‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 7 sur 127 · DE CHARLES -QUINT EN ANGLETERRE A L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

DE CHARLES -QUINT EN ANGLETERRE A L'EMPEREUR

(Ambassades de Renard, III, 272.)

Sans date [10 juillet 1 553 ].

Sire, la copie des lettres qui debvoit aller avec les dernières lettres qu'avons escriptes à vostre majesté a esté obliée es mains de celiuy qui les translatoit, qu'avons joincte avec les présentes, à l'effect mentionné èsdictes lettres, avec le mandement déclaratoire de la baptardise de madame Marie , dont aussy avons faict mention par lesdictes lettres, qu'a esté imprimé.

Quant aux occurrens qu'avons recueilli puys ledict despesché, elles sont que madicte dame Marie, nonobstant les considérations que luy avons faict entendre, s'est faict publier royne au pays de Nortfoc, comme elle continue es aultres lieux voisins et quartiers de ce royaulme, tant par escript que verbalement, aiant escript lettres au conseil du roy qui les receut le jour d'hier, par lesquelles elle se déclaire royne ; et ainsi qu'elles arrivarent, lesdicts du conseil estoient à table, comme l'on nous a rapporté, que furent fort estonnez et es-

Paulet, marquis de Winchester. 2 Talbot , comte de Shrewsbury.

meuz; mesmes l'on dit que les duchesses de Sufloc et Northumberlant se prindrent à larmoier et plorer : sur quoy l'on dit ledici conseil auroit commandé au millor Grez1 d'aller prandre et amener en ce lieu madicte dame Marie, et qui doit partir deans demain avec bon nombre de chevaulx. L'ambassadeur de Venize a dit au Sr ambassadeur Scheifne que ledici conseil avoit advis que madicte dame aiant environ de douze à quinze mil personnes pour la secourir, et tenons qu'on l'ayt dit audict Sr ambassadeur, pour tirer de luy aulcune chose pour en servir le duc de Northumberlant ou l'ambassadeur de France.

Le jour de l'acte de la réception de la fille du duc de Suffoc , il y arriva ung homme de madicte dame Marie qu'elle nous despescha, par lequel elle ne nous respondit aulcune chose sur les considérations que luy avions fait entendre, jà çoit que le personnaige qui en eust charge fût arrivé devers elle; seulement nous advertit-elle de

ladicte publication, nous priant d'envoier devers elle pour nous déclairer aulcune chose de ses affaires. Mais, comme les passaiges sont serrez, et que l'allée à elle est et sera difficile et dangereux, aussi pour éviter toutes suspitions, nous nous susmes excusés, l'advertissant qu'avons amplement advertí vostre majesté de toutes choses, et que attendions la résolution de vostre majesté sur le tout, pour lui en faire part et pour nous conduire selon cela; et, selon que conjecturons, elle esttousjours insistante pour savoir si vostre majesté l'assisteroit, et, en ce cas, elle pense avoir assistance de plusieurs personnes de ce royaulme quilz , sans cela , ne se veullent déclairer.

Et ont plusieurs personnaiges de ce lieu de Londres esté esbahiz comme l'on ne proteste contre ledict mandement et acte de réception , ou faict quelque acte de démonstration pour le soubstènement du droit de madicte dame; mais, pour les raisons contenues en nos précédentes, n'avons faict aulcun semblant de ceste mutation et actes, attendant ce qui plaira à vostre majesté nous commander, et doubtons que, avant la réception des lettres de vostre majesté, ladicte dame

1 Gray.

ne soit saisie et maltraictée, si les advis que recepvons de divers lieux sont véritables, comme l'apparance y est.

Ceulx du conseil ne nous ont depuys faict aulcun semblant de l'audience qu'avions demandé.

La fille du duc de Suffoc reçue pour royne, avec les dames et conseil, sont au cbasteau de ce lieu, et dit l'on qu'elle ne bougera de quinze jours au plus, ny se couronnera devant icelluy temps

LEMPEREUR

A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

( Ambassades de Renard , II , 1 1 - 1 4 . )

Bruxelles, n juillet 1 553.

