C. DE VERGY
Monsr, la monition desdicts Suisses se dresse à quatre lieues prez dAy, et y contribuent tous les villaiges voisins.
LES AMBASSADEUPvS
DE CHARLES -QUINT EN ANGLETERRE A CET EMPEREUR (Ambassades de Renard, II J , 2/i5 à a5o. )
Sans date [ 7 juillet 1 553].
Sire, estans arrivés en ce lieu de Londre, que fut le sixième de ce moys, les sieurs Maçon, un gentilhomme delà chambre du sieur roy d'Angleterre et deux ses officiers, nous sont venus treuver et saluer de la part dudict sieur roy et déclairer estre les biens-venuz, offrans toutes commoditez et courtoisies. Le jour suygant, au matin, comme nous délibérions denvoier devers ledict sieur roy pour demander audience, Ton nous a adverti ledict sieur roy estre trespassé ledict .sixième jour, environ les huitz et neufz heures du soir; et néantmoins, n'avons délaissé d'envoier en court, à leffect de ladicte audience, pour descouvrir la vérité de ladicte mort, les humeurs, visaiges, mouvemens et ce que peut passer en court.
Cependant nous nous sommes informés, le plus diligemment el véritablement que nous a esté possible, de Testât de la délibération et pourject du duc de Nortumberlant, de sasuyte, de ceux du conseil dudict sieur roy et de son entreprinse, et en communiquant avecq le sieur ambassadeur Scheifne, avons entendu qui avoit particulièrement informé vostre majesté de la maladie dudict sieur roy, du dangier d'icelle, de la mutation apparente, des practiques dudict duc de Nortumberlant, et de la difficulté que recevroit madame la princesse Marie par les traverses, ambitions et avarice dudict duc, y entrevenant les practiques, sollicitations et menées des François.
Et avons entendu que l'on a fait faire testament auclict sieur roy, par lequel il a appelé, nommé et institué à la couronne d'Angleterre la fille aisnce du feu duc de Suffoc *, mariée au millor Guillefort, puisné dudict duc, et que la plupart de ceux du conseil l'ont signé, receu et juré, excluant par cemadite dame la princesse de son droit et action; et que, pour exécuter ceste déclaration testamentaire, il a procuré de se rallier avec plusieurs des principaulx du pays; il s'est saisi des trésors et deniers du royaulme ; il a mis es fors gens confidens; il a fait dresser et équipper l'artillerie, et remonter d'armes les batteaulx de guerre, et tenir prest la munition et ce qu'est nécessaire à la guerre et à la force , et que a gens quilz sont asseurés pour s'en servir quant il le commandera; aiant aussy renforcé le guet en ce lieu de Londre et au chasteau d'icelluy ; que démonstre et justifie la volonté que a à la couronne pour son filz, aiant là mené et conduict ledict sieur roy et la plupart de son conseil, à ce qu'on ne le puisse sitost acculper d'ambition comme si eust procuré pour soy, et mesmes pour éviter la suspicion que tombe sur lu^d'avoir empoisonné ou fait empoisonner ledict sieur roy2.
Oultre ce , l'on nous a adverti que a proposé de faire incontinent saisir madicte dame Marie , et que a gens apostes pour ce faire incontinent que ladicte mort seroit advenue; et que ce craingnant, ladicte dame s'est escartée et retirée au chasteau de Framingam3, distant de ce lieu soixante mil, aiant prins occasion sur inconvéniant de maladie suspecte advenue à aulcuns de ses serviteurs, pensant estre plus asseurée là que près de ce lieu de Londre, estimant que comme elle est bien venue en ce royaulme, mesmes es quartiers où elle s'est retirée, et qu'il y a plusieurs gentilshomes et autres ses
1 Jeanne, fille aînée de Henry Gray, land, et fut proclamée reine à la mort
marquis de Dorset, puis duc de Suffolk, d'Edouard. Tous deux perdirent la vie sur
et de Françoise, issue de Charles Bran- un échafaud le 12 février i554don et de Marie d'Angleterre, sœur de 2 Edouard H, fils de Henri VIII et de
Henri VIII et veuve de Louis XII, roi de Jeanne Seymour, mourut d'une phthisie
France. Jeanne épousa Guilford Dudley, pulmonaire le 6 juillet i553< second fils de Jean, duc de Northumber- 3 Non loin de Norwich.
affectionnez et haineulx dudict duc , cile pourra plus aséement éviter les premières fureurs et mutations, et ne sera si tost appréhendée et saisie comme si elle estoit près de la court.
