AU SUJET DE LA PAIX AVEC LE ROI DE FRANCE
(Ambassades de Renard, IV, 22-23.)
Bruxelles, 27 décembre i555.
Ayans leurs majestés entendu par le rapport du conseillier d'estat et maistre aux requestes ordinaires, messire Simon Renart, les derniers propoz tenuz par les députez des deux costelz sur la négociation de la délivrance des prisonniers de guerre, en ce que concerne la paix entre ces princes, leurs royaulmes et pays; ce que leursdictes majestés enchargent à leurs députez de sur iceulx respondre est que , comme cognoissans la naturelle inclination de leursdictes majestés, et ce qu'elles ont tousjours professé du désir qu'elles ont du repos publicque, ilz ont peu avecq bonne cause tesmoigner l'inclination qu'elles ont à la paix universelle et au repoz et quiétude de la chrestienneté. Et davantaige, polront asseurer les ministres de France de la continuation de la mesme volunté et de vouloir oublier beaucoup de choses passées, pour parvenir à une bonne, sincère et parfaicte paix, et qu'icelles seront contentes d'y entendre, si du costé de delà la volunté du roy de France est en samblable disposition, comme l'on entendra par le Sr de l'Aubespine, abbé de Bassefontaine, à son retour.
Et pour venir à plus de particularité , déclairent que pour entrer en ceste négotiation , dont avecq l'ayde de Dieu pourroit succéder ung si grand bénéfice publicque, icelles ne voyent moyen ny chemin plus ouvert pour entrer en communication sur cecy, que d'y entrer
avecq l'intervention de la royne d'Angleterre et du légat du sainct siège apostolicque , le reverendissime cardinal Polo, suyvant le départ prins au partement de Marcque, où lors les ministres des deux costelz, protestans de non tenir icelle communication pour rompue, ains seulement pour discontinuée, à faulte de s'estre peu pour lors accorder les parties sur les moyens , et ne s'estre iceulx peu détenir plus longuement celle part pour la saison en laquelle l'on estoit, s'asseurarent respectivement de chacun costei que la volunté de leur prince, nonobstant que l'on n'eust prins résolution finale, demeureroit prompte pour renvoyer à la communication et entendre à la conclusion de paix , toutes les foys que l'on trouveroit moyens acceptables aux parties, etqu'ilz ne tenoient ladicte négotiation pour rompue, ains seulement pour suspendue jusques allors ; requérant ladicte royne et ledict reverendissime légat de non lever les mains de la besoigne, et de demeurer en la mesme volunté qu'ilz avoient monstre de s'employer pour si saincte œuvre, et de vouloir penser sur les moyens, afin de pouvoir retourner à ladicte négotiation quant il y auroit fondement pour ce faire.
Et pour reprendre les arres de ladicte négotiation et veoir si Dieu seroit servy de, rentrant en icelle, en donner plus de fruict, si du costé de France l'on le trouve bon, l'on pourroit des deux costez faire uniforme instance et requérir lesdicts royne et cardinal-légat de reprendre la négotiation en main, et donner temps et lieu oportun pour, au plustost que faire se poulroit, se rassembler: députant ladicte royne ceulx qu'elle jugeroit convenir à cest eifect pour y accompaigner de sa part ledict cardinal-légat. Et si, pour moindre incommodité de toutes parties, le lieu de Vaucelles, où se tient la présente communication, se trouvoit à propoz, puisque en iceluy ledict reverendissime Sr légat et les députez d'Angleterre poulroient estre accomodez et logez, le remettant toutesfois à ladicte royne et audict légat, leursdictes majestez impériale et royale ne le trouveroint mauvais ; et se déterminant le roy de France d'y envoyer les personnaiges qu'il vouldroit choisir à cest eifect, leursdictes majes-
tez y envoyeront les leurs avecq tous povoirs requiz; et se poulroient asseurer tous ceulx qui iront et viendront pour ladicte négotiation de toute hostilité , par saulfconduictz et asseurance nécessaire , pour vacquer avecq plus de tranquilité à ladicte négotiation, à laquelle l'on trouvera tousjours leursdictes majestez, nonobstant les choses depuis passées, tant raisonables, que si de l'aultre costei l'on ne se veult esloigner du bon chemin, la chrestieneté pourra espérer de l'assemblée le fruict tant désiré du repoz publicque. Faict à Bruxelles, le xxvne jour de décembre i555.
