LUI
L'EMPEREUR
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard , III , 89-92.)
Bruxelles, 21 novembre 1 553.
Chier et féal: Nous avons receu voz lettres des xmi , xv et xvne du présent, et nous faictes service très-agréable de nous escripre si particulièrement comme les choses passent par delà, mesmes en ce que concerne la negociación de mariage; sur quoy eussions trèsvolentiers escript à la royne, madame nostre bonne seur et cousine, de nostre main , pour luy remercier la bonne volunté qu'elle y démonstre, ce qu'elle y a respondu et termes qu'elle y a tenu. Mais, comme la goutte nous a attainct en la main droicte, il nous seroit impossible d'y satisfaire comme avyons bien la volunté : et toutesfois, aiant entendu par vosdictes dernières que ladicte dame estoit en suspendz et attendant responce de nous sur ce que nous en aviés escript, pour luy satisfaire nous luy escripvons la lettre cy-joincte, de la main de la royne de Hongrie, de la teneur que verres par la copie, laquelle luy pourrez présenter de nostre part, l'accompaignant des bons propos que, selon la conjuncture et saison, verrez convenir.
Nous avons veu par vosdictes dernières i'assault que luy ont donné ceulx du parlement sur le poinct dudict mariage \ à quoy elle a trèsbien et pertinamment respondu , et nous conferme en bonne espé-
1 La chambre des communes surtout témoigna le plus grand éloignement pour cette alliance.
ranee ce que nous escripvez de comme les nobles l'ont prins, et la déclaration qu'ont fait ceulx qui ont esté freschement bénéficié d'icelle de la volunté qu'ilz ont de s'accommoder au party qu'elle choisira, et mesmes pour estre iceulx des principaulx; et puisque vous congnoissez les desseings du chancellier tendre à continuer ses practiques pour Cortenay, tant plus est- il requis que soyez soigneulx à les contreminer et luy gaigner, si faire se peult, la volunté. Et ne sumes hors d'espoir que véant la royne ferme , et que le nombre croît de ceulx qui s'accommodent à sa volunté , que congnoissant que ladicte dame [ne] demeure satisfaicte de ses menées et trames sur ce poinct, il s'en pourra déporter. Et congnoissons bien qu'il emporte de haster la besoingne, comme le touchez par vosdictes lettres, et aussi donnons-nous et donnerons toute la presse de nostre coustel , sans perdre ung moment de temps en ce que se pourra et debvra faire de nostre part.
Vous avez très-bien usé et comme il convenoit en l'endroict de Alonze de Games1, et selon nostre intención, comme l'avez congneu par nos lettres; et est la minute qu'avez faicte de la responce qu'elle doit faire très à propos2; et sera bien que vous continuez de mesmes en son endroit, tenant tousjours soigneux regard à sa conduyte et aux négociations qu'il pourroit tenir, tant pour y obvier en ce que verriés estre requis, que pour nous en advertir. Et sera bien que , quant aux généraulx advertissemens des occurrances de ce cousté-là, sans entrer aux particularitez de ceste négociation , vous tenez correspondance avec le roy des Romains, Mr nostre bon frère, pour luy satisfaire et éviter toute occasion de doubte.
Le roy de Portugal et l'infant don Loys , son frère3, ont, comme supposons vous avez jà entendu, dépesché Laurentio Pemis pour visiter ladicte royne de leur part, avec charge de nous déclairer que, si le treuvissions bon, il deust proposer le mariage dudict infant don
' Envoyé par le roi des Romains pour 2 Voir ci-devant le numéro L.
disposer Marie à épouser l'archiduc Ferdi- 3 Voir, sur ce prince, tome II , p. 5 57 ,
nand , déjà engagé dans un mariage secret. et tome III , p. 317.
Loys avec ladicte dame, lequel nous avons icy détenu aucuns jours, à couleur que son allée par delà, mesmes avec le bruyt qui a couru partout pour le faict dudict mariage, pourroit donner quelque umbre par delà aux affaires de ladicte royne, et qu'il estoit mieulx de différer jusques l'on voye quel progrès prendroit le parlement, et que vous descouvrissiés la volunté de la royne, de ceulx de son conseil et des estatz dudict royaulme, sur le poinct dudict mariage, fut avec naturel ou estrangier, et jusques à la particularité de la personne; et que lors , selon les nouvelles que aurions de vous, nous l'advertirions de ce qu'il debvroit faire , puisqu'il estoit remis à nous , et luy dirions plainement s'il convenoit qu'il le proposât ou non : luy disant que ne treuvions aussi convenable que, jusques l'on sceut ce que Testât du royaulme pourroit porter en l'inclination de ladicte dame, il vìnta proposer ledict mariage pour non aventurer la réputation dudict Sr infant, et que l'on ne veit apparance d'en pouvoir venir à chief. Et sur l'instance qu'il nous a faicte , dois l'arrivée de vosdictes lettres, d'entendre des nouvelles qu'avions de ce coustel-là et de sçavoir ce qu'il debvroit faire, nous n'avons peu délaisser de plainement luy faire entendre que la plus grand part des conseilliers de ladicte dame démonstroient [peu] gouster qu'elle se mariât avec estrangier, et que autres ses plus intrinsèques luy conseilloient le contre, pour estre assistée de forces de celluy qu'elle prendroit contre tous mouvemens qui se pourroient susciter à l'encontre d'elle ou de dehors d'icelluy, fût France ou Escosse; ne véant autre àcest effect [qu'Jelle peult choisir [sinon] le prince nostre fdz, pour l'opportunité de l'assiette d'Angleterre au respect de noz royaulmes d'Espaigne et pays de par deçà; et à faulte d'icelluy, ilz trouveroient meilleur l'alliance d'ung du pays, pour obliger tant plus l'affection de ceulx que luy seroient partiaulx. Et que, à ce que l'on avoitpeu descouvrir la volunté de la royne, elle estoit plus propensée à l'inclination de sesdits conseilliers intrinsèques, et que congnoissant par ce, que ledict infant don Loys demeuroit exclus, pour non perdre ceste occasion par laquelle povoit résulter grand bien et proffit à noz royaulmes et pays, et s'asseurer la royne,
