me suys apperceu, elle entend que sa majesté luy nomme le personnaige, estimant quelle luy nommera personnaige à son grez; et suys en bon espoir que, si sa majesté se encline en monseigneur nostre prince , ce sera la plus désirée nouvelle que l'on luy saroit apporter. Et ne faulclray, à la première conjoncture, négotier ce poinct par la dextérité, fidélité et secret que sa majesté et vous confiez de moy, et de temps à anitre vous en rendre compte particulier, sans adresser mes lettres à sadite majesté, ains à vous, pour non descouvrir à personne ce que désirez estre retenu et taise1. Et en cecy, monseigneur, convient penser quii y aura difficulté d'y faire consentir le conseil et ceulx de par-deçà , sans que l'on gaigne les principaulx, tant du peys que du conseil, soit par estatz, offres, argent, promesses ou aultres telz et semblables moiens : car j'ay desjà esvanté que les Françoys, partiaulx et lutériens, cherchent toutes les occasions qu'ilz peuvent excogiter, et mènent grandes practiquen pour divertir l'affection du peuple et troubler le royaulme; et n'y a moien sinon ledit mariaige et religion : mais trop plustot le point de mariaige pour estre naturellement ennemie la nation d'Angleterre à estrangiers

LEVEQUE D'ARRAS

A SIMON RENARD

Bruxelles, 23 août 1 553.

Mons. le lieutenant : Je ne sçay si avec cette oportunité j'auray le moyen de respondre à voz lettres du xve que sa majesté ha veu; mais

! Tu , gardé secret.

il n'y ha heu moyen de prendre avec elle , jusques à oyres , résolution sur icelles, sans laquelle toutcsfois je ne veulx passer plus avant. Vous verrez ce que, sur le point dont elles traictent, l'on escript es lettres communes, qu'est bien ce que plus convient; et ne me conviendront à mon advis, passer plus avant que l'on n'aye nouvelles de Espaigne, pour sçavoir l'intencion du prince et en quelz termes il est quant à l'aultre mariaige; car nous pourrions bien nous mectre plus avant en besoingne que luy-mesme netreuveroit bon. Vous vous estez très-bien conduyt jusques à oyres, et jusques sa majesté commande vous escripre aultre chose, ce que vous pourrez faire sera de temporiser, inclinant tousjours, quant il viendra à propoz, la volente de la royne Marie au mariaige dudict prince, continuant de [veiller] dextrement qu'icelle royne ne tumbe en soubson qu'il y aye aultrement que de vous.

Morison1 s'en retourne par delà; vous le congnoissez héréticque des plus obstinez du monde, dépendant du duc de Northumberlant , pour estre conjoinct par alliance avec la femme d'icelluy. Il faict profession de prescheur et persuadeur, et ne sçay si, comme il est téméraire et tant que jusques à prescher à l'empereur propre , comme vous avez entendu, il pourroit là brouiller tout. Regardez s'il sera bien de préadvertir la royne, afin que, si l'on treuvoit qu'il convînt, l'on le détînt à Calaix, du moings jusques ledict duc soit exécuté, et que après l'on tienne l'œil sur luy, pour s'attacher à luy s'il bronche. L'empereur luy a donné lettres de recommandation bien froydes, comme vous verrez, et à sa grande importunité, et si l'a faict mal voluntiers pour estre luy tel que dessus; mais il s'entend, comme vous le pourrez déclairer s'il faict de besoing, que c'est pro forma. A tant, etc. De Bruxelles, le xxriie d'aoust i 553.

Vostre bon confrère et amy,

1 Richard Morison, célèbre parmi les changement de religion opéré dans sa gens de lettres, se retira l'année suivante patrie. d'Angleterre en Allemagne, à cause du

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