CLXXXVIII
L'AMBASSADEUR RENARD
Au DUC D'ALBE.
( Ambassades de Renard, V, 188.)
Sans date [18 mai i556].
Monseigneur, par l'extrait des lettres escriptes au roy ces jours passez, vostre excellence entendra que je suys encoires relégué en ceste court pour ambassadeur, combien que m'en soys excusé aultant que la commission est odieuse et de pois ; et congnoistra Testât où les affaires se retreuvent, que me faict conjecturer que mon service ne sera long par deçà, n'aians les Françoys volunté quelconque à concorde et amitié, ainsà ambition, cupidité et à practiques approchans icelles ou pires que des ethniques du passé. Et n'y a choses que les contiennent, sinon fauite d'argent et poureté de leur peuple,
qu'est plus extrême que celle des frontières où la guerre a esté menée : tantsont-ilz esté arransonné etexactionné, tellement que la nécessité retient l'œuvre de la guerre, non la volunté.
De temps à aultre je ne fauldray continuer le debvoir que dois à vostre excellence, à la bonne grâce de laquelle je me recommande très-humblement, priant Dieu vous donner, monseigneur, en santé, vos désirs l
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, V, i4-i5.)
Moret, 21 mai 1 556.
Sire, pendant que le roy de France a véaigé à Sainct-Benoist, à Chastillon, à Montargy et à Nemours, la pluspart des capitaines françoys cassez sont arrivez en la court dudict sieur roy, non sans suspition que ce soit pour leur donner commission de redresser leurs bandes et compaignies ; toutesfoys les amys2 n'ont encoires peu enfoncer la vérité de ce. Et comme qu'il en soit, entendant le peu de volunté quilz ont de vivre en paix avec vostre majesté, véant la cupidité qu'ilz ont à monarchie3, la braveté extérieure de la guerre dernière, dont ilz en dressent et élèvent triumphes, congnoissant la continuation de leurs practiques tant en Italie, Alemaigne, avec le
1 Des lettres à peu près semblables à cardinal de Trente, gouverneur de Milan,
celle-ci et à la précédente furent écrites et au marquis de Pescaire. par l'ambassadeur Renard à la princesse 2 Espions.
Marie de Portugal, régente d'Espagne , au 3 (Universelle.)
Turcq, en Angleterre, avec les rebelles de vostre majesté; considérant leurs actions es choses publicques et particulières , prenant égard et remarchant \ leur dire, et conséquemment entendant de bon lieu qu'ilz espèrent que, après le parlement de sa majesté impériale pour Espaigne, il y aura mutation en Alemaigne, et que les affaires de vostre majesté ne seront si bien establies quelle les puisse contenir de passer oultre à leurs desseings, je ne puys estre hors de suspition que lesdicts capitaines soient mandez pour renouveller la guerre et surprandre vostre majesté, s'ils s' apperçoivent qu'elle soit dépourveue pour prévenir leur délibération. Et jà l'on m'a rapporté que l'on a descouvert une practique qu'ilz avoient en Italie , dont ilz sont desplaisans; avec ce je ne vois qu'ilz aient volunté de exécuter la capitulation de la tresve : ains toutes leurs responces et négotiations tendent à dilations, afin que, en rompant, ilz retiennent ce qu'ilz ont pris.
Ce que me meust davantaige, s'est qu'iiz sont après pour amasser argent de leurs tailles et décimes, et qu'ilz ont envoie de nouveau devers le sieur duc de Ferrare pour recouvrer les xnc mil escuz dont il avoit traicté et convenu avec le cardinal de Lorenne2. Semblablement j'entend que l'on sollicite le pape pour quelque finance, avec seurté et espoir de prouml et advancement pour sa maison, qu'est souffisant pour y préster l'oreille; et se confirme que ledit sieur roy de France a promis au marquis Albert de l'aider de cent mil escuz pour guerroier de nouveau et tumultuer la Germanie : et jà est bruict que nullement ledict Albert se veult accorder avec les évesques de Pamberg et Wurseborg et ville de Nuremberg, sinon avec conditions non recepvables ny acceptables.
La délibération qu'il a de passer en Lorenne faire le mariaige du sieur duc avec sa fille mesnée 3, changer l'administration et se impa-
' Remarquant. était de soustraire le royaume de Naples
2 Ce prince s'était engagé dans l'ai- à la domination espagnole. (V. ci-devant,
liance secrète conclue entre le pape Paul IV p. 5 1 5 , note i.) el le roi Henri II, dont le but principal 3 Voir t. III, 52 2.
tronir des places fortes, ne peult estre sinon avec intention approchant la volunté qu'ilz ont et touchée cy-devant ; représentant cecy à vostre majesté pour estre considérable, et espérant de temps à aultre, et avec la diligence que me sera possible, esci arcir plus particulièrement la deppendence. Ce pendant il plaira à vostre majesté peser combien il emporte, en terme de tresve, avec gens de si peu de foy, et quilz vivent présentement avec meurs si corrompuz , que gentilz et ethniques ont en plus grande révérence la vertu et honéstete que ceste nation , tenir en ses mains la paix et l'espée joincte : en quoy ne m'eslargiray davantaige, pour ce que vostre majesté l'entend trop myeulx que moy.
Sur le propos du véaige en Lorenne, j'entend que le batesme de l'enfant du sieur de Vaudemont se faict lundy prochain; que le roy s'est offert d'estre compère, et qu'il a escript au gouverneur de Metz y aller de sa part, et que la noblesse de Lorenne est en grande partialité pour la querelle de Haussonville 1 avec le sieur de Thon, et que le sieur de Thon a esté aposté par le sieur d'Aumale pour tuer ledict Haussonville, soubz prétexte d'une vielle querelle d'entre eulx : aiant ledit sieur d'Aumale chargé ledict sieur d'Haussonville qu'il avt conseillé le marquis Albert de charger sur ledict sieur d'Aumale , lors qui fut pris2; et joinctement par ce l'exclure de la charge qu'il a en Nancy, qu'est lieutenant pour ledict sieur duc. Et, comme aulcungs discouroient que ledict sieur roy deust aller à Nancy soubz cou.leur dudict baptesme, cela cesse, et sera pour faire ledict mariaige, et représentera ledict sieur duc, afin qui n'y ayt contrariété.
J'entend que les Françoys practiquent en Angleterre une rébellion estrange contre la serenissime reine, et y a ung Angloys qui le m'a dit en ces termes généraulx, et d'ailleurs il m'a esté conferme.
Il emporte grandement vostre majesté change l'ambassadeur angloys qu'est par deçà, pour raisons que ne puys encoires escripre
' Probablement Balthasar d'Hausson- remaria , en i56/i, à François de Colignv ville, grand maître d'hôtel du duc de Loi- d'Andelot. raine, dont la veuve, Anne de Salin, se ' Voir au présent volume , p. 192, note
pour ne les avoir si bien justifiez comme le faict mérite , et le plus
tost sera le meilleur; et, s'il est possible, que soit confident à vostre
majesté.
Le connestable me faict espier continuelment pour sçavoir qui négotie avec moy, et s'est faict enquérir si j'estois allé à Paris avec mon trahin ou secrètement, avec cuy j'avoys communicqué, et que j'avoys affaire audict lieu, comme mon hoste m'a advisé.
Ledict sieur roy de France sera à Fontainebleau sambdi ; et, selon que l'on m'a escript, il a changé de propos1, par advis des médecins, quant à lagésine de la royne, que se debvoit faire audict Fontainebleau; car il passera à Sainct-Germain, pour la grand chaleur que le sable rend audict Fontainebleau, si le temps ne change.
L'on m'a adverti que les Françoys ont faict recongnoistre Novaire, et treuvé que , du coustel de la porte de Milan , la ville se pouvoit escheller et surprandre.
Le cardinal de Lorenne a taxé l'admirai de France pour n'avoir comprins les prisonniers en la tresve, et n'avoir faict ratifier la capitulation desdicts prisonniers par voz majestez impériale et royale; sur quoy il y a eu quelque propos d'aigreur avec le garde des seaulx du coustel du connestable, qui tâche de faire cardinal ledict garde des seaulx2 et mectre en son lieu le président Séguier.
Madame la connestable 3 fait trop plus grande démonstration du parlement du sieur duc d'Arscot4 que son mari.