nous treuvans libres de négociation de mariage en Portugal , nous estions résolu à vouloir faire sercher ladicte alliance pour ledict prince nostre filz, tenant pour certain que [par] l'affection [si grande] que nul [plus que son maître nous porte, ledict Pemis voudra1], allant par delà pour faire la Visitation, se contenter à tant, sans passer plus oultre à parler dudict mariage, et icelle faicte s'encheminer par le [plus] court vers Portugal. Dont vous avons Lien voulu donner advertissement si particulier, afin que , si allant ledict ambassadeur par delà pour où nous tenons il partira de brief, si tumbez en divises particulières avec luy, comme il pourroit facillement advenir, vos propos ne s'eslongnent dece que dessus, et qu'il n'y puisse avoir contrariété , ains entende que l'on ne viendroit par delà à party estrangier n'estoit pour nostredict filz , et que, véant par ce bout exclus ledict infant, il demeure tant plus arresté à non faire pour luy sur ce point de mariage aucune office, comme nous confions qu'il ne
fera. Mais si est-ce qu'il emporte que [ayez l'œil] au guet2
Au regard du cardinal Polo, l'on vous a desjà escript comme oultre les lettres que luy sont esté envoyées de ladicte rovne d'Angleterre , l'on luy envoya depuis un pacquet du pape , luy escripvant qu'il s'accommoda à ce que treuverions pour le mieulx; et nous verrons ce qu'il respondra à ce que luy avons dernièrement escript, pour regarder selon ce s'il sera requis luy contenter ou non qu'il approche davantaige. Et pour maintenant, nous semble que, comme qu'il soit, il est mieulx où il est que plus près, tant pour la jalousie que aucuns d'Angleterre pourroient prendre de son approchement, que pour ce qu'il est vraysemblable qu'il s'essayeroit de traverser quelque chose en la négociation du [mariage]. Et à tant, etc. De Bruxelles, le xxi de novembre 1 553.
CHARLES
Et plus bas :
BAVE
Mutilation du manuscrit. ' Nouvelle et plus importante lacune.
L'EMPEREUR
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 93-100.)
Bruxelles, 28 novembre 1 553.
L'empereur et roy.
Chier et féal : Nous avons receu voz lettres des xx et xxic du présent, et combien que nous eussions pensé, suyvant ce que par voz précédentes avyés escript, que ce que eust plus convenu pour haster la négociation fust esté de envoier noz ambassadeurs, joinctement avec les articles, puisque leur présence eust faitbeaucop pour presser la négociation , et que i'auctorité de si solemnel ambassade eust pu commovoir le conseil à plus briefve resolución et le peuple à se satisfaire plus tôt, selon qu'il est fondé sur telles apparences, et que à cest effect les eussions pressé pour se tenir pretz, et que jà ilz sont en ordre pour partir; toutesfois, ayant veu vosdictes dernières, encoires que par icelles ne faictes mención que la royne treuve bonne l'opinion de Paget, si est-ce que tenant pour certain que vous ne vous serez résolu en chose de si grande importance sans son sceu, afin que l'on ne puisse prétendre par delà que, à faulte de suivre leur advis, la négociation se rende plus diffidile, nous nous sumes déterminé à envoier lesdicts articles mis en forme comme vous verrez , et comme les avons fait répartir en cinq parties : la première, de la convention générale du mariage; la seconde, du dot; la troisième, du douaire; la quatrième, de la disposition de la succession des enlfans que, s'il plaît à Dieu, proviendront de cedict mariage; et la dernière , disposant sur la mutuelle intelligence que devra estre entre
les royaulmes et pays, avec réservation expresse des traictez précédens, en quoy se comprengnent les entrecours1, et expressément se conferme le traicté de plus estroicte amité.
Et va le tout couché de sorte plainement, clèrement et intelligiblement, et à nostre advis tant à l'advantaige de ladicte royne et si correspondant à la sincérité dont l'on doit user en tout, et signamment entre personnes si proches et entre lesquelles, dez si longtemps, il y a si parfaicte affection, que nous tenons pour certain que ladicte dame aura occasion de les accepter sans dispute , selon qu'elle vous a dit, et sur la confiance que, avec toute raison, elle peult et doit tenir de nous. Et sy a Ion tenu fin de, par le contexte dudict traicté, effacer ce qu'on a peu des scrupules que l'on a entendu par vosdictes lettres ilz pourroient avoir; et ce que peult rester à éclaircir davantaige que Ion n'a voulu mectre audict contexte du traicté, pour non trop multiplier en parolles, et que l'on n'aye par ce plus d'occasion de dispute , et aussi que ce sont choses et asseurances particulières non convenables à traicté de mariage, l'on y satisfait par promesse appart, la forme et minute de laquelle est aussi joincte à ceste.
Et mesmes verrez-vous par lesdicts articles de mariage que, pour leur oster le scrupule de ce qu'ilz pourroient craindre que, après le mariage dissolu, si le prince nostre fìlz survivoit, il ne se voulsist continuer en l'administration du royaulme, sur le poinct de ladicte administration l'on adjouste expressément « qu'il s'entende constant le mariage ; » et si a l'on adjouste clause expresse « de la conservation des loix particulières d'ung chacun pays , » réciproque tant en ce que touche la royne que nostredit fìlz , afin qu'un chacun pays se gouverne respectivement chacun selon ses propres loix, et sans que l'ung desdicts pays entreprengne les affaires de l'autre, et que les offices et bénéfices soient pour lesnaturelz, comme vous verrez.
