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Papiers d'état du cardinal de Granvelle

L’importance de la collection des papiers d’état du cardinal de Granvelle est si bien établie qu’il serait superflu de chercher à la relever : il suffira de rappeler que les documents dont elle se compose embrassent la presque totalité du xvie siècle , si fertile en grands événements, et que l’on y trouve une foule de détails précieux sur les points les plus dignes d’exciter la curiosité; tels que la rivalité entre les maisons de France et d’Autriche, la réforme religieuse et ses progrès en Allemagne, en France et en Suisse, le divorce de Henri Vili, le mariage de sa fille Marie avec Philippe II, la conquête du Portugal, l’insurrection des Pays-Bas, les guerres de la ligue, etc. etc. Il est vrai que tous ces faits ont eu leurs historiens, mais aucun écrivain n’a pu mettre à profit les documents dont nous parlons. Leur publication aura pour résultat de répandre un jour nouveau sur tant et de si graves événements, et de faire apparaître leurs véritables causes, en initiant les lecteurs aux secrets les plus cachés du cabinet espagnol pendant l’époque de sa plus grande influence. Ce n’est plus ici l’écrivain qui , forcé de plaire à ses lecteurs et de les intéresser, dispose ses

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tableaux clans ce but; ce sont les acteurs eux-mêmes, princes, empereurs, hommes d’état, qui racontent la part qu’ils ont prise aux événements, le rôle qu’ils y ont joué, et qui en parlent avec d’autant moins de réticence qu’ils se croyaient assurés que jamais leurs confidences ne seraient rendues publiques. C’est donc à cette collection qu’il faudra désormais recourir pour décrire les règnes de Charles-Quint, de François Ier et de leurs successeurs immédiats; la marche du protestantisme en Allemagne et son influence sur les troubles de la France et des Pays-Bas : c’est la source pure et féconde à laquelle devront puiser les nouveaux historiens de ce siècle si mémorable, où les grands politiques n’ont pas plus manqué que les grands capitaines.

Avant de dire comment s’est formée cette précieuse collection , il est nécessaire de donner quelques détails sur le cardinal de Granvelle, sur sa famille, ainsi que sur les principaux personnages qui furent employés sous sa direction, et dont les correspondances sont autant de parties du vaste recueil que nous publions.

Au nombre des hommes d’état que vit briller le xvie siècle se distingue le chancelier Perrenot, père du cardinal de Granvelle. Quoique son origine ne fût point aussi obscure que l’ont prétendu des écrivains mal instruits ou passionnés, son élévation fut si prompte , il y a quelque chose de si extraordinaire dans la durée de son crédit, que l’on est bien forcé de lui reconnaître, outre des talents supérieurs pour le maniement des affaires, des qualités plus rares encore; c’est-à-dire, beaucoup de droiture, de loyauté et de désintéressement; car, en politique comme en tout , les honnêtes gens sont toujours les plus habiles.

Nicolas Perrenot, né en i486, à Ornans, petite ville du

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comté de Bourgogne, était fils « d’un homme noble et riche,

« qui avait eu des charges considérables dans la province h » Après avoir achevé ses études à l’université de Dole, il revint à Ornans exercer les fonctions d’avocat du roi au bailliage de cette ville. En 1 5 1 3 il épousa Nicole Bonvalot, femme d’un rare mérite, et qui sut le seconder parfaitement dans ses projets pour l’élévation de sa nombreuse famille. Nommé conseiller au parlement de Dole en i5i8, il fut fait, dès l’année suivante, maître des requêtes de l’hôtel de l’empereur, et ne tarda pas à être employé dans les affaires les plus importantes. Marguerite d’Autriche, comtesse de Bourgogne et gouvernante des Pays-Bas, le chargea de la représenter aux conférences de Calais, en i5ai ; la manière dont il s’acquitta de cette mission lui valut de nouvelles marques d’estime de sa souveraine. En 102 6 il fut un des négociateurs espagnols chargés de rédiger le traité de Madrid, qui mit fin à la captivité de François Ier; et il ne tint pas à lui que les conditions n’en fussent moins dures.