CHARLES. PHLES.
LE COMTE DE LALAING ET SIMON RENARD
AU ROI PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, IV, 2^-32 el 33-36.)
Cambrai, i" janvier i555, V. S.
Sire, le jour d'hier l'admirai de France escripvit la lettre cy-joincte à je, le Sr de Lalaing, pour m'advertyr du retour de Bassefontaine de la court de France, et qu'il se partoit de Sainct-Quentin pour se trouver à Vaucelles cejourd'huy, donnant assez à entendre, par la clause finale desdictes lettres, qu'il venoit instruict pour négocier le faict de la paix; et avant la réception desdictes lettres, avions esté d'advis de luy faire entendre le retour de la court de vostre majesté deje, le conseillier Renard, quii fut faict pour leur monstrerque désirions user de diligence et non perdre temps. Et avons esté cejourd'huy audict Vaucelles, où semblablement lesdicts admirai et
Bassefontaine se sont treuvez, et comme nous tenions le premier lieu en la session, après leur avoir requiz qu'ilz commençassent, qu'il z n'ont voulu faire, ainsy leur avons remonstré que sa majesté impériale et la vostre ont prins de bonne part la bonne intención que chacun de nous avoit témoigné au bien publicque et repoz de la chrestienté et qu'elles avoient eu pour agréable, comme conforme au zèle et affection que voz majestez ont tousjours tenu au bien de paix avec tous princes et estats; que non-seullement elle1 a esté par le passé, ains est présente et sera à l'advenir : ayant loué la dérivation de la négotiation particulière de la rançon des prisonniers à négotiation publicque et de paix, et que à quantes foys que moyens et condicions honorables et acceptables se mectront en avant, pour paciffier les différentz estans entre voz majestez et celle du roy de France, elles ne les rejecteront. Pour tesmoingnaige de quoy, voz majestez ayans plainement entendu le rapport que je, le conseillier Renard, feiz à icelles, avoient dressé lescript qu'il leur a pieu nous envoyer, soubscript de voz majestez, confermant ladicte volunté et inclination , et donnant ouverture de moyens pour parvenir à l'efFect de ladicte volunté : leur reprenant la substance dudict escript et avec termes servans et à propoz, persuadans l'intervention de la royne d'Angleterre et du cardinal Pôle estre non-seullement convenable, ains quasi nécessaire pour les respectz et raisons contenuz audict escript, que ne répétons; et que suyvant ledict moyen, etreprenans les arres de la communication eue à Marcques, l'on ne pouvoit synon espérer le fruict et bénéfice de paix auquel chacung bon chreslien doit tenir la main; exhibans ledict escript ensemble une copie d'icelluy.
Et quant à la négotiation subjecte2 de la rançon des prisonniers : que l'on avoit envoyé quatre commissaires en divers lieux, pour, selon l'accord rédigé par escript, prendre le serment des prisonniers de guerre et liquider leur rançon, et que en ce l'on avoit recommandé la diligence ; mais que pour estre escartez en divers lieux et loing-
1 Cetle bonne intention. "' Subordonnée, subsidiaire.
tains, et pour les mauvais chemins, l'on n'avoit encoires eu leur besongné.
Quant à ce que, à la dernière assemblée, il fut promis que ferions recharge vers vostre majesté pour permectre à ung gentilhomme françois d'aller devers le mareschal de la Marche, il n'avoit semblé à vostre majesté que ladicte permission fût nécessaire, attendu les propoz tenuz à ladicte derrière assemblée que le roy de France ne consentiroit la restitution de Bullion, encoires que ledict mareschal la consentît. Davantaige, s'il est nécessaire, l'on y porra recouvrer pendant que l'on conclura la rançon des aultres prisonniers; et aussy qu'il y a raison particulière qu'ilz pourront entendre cy-après , qui ont peu mouvoir vostre majesté de non l'accorder maintenant.