Et , escripvant ceste , on a faict advertissement que le conte de Warvich , fds aisné dudict duc, s'estoit parti de ce lieu pour, avecq troys cens chevaulx, aller en quelque lieu où il estoit mandé; que nous a mis en scrupule que soit parti pour l'effect de la délibération dudict duc pour saisir madicte dame. Comme qu'il en soit, nous véons peu d'apparence que l'on puisse obsister à l'entreprinse dudict duc par les raisons susdictes, s'estant appuyé des forces françoyses, si estoit de mestier et nécessité : ce qu'a esté practiqué continuellement, tant par les ambassadeurs de France que Laubespine; aiant ledict duc proposé la conjoncture de lestât des affaires publicques de la chrestienté , les empêchements de vostre majesté, le trouble qu'est en la Germanie, la difficulté qu'est entre vostre majesté et la France par continuation de guerre ; et , pour couvrir ses menées et practiques en France , il a procuré d'envoier le millor Dudley devers vostre majesté et les ambassadeurs de par-deçà, et le seml^able en France , pou" faire les offres d'amitié et de bonne voisinance , persuader la paix et faire telz offices desguisées et dissimulées pour cependant conduyre ses desseins au port l
Et , selon que l'on peult véritablement colliger des apparences qui se présentent, ledict duc enclinera plustost au parti françoys que de faillir à son entreprinse; ce qui conduira plustost par force que par inclination que le pays universel ayt à la France ou à luy, pour les discommoditez, dommaiges et intéretz qu'en deppendent et que en peult vraisemblablement attendre.
Et nous susmes treuvez perplés en la résolution que debvions prandre pour effectuer l'instruction que a plu à vostre majesté nous donner, d'aultant que, par ceste voie , l'assurance de la personne de madicte dame est incertaine, et la promotion à la couronne difficile et quasi impossible, sans contraire force.
1 Lacération du manuscrit.
Et avant nostre arrivée, ny que madicte dame sceut que vostre majesté envoioit devers elle, elle misten délibération avec aulcungs de ses plus confidens ce qu'elle debvroit faire, advenant ladicte mort; laquelle treuva que, incontinent ladicte mort descouverte, elle se debvoit publier royne par lettres et escriptz, et qu'en ce faisant elle conciteroit plusieurs à se déclairer pour la maintenir telle; et aussy que y a quelque observance par-deçà que celluy ou celle qui est appelé à la couronne se doit incontinent tel déclairer et publier, pour user de son droit, induire ses amys et aultres qui adhérer luy vouldront, soit pour le droit, raison et équité, pour en mieulx valoir, pour l'haine qu'ilz portent audict duc, le tenant tiran et indigne, ou pour la convoitise de mutation que le peuple désire : s'estant absolutement résolue qu'elle debvoit suyvre ceste conclusion et conseil; aultrement elle tomberoit en danger de sa personne plus grant qu'elle n'est, et perdroit l'espoir de parvenir à la couronne. Laquelle conclusion avons treuvé estrange , difficile et dangereuse , pour les raisons soubzcriptes : pour aultant que toutes les forces du pays sont es mains dudict duc; que ladicte dame n'a espoir de contraires forces ny d'assistance pour donner pied à ceulx quilz adhérer luy vouldroient; que, se publiant royne, le roy et royne désignés par ledi et testament (encoires qu'il soit mal) prendroient fondement de i'invahir par la force et que n'y aura moien d'y résister, si vostre majesté ne s'en empesche; ce que avons pesé, pour les grands affaires et empeschemens qu'elle a contre le Françoys et en divers lieux , que ne semble convenir que l'on concite en ceste saison les Angloys contre vostre majesté et ses pays ; que l'espoir que ladicte dame pourroit prandre d'aulcungs du pays est vain pour la religion; que attempter la publication sans effect seroit résulter de empirer sa promotion.
