VARGAS
LEVEQUE D'ARRAS
AUX AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, n4-n5.)
Bruxelles, i4janvier i553,V. S.
Messieurs, actendant que l'empereur et la royne résolvent sur la response des lettres que l'on a receu de vous, que sera incontinent que l'on aura nouvelles de la dispense que l'on actend de jour à autre et peult estre plus tôt, leurs maj estez m'ont commandé vous advertir de la réception de vos lettres communes des xxvne de décembre et vne du présent, et des particulières de vous, lieutenant d'Amont, du xxixe dudit mois de décembre et ixe du présent, et vous dire joinctement que l'on n'a icy treuvé difficulté quelconque au changement que l'on a fait par delà aux articles, selon que l'on a veu par la copie que vous en avez envoyé, n'estant en chose que donne altération à la substance, par où l'on espère que lesdits articles seront tost résolus et passez , selon l'espoir que vous, ledit lieutenant, en donnez aussi par vosdites dernières lettres. Et quant au pouvoir de monseigneur nostre prince qu'ils requièrent par delà , selon la presse que l'on a donné par mer et par terre pour le haster, et mesmes , comme vous sçavez, il y a tant de jours que le dernier courrier envoyé par la voye d'Angleterre passa en Espaigne, il est apparent que, satisfaisant son alteze à l'instance que l'on luy fait par iceluy, il pourra estre que, à l'arrivée de cestes, vous en pourrez jà avoir quelques nouvelles; et sans icelluy l'on ne voit icy comme sheurement vous pourries procédera la passation de mariaige par motz de présent, à quoi il se fault arrester soit en publicque, que seroit le mieulx, ou
en secret , selon que la royne d'Angleterre Ta offert , si elle le treuve meilleur.
Et pour austant qu'elle pourroit faire scrupule sur ce que Ton n'eust la dispensation ny nouvelles que le pape l'eust accordé; encoires que les bulles ne fussent dépeschées, je tiens que de briefz nous aurons remède à ce , s'estant dèz longtemps dépesché courrier exprès à nostre ambassadeur à Rome, avec charge d'aller et retourner en la plus grande diligence qu'il sera possible , pour advertir de l'accord que sa saincteté aura fait de ladite dispense: lequel advertissement venu, il n'y aura pourquoi ladite royne doige faire scrupule de passer oultre, jà çois que les bulles ne vinssent si tost, puisqu'icelles ne servent que pour tesmoignaige de l'accord de ladite dispensation; et si a-l'on toutesfois encbargé audit ambassadeur que, après et quant ladite bulle sera dépeschée , il l'envoyé avec un autre courrier en toute diligence. Et jusques ledit mariaige soit passé par mots de présent, il ne convient que vous , Mr d'Egmont, partez pour Espaigne, pour où se commencent jà à dresser les lettres de sa majesté que vous seront envoyées avec la première opportunité, afin que avec icelles, ledit mariage, comme dessus est dit, passé par motz de présent, vous puissiez incontinant vous encheminer pour aller devers sadite alteze et donner toute la haste que vous sera possible à son briefz passage ; et cependant pourrez-vous faire les préparatives requises pour abrévier le plus que faire se pourra vostredit passage.
Et pour austant, messrs, que selon que sadite majesté a écrit à vous, ledit lieutenant d'Amont, il pourroit estre requis que, pour gaigner quelc'ung de ceulx qui murmurent ou pourroient faire maulvais office, et pour les incliner à ce que en ce lieu ilz le,façent bon, il conviendroit que vous départissiés quelques petites sommes entre telles gens, que sadite majesté a remis à vostre discrétion et à ce que jugerez et verrez convenir ; l'on est après pour pourveoir à ce que , au plus tost qu'il sera possible , l'on vous envoyé trois mil escus que pourront servir à l'effect susdit. Mais pour aultant que vous
touchez es lettres de sadite majesté qu'il seroit bien que Ton commença à faire les présens aux principaulx qu'ont entrevenu en ceste négociation, sadite majesté désire , et il est requis que vous communiquez par ensemble sur la charge que, quanta ce point, l'on vous a donné, qu'est de adviser à cuy se debvront faire les présens, nonseullement à l'admirai dont vosdites lettres font mention, mais aussi aux autres et quelz, selon que là pourrez entendre la qualité d'ung chacun , et ce que vous congnoissez du debvoir que respectivement un chacun d'eulx peult avoir rendu au bon encheminement et adresse de la besongne, et ceulx qu'il conviendra contanter, combien qu'ilz n'ayentfaitz chose que mérite récompense, mais pour éviter qu'ilz ne nuysent et empeschent. Et joinctement, que vous déclarez plus particulièrement le point que touchez généralement par vos lettres, de ceulx que l'on debvroit accepter au service, et que spécialement vous advertissez lesquelz vous sembleroient convenables et estre à ce propoz aggréables à la royne, et moyennant la réception desquelx les affaires en ce coustel s'encheminassent plus favorablement et à nostre avantaige. Et me recommandant très-affectueusement à vos bonnes grâces, prie le Créateur vous donner, mess1"5, vos désirs. De Bruxelles, le xiine de janvier i 553.