L'empereur et roy.

Chiers et féaulx : Nous avons receu voz lectres du vne du présent, et par icelles entendu l'arrivée de vous, les sieurs de Courrières, de Thoulouse et conseillier Renard , et l'audience que tous ensemble aviez demandée, et l'advertissement que vous nous donnez du trèspas du roy, que, jusques au temps du parlement de voz lectres, l'on tenoit secret; et, combien que les ambassadeurs d'Angleterre qui sont icy ayent cejourd'huy eu audience de la royne, madame nostre seur, si n'ont-ilz faict semblant quelconque dudict trespas , ains parlé comme par charge dudict feu roy comme vivant; vray est que du visaige de l'évesque l'on pouvoit prendre assez de conjecture qu'il n'avoit novelles fort à son contentement. Et aussy avons-nous veu par voz lectres l'advertissement qu'avez donné soubz main à ma-

dame la princesse nostre cousine, affin qu'elle ne se laisse forcompter par ceulx qui luy persuadent qu'elle se haste de se déclairer pour royne , que nous a semblé très-bien pour les raisons et considérations touscbez en vosdictes lectres.

Et si tant est que certainement le roy soit trespassé, comme finablement affermez par icelles, après en avoir faict au commencement quelque doubte, nous ne véons pour le présent aultre moyen pour encheminer la charge que vous avons donné , contenue plus au long en vostre instruction, que d^esclairer ceulx du conseil, s'ilz vous donnent audience, du principal de vostre charge, qu'est de leur recommander nostredicte cousine , et leur oster le scrupule qu'ils polroient avoir que tinssions fin de la allier hors d'Angleterre, et que par ce boult le duc de Northumberlant vînt à desceoir de l'espoir qu'il a d'avoir principal part à la coronne ; et que vous procurez par ce boult de le faire confident par les termes contenuz plus particulièrement en vostredicte instruction , luy ostant aussy, et ausdicts du conseil , le scrupule qu'ilz polroient avoir de nostredicte cousine , et mesmesdu changement qu'ilz polroient doubter elle feroit d'arrivée, tant du gouvernement que de la religion : le tout toutesfois selon les termes de vostredicte instruction. Et si tant est si l'on vous face difficulté de vous donner accès par devers luy, vous en userez comme icelle le contient, pour en cas que l'on vous eust détenu à Calaix, et que les passaiges feussent estez cloz avant que feussiez entré en Angleterre, faisant par bon moyen pénétrer à la cognoissance dudict duc et de ses adhérens nostre intention, comme nous présupposons que depuis voz lettres escriptes aurez faict, et que aurez très-bien considéré que, desfaillant la force pour donner assistance à nostredicte cousine, comme aussy vous sçavez qu'elle deffault pour l'empeschement que l'on nous donne du coustel de France, nous ne véons aulcun apparent moyen pour assheurer la personne de nostredicte cousine, et mouvoir à mener la chose à la fin que prétendons contre le dessusdict ; ne se pouvoient faire grant fondement sur la faveur et affection que aulcuns particuliers et le peuple peuvent

porter à nostredicte cousine , ne fust que y en y eust plus grant nombre ou des principaulx, n'estant cela souffisant pour contreminer la négociation si fondée et de si longue main, que ledict duc de Noirthumberlant a empris avec l'assistence que doubtez de France.