Quant à la neutralité et saulvegarde du Chasteau-Cambresy et de Crèvecueur, l'on avoit escript au Sr de Beures 1 pour estre informé comme passe le faict dudict Crèvecueur, et pour leur en respondre plus seurement, et que, pour estre en Zellande, l'on n'avoit encoires eu responce de luy; que l'ayant l'on leur feroit sçavoir.
Quant à ce que ledict admirai avoit désiré sçavoir si le Sr cardinal de Trente2 avoit fait aulcune instance devers vostre majesté pour eschanger le Sr d'Andelot contre ses deux frères, nous luy avons respondí! que nous ne sçavions qu'on en eust parlé en court, ny entendu aultre chose synon que Ion disoit ledict Sr cardinal faisoit instance devers ceulx à cuy est ledict d'Andelot pour le mectre à rançon, mais que ne le sçavions synon par ouy dire; que par ce nous avions satisfaict à la conclusion faicte à la derrière assemblée.
Sur ce lesdicls admirai et Bassefontaine se retirarent appert, et demandarent s'ilz pourroient veoir ledict escript, ausquelz fut dict que ouy; et après l'avoir veu et conféré par ensemble, ledict Bassefon-
1 Ce seigneur, surnommé marquis de 2 Christophe de Madruce , évêque de
la Vere, était amiral des Pays-Bas. Il de- Trente, créé cardinal parle pape Paul III.
vail le jour à Adolphe de Bourgogne, issu II venait d'être nommé gouverneur de
lui-même d'Antoine, l'un des fils naturels Milan par le roi Philippe II, en même
du duc Philippe le Bon, et donataire de temps que ce monarque confiait au duc
la seigneurie de Crèvecueur. d'Alhe la vice-royauté de Naples.
taine , par ordonnance dudict admirai , nous dict qu'ilz s'appercevoient clèrement que nous désirions user de longueur et traîner les négociations, pour accomoder nos affaires et en penser tyrer anitre chose que n'en tyrerions; que ne leur sembloit qu'eussions satisfaict à ladicte conclusion, pour ce que, quant à ce que concerne le faict des prisonniers, il n'apparissoit d'aulcune diligence; que de leur cousté, encoires que aulcungs prisonniers de guerre qu'ilz retiennent soient au profond de la Normandie, si est-ce ilz avoient response d'ung chacun d'iceulx; que y avoit cinq sepmaines que ceste négociation avoit pris commencement; que ce n'estoit matière où il convient tant arrester; qu'ilz désespéroient de la bonne yssue de ceste négociation , demandant si avions response d'aulcungs quilz n'estiment estre loing détenuz.
Quant au mareschal de la Marche, ledict Bassefontaine avoit charge expresse du roy de France de nous parler franchement qu'il ne consentira jamais la restitution de la place de Builion, et qu'il la gardera aussi longuement que plaira à Dieu, comme ses autres conquestes; que les parens dudict mareschal et des aultres prisonniers treuvent estrange que l'on leur refuse permission d'envoyer ung gentilhomme devers eulx; mais puisquainsi va, ils s'en remectoient à ce qu'en adviendroit.
Quant à la neutralité de Crèvecueur, ilz respondirent qu'il n'estoit question du droit du Sr de Beures, synon seullement scavoir si l'on vouloit garder la neutralité dudict Crèvecueur, par laquelle toutes choses doyvent demeurer en Testât qu'elles sont esté trouvées; que si l'on ne le veult ainsi, l'on révocquera celle du Chasteau-Cambresy.
Quant à ce que concerne le frère dudict admirai , ledict Bassefontaine n'en feit mention, mais l'on s'apperceut que en parlant dudict Andelot ledict admirai se soubrit.