Ung poinct a l'on obmis sur lequel n'est disposé par ledict traicté quant à l'administration du royaulme, se dissolvant le mariage,
1 Commerce ou tralic mutuel.
qu'est en cas que d'icelluy il y eust enffans, et que venant à décéder ladicte dame, survivant nostredict filz, estans iceulx moindres d'eaige, à qui appartiendroit l'administration dudict royauime durant leur minorité, que s'est expressément délaissé afin qu'il demeure à la disposition du droit, par lequel le père est légitime administrateur des corps et biens de ses enffans; et a semblé le mieulx le laisser en ces termes, pour donner moins de scrupule ausdicts Anglois, dont toutesfois nous a semblé vous devoir particulièrement advertir.
Quant au douaire, après s'estre diligemment examiné plusieurs traictez précédens faiz avec ceste maison, tant au coustel d'Espaigne, Angleterre que France, l'on l'a abuté x à la somme de rente annuelle de soixante mille livres de quarante groz, répartiz comme verrez, dont nous espérons que ladicte royne se contentera, mesmes à vostre persuasion; et synon vous nous en pourrez advertir. Et quant à la particulière assignation d'icelluy, il n'a semblé que par ledict traicté elle se deut particulariser davantaige, pour estre cbose que fust esté prolixe audict traicté, et que l'on a [temps de] faire après, selon que l'on en use ordinairement entre princes de ceste qualité; et freschement s'est fait en l'endroit de la royne douaigière de France, madame nostre meilleure seur.
Touchant l'ordre de la succession, vous verrez ce que les articles en disposent, clèrement et grandement, à l'avantaige des enffans procédans de ce mariage. Et pour ce que, s'il n'y a que filles, celle que viendra à la succession de la corone d'Angleterre, par iceulx articles n'aura les pays de par deçà, synon avec condición qu'elle se marie du gré et consentement de l'infant don Carlos son frère , et que ne venans bien les Anglois à ceste condición, ilz vous pourroient objecter que, à faulte de ce, ladicte fille prouffiteroit peu de ceste alliance, vous leur pourrez, en cas qu'ilz en facent mención et non autrement, respondre que l'espoir que luy demeure delà succession, non-seulement de ces pays icy, mais encores des royaulmes d'Espaigne , si tant estoit que ledict infant don Carlos vint à décéder
' Fixé, arrêté.
sans laisser hoirs, n'est petit et dont à nostre advis ilz doyvent tenir grand compte.
Et pour ce quii pourroit estre que lesdicts Anglois considéreront ung autre cas en ladicte succession, assavoir que provenans de ce mariage plusieurs hoirs masles, si le cas susdict advenoit que ledict infant don Carlos, nostre petit-fdz , décédast sans délaisser hoirs de son corps, ilz ne vouldroient, que comme il est disposé par lesdicts articles, que le filz aisné emporta avec les royaulmes d'Espaigne celluy d'Angleterre et les pays de par deçà, et peult-estre aimeroient-ilz inieulx avoir roy particulier; pour vous esclaircir nostre intención sur ce poinct, l'on vous envoie un nouveau article en latin, pour effacer ceste difficulté, que vous pourrez insérer audict traicté au lieu de l'autre, pourvoiant à ce que le premier filz aye lesdicts royaulmes d'Espaigne et le second celluy d'Angleterre et joinctement nosdicts pays de par deçà , pour la fin que nous tenons et à laquelle il faut tousjours avoir respect, qu'est qu'ilz soient appuyez de sorte qu'ilz se puissent soustenir par après contre leurs ennemys; et ne véons qu'ilz se puissent joindre avec autres pays à la fin susdicte plus à propoz que avec ledict royaulme d'Angleterre.
Le final article de la mutuelle amité et correspondance va couché général comme vous verrez, pour donner tant moins d'umbre aux Anglois, et s'arrestant, comme dessus est dict, auxprécédens traictez; et s'ilz vouloient arguer que, parces mo1z de « mutuelle assistance, » l'on les voulsist attirer à la présente guerre, vous pourrez respondre au contraire le respect que l'on leur a tenu pour non les incommoder, nonobstant que, comme ils sçaivent, ilz estoient obligez , par le traicté de plus estroicte amité, donner assistance contre l'invasion faicte par le roy de France à l'encontre de cesdicts pays; et qu'ilz peuvent bien entendre que, estant joinctz par ensemble parla susdicte alliance et mariage, l'on leur portera tant plus de respect: oultre ce que l'asseurance et promesse particulière que l'on leur donnera, leur devra, avec toute raison, satisfaire; se restraignans seulement au cas de l'obligation qu'ilz ont par le susdict traicté de plus
estroicte amité. Et si tenons que, encores que ladicte dame se vînt à résouldre de prendre autre party, fût estrangier ou du royaulme, qu'elle vouldra tousjours entretenir et conserver ledict traicté de plus estroicte aliance.
Et pour ce que la susdicte promesse satisfait particulièrement à toutes les objections et difficultez mises en avant par voz précédentes lettres jusques à la dernière communication qu'avez heu avec ledict Paget, comme verrez par la teneur de ladicte promesse, et que dicelle vous aurez argument souffisant pour respondre à toutes objections, nous ne userons sur ce d'autre prolixité.
Mais, pour venir aux dernières objections que ledict Paget dit qu'il fera et qu'il vous a communicqué confidamment pour, comme tenons, vous donner moien d'avoir de nous sur icelles solución, nous vous y satisferons briefvement afin que tant plus sheurement vous en puissiés respondre.