Envoyé en France par Charles-Quint pour surveiller l’exécution de ce traité, il ne quitta Paris qu’en iÔ28, lorsque François Ier déclara de nouveau la guerre à l’empereur. Dans l’audience de congé qui lui fut accordée le 28 mars, le roi lui témoigna le regret d’avoir été forcé d’user à son égard de sévérité, par représailles de celle qu’avait montrée Charles- Quint pour les ambassadeurs français, et l’assura de toute sa bienveillance1 2. Chargé en i532 detravailler à ramener l’électeur

1 Projet de la vie du cardinal de Granvelle, par l’abbé Boisot, p. 4o.

2 Dans l’audience de congé de Nicolas Perrenot, François Ier lui témoigna «qu’il « lui a déplu très-fort qu’il ait été contraint « de ne le traiter si gracieusement et si

«humainement que par le bon et hon- « nête office qu’il a fait il a très-bien mé- « rité ; qu’il n’a sans doute tenu à lui que « les choses n’aient pris meilleure issue par « son bon zèle et affection pour le bien de « la paix ; mais , comme ses ambassadeurs

NOTICE PRÉLIMINAIRE, de Saxe à la religion catholique, il échoua dans sa négociation; mais l’empereur reconnut que dans cette circonstance il avait fait « tout ce qui pouvait s’attendre de l’homme le plus con- « sommé1. » Il fut mis à la tête des affaires pendant la dernière maladie de Mercurin de Gattinara et lui succéda, non, comme le disent les historiens franc-comtois, dans la charge de chancelier, qui fut supprimée, mais dans la confiance de son maître, qui le nomma son premier conseiller et garde des sceaux des royaumes de Naples et de Sicile. 11 accompagna Gharles-Quint en 1 535 dans son expédition de Tunis, dont il écrivit l’histoire2. En 1 53 9 il présida le colloque de Worms, où il prononça un discours qui fut imprimé 3 ; il se rendit la même année à celui de Eatishonne, et en 1 545 il assista à l’ouverture du concile de Trente. De retour en Allemagne, il présida une diète à Worms, dont le résultat fut de suspendre les troubles religieux. Il travaillait à rapprocher les partis par des concessions mutuelles, lorsqu’il mourut à Augsbourg, le 28 août i55o, âgé de soixante-quatre ans. Gharles-Quint en apprenant sa mort écrivit à Philippe II : « Mon fds, nous avons perdu , vous et moi, un bon « lit de repos. » Son corps, apporté à Besançon, y fut inhumé dans une chapelle qu’il avait fait construire dans l’église des Carmes pour servir à sa sépulture et à celle de sa famille.

Le seul reproche qu’on ait fait à ce grand ministre, c’est d’avoir trop aimé l’argent; mais on sait que c’est le reproche

«en Espagne avaient été pris et détenus «contre tout droit et bonnes coutumes, il « ne pouvait point ne pas faire le sem- «blable, à son grand regret; mais que, « où il pourra l’obliger en son particulier, il « le fera de bien bon cœur. » (T. I, p. 352.)

1 Projet de la vie du. cardinal de Granvclle, par l’abbé Boisot.

1 II signa le traité conclu entre l’empereur et le bey Muley-Hassan , inséré au tome II.

3 Ce discours fut réimprimé par les soins de G. Cousin, à la suite de l’ouvrage de Guill. Paradin : De antiquo statu Burgundiœ. (Bâle , vers 1 542 , in-8°. )

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banal adressé par l’envie à tous les hommes en place : d’ailleurs, avec ses vues généreuses, il ne pouvait avoir l’abnégation d’un cénobite. Dès 1 53 6 il avait fait construire à Besançon un palais où se trouvaient réunis par ses soins des tableaux de tous les grands maîtres d’Italie, des Pays-Bas et d’Allemagne. Son but était d’exciter le goût des arts parmi ses compatriotes, en leur mettant sous les yeux les chefs-d’œuvre des principales écoles b II fonda dans cette ville, en 1 545 , un collège pour l’enseignement de la théologie et des langues grecque et latine. L’un des premiers professeurs du nouvel établissement fut François Richardot1 2, qui succéda depuis au cardinal de Granvelle sur le siège épiscopal d’Arras, et qui concourut à l’érection de l’université de Douai, où il ne dédaigna pas de donner lui-même des leçons.