Quant au faict de la paix, que le roy de France avoit réciprocquement loué la bonne intention et affection que avions à icelle, mais que moings avions-nous satisfaict à ladicte conclusion, pource que
nous n'avions pouvoir pour en traicter ou communiquer, et qu'ilz sappercevoient que le moyen compris audict escript n'estoit que pour temporiser et mectre en longueur les affaires; et que jà çois l'on ne puisse assez louer les bons offices que ont faict les royne d'Angleterre et cardinal Polo pour ladicte paix, si est-ce le roy n'entend aucunement suyvre ledict moien, le rejectant plainement. Que de leur cousté ilz avoient pouvoir ample qu'ilz nous monstrarent, daté à Bloys du xxvie du moys passé, sans toutesfoys avoir voulu consentir d'en faire lecture ny donner copie, attendu, comme ilz disoient, que nous n'avions aulcung pouvoir de nostre cousté, et qu'ilz avoient expresse charge du roy de non mectre en longueur la communication de la paix d'une mynute d'heure; qu'ilz ne pouvoient synon desplorer la calamité et misère de la guerre, et regreter que si bonne et sai ticte intención soit demeurée sans fruict; qu'ils attendoient autre responce et dépesche deje, le conseillier Renard, et que pour tenir le lieu que tenons auprès de vostre majesté, si la volunté et inclination fust esté à la paix, l'on n'eust différé nous envoyer instructions et pouvoir plus ample; mais puysque ainsy estoit, ilz ne pouvoient passer plus oultre en cecy : asseurant ledict Bassefontaine que leur pouvoir n'avoit plus de lieu, ains estoit révocqué, puisque en ceste assemblée n'avions moyen d'user de l'occasion qu'estoit préparée.
Sur ce nous retirâmes en appert et nous trouvasmes perplex de cesie responce si ahsolute. Néantmoins, après avoir pesé la première instruction qu'il pleut à vostre majesté nous envoier, et l'importance de la négociation et ce que porroit deppendre d'une telle roupture , prédélibérement nous avons respondu, quant au premier poinct des prisonniers, que ne pouvions peser sur quoy ilz pouvoient fonder oppinion de longueur, veu qu'avions accordé le pied de la rançon de la pluspart d'eulx, et qu'avions eu matière assez souffisante en toutes les communications qui ont esté tenues, pour oster toutes souspitions de longueur, et que ce nous estoit plus de charge que de prouffit de garder lesdicts prisonniers; que ledict Bassefontaine sçavoit assez les difficultez des chemins de Frize et de Hollande en ceste saison; qu'ilz
se fourcomptoient s'ilz pensoient que l'on eust eu intention de tyrer le négoce des prisonniers à aultre fait, por ce que vostre majesté sçayt qu'emporte telle matière et ce qu'elle peult produyre, et que leur pouvions certiiïier la diligence que l'on a usé pour avoir la responce desdicts prisonniers; et que s'ilz sont esté plus diligens en ce, la commodité des postes et des chemins leur a donné advantaige, joinct que les bons jours de Noël ont retiré les ministres au service de Dieu; que quant les besongnez viendront nous leur en ferons part, que sur ce qu'ilz désiroient nous eussions à abutter les rançons des Srs duc d'Arschot et Montmorency, cela se pourroit faire quant la responce des aultres seroit venue, et que quant audict mareschal de la Marche, il n'y aveit que réplicquer ny semblablement de la saulvegarde de Crèvecueur.
Quant au faict de la paix, qui estoit principal et important, nous estimions avoir satisfaict à la conclusion prinse à la derrière assemblée où qu'ilz désiroient le mesme moyen qu'ilz rejectoient, pour avoir tousjours loué les offices de la royne d'Angleterre et du cardinal Polo en ce faict et déclairé qu'ilz leur estoient agréables; mais puisqu'ilz procédoient si précisément, etplustost précipitamment, en matière de tel poix et conséquence jusques à la mesurer aux mynutes d'heures, nous ne leur sçaurions dire aultre chose synon qu'ilz tesmoignoient avoir peu d'envie de passer oultre en négociation de paix , et leur pouvoir n'estre de l'estendue qu'ilz disoient; que, s'ilz nous voul oient accorder six ou sept jours pour advertir vostre majesté de la rejection desdicts moyens, nous luy ferions entendre en diligence ce que passe en cecy, pour sçavoir si son plaisir seroit de nous commander aultre chose pour son service , fût de donner pouvoir pour ledict négoce, ou aultrement avoir responce dessus le tout.