J'ay aposté devers le prévost des mareschaulx dudict connestable pour sçavoir qui entend faire des serviteurs dudict sieur duc d'Arscot;
1 Résolution. Beaumont , chevalier de la Toison-d'Or,
2 Jean Bertrandi, garde des sceaux dès lieutenant - capitaine général et grand- 1 555, créé cardinal et archevêque de Sens bailli de Hainaut, et chef des finances dans en 1557. les Pays-Bas. Fait prisonnier de guerre
3 Madeleine, fdle de René, bâtard de dans un combat près d'Amiens, au mois Savoie, comte de Villars, grand maître de d'août i533, il avait été enfermé au châ- F ranee. teau de Vincennes, d'où il parvint à s'é-
" Philippe deCroy, duc d'Arschot, mar- chapper le 10 mai 1 556. quis de Renty, comte de Porcien et de
mais je n'entend qu'il y ait encoires délibération pour procéder rigoreusement contre eulx.
Ledict connestable suspecte la contesse de Senighen x qu'elle ayt aidé ledict sieur duc d'Arscot à se saulver, pour ce qu'elle le visitoit aulcunes foys.
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, IV, 221, 222.)
Sans date [ 25 mai 1 556].
FRAGMENT"
[Le roy de France?] a dissimulé le tout jusques à anitre
temps, et mesme pource que, comme l'on m'a dit, ledict, sieur roy s'est aidé d'aucungs deniers qu'il a treuvé en la succession dudict sieur d'Allebret3, pour l'asseurance desquelx il y a engaigé aucung revenu en la Guyenne; combien que ledict sieur roy ne pourra, à la longue, comporter que ledict sieur de Vendosme use de drois souverains ou royaulme, ne qui forge monnoie à son coing, pour les raisons par lesquelles, l'on a réduit tout le royaulme à une souveraineté et réservé l'appennaige. Et aussi j'entendz que ledict sieur de Vendosme envoie audict sieur roy huict cbevaulx d'Espaigne qu'il
1 Françoise d'Amboise , veuve de Char- J Henri II, seigneur de Béarn et d'Ailes de Croy, comte de Senighen, cousin bret, i5i6, roi de Navarre, 1 5i 7 , était du duc d'Arschot. mort le 25 mai 1 555. (Voir t. III, /Í76 ,
2 Le commencement de cette dépêche note 2. ) manque.
a tiré secrètement d'Espaigne, et convient prendre garde du coustel du di et Navarre : car ledict sieur de Vendosme s'essaiera d'y faire trouble, si les affaires dudict sieur roy le comportent.
Milord Clinton1 estant venu par deçà pour, de la part de la royne d'Angleterre , faire entendre le contentement qu'elle a heu de ladicte tresve , et répéter les rebelles et banniz de son royaulme , a esté tenté , par tous les moiens qu'il a esté possible, pour sçavoir comme le réaulme se treuve depuis le mariaige et alliance de vostre majesté, en quelle dévotion sont les vassaulx, serviteurs et subjects, pour sçavoir s'il est nouvelle de coroner vostre majesté en Angleterre, si l'on le comportera; et luy a dit ouvertement ledict connestable que lesdicts rebelles et banniz avoient informé le roy qu'ilz s'estoient retirez pour ne veoir ledict coronnement, gectant propos pour dire que l'on le treuveroit estrange que ainsi il advînt, tesmoingnant ouvertement que s'est l'une des choses qu'ilz craingnent plus; et m'a dit le hanequier- que, si ledict sieur roy de France s'apperceoit vostre majesté tendre et aspirer à ladicte coronation, il rompra tresve et amytié pour l'empescher, et que, pour certain, il y a grande practique en Angleterre du coustel de deçà, et plusieurs pensionnaires de France; et que asseurément Elisabetz s'entent avec ledict sieur roy de France, et que s'est de sa meute que la coronation ne se peult gouster. Aussi ledict sieur roy, au lieu de rendre lesdicts banniz, encoires qu'il ait promis y pourveoir, leur a fait bailler à l'ung mil escuz, qu'est Henry Dudley, aux deux Horsey chacun sept cens, à Athon aultant, et entretenement à chacun selon ledict ordre; mais audict Dudley plus que aux aultres, pource qu'il a tousjours servy d'espie et a eu intelligence avec Noailles, ambassadeur audict Angleterre pour ledict sieur roy. Et, selon que j'entends, lesdicts rebelles s'en doibvent aller en l'isle de Oderne 3, pour s'entretenir jusques à quelque mutation; et, comme ledict Noailles escript que ses practiques pour-
1 V. ci-devant, p. 333, note 2. Aurignv ou Alderney, petite île des
' Nom supposé de l'un des espions aux côtes de Normandie, qui appartient maingages de Renard. tenant aux Anglais.
roienl estre descouvertes par les Angloys quilz sont prisonniers à Londres, l'on n'attend sinon son frère le prothonotaire, qui, passé deux mois, est allé à Rome, pour l'envoier audict Angleterre servir d'ambassadeur. Aucungs m'ont voulsu dire qu'il a charge en ce voyage parler à Courtenay, ce que l'on pourroit descouvrir par l'ambassadeur estant à Venize , et que l'on vouldroit remettre dessus le niariaige de luy et de Elisabetz , combien que les Françoys aymer oie ni mieux la succession à la coronne d'Angleterre pour la royne d'Escossc. Aultres m'ont dit que ledict Courtenay a esté en ceste court desguisé, que l'on pourroit sçavoir ou lieu où il séjourne : mais j'ay sceu que ledict prothonotaire fut envoie, avec un gentilhomme de la chambre du roy, pour aller devers le pape , et ledict gentilhomme à Venize pour annuncer la passation de la tresve et cause d'icelle; et, si en ce véaige il practiquoit avec ledict Courtenay, ce seroit confermer l'advis que l'on m'en a donné.
Plusieurs messaigiers sont envoie de temps à aultre par le marquis Albert devers ledict sieur roy pour l'informer des affaires d'Allemaigne, et suis après si j'en pourray sçavoir plus de particularité.
L'on attend en ceste court le cardinal Caraffe1, et se délibère le roy luy faire tout l'accueil possible, aiant grande confidence en luy ; et dit 1-on que le cardinal de Motula passera devers vostre majesté, pour persuader à voz majestez la paix, et, de la part de sa saincteté, conjouir l'inclination à la tresve; et sur ce je puis asseurer vostre majesté que les cardinaulx de Ferrare, de Tournon 2, du Belay 3 et
1 Charles Caraffa, l'un des neveux du pape Paid IV, avait été créé cardinal immédiatement après l'élévation de son oncle. Mais sa haute faveur ne fut que passagère, et dès 1 559 lui et ses deux frères furent dépouillés de toutes leurs dignités et envoyés en exil. Deux ans après, Charles périt sur l'échafaud.
' Il fui chargé, sous les rois François I" et Henri II, de leurs plus importantes af-
faires a la cour de Rome. D'abord archevêque d'Embrun , puis de Lyon , il décéda au mois d'avril i562, à l'âge de soixante et treize ans.
3 Mort à Rome, doyen du sacré collège, en i56o. Il était frère de Guillaume et de Martin Dubellay, tous deux aussi grands capitaines qu'habiles négociateurs. ( Voir t. II, p. g3, ikk, noies.)
de Armignac1, quilz sont en Italie, continuent grandes et dangereuses practiques contre vostre majesté, si elles ne sont prévenues; et telles que jà ilz préviennent, advenant la mort du pape, de la longue vie duquel ilz doubtent, pour avoir pape à leur dévotion, estimans que, aians pape partial et obliant ce à quoy il est principalement destiné, ilz rendront les affaires de vostre majesté plus incertain et doubteux celle part. Aians le duc de Ferrare en aide, ilz se fortisfieront, eulx promettans que, mourant ledict duc, son fdz, qui est par deçà entretenu2, se déclairera plus ouvertement que n'a faict son père ; que la maison de Mantua estant neutre et aiant le frère du duc3 en leurs mains, ilz n'auront rien de contraire que la seigneurerie de Venize; dissimulant et usant du temps avec voz deux maiestez, ils n'auront tant de difficulté en Italie qui ne puissent soublenir. Et ung amy m'a dit que, quand ledict sieur roy de France vouldra gecter ses fdletz, il a moien de divertir le sieur duc de Florence de la dévotion de vostre majesté, ou du moings faire qu'il ne nuira à ses entreprinses, et que tout ce que tasche ledict sieur duc le plus, s'est de procurer asseurance de ses estatz, s'il advenoit changement en Italie. L'on a adjousté à ce que dessus, que ledict cardinal Caraffe venoit par deçà pour dresser entreprinse de grande conséquence contre vostre majesté et ses estatz, soubz couleur de parler de paix; et que le roy prend son chemin à Chastillon, s'escartant, et à Montargy, chemin de Lion, pour, s'il vient ce pendant, négotier plus secrètement, selon qu'ilz ont de coustume de faire, pour éviter que l'on ne descouvre leur négotiation. Je feray mon mieulx pour en tirer quelque particularité.