«Il faudrait de gros volumes, dit Ferdinand Lampinet « ( Histoire manuscrite du parlement de Dole ) , pour parler digne- « ment de notre chancelier, le plus grand homme qu’ait ja- « mais porté notre province; aucun n’ayant si bien servi son « prince et fait tant d’honneur à la patrie , soit par ses hauts « emplois , soit par les personnes dont il a fait la fortune , les « grands bâtiments qu’il a fait élever en divers endroits de «l’Europe; les meubles superbes, les bronzes, les marbres, «les tableaux des plus excellents peintres, les tapisseries et « les joyaux dont il a enrichi la province. Sa mémoire doit y « être en éternelle bénédiction , ainsi que dans toute la monar-

1 Cette galerie, accrue par le cardinal de Granvelle, a fait. l’un des plus beaux ornements de Besançon. Jean -Jacques Chilïlet en parle avec enthousiasme dans la Ire partie du Vesuntio, imprimé en 1618.

Les principaux tableaux dont elle se com-

posait furent enlevés par Louis XIV après la réunion de la province à la France, en 1674, et se trouvent encore aujourd’hui au Musée royal.

2 On a une vie de ce prélat dans les Mémoires de l’académie de Bruxelles , t. IV

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« chie espagnole , dont la splendeur et le lustre ont fini avec « la famille de ce grand conseiller h »

Nicolas Perrenot avait eu le bonheur de trouver dans ses beaux-frères, François Bonvalot et Jean de Saint-Mauris, deux hommes capables de le seconder dans ses vues pour l’avancement de sa famille et la prospérité de la province.

François Bonvalot descendait d’une famille de Besançon , déjà distinguée dans le xme siècle, et qui avait sa chapelle sépulcrale dans l’église des cordeliers ou frères mineurs de cette ville 2.

Après avoir achevé ses études à l’université de Dole, il s’y fit recevoir docteur en droit. Incertain d’abord sur la carrière qu’il embrasserait, il se décida pour l’état ecclésiastique, et bientôt il fut pourvu de plusieurs bénéfices, notamment d’un canonicat du chapitre de Besançon, dont plus tard il devint le grand trésorier. C’était un homme né avec le génie des affaires; et Perrenot, son beau-frère, ayant facilement reconnu sa capacité, le fit nommer, vers 1 028 , conseiller et maître des requêtes de l’empereur Charles -Quint. Peu de temps après Bonvalot fut envoyé à Borne, chargé d’une mission sur laquelle

« Ce grand homme et ses fils, ajoute Ferdinand Lampinet, ont établi et enrichi « plus de soixante familles en ce pays. Ils ont bâti des palais à Madrid, à Naples, « à Rome, en Flandre et en Bourgogne.

'< Il y a dans cette province divers bâli- « ments superbes qu’ils ont fait construire, « à Besançon, à Ornans, à Dole; des châ- « teaux dans les villages de Chantonnay , « de Fresne-le-Châtel , de Maiche en Mon- « tagne, de Scey en Varay, de Vaux, près t de Besançon, qui seront des monuments « éternels de leur gloire et de leur magnili ficence. » ( Histoire du parlement de Dole. )

3 Les témoins entendus dans l’enquête ordonnée pour prouver la noblesse d’Antoine de Granvelle, postulant un canonicat du chapitre de Liège , déposent que cette chapelle renferme plusieurs monuments de sculpture antique en pierre et en marbre, représentant divers personnages de la famille des Bonvalot avec leurs armoiries, qui se voyaient aussi dans différents autres endroits de la ville, notamment à leur chapelle de l’église de Sainte- Magdeleine. ( Mémoires de dom Prosper Lévesque. )

NOTICE PRÉLIMINAIRE. vu

on n’a pas de renseignements précis; mais la manière dont il s’en acquitta lui fit beaucoup d’honneur. Il se rendit à Genève, en 1 53o, avec le président de Bourgogne , Hugues de Marmier, pour offrir aux Génevois l’intervention de l’empereur dans les différends qu’ils avaient avec leur évêque et le duc de Savoie au sujet de la juridiction et seigneurie de leur ville.