Et premièrement, quant à ce qu'ilz désirent estre esclarcyz de la nature et condicions et correspondance que tiennent avec l'empire aucuns de noz pays de par deçà, assavoir Brabant, Gheldres, Zutphen, Utrecht, et ce qu'ilz adjoustent de Luxembourg : à ceste objection pourrez-vous satisfaire, déclairant que, par traicté et capitulación faicte avec les estatz du saint-empire, confirmé avec les solempnitez requises , nous reprenons uniformément et soubz une seule enseigne tout ce que générallement de nozdicts pays patrimoniaulx peult deppendre dudict saint-empire, sans obligation d'autre cognoissance quelle qu'elle soit, ny estre submis aux commandemens dudict S^empire, justice, recès ou autre disposition d'icelluy, synon en tant que touche les impositions des aides, pour lesquelles lacothc et porción desdicts pays est spéciffiée à austant que deux électeurs dudict S^empire payent; moyennant laquelle contribution, lesdicts estatz du saint-empire sont obligez mutuellement à la defensión de nosdicts pays. Et si sont lesdicts pays, quant à la succession, tous d'une nature, s'estant abolie la différence qu'il y povoit avoir entre aucuns d'iceulx, qu'estoit seulement au point de la representación,
par la pragmaticque que se feit dernièrement en iceulx, du consentement et agréacion de tous les estatz, quant ledict prince nostre filz fut dernièrement par deçà; par laquelle est disposé que généralement en tous lesdicts pays, en la succession du prince, representación aura uniformément lieu ; chose que asseure tant plus la succession dudict infant don Carlos et des enffans qui pourroient provenir de ce mariage , signamment contre toutes prétendons du roy des Romains, monsieur nostre bon frère, et de ses enffans, et encore des royne de Bohême et princesse de Portugal1, noz filles, pour en cas que, Dieu ne veulle, le prince nostre filz prédécédast.
Et au regard du partaige que nous avons fait audict sieur roy des Romains2, vous les pourrez assheurer, sur la difficulté touchée par ledict Paget, que celluy que luy avons fait est tel que luy et les siens ont très-grande cause de s'en contenter, selon que aussi, par plusieurs lettres dudict sieur roy, se pourroit évidamment monstrer à combien grande obligation il le tient , et le peuvent là bien considérer, tenant regard à ce qu'il ne peult aucunement quereller ny prétendre, comme second filz, es royauîmes d'Espaignes et deppendances, où le filz aisné emporte le tout; et peuvent considérer combien est-ce que le roy tient de patrimoyne que luy avons si plainement renuncé, faisant en son endroit office non de bon frère seulement, mais encores de père, oultre ce que le partaige, contenant renunciation, est dépesché en très-bonne et sheure forme, dont en tant qu'il fût de besoing se pourra faire ostencion.
Et touchant la doubte mise en avant par ledict Paget des coustumes locales, vous le pourrez asseurer qu'il n'en y a nulle, quelle qu'elle soit, qui empesche la disposition que entendons faire de la succession , puisque généralement partons ces pays le possesseur peult aliéner et disposer de ce qu'il tient, du consentement du plus proche héritier; par où il est cler que la disposition que ferons agréer
Voyez t. I, p. 4o,3, et l. III, p. 3 1 4- héréditaires de la maison d'Autriche, pro- Ce fut en 1 52 1 que Charles-Quint venant de l'empereur Maximilien I", leur ahandonna à son frère Ferdinand les pays aïeul commun.
dudict prince nostre filz sera, sans aucun contredict, vaillable; oultre ce que pourestre, comme sumes, prince souverain, non recognoissant supérieur, et de mesmes la royne, madame nostre bonne seur et cousine, l'on pourra adjouster au traicté clauses de dérogation de la part de tous deux si expresses comme jà se pourront adviser, que pourront ostertout scrupule que l'on pourroit fonder contre la validité dece que se disposera par ledict traicté.
Au regard du mariage avec l'infante dona Maria de Portugal, vous les pourrez asseurer, sur nostre foy et honneur, qu'il n'y a riens de conclud; [bien se sont] pourparlées plusieurs condicions, mais les choses [sont encoires] tant esloignées de la conclusion, qu'il n'y [a nulle] apparence quelconque de parvenir à icelle, et beaucop [moings] sont entrevenuz les promesses de mariage que l'on a publiées], comme escripvez , audict Angleterre , et povez certiffier qu'il n'en est chose quelconque.
Par la susdicte promesse que va à part et ce que dessus est dict, l'on satisfait abondamment à la doubte qu'ilz pourroient avoir que nostredict filz, se dissolvant le mariage sans hoirs, ne prétendra aucune chose plus avant à la corronne d'Angleterre , et aussi , quant à non distraire artillerie, finances ny autre chose, ny à répartir office ny bénéfice à autre que aux naturelz. Mais quant à ce que escripvez que aussi désirent-ilz estre asseurez qu'il ne transportera les hoirs, cela pourrez-vous aussi promectre avec une seule condition, qu'est si avant qu'il ne sembla à ceulx mesmes du royaulme qu'il convint selon le temps en user autrement.