1 Georges, fils de Pierre d'Armagnac, 3 Guillaume, fds puîné de Frédéric II, baron de Caussade, ambassadeur à Rome duc de Mantoue, avait succédé, en i55o, sous François Ier, dui à la recommandation à son frère François III, mort sans postéde ce monarque la dignité de cardinal; rite. Louis de Gonzague, leur cadet, résiplus tard il se relira à Avignon en qualité dait en France, et prit le titre de duc de de vice-légat, et y mourut en 1 585, dans Nevers après son mariage avec Henriette de un âge très-avancé. Clèves, sœur et héritière du dernier duc
2 Voir t. III, p. 34 1, note 2. François II, mort en i5Ô2.
Ledict sieur roy continue de relever les décimes, tailles et accrues d'icelles, comme il faisoit avant la tresve, disant que s'est pour désengaiger son deinaine , et reserre de plus près qu'il est possible ses finances. Il a licentié les Allemans et retenu tous les capitaines; il a cassé la plus grande partie des garnisons et treize galères, pour mesnaiger, et a mandé pour continuer toutes fortisfications et en dilli— gence; signamment l'admirai, passant par Paris, visita les fortisfications commencées, et comme il vit qu'elles n'estoient guères avancez, *ì commina le provost des marchans pour y rendre meilleur debvoir, auquel fut respondu que le roy avoit relevé les deniers , qui passent tous les ans deux cens mille frans, selon que l'on estime la contribution de la ville le porte, y estans comprins les collèges et églises et exemptz ; et la démonstration que l'on fait de fortisfier ladicte ville , s'est pour s'aider de la finance qui en deppend
GXCI L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, V, 17-20.)
Moret, 27 mai 1 556.
Sire, le vingt-quatrième du mois présent arrivast un courrier venant de Rome, dépesché par le sieur d'Avancon1, ambassadeur devers sa saincteté pour le roy de France, qui apporta nouvelle certaine du partement du cardinal Carafe pour venir par deçà, au dix-huictième dudict mois, qui s'est embarqué pour Marseille, et qui sera le quatrième ou cinquième du mois prouchain à Fontainebleau; et
1 Jean d'Avancon, membre du conseil privé, qui devint surintendant des finances.
que le cardinal Motula x est aussi parti pour aller en court de vostre majesté, et fait son véaige par terre. Mais avant que ledict cardinal Carafe soit party, le pape a érigé en duché lestât du Sr Marc-Anthoine2, dont il a pourveu le conte de Montorio son nepveur3, et baptizé ladicte duché du nom et tiltre de duc de Paleano , et fait le fdz dudict de Montorio marquis de la Cana; aiant ledict Carafe pourveu que l'on commence à fortistier la Rochette et ladicte Paleano, que confine à Naples; et pour asseurer ceste érection et provision, ledict Sr roy de France ouffre d'en prendre la protection et de souldoier par an trois mil hommes, selon que le cardinal de Lorenne l'a mis en terme en son véaige, pour attirer sa saincteté en la lighe pourparlé lors et conclute. Et le vingt-cinquième du présent, le nunce du pape , faisant par deçà office d'ambassadeur, a traicté ceste négotiation devers ledict Sr roy de France, qui luy a reconfermé et promis ladicte soulde et protection, pour entretenir le pape en ladicte confédération et volunté. Si c'est contre la tresve, vostre majesté le peult arbitrer; si c'est préparatoire pour renouveller la guerre, l'on le peult veoir; si c'est occasion de pourveoir au réaulme de Naples, auquel ledict Paleano confine , vostre majesté le peult mieulx entendre que moy; si c'est argument pour remédier le succès de telle lighe, le discours peult constituer lieu commung à ceulx qui traictent chose d'estat : et conséquemment vostre majesté peult estre asseurée que le véaige dudict cardinal Carafe se fait pour conclure l'exécution de ladicte lighe, et troubler la chrestienté plustost que de l'appaiser. Et sont du coustel d'Ytalie les practiques des Françoys très -vives et conduictes par les cardinaulx françoys estans à Rome, personnaiges fort versez es choses d'estat et de grande expérience. Pour confirmation de ce, ledict Sr roy a dépesché devers le
' Scipion Rebiba, évêque de Motóla, son père Ascagne venaient d'être conûs-
dans le royaume de Naples, puis arche- qués par ordre du souverain pontife, vêque de Pise , cardinal et patriarche latin 3 Jean Carafe , qui fut nommé en même
de Constanlinople, mort en 1577. temps gouverneur général des états de
2 Colonne, dont les biens et ceux de l'église.
duc de Ferrare, selon que je l'ay jà touché par aultres mes lettres, pour recouvrer la finance de douze cens mil escus que le cardinal de Lorenne avoit practicqué, et pour confermer la capitulation sur ce faite, et sur les conditions de ladicte ligne, et d'entretenir et souldoier les deux mil hommes de pied et cinq cens chevauix qu'il a levé les jours passez : combien [que] l'on a disputé en ce conseil si l'on le pouroit induire qu'il se contentasi de la soulde de mil hommes de pied ; à quoy il a respondu que , puisque l'on l'avoit mené si avant que le faire déclairer contre vostre majesté, il ne convenoit il fust sans gens de guerre en son estât, et insiste tant en ce que finablement l'on luy accourdera ladicte soulde ; et par ce la lighe se maintient et conferme, que vostre majesté doibt tenir pour véritable, l'effect de laquelle est pourjecté sur le réaulme de Naples et duché de Milan.
Ledict nunce du pape, traictant la négotiation susdicte, estoit accompaigné de l'abbé de Sainct-Salutz, estant venu d'Angleterre il y a jà quelques jours, et passant par ce royaulme pour aller à Rome, dont me suis esbahy, et d'aultant plus que après ladicte négotiation, ledict de Sainct-Salutz vint loger en ce lieu de Morette, me vint visiter et faire les recommandations de la serenissime royne et du cardinal Polo, et advertyr que, pensant rencontrer ledict Carafe en ceste court, ledict cardinal Polo l'avoit dépesché plustôt qui n'eust fait, /pour le visiter de sa part, luy congratuler sa légation, recommander les euvres de la paix, et ouffrir de la part dudict Polo tout service ; que, ne l'aiant treuvé, il a tousjours esté avec le nunce, et l'a accompaigné ; qu'il se vouloit partir, véant le retardement de la venue dudict Carafe, mais que le cardinal de Lorenne l'a retenu et prié d'attendre la venue dudict Carafe ; qu'il a eu longues divises avec le connestable et ledict cardinal de Lorenne; que tous deux se resentent grandement du négoce des prisonniers, et si avant qu'il semble ilz veuillent attirer l'observance ou roupture de ladicte tresve , si lesdicts prisonniers ne sont mis en liberté deans le neufième de Jung prochain ; qu'il a parlé au roy et ausdicts Srs de la
volunté et affection que ladicte serenissime royne et ledict Polo ont démonstrez es choses concernans la paix, qu'ilz entendent continuer en ce qu'ilz seront requis ; que ledict Sr roy et les Srs susdicts luy ont loué jusques aux cieulx les actions et intégrité de ladicte dame ; que entre aultres propos que ledict Sr connestable luy a tenu, il luy a dit que, comme du coustel de vostre majesté l'on ne faisoit mention de paix, ainsin de leur part ilz estoient retenu d'en parler : par ce donnant à congnoistre, comme m'a dit ledict de Sainct-Salutz , que ledict connestable désire la paix et vouldroit que l'on renouvella la practique, et, par le contraire, que le cardinal de Lorenne et la maison de Guyse tasche par tous moiens pour rompre la tresve ; que ledict cardinal ne la peult gouster, sinon quii publie avoir esté désadvantaigeuse pour le royaulme; qu'il avoit brassé practiques soufïisantes pour renger vostre majesté, et plusieurs telz autres propos; que le connestable pèse plus l'advenir et mutation de fortune que ledict cardinal, qui n'a égard sinon au temps présent, et qui, pour complaire audict Sr roy et seconder son naturel incliné aux armes, est plus chalereux et véhément en la persuasion de guerre qu'il ne debvroit : me parlant si franchement et si ouvertement que je n'ay sceu que juger de son-intention ; et quasi j'ay osté le scrupule que j'avois conceu de ce qu'il avoit accompaigné ledict nunce en ladicte négotiation ; car, comme l'on m'a dit, il n'avoit encoires baisé les mains dudict S' roy, ny fait les offices à luy enjoinctz de la part de ladicte dame et dudict Polo.