Nommé la même année à l’ambassade de France, qui était déjà la première de toutes, il remplit avec distinction ce poste difficile jusqu’en i532. Il n’était pas de retour en Bourgogne lorsqu’il fut pourvu de l’abbaye de Saint-Vincent de Besançon, l’un des principaux bénéfices du diocèse (janvier 1 537). Dix ans plus tard, et sans doute après de nouveaux services, il joignit à cette abbaye celle de Luxeuil. 11 fut envoyé en 1 544 auprès des Ligues suisses pour assurer la neutralité de la Bourgogne en cas de guerre. Bonvalot était à Spire, près de l’empereur, lorsqu’il fut élu par le chapitre archevêque de Besançon. Cette élection, que les citoyens accueillirent avec de grandes démonstrations de joie 1, devint la source de longs débats. Le dernier archevêque, Pierre de la Baume, s’était donné pour coadjuteur son neveu Claude, alors âgé de six à sept ans, et la cour de Rome avait confirmé cet enfant dans la possession de l’archevêché. Bonvalot, en défendant la validité de son élection, soutenait les droits de son chapitre, qui lui étaient plus chers que son propre intérêt. Il n’eut pas de peine à démontrer l’incapacité de son compétiteur, ainsi que la nécessité de placer à la tête d’un diocèse entouré de toute part des partisans de la réforme un prélat qui, par sa fermeté, sût imposer aux sectaires; mais tout fut inutile. Heureusement Nicolas Perrenot trouva le moyen de rapprocher les parties par un accord signé le 2 4 septembre 1 544 et qui

1 Voyez les Documents inédits pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, t. II.

vili NOTICE PRÉLIMINAIRE,

reçut l’approbation de l’empereur et du souverain pontife. Il fut convenu qu’en attendant que Claude de la Baume eût atteint l’âge prescrit par les canons pour occuper le siège archiépiscopal, Bonvalot resterait l’administrateur du diocèse pour le temporel et pour le spirituel, avec le tiers des revenus. Il ne prit possession de son siège que le 20 août 1 545 b

Malgré les occupations que lui donnaient ses nouvelles dignités, Bonvalot fut député, en i546, près de la duchesse douairière de Lorraine, pour la décider à remettre la ville de Stenay entre les mains de Charles-Quint. L’estime que la duchesse lui témoigna dans cette circonstance décida l’empereur à le charger, en i55o, delà délimitation du comté de Bourgogne avec la Lorraine. Depuis longtemps il jouissait de la confiance absolue de Charles-Quint, « qui ne connaissait, après « Gran velle, personne de plus capable que l’abbé de Saint- « Vincent1 2. » Aussi rien d’important ne se faisait dans la province sans sa participation. Le gouverneur, M. de Vergy, avait reçu l’ordre de le consulter dans tous les cas extraordinaires, et de prendre toujours son avis en grande considération. Bonvalot, jaloux de ses privilèges, n’était pas disposé à en rien céder. En i552 il refusa de reconnaître à M. de Vergy luimême le droit de mettre en réquisition les habitants de Luxeuil pour travailler aux fortifications de Gray; mais il lui fit offrir

1 Toutes les pièces relatives à cette affaire ont été recueillies par Jules Chiiïlel, et forment le 34e volume des Mémoires de Granvelle. Comme ce recueil, d’un grand intérêt pour le diocèse de Besançon , n’en offre pas un égal pour l’histoire générale , nous n’en avons tiré aucune pièce pour cette publication.

2 «Après Granvelle, dit -il dans son « instruction secrète à son fils Philippe II,

« dressée en 1 545, je ne connais personne « de plus capable en ce genre que François « Bonvalot , son beau-frère, abbé de Saint- « Vincent, et que j’ai chargé de l’ambas- « sade de France. Il travaille comme lui à «l’avancement de sa famille, mais il n’a « guère moins de capacité , d’expérience et «de dignité.» ( Mémoires de D. Lévesque, t. I", p. i79.)

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en même temps de lui prêter, s’il en avait besoin pour le service de l’empereur, mille écus et deux cents marcs de vaisselle d’argent doré l. Depuis qu’il était à la tête du diocèse, rien ne se faisait que par sa volonté. Appréciant les talents et les services que pouvait rendre François Richardot, alors professeur au collège de Granvelle, il le pourvut d’un canonicat de sa cathédrale; et en 1 5 54 , malgré l’opposition de Claude de la Baume , il le nomma son suffragant et le fit sacrer évêque , sous le titre de Nicopolis.