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 197-198.)
Bruxelles, 1 4 janvier 1 553 , V. S.
Monsieur l'ambassadeur : Je me treuve avec deux lectres vostres auxquelles je doibs responce, l'une du xxe du mois passé et l'aultre
du vine de ce mois escripte en ziffre , avec ung billet y encloz d'advertissementz que j'ay faict joindre aux lectres communes, puisqu'il convient que le contenu se voye de tous ceulx qui entreviennent à la résolution des affaires de ce coustel-là; et remectant la responce du contenu en icelluy, joinctement avec le surplus contenu es lectres de sa majesté, jusques à ce qu'elle y satisface , vous îemectant, quant à la principale cause de ce dépesche , à la lectre que j'escrips à vous aultres tous en mon propre nom, pour estrelaroyne absente, qu'est allé aux champs, et le pouce de la main droicte de l'empereur attaint de la goutte , je respondray seullement par ceste , et ce briefvement à faulte de temps, à aulcungs poinctz de vosdictes lectres particulières escriptes à moy.
Et en premier lieu, je rens grâces à Dieu que le travail que vous et moy, et aultres qui se sont meslez de ceste négociation du mariage , aye si bon succès que d'avoir conduict les choses es termes que nous les voyons, luy suppliant que non-seuHement il veulle amener le surplus au perfaict et parachèvement tel que nous désirons, mais aussi qu'il en soitservy, et que la républicque chrestienne, les royaulmes, paysetestats de sa majesté en reçoivent le bien qui s'en doibt espérer: et certes, vous vous este en tout très-bien et prudemment conduyt et au contentement du maistre, que m'est l'une des grandes satisfactions que j'en pourroye recepvoir ; et pouvez demeurer certain que je vous ayme cordialement, et le vous monstreray en ce que j'en pourray avoir le moyen, m'assheurant de vostre correspondance que si libéralement vous m'ouifrez par voz lectres, et en pouvez demeurer sans scrupule quelconque en usant ainsi, et contempnant tous offices que qui que ce soit voulsist faire au contraire.
Vous ferez bien de temporiser avec ces seigneurs que l'on a envoyé par delà; et puisque vous congnoissez l'humeur d'ung chacun d'eulx, vous vous y sçaurez, avec vostre dextérité et prudence, bien accommoder pour le peu de temps qu'ilz y seront; vous advisant qu'à ce queje puis veoir, les choses achevées, ilz n'y feront long séjour. Vray est que, comme le chancellier de l'ordre le mect en avant,
je suis en opinion que, sans le pouvoir de monseigneur nostre prince, Ton ne procéderoit vaillablement à la conlractation de mariage par motz de présent, ny encoires sans avoir de nouvelles de l'accord de la dispensation : sur quoy vous verrez ce que j'escripz aux lectres communes.
Quant au chevalier Bernaldi , je vous ay escripz l'histoire que l'on m'en a dict au long, et vous ferez fort bien de, suyvant ce que voz lectres contiennent, espyer selon ses actions, puisque de ce que résultera d'icelles vous pourrez tant plus veoir quel fondement il y aura pour dissuader ou non à millort Paget l'opinion qu'il a de luy. Et certes, comme ce mariage pourte avec soy grande jalousie , il faict à doubter que tous discoureurs, ennemys de la grandeur de sa majesté, feront le pis qu'ilz pourront; mais aussi s'ilz voyent que l'on se resente, pour la craincte ilz y procéderont, comme qu'il soit, avec plus de respect. Et à ceste cause a esté à propoz l'office qu'a esté icy faict devers l'ambassadeur de Venise, que fut aux termes que particulièrement vous ay escript et sans vous nommer, et de sorte que , comme vous voyez, il a prins plus de conjecture contre Hamez, jà soit que certes je ne luy ay nommé; et à ce que j'apperçois par voz lectres, l'excuse que vous a donné ledict ambassadeur est fort maigre, et ne m'en a faict semblant quelconque depuis l'ambassadeur de Venise résidant icy, combien que je traicte tousjours avec luy fort familièrement et souvent, comme il convient à ministre tel de si grande républicque; et s'il m'en touche cy-après quelque chose, je ne fauldray de vous en advertir, pour tenir tousjours avec vous la correspondance que convient. Et me recommandant, etc. De Bruxelles, ce xime de janvier i 554-
Votre bon confrère et vray amy, L'ÉVESQUE D'ARRAS.
PAPIERS D'ETAT. IV. l(\
LES AMBASSADEURS