Aussi pourrez-vous asseurer de nostre part, pour effacer la dernière doubte mise en avant par ledict Paget, que nostredict filz ne consentira en son service, pendant qu'il soit en Angleterre, Espaignol qui soit fâcheux, et vault mieulx que cela se déclaire, et promecte appart que de le mesler entre les autres promesses, pour éviter le ressentement des nacions: combien que à ce poinct l'on satisfera de sorte que l'on osterà audict royaulme toute apparente occasion de sentement; et si verra ladicte dame et cognoistra clèrement,
venant au parfait de ce mariage, que comme ceulx qui ont voulsu maligner ont semé plusieurs choses à l'encontre de nostredict filz, pour mal imprimer ladicte dame, qu'elle cognoistra, avec l'aide de Dieu, estre faulces, comme aussi fera-elle ce que ledict Paget dict que l'on luy objecte , non pas que veullions couvrir qu'il n'y aye eu en nostredict fdz quelque jeunesse , mais non à beaucop près tant que, à ce que véons par vosdictes lettres, l'on luy a voulu imputer. Par ce que dessus se satisfait, à nostre advis, non-seulement au désir qu'ilz ont par delà de veoir les articles, mais encore à l'éclaircissement qu'il convient vous donner sur iceulx ; et ce que nous semble convenir, est que vous communiquez le tout plainement et confidamment à ladicte royne, en audience secrète , tant les articles, la promesse secrète, que ce que vous escripvons par ceste, pour [résouldre] les difîicuitez mises en ayant par ledict Paget, afin qu'elle voie clèrement la sincérité dont nous procédons avec elle. Et s'il ne semble autre chose à ladicte dame, nous treuverions [beaucop] mieulxque, quant à Paget et les aultres conseilliers, vous procédez par degrez, mectant en avant en premier lieu seulement les articles que ladicte dame pourra faire débattre en sa présence par eulx, vous y appellant quant bon luy semblera; et si sur lesdicts articles ilz meuvent les difficultez mencionnez par vosdictes lettres, tant par la promesse particulière que par ce que contient ceste, vous venez à les résouldre. Car, comme les Anglois fondent ordinairement grand partie de la prudence à mectre en avant sur toutes négociations le plus qu'ilz peuvent de difficultez, il est apparent que qui que ce soit d'eulx ne fauldra d'en proposer pour se monstrer bons serviteurs et soigneux du prouffit de la royne, quelque amples et esclarcyz que peuvent estre les articles. Et au regard de la solempnité des promesses, pour plus asseurer l'observance de ce que se capitulera et promectra, vous y povez grandement eslargir la main, puisque, comme l'on dict, qui a volente de bien accomplir n'a nulle crainte de se bien obliger; et nous semble que toutes choses vont esclarcies de sorte par tout ce que dessus , que peult-estre ne sera-y de besoing de la négociation de l'évesque
de Noorwyts ny d'autre; et remonstrerez à ladicte royne combien la briefve resolución emporte, pour copper toutes trafficques que les François et autres vraysemblablement mèneront au contraire, et pour dire le tout, affin que nostredict filz puisse tant plus brièvement passer en Angleterre et consumer le mariage avant que lesdicts François suscitent chose que puisse différer la consumación. Et comme vous povez penser le désir auquel nous sumes d'avoir briefve resolución, signamment pour, selon ce, faire partir nosdicts ambassadeurs, qui seront les contes d'Egmond1, de Lalaing2 sieur de Corrieres3 et chancellier de Tordre4, il sera besoing que vous sollicitez tout ce que vous sera possible l'audience devers ladicte royne et la communication sur lesdicts articles, et l'apparence qu'il y aura, le tout débatu, de la bonne conclusion, pourtant plus sheurement povoir envoyer lesdicts ambassadeurs, sans doubte5 que, à faulte de la conclusion, par cedict envoy nostredict filz tumba en plus grande desreputación ; combien que nous confions tant du service que nous espérons se fera à Dieu par cedict mariage et de la bonne volente de ladicte royne, que nous tenons comme asseuré de la conclusion.
Et pour tant plus conduire ceste négociation à bonne yssue et plus briefvement la résouldre, nous escripvons présentement au prince nostredict filz, afin que sans dilación il envoie povoir sur nosdicts ambassadeurs et vous, pour passer le mariage avec ladicte dame par motz de présent ; et il sera de besoing que vous tenez la main à ce que venant, avec l'aide de Dieu, à la conclusion, ladicte dame envoyé aussi ung procureur, tel que bon luy semblera , en Espaigne, avec procuration souffisante pour semblablement traicler là ledict mariage par motz de présent avec nostredict filz. Et pour pourveoir
1 Lamoral d'Egmont, prince de Ga- delà Toison d'Or, grand bailli de Hainaut. vres, chevalier de la Toison d'Or. Il était 3 Jean de Montmorency, bailli du comté
fils de Jean II, comte d'Egmont, mort en d'Alost.
i545. 4 Philippe Nigri, prévôt d'Harlebeck.
Charles, comte de Lalaing, chevalier 6 Crainte.
à tout, et signantment afin que les satisfacent sans scrupule de conscience , sitost que aurez la fin et conclusion du négoce et que en aurons l'advertissement, nous despescherons en diligence courrier exprès à Rome , alant et venant, pour obtenir la dispense de nostre saint-père le pape, qui se tiendra secrète pour éviter tout sentement que le royaulme en pourroit avoir.
L'ambassadeur de Portugal est piéçà party pour aller en [Angleterre] dont vous avez esté adverty, et désirons que nous infor- [mez de ce] qu'il aura fait et négocié celle part, et du départ1 qu'il aura [eu] tant avec la royne que avec vous, et s'il ensuyt, comme [tenons] pour certain qu'il fera, ce qu'il a conclud avec nous, son passaige ne fera plus de dommaige à la négociation de ce que, comme es[crivez], a fait l'audience de l'ambassadeur de France2 fondée sur si peu de chose. Et au regard des nouvelles que ledict ambassadeur a semé, elles sont controuvées comme l'avez considéré; et vous avez jà esté adverty comme les navyères venans des Yndes estoient près la coste d'Espaigne, et maintenant l'on a entendu comme, grâces à Dieu, elles sont arrivées à port, chargées toutes ensemble d'environ cinq millions d'or, tant pour nous que particuliers.