Oultre ce, il m'a dit que ledict Carafe vient par deçà pour roupture de la tresve, plustôt que pour l'entretenement de paix ; que les Françoys ne feront jamais si grande instance pour le recouvrement de Navarre au prouffit du S' de Vendosme qu'ilz ont fait; moings le veullent-ilz agrandir ou accréditer d'advantaige, et qu'ilz sont esté après pour luy tirer des mains les quatre cens mil escus qu'il a treuvé en la succession du feu Sr de Hallebret ; mais qu'il s'en est excusé et seullement a presté deux cens mil escus assigné sur le revenu de la Guyenne ; que , si Dieu permettoit l'on vint à parler de paix, les Fran-
çoys ne s'arresteroient sur la prétention dudict Navarre, comme ilz ont fait : à ce, je luy ay le plus sobrement respondu qui m'a esté possible, pour le scrupule susdict.
Si est ce, sçaichant qu'il ne fauldroit de communicquer ce que luy dirois audict cardinal de Lorenne, je luy ay dit que, quant ausdicts prisonniers, l'on a fait ce à quoy l'on estoit obligé du coustel de vostre majesté et tauxé les rançons d'iceulx, et de leur part ilz n'ont tauxé les rançons des nostres ; qu'ilz n'ont envie de paier les rançons de leurs prisonniers, aussi ilz ne les ouiïrent; que traictant la négotiation d'iceulx à Vausselles, l'on mit en avant moiens pour vuider le différand, par restitution de Buillon et Marieburg, au soulaigement des particuliers; qu'ilz ont rejecté ce moien qui sembloit plus convenir, et par lequel l'on eust peu traicter de tous prisonniers, tant de ceulx détenuz deçà que delà les montz; qu'ilz n'ont raison de fonder roupture sur le fait desdicts prisonniers : car c'est couleur cerché et non souffisant.
Quant au véaige du cardinal Carafe, je ne pouvois présumer qui se fist à maulvaise intention, veu que le pape monstre d'avoir en si bonne recommandation le repos de clirestienté, et union et réformation de l'église ; que les pardons qu'il a envoie de nouveau pour la paix en donnent bon tesmoignaige; qu'il est vieux et mortel; qu'il a fait profession de saincteté ; que ce qu'il a pourveu son nepveur de l'esiat de Paleano est excusable, pour ce que, comme il désire enrichir sa maison, à l'exemple de ceulx qui ont prophané leur papat par revenu temporel qu'ilz ont tiré du revenu de l'église, ainsin, ayant occupé Testât dudict Marc-Anthoine , il se veult aider de ceste occasion; moings je croyois que la lighepracticquée fut conclute, ne que le duc de Ferrare se soit si avant déclairé contre vostre majesté pour n'en avoir eu occasion ; que , à quantes fois ilz entreront en condition de paix honneste et raisonnable , vostre majesté s'y accomoderà , comme zélateur du bien publicque. Quant à ce que iedict Sr roy luy a parlé en la louange de ladicte serenissime royne, je ne pensois il eust argument d'en parler aultrement; mais que je treuvois
estrange que les rebelles, aians conspirez contre sa personne, fussent
receu en ce royaulme et supportez : que le fait estoit de conséquence.
A quoy ledict de Sainct-Salutz m'a respondu que les Françoys disent qui ne leur appart que lesdicts fugitifz soient convaincuz du crime à eulx imposez, et que si leur apparissoit, ilz y pouvoiroient comme il appartient; que l'ambassadeur Noailles s*est treuvé empesché de ce qu'il a sollicité devers ladicte dame ung saulf-conduict pour Bertheville; qu'il en a abusé et qui , soubz ombre d'icelluy, a mené la praclicque, sans en faire aucune part audict Noailles, comme il luy a dit; que l'on a envoie en Angleterre un sien frère, advocat ou conseilliez, pour estre agent pendant que le prothonotaire son frère retournera de Rome , qui vient avec ledict Carafe, et qu'il tient ledict Noailles sera bientost de retour; que l'on se faschera tantost des Angloys qui sont par deçà, qui sont jà divisé entre eulx ; que Thomas Stafort estant par deçà, et parent du cardinal Polo, a une querelle contre ung aultre Anglois, capitaine, quilz se sont jà battuz deux ou trois fois, que l'on le fera escarter. Puis me dit qui retourneroit à la court, pour parler au cardinal de Lorenne , quii vouloit aller à Medon2, qu'il a achepté pour cent et cinquante mil escus du cardinal de Medon3, et que après le roy le suyvra par la poste ; et qu'il entendoit que ledict cardinal vouloit aller en Lorenne, que j'ay estimé estre pour la veue du Sr duc de Lorenne et de madame sa mère, et qu'il le vouldra convoyer avec le Sr duc de Guyse , du moings jusques audict lieu de Guyse, où ladicte veue se pourra dresser, si ledict Sr roy l'accorde , en quoy il se rend difficile. A quoy seullement je luy ay réplicqué que, puisque Bertheville a eu sa grâce dudict Sr roy et est à présent en crédit et bien venu en ce réaulme, il est mal possible excuser la practique; que je m'en remettois aux effectz.
Il y a plusieurs Senois en ceste court, envoiez des lieux que occupent les François ou Senois, pour se douloir des griefz que les garnisons leur font et pour en estre relevez.
1 Gilles de Noailles, conseiller au par- * ( Meudon?)
lement de Bordeaux. 3 (Jean du Bellay?)
J'entend de bon lieu qui se brasse une practique en la Germanie contre vostre majesté; mais je n'ay encoires enfoncé la particularité, que vostre majesté pourra plus aisément descouvrir sur le lieu que je ne feray. Bien asseuré-je vostre majesté que les deux personnaiges j'ay escriptz avoir esté dépesché celle part se nomment Jessamans et sont frères ; l'ung desquelz prend son chemin contre les villes maritimes.
Ledict de Sainct-Salutz me dit que ledict Sr connestable luy avoit dit que le Sr duc de Savoie avoit fait décapiter le S1 de Nerieu et son père, pour suspition qu'il a eu qui practiqua la reddition de Vercel audict Sr roy. Si ainsi est, c'est l'effect du véaige de Loys de Birago1, et dont ilz ont eu grand desplaisir quelle se soit descouverte; et, si la practique a esté depuis ladicte tresve, vostre majesté peult clairement congnoistre qui ne se fault confier sur le serment d'icelle, ains prévenir et dresser les apprestes convenables pour obvier à leurs desseings.
L'on n'a eu nouvelles de la descente du Turcq en Italie, sinon du mois de mars, et qu'il faisoit équipper cent galères, pour passer en la coste d'Espaigne ; et de plus l'on a voulu dire que ledict Turcq estoit mort; mais la nouvelle ne continue.
J'ay advis que le roy a de nouveau commandé au conte Ringrave et capitaines allemans de lever vingtz enseignes de lantsquenetz : ce que je enfonceray d'avantaige.
Basse-Fontaine persuade le plus qui peult la roupture de la tresve et entreprinse contre les pays d'embas, escripvant que vostre majesté passe en Angleterre sur la fin de juin, et que sa majesté impériale aussy se part pour Espaigne, et que le pays est dépourveu
' Piémontais, excellent homme de guerre, qui avait embrassé le parti français.
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, V, 22-23.)
Moret, 28 mai 1 556.
Sire, j'ai, ces jours passez, négotié par escriptz les poinctz contenuz ou billet cy-joinct, aulquel l'on m'a respondu ce que les apostilles en marge d'iceulx contiennent, par lesquelx vostre majesté poura colliger l'intention qu'ilz ont d'observer et d'exécuter la tresve. Car, quant à restitution des prinses faictes puys icelle, je n'en ay grand espoir, si ce n'est que vostre majesté s'attache aux prisonniers : car je suys informé qu'ilz ont jà faict prinses vaillans plus de deux cens cinquante mil escuz, assavoir le navire de Jehan de Caya, Biscahin, chargé de laines, et estimé soixante mil escuz; deux autres appartenans à marchans espaignolz, demeurans à Florence, estimez à centz mil escuz; deux genevoises estimez cinquante mil escuz; les forsaires esclaves, artillerie et aultres fornimens des galères et aultres choses retenues, que vaillent plus de quarante à cinquante aultres mil escuz : et toutes les responces tendent à longueur du temps, oulquel ilz prendront occasion de roupture de ladicte tresve, et demeureront esgarées et perdues lesdictes prises. Que plus est, le secrétaire Bordin a refusé de despescher les articles desjà accordées ou conseil du roy concernans la restitution des navires de Gennes, et les despesches de ceulx d'Arthois; sur quoi j'ay faict doléance.