Fatigué cependant d’une lutte continuelle contre un parti puissant, il se démit de l’administration du diocèse en i556. Deux ans après, il résigna ses principaux bénéfices à son neveu, le cardinal de Granvelle. Déjà malade de la pierre, il souffrit plusieurs années d’atroces douleurs, et mourut à Besançon le 18 décembre i56o. Il fut enterré dans l’église cathédrale de Saint-Etienne , où Nicole , sa sœur, lui fit ériger un tombeau magnifique ( splendidum tumulum ), décoré d’une épitaphe honorable que Chifflet rapporte dans son Vesuntio (IIe partie, page 2 35). Bonvalot aimait et cultivait les lettres; il était en correspondance avec Erasme, qu’il tenta d’attirer à Besançon2. Jean de Saint-Mauris, son beau-frère, dont nous allons parler, lui dédia son traité de Restitutione in integrum.

Jean de Saint-Mauris « tiroit son origine d’un qui étoit « du conseil de la ville de Dole , en l’année que cette place fut «prise, du temps de Louis XI, qui fut i 4 7 9 3 - » Il était professeur en droit à l’université de cette ville lorsqu’il épousa

1 Douze cents marcs , suivant D. Grap-

pin ;mais cette quantité est trop considérable pour ne pas faire supposer une erreur. ( Histoire manuscrite de l’abbaye de Luxeuil. )

1 Le recueil des lettres d’Erasme, pu-

blié par Leclerc, en contient un certain nombre adressées à F. Bonvalot, qui, plusieurs fois, n’y est désigné que sous le titre de grand trésorier de Besançon.

3 Jules Chifflet, Généalogie des diverses maisons du comté de Bourgogne.

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Étiennette Bonvalot, sœur cadette de Mme de Granvelle; et bientôt il obtint, par le crédit de Nicolas Perrenot, son beau-frère, une place de conseiller au parlement. Appelé peu de temps après au conseil d’état de Flandre, ibfut, en 1.544, nommé à l’ambassade de France. Il montra dans cette place beaucoup de prudence et d’habileté, ainsi que le prouve la correspondance de son ambassade, qui fait partie des Mémoires de Granvelle. Pendant son séjour à Paris, il y fit imprimer son traité de Restitutione in integrum, ouvrage très-remarquable en son. genre, et qui eut plusieurs éditions. Il fut rappelé en i548 à Bruxelles, pour y remplir la place de président du conseil d’état et des finances. L’affaiblissement de sa santé l’ayant obligé de se démettre de cette charge, il revint à Dole, où il mourut en 1 555 , laissant plusieurs enfants, dont l’aîné, Jacques, connu sous le nom de prieur de Belle-Fontaine, fut l’ami le plus cher et le plus intime confident du cardinal de Granvelle.

De Jean de Saint-Mauris descendait le prince de Montbarrey, ministre de la guerre sous Louis XVI, et dont la postérité mâle finit dans la personne du prince de Saint-Mauris, colonel du régiment de Monsieur (infanterie) , mort, en 1794, sur l’échafaud révolutionnaire.

Nicolas Perrenot avait eu de son mariage avec Nicole Bonvalot quatorze enfants : trois moururent en bas âge, onze lui survécurent; six filles, toutes mariées avantageusement dans la province1; et cinq fils : Antoine, cardinal de Granvelle; Thomas de Chantonnay, comte de Cante-Croix ; Jérôme de Cham-

1 «Outre ses cinq garçons, il eut six «triste méthode du temps présent.» (Fer-

« filles de dame Nicole Bonvalot , qu’il ma- dinand Lampinet, Histoire manuscrite du

« ria toutes de son vivant, sans en empri- parlement de Dole , f° 122.)

« sonner aucune dans des couvents, selon la

NOTICE PRÉLIMINAIRE, pagney, baron d’Antremont; Charles, abbé de Faverney; et Frédéric, qui prit, après la mort de son frère Jérôme, le nom de Champagney.