Sur quoy ledict Bassefontaine respondit, après avoir conféré en appert avec ledict Sr admirai, que la volunté du roy leur maistre estoit du tout confermée par ledict pouvoir qu'estoit ample, et que en icelle volunté antiquum obtinebat, ayant tousjours invité sa majesté impériale à toute correspondance d'amytié et bonne voisinance, par
diverses ambassades qu'il luy a faict faire à son advénement à la colonne, et conferme par l'assemblée de Marques, et qu'il nous déclairoit ouvertement et franchement que ledict pouvoir n'avoit plus de lieu, et qu'ilz avoient charge du roy de non passer plus avant en ladicte matière, ny accorder aultre dilation, puysque ne venions instruictz à la présente assemblée : jurant sa foy et affermant la vérité estre telle, dont il luy déplaisoit; et qu'ilz estimoient peu que je, conseillier Renard, avois esté devers vostre majesté, que j'aurois participé à icelle la particularité de ce que fut mis en avant , à la derrière assemblée , d'une tresve communicative et des poinclz principaulx schéans1 en difficulté; que en rendant, l'onrendroitetnonaultrement; que puis contre leur espoir je n'avois rapporté que ledict escript, il falloit remeclre cecy jusques à ce qu'il plaira à Dieu d'en disposer aultrement, et qu'ilz n'avoient pouvoir nous accorder lesdicts six ou sept jours que demandions.
Et je, le sieur de Lalaing, diz audict Bassefontaine que, puisqu'il estoit si absolut, nous n'adverti rions aultrement vostre majesté de ce que dessus, puisqu'ilz tenoient la practique rompue et leur pouvoir révocqué : leur remonstrant que procédions en cecy plus juslifiement qu'eulx, et que quant l'on entendra qu'ilz auront rompu la practique par telle arctacion de temps, l'on jugera qu'ilz n'avoient grande intention à ladicte paix. Que ne nous sumes arrestez sur tresves, ains que l'on touchât au but principal de la paix; que nous avions informé particulièrement vostre majesté de ce qu'il convenoit et quavoit passé à la derrière assemblée, mais que les princes ne peuvent estre sitost résoluz en faict de telle conséquence, et que en cela le degré que tenions au service de vostre majesté ne pouvoit que au! tant qu'il plaît à vostre majesté, et que n'y avoit grande raison de rejecter le moyen contenu audict escript, pour ce que médiateurs de telle qualité peuvent beaucoup en telz affaires; et qu'ilz sçavoient assez ce qu'est passé en Angleterre avec l'ambassadeur Noalle, et ce que nostre sainct-père le pape a faict en renouvellant les facilitez
1 Tombant.
dudict cardinal Polo. Que comme ilz se remectoient à la disposition de Dieu, ainsi nous convenoit-il faire, et pourroit estre qu'il disposeroit contre les desseings de ceulx qui les porjectent, et que chacun feroit ce qu'il luy sembleroit les convenir.
Sur quoy ledict admirai print le propoz et dit que , pour qu'il estoit question d'ung si grand bien, il ne failloit laisser tumber ceste practique en roupture, puisqu'il n'estoit question que de six ou de sept jours, et que jà çois leur pouvoir fût tel que ledict Bassefontaine nous avoit déclairé , si est-ce pour meilleur tesmoignaige de la volunté que le roy a à ladicte paix, il advertiroit sa majesté de ce que nous avions passé, et feroit son mieulx pour obtenir continuation dudict pouvoir jusques audict temps que demandions : nous certiffiant que ce que ne ferions pas ensemble sur cecy, il ne se feroit d'ung an entier ou deulx, ny par aultres personnaiges, comme jà l'avoit dit ledict Bassefontaine, et que au service des princes il y a dyvers esperitz, les ungs aymant la guerre, les aultres la paix, et en font comme ilz entendent; que leur pouvoir est bien ample et pourla paix, et qu'ilz ne tendoient à fin de tresve. Que devions sçavoir qu'ilz ne dorment , comme ne dormons de nostre cousté, et qu'ilz ne délaissent continuer les practiques que leur peuvent servyr : reprenans qu'ilz s'esbayssoient comme l'on ne nous avoit faict aultre dépesché sur le voyaige de je, ledict conseillier Renard, nous demandans si deans six jours nous pourrions avoir responce de vostre majesté; ausquelz nous avons dit que deans mardi par tout le jour nous espérions en avoir responce, et que si deans ledict jour n'avions ladicte responce, nous les en advertirions, et semblablement leur communiquerions le besongné des prisonniers que attendons. Et nous ont aulcunement donné espoir qu'ilz avoient pouvoir pour négocier de ladicte paix audict jour, qu'ilz obtiendront continuation du pouvoir qu'ilz ont du roy leur maistre, et aultrement poinct. Ledict Bassefontaine nous a interrogué si vostre majesté estoit déterminé de non mectre à rançon ledict mareschal de la Marche sans la restitution dudict Bullion; auquel avons respondu absolutement que ouy, et que si nous n'avions
aultre commandement de vostre majesté, nous ne pourrions passer
oultre.