Quant à l'article pour la mainlevée des vassaulx de vostre majesté, je l'ay présenté à droit propos pour entendre quelle volunté
ilz avoient en ce faiet, et y a y comprins le Sr duc d'Arscot pour entendre s'ilz prétendroient aulcune chose contre luy; et depuys j'ay faict une recharge pour les Srs prince d'Orange et conte d'Egmont, pour tirer plus oultre s'ilz y mectront empeschemcnt, délaissant les aultres jusques à ce vostre majesté nie face envoier la déclaration des seignories particulières que lesdi^cts vassaulx tiennent en ce réaulme.
Quant aux serviteurs dudict Sr duc d'Arscot, je ne me suys contenté de l'apostille mis en marge desdicts articles , ains j'ay faict entendre au secrétaire du connestable que les m'apporta, qu'ilz n'avoient occasionné la justice de s'empescher d'eulx; qui me gréveroit que ledict connestable donnast occasion de user du mesmes envers aultres : à quoy me respondist ledict secrétaire que l'on ne leur feroit rudesse, et qu'ilz estoient détenuz sur ce que voluntairement dz avoient confessé, sans me pouvoir dire que s'est. Sur quoy, j'ay faict la recharge contenue es secondz articles cy-joinctz et pour conclusion, je ne vois qu'ilz aient volunté d'observer la tresve, soit es choses que concernent le publicque ou particulier.
Quant aux occurrens, le roy de France aiant entendu que le S1 duc de Lorenne ne sera hors de tutelle avant les Roys, a remis, comme l'on dict , son véaige en Lorenne pour le mariaige dudict Sr duc et de sa fille mesnée, aux Roys prochains, combien que fût esté conclud pour la Saint-Remy, et propose de faire publier un cartel général de six princes contre tous princes et seigneurs quilz vouldront comparoir à Nancy, faire exercice de toutes armes et honorer les lianceailles dudict Sr duc. Mais tous les advis que je reçois conforment en ung que ce soit pour soy impatronir des fors du peys; car "il y a lieux en la Lorenne plus capables de joustes que ledict Nancy, comme Bar-le-Duc et plusieurs aultres.
Ledict Srroy a accordé l'entreveue de madame la duchesse doai-
rière de Lorenne et dudict Sr duc, son filz, à Coussy, si ladicte
dame l'a aggréable, et pourveu que ce soit deans la fin du moys de
juin prochain; avec quelles doubtes, scrupules et difficulté, le por-
papiers d'état — iv. t3
leur de cestes, gentilhomme de ladicte dame duchesse, en poura informer vostre majesté , et de plusieurs aultres particularitez desquelles vostre majesté pouroit tirer service, signantment des propos que le Rintgrave luy a tenu du moyen qu'il a de tirer plusieurs advertissementz d'une demoiselle estant en ceste court, et de plusieurs choses qu'il a recueillis concernant le service de vostre majesté. Et pour ce seroit expédiant le renvoier par deçà, pour faire entendre la délibération de ladicte dame sur le lieu nommé pour ladicte entrevue, et l'emboucher de ce que vostre majesté désireroit il fît, fût de sa part ou de la part de ladicte dame devers le Rintgrave sur les propoz qui luy a tenuz; entre aultres que ledict Sr roy luy a dict, puys peu de jours en çà, qu'il vouldroit avoir perdu cens mil escuz et que ses forces fussent présentement joinctes, comme elles estoient avant qu'elles fussent séparez et licentiez ; qui veult faire un service notable à madicte dame et qui sera tousjours bon Lorein. Puysque vostre majesté a temps pour prévenir la délibération que ledict Sr roy ha sur les fors de Lorenne, je ne m'eslargiray sur ce davantaige, bien sçaichant qu'elle pèsera combien il emporte l'on empesche tel deseing, ou que l'on préoccupe les lieux, attendu mesme que ledict Sr roy a conclud de faire une citadelle à Metz, et pourjecte de tenir la rivière de Meuseile, la Lorenne et passaiges de la Germanie.
L'on traicte présentement le mariaige du Sr d'Anghien1 avec la fdle de Sainct-Pol.
Ledict Rintgrave a déclaré que les Françoys ont encoires deux practiques sur main en Italie.
L'admirai est malade en sa maison de Chastillon.
Je n'ay encoires peu enfoncer la vérité de l'advis que jay coniprins par mes dernières lettres, que l'on ayt mandé aux capitaines des lansquenetz pour redresser leurs enseignes ; si est-ce l'advis que
1 Jean, comle de Soissons, l'un des Saint-Pol et duc d'Eslouteville, et fut tué frères du roi de Navarre. Il épousa, en quelques mois après àia bataille de £aint- 1557, Marie, fille de Francois, comle de Quentin.
j'en ay eu vient de personnaige qui n'a accoustumé de donner advis niensongier; et, pour le descouvrir, votre majesté poura commander les diligences requises en Alemaigne et à Sainct-Nicolas en Lorenne, où j'entend il y a encoires plusieurs capitaines et lansquenetz quilz ont servit par deçà.
L'on a mis en usaige par deçà une invention de faire finance sur les seigneuries et terres mouvans de la coronne que sont estez aliénez par les roys passez, donnez en récompense, ou aultrement distraictes et parvenues en mains privées, dont il y a grande doléance en ce royaulme.
J'entend que si l'on faict remonstrance de la surprinse de Vercel, l'on respondra que le Sr marquis de Pescaire a voulu surprandre Casai, et que , l'entendant, les ministres dudict Sr roy ont aussi presté l'oreille au Sr de Nerieu ; ce que j'ay voulu ici insérer, afin que , si vostre majesté entend l'on en face négotiation, elle soit préadvisée de ce.
Je scey pour vérité que le pape a escript lettres à son nunce et ambassadeur estant par deçà, pour traicter négotiation concernant lepublicque; que ledict nunce a renvoie au cardinal Carafe sans négotier le contenu, et que l'on a desguisé la volunté du pape envers ceulx de par deçà par une méchanceté grande, et dont vostre majesté peult colliger comme le pape est servi, l'office que faict ledict nunce et l'usaige du crédit dudict Carafe, et conséquemment poura inférer que la négotiation qui traictera sera conforme à son désir.
Le connestable s'est oblié sur le second article du placet apostillé : car, à la seconde audience, je luy touchay particulièrement la fortification de Sainct-Fiorence, et me remit de la résoldre à Fontainebleau, comme l'ay escript à vostre majesté, de Sainct-Dié.
Comme je n'ay aulcune lettre de vostre majesté responsive aux miennes, pour enfoncer de plus près la volunté du roy de France, je feray demander audience sur l'occasion des articles dudict mémorial, et sur les dernières lettres de monseigneur le duc de Savoie,
du xxiii du présent
GXCIII.
L'AMBASSADEUR RENARD
(Moret) 3i mai 1 556.