Jérôme, nommé par Charles-Quint gouverneur de Guillaume de Nassau, héritier de la maison de Châlons, l’accompagna dans les grandes guerres contre la France et mourut au mois d’octobre 1 554 , à Béthune, âgé de trente ans, « d’une « arquebusade qu’il avait reçue au siège de Montreuil l. »

Charles Perrenot, né à Bruxelles le 9 janvier 1 53 1 , et destiné par ses parents à l’état ecclésiastique, fut pourvu fort jeune de plusieurs riches bénéfices. Il aurait été certainement élevé à l’épiscopat, sans la répügnance qu’il ne cessa de montrer pour les devoirs d’une position qu’il n’avait pas choisie. Il mourut dans son abbaye de Faverney, au mois de juin i56y, laissant la réputation d’un homme doux et d’un commerce agréable 2.

Les deux autres frères du cardinal de Granvelle, ayant joué un rôle plus important dans les affaires de leur temps, méritent une mention plus étendue.

Thomas Perrenot, connu sous le nom de Chantonnay, né à Besançon le 4 juin iÔ2i, dut à la faveur dont jouissait son père un rapide avancement. Nommé par Charles-Quint gentilhomme de la bouche, puis majordome ou maître d’hôtel du roi son fils, il fut fait encore chevalier de l’ordre d’Alcantara; il servit dans la guerre qu’amena la ligue de Smalcalde, et sut dès lors mériter l’aifection de l’archiduc Maximilien, qui devint plus tard roi des Romains. Philippe II le nomma gouver-

1 Notice snr les maisons de Granvelle * Ses religieux l’avaient surnommé le

et de Saint-Mauris-Montbarrey, par M. Ch. bon abbé. ( Mémoires sur l’abbaye de Faver-

Duvernoy, anc. mag. Besançon, 1889, ney, par D. Grappin , p. 83.) in-8°.

XII NOTICE PRÉLIMINAIRE

neur d’Anvers. Il avait épousé dans cette ville, le A3 septembre 1 549 , Hélène de Bréderode, d’une des premières familles des Pays-Bas.

Son mariage , célébré avec une pompe extraordinaire l, fut honoré de la présence de Gbarles-Quint et de ses deux sœurs, Marie, reine douairière de Hongrie, alors gouvernante des Pays-Bas, et Eléonore, reine douairière de France.

Après avoir été chargé successivement de différentes missions en Allemagne et en Angleterre, il fut nommé, en i56o, à l’ambassade de France. Ce choix déplut à Catherine de Médicis, « qui regardait Chantonnay comme un espion placé près « d’elle pour la surveiller2. » La rude franchise avec laquelle il s’exprimait sur la politique de la reine, et son éloignement pour les concessions qu’exigeaient les protestants augmentèrent les difficultés de sa position : il sollicita lui-même son rappel, mais il ne put l’obtenir qu’en 1 564 3. Philippe II , voulant lui donner une marque de sa satisfaction , le pourvut de la capitainerie de Besançon, et l’année suivante il l’envoya son ambassadeur près de l’empereur Maximilien II. En 1 570 il représenta le cercle de Bourgogne à la diète germanique. La même année, il eut l’honneur d’épouser, au nom de son souverain, la princesse Anne, fille de Maximilien. A cette époque il obtint la permission de revenir à Anvers, où il mourut au mois de février 1671; l’année précédente, sa terre de Cante- Croix, dans les Pays-Bas, avait été érigée en comté par Philippe IL Les mémoires de l’ambassade de Chantonnay en Allemagne font partie de la collection de Granvelle.

1 La description des fêtes de ce mariage s On trouve dans les Mémoires de Condé

fut imprimée à Anvers. (Voyez D. Lé- plusieurs lettres écrites par Chantonnay vesque, 1. 1, p. 182.) pendant son ambassade de France.

