LU
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, i35 bis et 1 36 bis.)
Bruxelles, 19 novembre i553.
Monsr l'ambassadeur : Ces deux motz seront seullement pour accompagner les lettres de la royne que porte ce courrier avec la poincture qu'elle vous envoyé pour présenter à la royne , avec la condición et l'office quelle vous encharge faire de sa part, la présentant : à quoy je me remectz, ne doubtant qu'ayant si bien encheminé le tout jusques à oyres, vous sçaurez très-bien satisfaire à ce que présentement elle vous encharge par ses lettres qu'elle m'a commandé dresser pour elle; vous priant encoires d'estre songneux pour descouvrir les humeurs de par delà, et comme l'on y prend la negociación, ce que vous pourrez juger plus clèrement despuis que la chose se publie; et je ne faiz doubte que1 Wyncestre ne fauldra desoubz main le publier, pour véoir si quelque chose se pourroit lever que rompît nostre deseing, et luy peut donner oportunité de conduyre ce qu'il désire. Mais enfin la royne est royne, et l'on a veu ce que le duc de Northumbelan ha peu soubz l'umbre d'ung
1 ( L'évêque de. )
roy enfant; à quoy ny la noblesse, ny le peuple ont osé contredire, quoyque ce que passoit leur sembla fort mal. Et se servant du conseil de ceulx qui appreuvent et monstrent vouloir promovoir son désir, et du vostre, je tiens quelle pourra ayséement tenir les aultres en frain, et mesmes puisque exécutant les déterminacions du parlement es affaires de la religion , que se peult faire sans scruppule , le fondement de ceux qui reposent sur l'opinion de la nouvelle religion, pensans par ce boult s'opposer à ladite dame, ruynera facilement. Mais il fault user de sévérité envers ceulx qu'il convient, et m'esbays que l'édict pour déchasser les estran giers fugitifz pour délictz quelz qu'ilz soyent, n'aye passé avant.
Quant aux nouvelles, il n'y en a dois mes dernières que soyent d'importance, sinon la confirmation que la rière-garde du marquis Albert ha estébaptue avec mort et prison de plusieurs, et que l'on a par le moyen d'icelle descouvert aulcunes practiques èsquelles ses adversaires travaillent de conlreminer. Depuis la [pointe] que mons1 de Lalainha faictenla frontière de France, les François avoient faict nouvelle assemblée vers Saint-Quantin , et comme ils ont pensé entrer sur nous, ilz se sont trouvez chargez de nostre chevalerie si vivement, qu'ilz se sont retirez plus vitte que le pas avec quelque perte ; mais n'est chose d'importance.
Je ne faiz doubte que vous tenez le soing que convient pour gaigner à nostre opinion gens dadvantaige; et pour austant que es lettres que vous escripviés dernièrement à sa majesté vous escripviés que vous teniés regard à obliger le moings de gens que vous pouvez, sa majesté dit que s'il vous semble qu'il seroit mieulx eslargir la main, fût en dons ou promesses , que vous en advertissez , et quoy et à qui les dons ou promesses se debvroient faire, et quelles respectivement; à quoy vous pourrez respondre es mesmes lettres que vous escriprez à sadicte majesté. Et à tant, etc. De Bruxelles, le xix de novembre i ò 53 .
Vostre bon confrère et amy,
L'ÉVESQUE D'ARRAS