Sire, pour les causes comprinses en mes dernières, je demanday audience au connestable de France et désirois aussy l'avoir du roy de France; mais ledict connesable m'escripvit que comme ledict Sr roy alloit à l'assemblée , il n'y pouroit entendre, mais que si voulois aller devers luy, je serois ouy et feroit rapport au roy de ce que luy dirois : ce que je acceptay. Et me treuvay à Fontainebleau vendredi dernier, et remonstray audict connestable que la légation il a pieu à vostre majesté me commander a esté fondé sur troys fins : pour procurer l'observance de la tresve, pour tenir main à l'exécution réelle d'icelle et promouvoir, par tous offices requis, la bonne amité et accroistre icelle entre voz majestez et ledict Sr roy, pour venir au but désiré et à conclusion de paix perpétuelle, suyvant le cbemin que ladicte tresve a ouvert. Que, à mon arrivée en ce royaulme, ledict Sr connestable me répétast plusieurs foys que le plus grand plaisir je luy sçauroys faire, se seroit négotier franchement et ouvertement avec luy, luy faire entendre le scrupule ou umbraige l'on peult aulcune foys avoir es matières qui se représentent, pour les esclarcir ; que ses jours passez , aiant négotié avec luy et conseil dudict Sr roy, verbalement et par escript, plusieurs choses touchans les deux premiers poinctz susdicts, les secrétaires refusoient despescher les conclusions et ordonnances dudict Sr roy : que l'on cerche longueurs es choses que se doibvent
rendre; que les marchandises se vendent et distribuent, aultres se dépenssent; que les subjeclz, se confians sûr la tresve publicque et jurée par voz maj estez, et trafficquans par vertu d'icelle, en recoipvent intérestz ; que, du eoustel d'Espaigne et de Flandres, l'on a promptement pourveu et remédié ceulx quilz ont recouru à la justice sur les deppendans de l'observance et exécution de ladicte tresve; que Ion faict difficulté de faire mainlevée aux vassaulx de vostre majesté quilz doibvent estre réintégrez plainement; queje ne puys escripre à vostre majesté que j'ay obtenu ung seul despesche respondant à la charge de ma légation; que ceste façon de faire donne conjecture que l'on le face pour aultre fin, que pouroit causer interest au publicque; qu'il y a quelque bruyct que l'on ayt tenu practique sur Vercel, et depuys la tresve; qu'il n'est question en ce royaulme, sinon que ledict Sr roy rallie ses forces, mect ses galères en mer et plusieurs aultres fumées de renouvellement de guerre; et aussy que ledict connestable a faict reserrer en prison troys serviteurs du Sr duc d'Arscot entre la main de son prévost des mareschaulx, sans couleur, n'aians meffaict ou esté prisonniers de guerre, sinon seullement aians esté au service dudict Sr duc pendant qu'il estoit détenu au boys de Vincennes, et que quant l'on a demandé leur liberté, il a faict apostille au mémorial que bonne et bresve expédition de justice leur seroit faicte : qu'est responce aliéné de leur innocence, et qui, à sa correction, ne seroit prinse sans quelque passion de son eoustel pour le partemant dudict Sr duc; délaissant la responce faicte sur l'extraict des prisonniers , dont je n'ay encoires eu advis de vostre majesté ny commandement d'en parler; que l'on a laissé couler le temps ; que l'on a par icelle touché une forme de protestation et menace, comme si le besongné touchas! publicques traictez, et que l'on a faict des illations fort contraires et eslongnées des propres traictez ; que je ne pouvoys délaisser luy dire que cette manière de négotier ne correspond aux propoz que l'on a tousjours tenuz, quand il a esté question de bonne et vray amité et de f observance et exécution de ladicte tresve; et qu'est confermer ce que
l'on a voulu dire, que la tresve se soit seullement faictc pour retirer les prisonniers. Que pour le degré qui tient à l'administration des affaires, pour la confiance voz majestez impénale et royale ont eue de luy, pour l'intégrité dont il a la renommée , et qui désire l'union et bonne intelligence de voz majestez pour la tranquillité de la chrestienté, je le requérois de pourveoir à ces menuties deppendans de la tresve et les remédier promptement, commander aux secrétaires faire les despesches accordez sans diificultez, ne consentir ou adhérer que le chemin de paix, ouvert par la tresve, soit estouppé ou empesché; qui ne trevera jamais en vostre majesté sinon bonne et ferme intention au bien publicque; qui ne s'arreste aux prisonniers sur lesquelx l'on vouldroit colorer une protestation : car il n'a tenu à vostre majesté ou à ses ministres qu'ilz ne soient esté jà mis en liberté; que s'il en advient aultrement, plusieurs jugeront que, pour son interest particulier, il se soit laissé attirer à conclusion contraire à la profession que la fame luy a donné; et conséquemment qui face mectre en liberté lesdicts troys serviteurs, et [queje] resente l'effect de l'espoir il m'a donné, puys ma venue par deçà, pour convertir la tresve en paix universelle, à quoy donnera grand fondement l'exécution de la tresve et distribution prompte de bonne justice.
A ce ledict Sr connestable respondit l'intention dudict Sr roy son maistre avoir tousjours esté sincère et inclinée à la paix; qui veult garder inviolablement les traictez par luy jurez, si l'on ne luy donne occasion de faire le contraire; que quant à luy, et tous aultres ministres quilz ont maniance de ses affaires, ilz ont commandement conforme à ladicte intention, et de faire observer et exécuter la tresve; que si l'on n'a si promptement pourveu sur ce que j'ay sollicité, il a convenu prandre information des cas advcnuz; que l'on n'est accoustumé de traicter si légièrement les négoces ou conseil dudict Sr roy ; que l'on ne expédie sitost les affaires par delà , comme je le prétend par deçà, ainsl'on excuse le retardement, [puis]que le Sr d'Arras est allé devers la reyne d'Hongrie, et que vostre majesté est hors de la ville; que l'on ne treverast prises faictes depuys la publi-
cation de la tresve; que si les subjectz en ont quelque domaige, la dilation mise à la publication de la tresve, qu'a este faicte ou coustel de vostre majesté , en est cause ; qu'il a lettres en ses mains que le S' marquis de Pescaire escripvoitauSrduc d'Albe « que combien qu'il « eust veu les lettres que Brissac luy escripvoit en notification de la «tresve, lorsqui se mectoit en campaigne après la date d'icelles, si « est-ce il faisoit semblant ne les avoir veu; » qu'il avoit aussy aultres lettres du S1 duc d'Albe , par lesquelles il avoit congneu l'intention que l'on avoil de ce coustel-là et le conseil l'on avoit donné et arresté avec le S' duc de Florence, pour selon icelluy se conduyre ; que les prinses advenues depuys la tresve sont esté pour ce que l'on disoit ouvertement qu'elle ne se ratifieroit par vostre majesté; que ledict Sr roy de France la fit incontinant publier et defiendist à- tous ministres de non y contrevenir, en cas qu'elle se publiast et observast du coustel des ministres de voz majestez; que l'on a, du coustel de deçà , dissimulé beaulcop de choses, pour non troubler ou empescher le chemin de paix; que si l'on a usé de quelque longueur, ce n'a esté pour frustrer les particuliers du fruict de la tresve , sinon pour à la vérité estre informé des advénemens; que, quant à la restitution des esclaves et foursaires des galères que donnèrent à la traverse en Corsica, l'on sceyt assez quelles venoient pour la surprmse de Bonifacio, quelles portaient eschelles couvertes de drap, et aussy l'on l'a bien entendu depuys; qu'il y a coustume en plusieurs lieux que tous naufraiges et bris de navires emportent confiscation; ([ili convient sçavoir si la coustume a lieu en Corsica et mer iMéditerranée ; qui ordonnera les despesches accordez estre faict, et fera responce au dernier mémorial que luy présentay. Quant aux serviteurs du Sr duc d'Arscot, qu'il n'y avoit personne qui le sceut empescher de les retenir, pour sçavoir les culpables du partement de leur maistre , pour les confronter et enquérir la vérité du faict, et que l'on ne doit mal prandre l'apostille rendu à fescript sur ce donné ; que l'on fera bresve expédition de justice, pour ce que qui faict justice, il ne faict tort à personne. Quant aux prisonniers, encoires qui
luy touchent, qu'il ayt un filz prisonnier de deux ou trois ans, nepveur de cinq ans, aultres nepveurs, beau-frère et parens d'aultre tant de temps, si est-ce il n'a jamais pour ce respect traicté les affaires par affection aultre que bonne ; mais il ne pouvoit excuser ou délaisser de dire que jamais telle rigueur ne s'est tenu à prisonniers de guerre; qu'il aimeroit mieulx ilz fussent entre la main des Turcqz, desquelx ilz les recouvreroient pour argent. Et non-seullement la détention est estrange , ains l'entretien d'aulcungs que l'on menasse de faire mourir de faim , signantment deux quilz sont à Hasselt , que l'on leur faict toute la rudesse du monde ; qui ne pensoit l'escript en responce donné à l'extraict sur ce faict soit conceu en forme de proteste. Sur ce fai si t venir Bordin1 et la copie, et quant il eust ouy troys passaiges où est faicte mention de infracteurs de traictez, de irraisonnables et autres semblables illations, il dit que cela se référoit à condition, se treuvant empesché de l'excuser; que puys je n'avois encoires advis sur ladicte responce, l'on verroit ce que s'en seroit : faisant démonstration par geste et contenance, signantment mordant ses lèvres, serrant les dens et parlant entre iceulx, signifiant, ce que j'entend, il a déterminé, qu'est de convertir ce que l'on dit myeulx en latin que en françoys , egregium jacinus, et venger, si peult, la captivité de ceulx quilz luy attiennent. Que ledict Sr roy avoit licentié ses Suysses et lansquenetz; qui ne rallioit ses forces; qui savoit l'on armoit en Hollande et Angleterre des bateaulx, et que pour cela l'on n'en faisoit semblant; que les bateaulx l'on peult armer es portz de la Normandie ou Bretaigne, s'est pour la pesche ou véaige de la Chine; que les galères que sont en mer, se sont cinq galères que Bacho Martelli a conduit en Corsica , pour ce qu'il y a eu quatorze ou quinze fustes de corsaires quilz ont prins deux ou troys cens personnes en ladicte isle, tant de ceulx quilz sont soubz l'obéissance dudict Sr roy que aultres; que deux aultres sont allé conduire le conte Petiliano2, que passe en Italie, pour ce quoy lesdictes fustes sont envoies à l'endroit de Piombino, les aultres sont allés