2 Projet de la vie du cardinal de Granvelle.

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Frédéric de Champagney, le plus jeune des frères de Gran velle, était, un homme d’esprit, très-actif, mais léger et présomptueux, ne souffrant ni avis ni réprimandes. Né à Barcelone le 3 avril 1 536 , il n’avait pas achevé ses études à la mort de son père, qui l’avantagea dans son testament, «en considération, y est-il dit, de la bonté de son caractère «et de son application. » Il fit ses premières armes en Italie, et plus tard il se trouva à la journée de Renty (1 554), « l’une « des plus belles qui se soit vue1. » Le roi Philippe II, auquel il alla offrir ses services, lui accorda le titre de gentilhomme de sa chambre avec une pension de huit cents livres; peu de temps après il obtint de l’empereur une compagnie de cavalerie. Etant resté en Flandre après le départ du cardinal, il entra dans la ligue des seigneurs flamands, et eut une grande part au fameux traité qu’on appela de l'union ( 1 566 ) . Il était loin de présumer que ce premier acte devait avoir pour résultat l’expulsion des Espagnols d’une partie des Pays-Bas. Zélé catholique, dévoué sincèrement au roi, il n’avait vu dans cette ligue qu’un moyen d’obtenir le redressement des griefs énoncés dans la requête à la gouvernante ; et l’on peut croire que plusieurs de ceux qui l’avaient signée comme lui ne voulaient pas autre chose. A l’arrivée du duc d’Albe, Champagney revint en Bourgogne : il y vivait tranquillement, lorsqu’en 1 57 1 il fut nommé gouverneur d’Anvers.

L’état des esprits n’était alors plus le même dans les Pays- Bas que lorsqu’il en était parti; il ne tarda pas à le reconnaître, et demanda à plusieurs reprises, mais vainement, la permission de quitter le poste difficile où la confiance du roi l’avait placé. La fermeté du duc d’Albe comprimait les mécontents; mais lorsqu’il eut quitté la Flandre et que D. Louis

1 Voyez D. Lévesque, t. I“, p. 193.

XIV NOTICE PRÉLIMINAIRE

de Requesens, grand commandeur de Castille, en fut gouverneur (1573), les insurrections ne tardèrent pas à reparaître. Le recouvrement des impôts ne s’effectua dès lors qu’avec beaucoup de difficultés; et les garnisons espagnoles, mal payées, se mutinaient à -chaque instant pour obtenir leur solde. Champagney, qui continuait d’entretenir des relations avec les chefs de la ligue, se flattait de les ramener à l’obéissance en leur promettant les concessions qu’ils demandaient; et dans sa correspondance il se plaint «que ses dé- « marches allèrent en fumée par la faute du grand commandeur, « homme timide et irrésolu. » .

Au mois de janvier ( 1576 ), il fut envoyé à Londres pour détourner la reine Elisabeth de fournir des secours aux insurgés flamands, et il revint persuadé qu’il avait réussi dans cette importante mission. La mort de don Louis de Requesens augmenta bientôt l’embarras de sa position. Déjà plusieurs fois la garnison révoltée l’avait contraint de quitter Anvers : au sac de cette malheureuse ville ( 4 novembre 1576), son palais fut entièrement dévasté, et lui-même eut beaucoup de peine à échapper aux furieux. Il se réfugia près du prince d’Orange, dont sans doute alors il ne soupçonnait pas les vues , accepta le commandement d’un régiment wallon, et montra tant de zèle pour la cause des Flamands que les états de Brabant lui accordèrent des lettres de naturalisation ( 1er février 1077). Il fut l’un des députés envoyés par les états , le 6 septembre de la même année , au prince d’Orange pour l’engager à se rendre à Bruxelles, à l’effet d’aviser, de concert avec les seigneurs, aux moyens de pacifier le pays. Cette conduite ne pouvait que le rendre suspect au nouveau gouverneur, don Juan d’Autriche. Celuici se contenta d’abord de le faire surveiller1; mais voyant

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qu’il continuait ses relations avec le prince d’ Orange, il fit séquestrer ses' biens tant dans les Pays-Bas qu’en Bourgogne.