Il va bien que ladicte dame se soit contentée de ce qu'avez respondu quant au voiage par delà de la royne de Hongrie, madame nostre seur, lequel espérons se fera en son temps au contentement très-grand des deux parties , pour estre le désir de s'entreveoir si correspondant à toutes deux.
Touchant la lettre qu'a escript Lasqui avant que partir, puisque l'opinion du parlement a esté contraire, nous espérons que ledict escript sera esté de peu d'eifect, et tant plus se fortiffie la part3 de ladicte dame avec ceste aliance, que prions à Dieu guider à
1 Conférence. succéda à Claude de Laval de Bois-Dau-
2 Antoine de Noailles, lieutenant gêné- phin clans l'ambassade d'Angleterre, rai de la Guienne et gouverneur de Bor- ' Le parti.
deaux Au commencement de i553, il
bonne fin, et qu'il vous aye, chier et féal, en sa saincte garde. De Bruxelles, le xxvm de novembre i 553.
Et plus bas :
CHARLES
BAVE
L'EMPEREUR
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 100 A à 100 C. )
Bruxelles, i5 décembre 1 553.
L'empereur et roy.
Nous avons receu voz lettres des m, vin et xic du présent, et par icelles avons entendu l'estat et termes èsquelles pour le présent se treuve la négociation du mariage ; et tenons à service agréable que si particulièrement nous advertissez de ce que passe , louhans Dieu que la cbose aye prins jusques à ores si bon progrès, et va très-bien qu'ilz aient trouvé bon par delà les articles, lesquelz aussi nous avons fait coucher avec tout le respect que l'on a peu tenir au bien du royaulme d'Angleterre, joinctement avec celluy de noz pays de par deçà.
Et quant au changement qu'ilz ont fait es trois pointz, pour non nous mectre avec eulx en dispute et mesmes que n'y avons treuve chose que ne fût fondée avec la raison , nous a semblé le mieulx de les accepter sans y mectre alteración quelconque, comme vous le pourrez déclarer joinctement avec noz autres ambassadeurs à leur
venue par delà , desquelz nous hastons tout ce qu'il est possible le partement, et tenons qu'ilz pourront au plus tard arriver à Gravelinghes le xxiie du présent , et dois là continuer leur chemin pour arriver au plus tost qu'il sera possible en Angleterre, ne se povant faire plus grande diligence , pour la compaignye qu'ilz meynent avec eulx; et jà a-l'on escript aux villes de la coste de la marine pour approcher du destroict les bateaulx qui sont en ce couslel-là, pour assheurer ledict passaige. Hz porteront nostre povoir et instructions, lequel, en préalable, vous sera alors communiqué; et jà avons-nous préadverty le prince nostre fìlz, tant afin qu'il se face prest pour plus tost et sans dilación povoir passer, quant il aura nouvelles de la conclusion, que afin qu'il choisisse telle compaignye dont les Anglois se doigent avec raison satisfaire; oultre ce que sumes déterminé de le faire accompaigner d'aucuns de ceulx de par deçà, pour donner à ceulx dudict Angleterre tant plus agréable conversation. Et nous sembleroit bien à propoz qu'il peut prendre l'ung ou l'autre des deux portz nommez en vosdictes dernières lettres; mais comme la navigacion, mesmes en saison d'y ver, est si incertayne, nous doubtons qu'il v auroit difficulté de choisir port à volente, et qu'il faudra le remectre à ce que se pourra faire , selon que le temps et le vent en donneront l'opportunité. Et ne fauldrons de advertir nostredict fìlz, tant du présent qu'il devra envoier à ladicte dame pour arres, que afin qu'il pourvoie au recevement et accompaignement de ceulx que ladicte dame envoiera pardevers luy; et aussi luy envoierons-nous la forme du povoir réformé comme ceulx de par delà l'ont désiré, afin qu'il en envoyé ung en icelle forme , oultre celluy que présupposons il envoiera sur la minute que nous avons jà envoyé , dont vous avez eu copie1, lequel nous désirerions plus s'employa que l'autre, et que le mariage se contracta par mots de présent, selon que le contient
1 Les pouvoirs du prince Philippe à non datée , et avec des modifications , sont
l'effet de le représenter lors de la passation insérés dans le tome III des Ambassades
du contrat de son mariage , l'un en origi- de Renard, 105-109. nal, du 5 janvier i554, l'autre en copie
l'instruction que portent nosdicts ambassadeurs, et à quoy il est de besoing que vous tenez la main , quant ores il se devroit faire en secret et à part, en cas qu'il y eust doubte de quelque alteración à ceste occasion : car, comme vous povez assez entendre , il seroit peu convenable que nostredict filz se meit en chemin synon sur négociation et chose certayne. Et au regard du fondement que l'on fait par delà sur les promesses qui se devront faire en présence par nostredict filz pour l'observance de l'obligation, tant celle qu'est contenue aux articles du traicté, comme à la promesse particulière, nous désirons bien que à ce il soit obligé avec toute l'expression qu'il sera possible , voyre et qu'il soit tenu le promectre personnellement , avant la consommacion du mariage ; mais pour cela ne se doit différer la passacion d'icelluy par motz de présent exprès. Et nous confions que comme les principaulx sont gaignez pour condescendre au poinct principal, aussi treuveront-ilz moyen pour nous satisfaire en cecy, estant chose tant raisonnable et de si grande consideración , comme eulx-mesmes le sçauront bien juger, leur faisant les remonstrances pertinentes, comme tenons pour certain sçaurez bien faire.