1 Jacques Bourdin, secrétaire d'élat, mort en îbb'j. — 5 Nicolas des Ursins.
au-devant du cardinal Carafe; que ledict Sr veult avoir la liberté de les envoier à Rome et où il commandera pour son service, sans offense ou altération de la tresve; que les galères ont rencontré aux isles d'Ières huitz ou dix galères que alloient en Espaigne, que se sont saluez comme amys et offert renfraichissement; que ne fault adjouster foy au bruict et fumées de cortisans et de ceulx quilz désireroient plustost le trouble que la quiétitude. Quant à la surprinse de Vercel, il ne se treuvera lettres de Brissac depuys la date de la tresve, ny que le roy ou ses ministres ayent essaie [non] exécuter icelle; de ce qu'a esté auparavant, il ne doit estre mis en compte; que je luy ay faict grand plaisir de luy communicquer si ouvertement ce que dessus, que et à quantes fois l'occasion se représentera, je luy serois le bien-venu, et aussy devers ledict Sr roy, son maistre , qui prandra de bonne part la relation de la négotiation , pour tendre à bonne fin et désirable de tous bons ministres.
A ce je répliquay que de excuser la longueur des provisions requises et deues sur la publication de la tresve, qui fustplus tardive de nostre coustel que du leur, se n'estoit fondement raisonnable : car l'effect de la tresve commençoit dois la date, non dois la publication; que si elle ne fustsi tost publié que l'on eust désiré, l'escript de l'admirai, son nepveur, en fust cause, qui protestasi ledict Srroy ne vouloir ratifier ladicte tresve, si le faict des prisonniers n'estoit vuidé , qu'estoit impossible faire; que, si l'on a prins lettres des Srs duc d'Albe et marquis de Pescaire puys la tresve, s'est contrevenir à icelle ; que, si ledict marquis n'a voulu croire à l'intimation de Brissac et a voulu [attendre] la certitude de vostre majesté, il en a usé prudemment et selon le debvoir qu'il a à son service. Quant à l'information qui vouloit avoir des advenues des prises, je luy en avois présenté souffisantes et attestées , et je sçavoys que les parties, aians en main lesdicts esclaves et foursaires, estoient en ceste court; que si vouloit proposer exception de naufraige et bris pour les retenir, j'estois informé qu'il n'y a coustume telle où les galères ont donné à la traverse ; davantaige Jourdain Ursino avoit adverti du faict il y a plus de quarante jours, et que le propre
PAPIERS D'ÉTAT. IV. 7 k
messaigier m'avoit apporté lettres. Quant à l'apostille qu'il avoit faict sur le faict concernant la fortification de Sainct-Firenze , il avoit oblié ce qui me résolut àChambourg, que, estant à Fontainebleau, il y satisferoit et pourvoieroit, et feroit examiner si l'on peult dresser fortification es lieux où ne y a eu avant la tresve et quilz sont en différend pour l'occupation nouvelle , pour, suyvant le pied que Ton y prendroit, se régler es aultres endrois ; mais que lors l'on parlist dudict faict, il me sembloit il fust en colère d'aultrc chose que peult avoir diverti la souvenance et conclusion; que, si les galères de vostre majesté auroient eu quelque emprinse sur Bonifacio, se seroit esté avant la tresve, ettoutesfoys je n'en avoys jamais ouy parler. Que je désiroys sçavoir si retenoit lesdicts serviteurs dudict Sr duc d'Arscot ou pour délictz, ou comme prisonniers de guerre, pource que je doubtois si l'on usoit de rudesse à l'encontre d'eulx , aultres ne s'en ressentissent; que je ne luy voulois aultrement réplicquer sur lesdicts prisonniers, pource que j'en attends novelles de vostre majesté, lesquelles eues, je luy feray entendre. Quant à la surprinse de Vercel, je ne sçavoys comme estoit passé la chose, sinon par le bruict qu'en estoit et que incontinent je luy avois proposé. Quant aux bateaulx que l'on peult armer en Hollande, il sçavoit la cause; d'Angleterre, je ne la sçavois : luy recomendant tousjours ladicte observance et exécution de tresve, et que du coustel de vostre majesté, il treuveroit tousjours inclination naturelle à la paix et bien publicque de la chrestienté, et le congnoistra prince de fidélité et vertu, comme a faict tousjours sa majesté impériale.
A ce il respondist, qui n'entendoit retenir lesdicts serviteurs comme prisonniers, sinon pour esclarcir la manière du partement et les culpables; qu'il en attendoit le besongné de brefz, et qui ne me proposoit le naufraige et bris pour y vouloir faire fondement ou retenir les esclaves, ains attendoit l'information que sur ce se debvoit envoier de Marseille : usant de propos coustumiers et amiables sur lesquelx les devises prindrent fin.
Et en sortant de la court pour retourner, je receuz les lectres de
vostre majesté, du xxvie du présent, et sans estre deschifrez; véant l'escript du secrétaire sur le pacquet et l'acte de la compréhension des Carafe, je imaginay qu'il debvoit estre fondé sur l'érection du duché de Paliano, comme je l'ay treuvé ayant deschifré les lettres; et ne délivreray ledict acte que je n'ay aultre nouvelle de vostredicte majesté, luy confermant pour vérité que ce que luy en ay escript du xxviie du présent est véritable, et que la protection dudict Paliano se prend par ledict Sr roy, et a accordé la soulde de troys mil hommes par an, que se doit confermerà la venue dudict cardinal Carafe, et conclure la ratification et l'eifect de la lighe d'entre eulx, et sur ce rompre la tr'esve.
Et quasi [sont venues] les choses si avant de ce coustel-là et [de celuy] de la Germanie, que ledict S1 roy ne peult résilier de ladicte lighe etroupture; meins vouldra-il perdre l'occasion de s'aider d'icelle, ou négliger la volunté que le pape et duc de Ferrare monstre estre incliné au parti dudict Sr roy : le pape, pour le ressentement qu'il a de ceulx de sa maison quilz sont baniz de Naples, qu'il est governé par ledict cardinal Carafe appasionné pour France , pour l'ambition pour aggrandir sa maison, pour la cupidité de vengeance dont il donne tesmoingnaige de jour à aultre; ledict Sr duc de Ferrare , pour l'alliance de son fdz que se traicte avec la fille aisnée dudict Sr roy, que j'avoys escript se traictoit avec madame Marguerite; pour le prouffit qu'il attend si la lighe prend fin telle qui pourjecte; qu'il est conduict à ce par la maison de Guyse, et principalinent que les Vénitiens soubz main aideront ladicte lighe de deniers, la babtizant la lighe contre les Espaignolz. Et soit asseuré vostre majesté, que tout ce que ledict duc de Ferrare peult faire au bénéfice des Françoys, il le faict; répétant à vostre majesté que l'on a envoie devers luy pour luy confirmer ce qu'a promis le cardinal de Lorenne pour la solde des deux mil hommes de pied et cinq cens chevaulx, et pour tirer la finance de xnc mil escuz. Oultre ce , je suys véritablement informé qu'il a practiqué Cortenay pour venir au service du roy et par son moien troubler en Angleterre, et suys entré en sus-
pition que l'abbé de Sainct-Salutz pouroit aussy practiquer pour luy, pour estre parent du cardinal Polo : car je le vois avoir accès plus familier que je n'eusse pensé en ceste court, et aussy il m'a dit avoir parlé au connestable des moiens de paix, que le connestable luy en doit faire response; qu'il en a escript au régent de Milan. Comme qu'il [soit], la practique d'Angleterre est en arme soubz le nom de Cortenay, pour troubler le royaulme et la serenissime reine: car je l'ay entendu des personnes quilz sont de la meslez et parties, et attend l'on la venue et responce de Cortenay, que l'on m'a dit estre à Venize, et que Tremeu y est allé par la poste : et pour ce seroit expédiant vostre majesté donna ordre à Venize pour le sçavoir, et si passoit par les terres de son obéissance , le retenir si luy sembloit convenir à son service.