Et pour non se veoir encoires quelz humeurs se descouvreront, se déclairant et publiant la mort du roy, nous ne vous sçaurions pour le présent, par-dessus vostredicte instruction, dire dadvantaige de ce que dessus : car il fault que l'occasion et le succès des choses vous ouvre le chemin que devez tenir, pour tendre tout ce que pourrez aux fins de vostredicte instruction. Et toutesfois, si véez que, après avoir faict tout ce que dessus en l'endroit dudict duc, conforme ausdictes instructions, l'on ne le puisse desmouvoir de son intención, ny actirer à la part de nostredicte cousine, il ne sera que bien que lors et elle et vous regardez si polvez gaigner aulcuns desdicts principaulx et aultres particuliers dudict royaulme , soit par assheurance qu'elle leur polra faire de la religion ou aultrement, pour veoir si par ce boult l'on polroit donner quelque craincte audict duc, et favoriser les affaires de nostredicte cousine; et si les passaiges se serrent, nous véons très-bien la difficulté que aurez de nous faire tenir voz lettres , et mesmes si par delà l'on s'apperchoit qu'en ayez désir, ilz en deviendront plus scrupuleux. Mais puisque vous estez sur le lieu, et verrez comme toutes choses se prendront, vous polrez mieulx dois là prendre le chemin pour nous faire sçavoir de voz nouvelles , que ne sçaurions dois icy vous en donner le moyen ; et recevant de voz lettres, nous ferons tout ce que sera possible pour aussy sercher moyen de vous faire entendre nostre intención sur l'advertissement que nous polrez donner des choses de par delà.

Ce que lesdicts ambassadeurs ont proposé a esté que ceulx qu'ilz ont en France ont entendu de ce coustel-là que l'on y seroit content d'entrer en négociation de paix, si avant que nous voulsissions mectre es mains des François les royaulmes de Naples et d'Arragon, duché de Milan et la souveraineté de Flandres et d'Arthois, le royaulme de Navarre au sieur d'Allebrecht, que lesdicts ambassadeurs mesmes

ont proposé avec umbre et déclairant que lesdicts Françoys demandoient assez plus de ce qu'ilz sçavent l'on leur debvroit et polroit accorder, mais que ce soit pour dire quelque chose, pensant que cela puisse donner chemin à la négociation; et nous aurons bonne cause de leur respondre sur ceste proposition , que les Françoys par telle demande démonstrent assez le peu d'envie qu'ilz ont que les Angloys se meslent de telle négociation, et que [comme] l'on veult mectre en dispute les choses décidées par les traictez passez , l'on ne voit quelle sheurté l'on pourroit avoir de ce que pour le présent l'on vouldroit traicter avec eulx.

La sortie qu'a fait le filz du duc de Northumberlant hors de Londre, avec si grand nombre de chevaulx, mesmement avec la doubte de la craincte que avez de la charge qu'il polroit avoir, nous tient en paine; et si avez moyen nous advertir briefvement de ce que avez peu entendre de son voyaige, nous l'aurons à service bien agréable. A tant, chiers et féaulx, Nostre-Seigneur vous ait en sa saincte garde. De Bruxelles, le xie de juillet i553.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

Combien que vous, l'ambassadeur Scheifne, nous écrivez par voz lettres du iv du présent avoir entendu que le roy, par son testament, auroit déclaré pour bastarde nostre cousine la princesse, et aussy, comme il semble, lesdictes lettres veullent dénoter madame Elisabeth; toutesfois, pour estre l'article succinct et un peu obscur, nous désirons bien que, par voz premières, nous esclarcissez plus particulièrement ledict point, mesmes si, par ledict testament, ladicte dame Elisabeth est aussi déclairée bastarde, et sinon, quel fondement l'on a pris par ledict testament pour la déboutter de la succession dudict sieur roy, y avançant la fille aisnée de SufFoic ; et

que joinctement aussy nous advertissez plus par le menu que, puisque ladicte fille aisnée de Suffolc est mariée avec le fils maisné du duc de Northumberlant, quelz autres filz et combien ledict duc en a, et de quelle estime ilz sont, et aussy combien de sœurs a ladicte lille de Suffolc, et ce que verrez plus avant estre requis nous devoir advertir sur ce point.

FRAGMENTS D'UNE LETTRE

ÉCRITE A L'EMPEREUR PAR SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE. ( Ambassades de Renard , III , 265-269. )

S. L. 11 juillet 1 553.

Page 1