Et quant au billet que doit faire Paget de ceulx qu'il luy semble se debvront accepter au service dudict prince mon filz , il sera bien que le recouvrez de luy pour le nous envoier, afin que le luy puissions faire tenir joinctement avec nostre advis ; et sera besoing que nous advertissez plus avant de ce que pourrez avoir entendu , quant à ce qu'il luy semble estre requis pour la seurté de nostredict filz, et que vous tenez soingneulx regard pour descouvrir ce que vous pourrez des humeurs de par delà et des practiques tant de France que des protestans, pour continuer de nous en advertir de temps à autre; ramentevant quelquefois à la royne qu'elle face tenir regard sur la conduicte de madame Elisabetz , sur le mariage de laquelle nous ne vous faisons pour maintenant nulle responce, jugeant que ce soit négociation sur quoy l'on ne presse pour le présent : et à ceste cause, le mieulx est le différer encores, et mesmes si sans ce, comme es-
pérons, Ion peult venir au parfait de ceste aliance, laquelle achevée,
l'on pourra tant mieulx regarder sur ce qui conviendra.
Au regard du cardinal Polo, Fra Pedro de Sotta est icy arrivé, et nous a fait une remonstrance de tout conforme à l'instruction dont nous avez envoie copie, sur laquelle pourra estre que nous déterminerons, nous conformant à l'advis de ladicte dame à luy consentir qu'il vienne jusques icy, où Ton pourra entendre plus particulièrement ce qu'il vouldra dire, et veoir quel chemin entretant1 prendront les affaires de par delà, pour, selon ce, avec la participation de ladicte dame, nous résouldre de ce que se devra faire en son endroit plus avant.
Quant à la dispence, l'on en escripra à Rome, selon que le contient ladicte instruction, et s'en feront les sollicitations nécessaires.
Et si l'évesque de Norwyts, à sa venue, fait instance de povoir tyrer de par deçà les xm marcs d'argent pour les églises d'Angleterre et les emploier en calices, et suivant ce que voz lettres contiennent, nous les luy accorderons volentiers, comme aussi avons-nous fait à millord Warden le passe-port qu'il avoit demandé.
Quant à la requeste que l'ambassadeur de France a présenté à ladicte royne pour avoir restitución d'aucuns biens qu'il dict avoir esté prins par aucuns de noz subjectz en une navière françoise es ports d'Angleterre, vous pourrez dire à ladicte dame qu'avons envoie ladicte requeste au S1 de Beures, nostre amiral, pour s'informer du fait et nous envoier son advis; et nous n'entendons que noz subjectz doyvent autrement user des prinses que font et ont fait pendant ceste guerre les François; et mectant ordre que iceulx François ne s'avancent de endommaigernosdicts subjectz es franchises d'Angleterre, que de nostre part l'on pourvoiera que nosdicts subjectz usent en conformité. A tant, chier et féal, etc. De Bruxelles, le xve de décembre 1 553.
CHARLES
Et plus bas :
BAVE
: Dans l'intervalle.
CHARLES-QUINT
A MARIE, REINE D'ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, 192.)
Bruxelles, 21 décembre [1 553.]
Madame ma bonne seur et cousine : J'envoie présentement devers vous mes cousins les comtes d'Egemont et de Lalaing , sieur de Courières et chancelier de mon ordre, affin que, joinctement avec mon embassadeur résident devers vous , suivant ce qu'a esté pourparlé du mariage d'entre vous et le prince mon filz, en faire la réquisition solemnelle , et pour de ma part et de mondici fdz entrevenir à la conclusion des articles , en conformité de ce que de mon costé a esté proposé et trouvé bon du vostre et par voz conselliers , et pour agréer le sangement qu'iceulx ont fait en aucuns poins et passer du tout le trecté, affin que ceste bonne heuvre, et dont, comme j'espère, Dieu le Créateur sera servy, et nos roihaulmes et païs resevront respectivement tout bien et profit, ce puise parachever, et pour, prenant conclusion avec mesdicts embassadeurs, haster tant plus la venue de mondict fdz, selon que plus particullièrement vous entenderés d'eulx, vous priant les croire comme moy-mesmes. Et pour non vous traveiller de longe lettre , diray seullement davantage que vous poés demorer toute asseurée que je satisferay et correspondre) jusques au bout de tout mon pooir à la bonne volonté que j'ay tousjours connu vous me portés, et ce avec daultant plus d'affection , comme par le parfait de ceste alliance l'obligacion y sera plus grande, et de tenir le mesmes soing de vosdicts roihaulmes, païs et subgés que des miens propre. Et pour estre tant travaillé de la gouste que
ne puis gaires bouger la mein, j'ay requis la reine de Hongrie, ma
seur, escripre ceste de la siene. De Bruxelles , ce xxi de désembre.
Votre bon frère et cousin,
CHARLES
A madame ma bonne seur et cousine la royne d'Angleterre.
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 101-102.)
Bruxelles, 23 décembre i553.
Monsieur l'ambassadeur : Depuis les dernières que je vous ai escript , j'ai receu les vostres du xne, que se remectent à celles de sa majesté; sur quoi vous verrez ce qu'elle vous respond, et à la reste, je tiens pour certain ce que vous escripvez des practiques que les François mèneront pour, s'il est possible, tirer la guerre hors de leurs pays; et comme vous avez plus de commodité pour entendre les particularités d'icelle, selon que sa majesté vous escript, et que la congnoissance d'icelles est nécessaire pour tant mieux les contreminer, je vous prie d'estre vigilant, pour, avec le moyen que vous en pourrez avoir, en descouvrir ce que vous pourrez , et en avertir en diligence de temps à aultre.
Quant au remerciement que doit faire l'évesque de Nortwitz (qu'est le second point de vos lettres) du soing que nous avons icy des affaires de la reyne : quant à moi, je me contente qu'elle l'en-
tende, et qu'elle congnoisse l'envye que j'ay de lui faire très-humble service, de laquelle je vous prie l'assurer de ma part toutes les l'ois que vous en aurez l'opportunité.