L'on a semé par deçà que vostre majesté a faict arrester Pierre Caro * et Sich 2 en Flandres , dont ceux de par deçà sont esbahiz , et que millord Paiget, estant arrivé à Bruxelles , les fit prendre, puys envoia ung gentilhomme en Angleterre, à l'arrivée duquel l'on saisit plusieurs gentilshommes.
Journellement il y arrive en ceste court capitaines de guerre quilz sont mandez.
Ledict Sr connestable me fit doléance de ce qu'il disoit l'on avoit faict commandement publique en la ville de Milan que tous Françoys y estans eussent à sortir.
Le duc de Somme3 est lieutenant-général de l'infanterie françoyse ou Siénois êtes quartiers de delà, luy baillant plus de crédit qu'ilz ne souloient, en faveur et recommandation du pape, aulquel il est parent, comme l'on dit.
Ung Genevoys m'a dit qu'il y a vingt-six galères des Françoys équippez et en mer pour faire emprinse.
Ledict cardinal Carafe amène avec luy le frère de Jordain Ursino,
1 Voir ci-devant, pag. 210, note 7. Il 3 Jean-Bernard de Saint-Séverin , duc parvint à s'échapper. de Somme , qui mourut en France au
2 Jean Cheeke , p. 257, note 1. mois de mai 1570.
pour estre ambassadeur au lieu de l'évesque de Yiterbe, qu'est de la maison de Orviète , ambassadeur el nunce pour ledict pape ; sur quoy vostre majesté peult descouvrir s'il a choisi personnaige propre pour seconder ses affections
J'ay obmis deux poinctz que ledict Sr connestable me dit : que si Jordain Ursino fortifie en lieu où la tresve ne le permecte , il le fera desmolir, et que l'ung des serviteurs dudict Sr duc d'Arscot voulsit tirer d'un pistolet l'un des serviteurs dudict connestable en le prenant.
L'on a nouvelle que le Turcq ne fera armée formelle ceste année , ny par mer ny par terre, et que aiant nouvelle que la tresve fust faicte , il a changé sa délibération et que ce que pourra estre par mer ne passera trente galères; que Dragut est parti de Constantinoble avec quelques vaisseaulx, et a chargé tout son mesnaige qu'il a peu pour aller en Barbarie, et que ce qui n'a peu charger il a donné à Roustan - Bassa ; que si par terre il se faict aulcune chose , se ne sera sinon avec quelques chevaulx ; que ledit Turcq entend retenir la Transsylvanie pour luy, non pour le filz du vaivode 1
1 Néanmoins ce fut dans cette même qu'il gouverna, sons le litre de vayvode, année i556 que Jean-Sigismond, fils de jusqu'à sa mort, arrivée au mois de mars Jean de Zapoli , recouvra la Transylvanie , 1571.
PHILIPPE II
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard , V, t\ i-43. )
Bruxelles, 7 juin »556.
Chier et féal : Nous avons receu vos lettres des xxv, xxvn et xxvm du passé, autre du dernier et autre du me du présent. Et avons pour très- agréable la dilligence dont vous usez pour descovrir Testât des choses de ce costé-là, discourir sur icelles, et nous en donner particulier advertissement; et non-seullement de ce que povez entendre concernant nos royaumes et pays de par delà et ce que nous tenons en propre, mais aussy ce que peut concerner nostre royaume d'Angleterre ; et vous requérons et enchargeons de continuer avecq toute dilligence, et que vous ne faillez de nous advertir de temps à autre de ce que pourez descovrir, et mesmes des négotiations que démènera le cardinal Caraffe , des termes que il et ceux de sa suitte tiendront, de la continuation des practiques que, selon que vous avez descovert, se mènent avec les fugitifs anglois, et mesmement que nous escrivez estre intentées avec Cortenay, afnn que de ce qu'en pourez entendre plus avant, l'on puisse considérer si c'est chose où l'on puisse faire fondement; et que, oultre ce que nous présupposons l'ambassadeur de la royne et mien pour les affaires d'Angleterre advertirá de la response que l'on luy aura faict sur les remonstrances et doléances qu'il a donné par delà , vous nous escripvez ce que de vostre part en aurez peu descovrir; si lesdits François continuent à faire, comme vous doubtez, apprêtz de guerre, en quel costei et par quels moyens arment en mer, tant Océane que Méditerranée, et à
quelle fin ; quels personnaiges ils peuvent avoir envoyez en 1
et ce que vous pourrez entendre de la correspondance ils ont, et généralement de tout ce que vous pourrez aprendre que vous jugerez convenir à nostre service, que en ayons advertissement.
Aussi tenons-nous à service agréable ta sollicitacion que vous avez faicte pour obtenir les despesches que vous avez envoyé pour les navires prins à la république de Gennes; et davantaige les mémoires que vous avez dressé pour les presser sur ce qu'ils retiennent les gallères qui donnarent au travers en l'isle de Corsica, et pour le faict particullier d'aucuns de nos ministres , vassaulx et subgects : sur aucuns desquelz affaires ils vous ont donné response en marge que vous nous avez envoyé. Mais il fauldra attendre quelle sera l'exécution, et que vous continuez avec la mesme dilligence de solliciter ce que reste, et de vous employer aux affaires de nos subgectz et en tout ce que verrez convenir à nostre service , vous armant de la raison pour reboutter ce qu'ils vouldront prétendre ou soustenir estre faict contre le traicté ; usant en voz propoz de toute modestie , comme vous le saurez très-bien faire , pour éviter toute aigreur, et que de vostre dire ils ne puissent prendre fondement d'icelle : les asseurant tousjours, que dois la tresve publiée, ny le marquis de Piscare, ny aucuns nos ministres n'ont eu practique ny intelligence contraire à ladicte tresve, comme aussi il n'y a eu desseing quelconque depuis icelle , ny avecq moyen de gallères ny autrement, pour intenter quoy que ce soit contre Bonifacio ny autres lieux qu'ilz détiennent.
Et quant à Verceil, vous n'en ferez plainte, quelle qu'elle soit, davantaige, si nous ne vous enchargeons autre chose, que nous avons dilayé de faire jusques à oires, pour non nous sembler, pour bons respects, qu'il convienne en faire resentiment.
Au regard des prisonniers, ce que vous avons si particulièrement faict advertir de ce que passe est affin que vous soyez prévenu pour tout ce qu'ilz vous en vouldront dire. Et, puisque vous voyez, par ce que vous a été escript, l'instance que nous a faict l'ambassadeur Basse-
1 Nom propre qui n'a pu être déchiffré
Fontaine pour passer plus avant de la générallité dont ilz ont usé jusques à oires, donner billet spécifficque conforme à celluy que piécha leur a esté délivré de nostre part, et que ledit de Basse-Fontaine s'en remect que vous le devriez solliciter, selon que il sollicite icy pour les leurs, il est nécessaire, que par-dessus ce que nous présupposons ledit Basse-Fontaine en aura escript, vous insistez aussi pour avoir ledit billet, et que vous favorisez l'affaire de nosdits prisonniers, conforme à ce que par l'advertissement particulier que vous a esté donné en nos lettres, vous cognoissez nostre intention.
Rebouttez tout ce qu'ils vouldront dire de leur costei pour prétendre que nous n'avons, de nostre costei , accomply punctuellement ce que contiennent les deux escripts conceuz sur le faict des prisonniers, en cas qu'ilz vous en parlent ou que voyez qu'il soit de besoing; puisque aiant consentu que tous prisonniers particulliers non exceptez passent par la générallité, et déclairé que les Srs de Montmorency et Sedan partiront, payant leur ranchón, en retirant aussi des nostres, et permis au Sr de Bugnicourt de conclure la ranchón du Sr de Montmorency et le délivrer, et modérer celle dudit Sr de Sedan à imxx mille escuz, la dilation que peult entrevenir en leur liberté, oultre le terme prins par le second escript des prisonniers, ne nous peult aucunement estre imputé.
Touchant la compréhension que dernièrement vous fust envoyé , vous la pourez délivrer, advertissant le connestable de l'avoir receue ; et vous conduirez, quanta icelle, présentement selon le contenu de nos lettres qui l'accompagnoint.
Et ne faillez de continuer de solliciter la délivrance des gens du duc d'Arschot , continuant en ce les meismes moyens et chemin que jusques à ores y avez tenu. A tant, chier et féal, Nostre Seigneur soit garde de vous. De Bruxelles, le vne jour dejuing i 556.
PHLE.
Et plus bas :
COURTEWILLE.