Sire, nous avons voulu représenter l'ordre et quasi les mesmes motz qui sont esté tenuz à ladicte assemblée, afin qu'elle cognoisse ce que se y est passé véritablement, mesme comme ils ont prins f escript qui leur a esté monstre , lequel avons retiré ensemble la copie d'icellui ; qu'ilz ont rejecté le moyen y contenu et refusé les royne d'Angleterre et cardinal Polo pour médiateurs de la paix, et peult vostre majesté descouvrir l'occasion et desseing qu'ilz ont sur ce, qu'ilz n'entendent reprendre les arres de la journée de Marques; qu'ilz ne veullent aucune longueur en cecy; comme ilz procèdent absolutcment et conséquemment ce que peult deppendre de telle négociation : la supliant très-humblement nous faire entendre son vouloir dans le temps choysy, si nous romprons la practique de la paix et joinctement celle des prisonniers, ou s'il luy plaira, par pouvoir exprès et instruction particulière, que entretenions la practique. En quoy il plaira à vostre majesté prendre résolution telle qu'il luy semblera convenir à son service : car nous ne voyons moyen de plus pouvoir temporiser.
Quant à ce que vostre majesté a désiré sçavoir ce qui a passé avec lesdicts députez de France touchant les prisonniers de guerre qui sont fììz de famille , et des prisonniers qui sont aux particuliers , nous avons tousjours persisté et résolu que l'espoir de la succession sera estimé, ensemble des qualitez requises, et que, si les particuliers ayans prisonniers de guerre veullent suivre l'accord, ilz le porront faire de leur volunté et non aultrement. Mais vostre majesté leur escriproit pour les induire de suyvre le pied général; et quant au Sr duc d'Arschot, nous avons absolutement respondu ausdicts députez qu'il estoit question d'eschange de luy et du Sr de Montmorency, et que nous entendions suyvre l'escript dudict connestable quant à la rançon dudict de Montmorency.
L'on nous a dit que les Françoys sont après pour faire finance, et prendre de chacune paroiche ung calice; et font courir le bruyt qu'ilz
ont fait ligue avec le pape et le duc de Ferrare contre voue majesté; qu'ilz ont practiqué en Allemagne, que reculera les affaires de vostre majesté, et qu'ilz ont prins plusieurs navires ou galères venant d'Espaigne où il y avoit plusieurs soldats espaignolz; mesme le mesné filz du connestable a dit à ung gentilhomme , quii a esté à ladicte assemblée, que les Françoys avoient prins six galères chargez de soldatz espaignolz allans en Italie, et que leurs affaires prospéroient de ce coustel-là ... A tant, etc. A Cambray, le premier janvier i 555.
LE COMTE DE LALAING ET SIMON RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, IV, 37.)
Cambrai, 8 janvier 1 555 , V. S.
Sire, à ce soir je, le Sr de Lalaing, ay receu aultres lettres de l'admirai de France, par lesquelles il m'advertit comme il est venu à Chastelet en intention de se treuver demain à Vaucelles et nous assembler, estimant que aions responce de vostre majesté sur le faict de la paix ou tresve; et comme véons le désir qu'il ha à icelle , que l'occasion est bonne pour traicter ce qu'il semblera mieulx convenir à vostre service, et que n'emporte par cuy elle se négotie, nous supplions très-humblement à vostre majesté ne regarder à nous, ains envoyer telz personnaiges que luy plaira avec les pouvoirs nécessaires à ce que si bon commencement ne demeure sans effect, puysque le temps et les affaires le persuadent. A tant, etc. ....