Je ne veulx au surplus délaisser de vous ramentevoir ce que vous avez escript par vos lettres entépénultièmes d'un courrier que vous espériés se debvoit surprendre, par lequel se debvoit descouvrir une partie du desseing des François; et il sera bien que vous advertissez sa majesté de ce qu'en sera succédé depuis , pour ce que l'aultre jour aulcungs notoient au conseil que vous n'en faisiez aulcune mention, que je dis pouvoir être pour ce que l'effect n'est encoires ensuyvy, ny le temps de la venue d'icelluy passé.
Aussi fault-il que je vous advertisse que le chevalier Bernaldi , Vénétien , qu'est celui qui traicta l'accord entre le feu roi Edouard et les François et fut cause de la reddition de Boulongne1, a passé par icy; et, comme au même temps, j'avoye par charge de sa majesté impériale parlé à l'ambassadeur de Venise sur les mauvais offices que l'ambassadeur de la seigneurie résidant celle part faict contre le service de sa majesté et ceste alliance, parlant et de monseigneur nostre prince et des Espagnolz aultrement qu'il n'affiert à personne publicque, etmesmes à ministre de ladicte seigneurie, que se démonstre en toutes choses extérieures si amye et affectionnée à sa majesté, et m'ayant assheuré, que non-seullement il en escriproit à la seigneurie, mais aussi au mesme ambassadeur, afin que, si passion particulière l'aveugloit (que toutes fois, à ce qu'il dit, il ne pense ny se peult persuader qu'il se soit tant démesuré) , il cesse doresenavant de telz offices; que servira du moings pour le faire aller plus retenu.
Je parlay aussi audict ambassadeur depuis dudict Bernaldi, luy disant que, comme c'estoit personne particulière curieuse de s'entremectre en affaires, il pourroit aussi faire quelques maulvais offices, lesquelz ceulx qui ne pénètrent plus avant ny entendent la mutuelle affection d'entre sadicte majesté et ladicte seigneurie, pour-
Les auteurs désignent Antoine Gui- pour s'être plus spécialement employé à dotti, riche Florentin établi en Angleterre, ménager cette paix, conclue en mars i55o.
roient imputer à icelle ; je le requis qu'il y voulsît avoir regard, fût pour empêcher le passaige dudict Bernaldi en Angleterre , ou faire tel office en son endroit que l'on fût assheuré qu'il ne se mectroit en chose donnant en ce coustel raisonnable occasion de plainte. A quoi ledict ambassadeur me respondit que la cause de son voyaige estoit le traictement que le feu duc de Northumberlant luy assigna en Angleterre de deux mil escuz par an, pour le traveil qu'il print à l'encheminement de ladicte négociation de la paix, et ce, pour austant que ladicte seigneurie ne veult consentir que aulcungs de ieurs gentilzhommes ayent dépendance daultre prince qui qu'il soit, que d'elle, lui ayant permis quelque brief terme dans lequel il soit tenu faire son prouffit du mieulx qu'il pourra de ladicte récompense, sans plus tirer gaiges ny entretiennement de ce coustel-là; et qu'il lui commanderoit, comme il a fait, comme ministre de ladicte seigneurie, à gentilhomme particulier, que directement ni indirectement il ne se mesla de parler des affaires des princes en ce coustellà, ny de faire office, quel qu'il soit, que peut donner à sa majesté ou aux siens descontentement. Si est-ce que je ne m'assure fort que ledict office fait par l'ambassadeur soit du tout sincère, et mesmes si la seigneurie, se doubtant de la grandeur de l'empereur et de monseigneur nostre prince , avoit envie de traverser quelque chose , qu'elle feroit trop mieulz par un personnaige privé ayant les qualitez de cestuy-cy, que par son ambassadeur.
Et ce que m'accroît ce soubçon est que, se trouvant ledict Bernaldi en cette cour, pour démonstrer qu'il obtempéreroit au commandement dudict ambassadeur, les propos qu'il a tenu sont esté limités, démonstrant qu'il tenoit le mariaige pour asheuré , comme chose qui convenoit merveilleusement aux deux parties; et depuis arrivant en Anvers, il a demonstré être de toute aulire opinion, et parlant a plusieurs, et mesmes à Donato Rullo, domesticque du cardinal Polo, il a dict qu'il lenoit ceste practique du mariaige pour non réuscible, et que plusieurs practiques s'esmouvroient en Angleterre contraires. Et je doubte qu'arrivant en Angleterre il dira et fera pis s'il peult;
et à ceste cause sera, à mon advis, à propos que vous en prévenez la royne, laquelle a peu d'obligation à ceulx qui dépéndoient dudict duc de Northumberlant, et tant moings à cestuy-ci, qui, comme l'on peult dire, vendit Boulongne aux François, que le feu roi son père, avec si grandz fraiz et traveil, avoit conquis et soustenu; et se pourroit aysément descharger de ceste charge de deux mil escuz par an, voire et deschasser sans scrupule hors du royaulme d'Angleterre ledict Bernaldi , si l'on peult appercevoir non-seullement qu'il meinne practique, mais qu'il soit plus entrant, plus compagnable1 ou plus parlant de ce que conviendroit. Et cest advertissement souffit, à mon advis, afin que vous faictes tenir regard sur ledict Bernaldi , pour veoir quel chemin il tiendra, et faire, selon ce, ce que vous verrez convenir. Et me recommandant pour fin de ceste, etc. De Bruxelles, ce xxme de décembre i 553.
Vostre bon confrère et amy,
L'ÉVESQUE D'ARRAS
LES AMBASSADEURS