Et comme n'avons peu communiquer verbalement avec elle , l'avons advertie de nostredicte arrivée et desdictes difficultés, et qu'elle ne creust aux premiers advis qu'elle auroit de la mort dudit Sr roy, craingnant que l'on ne publiast ladicte mort doleusement , et par gens à ce apostez, pour descouvrir l'humeur du
peuple, de ladicte dame et des contraires ou suspects audict duc; que publiant la lettre de royne et que ledict Sr roy ne fust mort, elle tumberoit en dangier et crime de lèse-majesté, et, à ceste occasion, elle seroit molestée; que, encoires que ledict S1' roy fust mort, Ton Je pourroit dissimuler et tenir sa mort secrète et preuver par faulx tesmoings sa vie plus longue pour luy causer fascherie; que, si la noblesse, ses adhérens ou le peuple la désiroit et maintenoit pour royne, il le pourroit démonstrer par feffect, sans publication; que la question de régner estoit grande, mesraes entre barbares et gens de telle condition que les Angloys; que, si la cliose se desmêle par le droit, le droit est certain; que si par arme et mutation populaire, l'issue en est dangereuse ; que sembleroit qu'elle deust peser plus meurement cecy et le examiner avec plus de seurté et fondement, luy touchant ces difficultez pour le respect de sa personne et pour suyvre la fin de ladicte instruction , qu'est de non troubler le royaulme au désadvantaige de vostre majesté et ses pays. Avec ce, nous avons prins fondement sur la qualité et seurté desdictes alfaires de vostre majesté, non pour la divertir du tout de ladicte conclusion, affin qu'elle n'eust occasion de nous imputer charge ou faulte, ains pour motiver les doubtes que fasions en cecy et pour réformer le conseil et délibération, si luy sembloit mieulx, ou pour plus asseurer i'emprinse que ne véons conduisible, n'aiant certitude des intelligences, alliances ou promesses qu'elle pourroit avoir, contre lesquelles il y a contre-mine telle que dessus. Et, avant nostre arrivée, l'on avoit publié par-deçà que vostre majesté nous avoit despesché pour soubstenir la querelle de ladicte dame, qu'a mis en souspeçon ledict duc, qui s'est informé du secrétaire dudict sieur Scheyfne si, entre nous, il y avoit aulcungs chevalier de l'ordre de vostre majesté, et en présence du conseil d'Angleterre : ce qu'avons voulu faire entendre à vostre majesté, à ce que luy plaise prandre résolution sur le tout; et ci après, si les passaiges sont ouverts, ferons entendre les succès de toutes choses, pour de temps à aultre luy faire entendre nostre négotiation.
Pierre de Hogen est arrivé en ce lieu puys troys jours en çà, venant de France, que n'est sans occasion pour continuer ses practiques et espionneries; et, selon que Ton a entendu d'aulcungs propoz qui a tenu, il seroit aisé de le retirer du service de France; et de luy l'on a entendu que le filz du feu conte Ringrave estoit prisonnier et que avoit esté prins à Thérouenne,
Si la mort dudict Sr roy est certaine et que audience nous soit donnée, nous adviserons de fonder nostre propoz selon l'occasion, et changerons la visiiationen déploration, avec les recommandations de madicte dame Marie et soubstènement de son droit, si tant est que n'aions nouvelle de vostre majesté et aultre advis, adoptant l'instruction autant que sera possible et que tenrons estre opportun; et sembleroit estre requis que vostre majesté considérât par quel passaige et moien l'on pourroit faire tenir lettres, si tant est que les passaiges de Calaix soient préoccuppez;remectant à la discrétion de vostre majesté si l'on debvra tenir regard sur les ambassadeurs d'Angleterre, qu'ilz ne se retirent que vostre majesté n'ayt advertissement.
Les Angloys se sontcurieusementenquissilecampdevostre majesté avoit contre-ordre, craignant telles approuches de leurs lisières, poni l'impression qu'ilz ont vostre majesté assistera madicte dame Marie.
Nous présupposons vostre majesté aura advis si les Françoys arment en mer, ou si font aultre apprest pour se joindre avec les Angloys , dont n'avons eu aultre advis ; et arbitrera , puys que les Angloys arment, s'il conviendra faire quelque démonstration en ses ports et havres puysqu'ilz en donnent l'occasion.
Aiant envoyé en court vers lesdicts du conseil pour avoir audience, ilz nous ont faict dire qu'ilz en parleroient audict Sr roy, et que, selon sa disposition, il détermineroit nostre audience : ce qu'ilz nous feroient entendre demain par tout le jour. Selon la responce que nous sera faicte, prendrons advis de leur déclairer ce que nous semblera servir au temps et conjoncture, et dont informerons vostre majesté.
Ce que dessus escript, le sieur amiral d'Angleterre ' a prins posses-
Milord Efïingham, de la maison d'Howard.
sion du gouvernement de la Tour de Londre, accompaigné des trésorier général * et conte Schresberry 2, que accroist et confirme l'advis de la mort dudict Sr roy, avec ce que ledict conseil s'est tenu en lieu non accoustumé , sans ce que les secrétaires ils soient entrez ; et si a-l'-on despesché çà et là plusieurs personnes que Ion juge estre pour serrer les passaiges, et aussy trois ou quatre batteaulx de guerre ont fait voile au passaige de mer
LES AMBASSADEURS