GLXXVI.
LE COMTE DE LALAING ET SIMON RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, IV, 3g.)
Cambrai, 11 janvier 1 555 , V. S.
Sire, par noz lettres du jour d'hier vostre majesté entendra comme les députez françoys ont négocié avec nous sur les deux poinctz de nostre instruction, quant aux prisonniers de guerre et quant au poinct de la paix ou tresve, les ayans attirez à ce le plus dextrement qu'il nous a esté possible. Et comme la communication dura longuement et qu'il estoit sept heures du soir avant que fussions de retour, ayant despesché noz lettres en la plus grande diligence qu'il nous a esté possible, nous a semblé bon adjouster à icelles, si vostre majesté acceptoit la tresve qu'ilz ont proposé, il sera convenable quelle se résolve plainement sur la forme d'icelle, et qu'elle soit dressée à l'avantaige qu'il plaira à vostre majesté adviser pour son service, et de ses royaulmes, pays et subjectz.
Au surplus, avant nostre assemblée, nous entendismes du Sr de Vaucelles que les Françoys publioient entre eulx avoir grandes practiques en Italie et Angleterre, et qu'ilz ne se assembleroient plus que ceste foys pour communicquer avec nous , et que en Angleterre il y avoit eu quelque trouble et débat entre quelques Espaignols et Anglois. D'autre cousté, ung ami du Sr de Fama luy dit que le Sr de Guyse se préparoit pour passer en la Toscane en ce printemps prochain. Le ringrave déclaira qu'il s'en alloit faire monstre de son régiment, et aussi l'on entendit que le Sr de Brissac et plusieurs gentilshommes françois sont arrivez en court de France
LE COMTE DE LALAING ET SIMON RENARD
A PHILIPPE II
ambassades de Renard, IV, 4o.)
Cambrai, i 5 janvier i555, V. S.
Sire, suyvant ce qu'il a pieu à vostre majesté nous escripre du xim du présent, nous avons escript à l'admirai de France pour nous assembler à Vaucelles sambdi prochain , et faire les instances et persuasions ittératives pour continuer la négotiation de Marque avec la royne et cardinal Polo médiateurs ; mais , comme ilz ont rejecté deux foys et rompu si absolutement la communication sur ce moien, craingnans que l'occasion dont vostre majesté se veult aider se perde, nous avons prins le plus long terme qu'avons pensé se pouvoit prendre, qu'est dudict sambdi, espérans que vostre majesté renvoiera cependant les pouvoirs et instruction résolutive de ce qui luy plaira nous commander, desquelx ne nous aiderons si et en tant qu'ilz acceptent ledict moien rejecté, auquel persisterons; et si le refusent tranchément, nous ferons le milleur office qui nous sera possible pour efectuer l'intention de vostre majesté.
Et peult estimervostre majesté que sans pouvoir et sans instruction particulière l'on ne peult ny parler ny négotier de telle matière, mais peult l'on assentir la volunté des parties à cuy l'on a affaire; et davantaige, aians veu comme lesdicts députez françoys ont faict dificulté de communicquer avec nous sur ledict faict.de paix ou tresve, prévéons qu'ilz se pouront retirer de passer oultre, si n'avons ledict pouvoir pour ladicte première assemblée , comme l'avons desjà touché par aultres lettres à vostre majesté. Et a semblé convenir dépescher
le corrier porteur de ceste, et la supplier très-humblement envoier lesdicts pouvoir et instruction pour ledict jour, et ne nous respecter en ce, ains envoier ou adjoindre tel aultre qui luy plaira quii soit mieulx instruict et imbuit des affaires, à ce que le commencement du besoingné désiré se puisse tant mieulx achever à son service l.
Et quant au faict des prisonniers, n'aians encoires tous les besoingnez des commissaires, et entendans que vostre majesté ne veult Ton y prengne résolution sans veoir quel fin prandra le principal affaire, ny pouvons faire grande négociation sinon sur l'instance qu'ilz font que l'on mecte à rançon le sr de Montmorency.