Cependant le crédit que Champagney se flattait d’avoir sur les états u’était rien moins que solide. Nommé membre du conseil de Flandre, il ne put s’y faire admettre, à raison de son titre d’étranger; et le prince d’Orange, qui bien évidemment était cause de son exclusion , lui fit accorder, pour colorer cet affront, la charge ou plutôt le vain titre de chef des finances (mars 1 578 ). Ainsi, pour avoir voulu servir en même temps les Flamands et les Espagnols, il perdit la confiance des uns et des autres. Don Juan, qui, sans son affection pour le cardinal, l’aurait sans doute moins ménagé, le laissa quelque temps tranquille à Bruxelles. Cependant au mois d’août, Champagney s’étant chargé de présenter au gouverneur une requête de plusieurs notables habitants de Bruxelles, don Juan saisit ce prétexte pour le faire arrêter. Gardé dans sa maison, il parvint à s’échapper; mais, dans sa fuite, étant tombé entre les mains des insurgés, il fut conduit à Gand, où il resta prisonnier pendant six ans, « détenu si étroitement qu’il n’avait pas même un seul ser- « viteur et ne pouvait voir que ses gardes; et ce, ajoute-t-il , « pour avoir mieux que nul autre soutenu l’église catholique « et l’autorité du monarque. » Granvelle , qui n’avait rien négligé pour éclairer son frère sur l’imprudence de sa con-

1 Don Juan disait , dans une lettre du 2 4 novembre, que le roi n’avait pas dans les Pays-Bas d’ennemi plus passionné que Champagney. Un des amis de Champagney, si ce n’est lui-même, entreprit de justifier sa conduite dans un volume intitulé: Recueil d’Arétophile. (Lyon 1578,

in-4° de 128 pages.) Le cardinal de Granvelle, mécontent de cette justification, témoignait au prieur de Belle-Fontaine, dans une lettre du mois d’avril 1 5 78, la crainte que don Juan ne fît un mauvais parti à Champagney.

xvi NOTICE PRÉLIMINAIRE,

fluite, écrivait le 3 mars i 579 au prieur de Belle-Fontaine. : « Il s’est fait et à nous du mal beaucoup pour être tant de son «'opinion; et sont les choses en termes qu’il est dangereux de « se mêler de ses affaires. »

Malgré le crédit du cardinal et les sollicitations en sa faveur de beaucoup d 'honnêtes gens, Champagney ne recouvra sa liberté qu’en 1 584- Ayant obtenu la permission de rester dans les Pays-Bas, il sollicita vainement, pendant plusieurs années , la restitution de ce qu’il avait perdu, tant au sac d’Anvers qu’à Bruxelles, où sa maison avait aussi été pillée. Des plaintes trop vives contre l’ingratitude du gouvernement espagnol , qu’il croyait avoir si bien servi , ou peut-être de nouvelles imprudences lui firent donner l’ordre, en 1692 , de quitter les Pays- Bas et de retourner en Bourgogne. Il osa demander les motifs d’une telle mesure; mais on lui répondit que, s’il ne partait sur-le-champ , il serait enfermé au château d’Anvers. Cette menace le décida à revenir en Franche-Comté. Il avait été nommé dès 1573 chevalier d’honneur au parlement de Dole; il se fixa dans cette ville, où il mourut vers 1602, époque où se termine sa volumineuse correspondance, remplie de détails curieux pour l’histoire de la province, mais dont nous n’avons pu faire que bien peu d’usage dans cette publication.

Antoine Perrenot, plus connu sous le nom de cardinal de Granvelle, naquit à Besançon le 20 août 1 517. Il fit ses études à Dole, sous la direction de son père, et les continua de la manière la plus brillante à Padoue, à Paris, puis à Louvain, où il prit ses degrés en philosophie et en théologie. Destiné à l’état ecclésiastique, il était déjà pourvu de plusieurs bénéfices avant d’avoir atteint l’âge de recevoir les ordres. Son père, qui l’avait initié de bonne heure aux affaires, le conduisit au colloque de Worms et à la diète de Ratisbonne.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xvii

Nommé, en i54o, à l’évêché d’Arras, il lut député par Charles-Quint au concile de Trente. Il y prononça, le 9 juin 1 543 , une harangue dont l’empereur fut si satisfait qu’il le nomma conseiller d’état. Il prit une part active à toutes les affaires de religion en Allemagne; et, à la mort de son père, il lui succéda dans la confiance de son souverain. Charles-Quint, lors de son abdication, le recommanda d’une manière toute spéciale à Philippe II , pour l’employer dans l’administration de son vaste empire. Dans la fameuse séance où l’empereur résigna sa couronne à son fils, ce dernier, ne pouvant s’exprimer en flamand avec assez de facilité, chargea l’évêque d’Arras de porter la parole aux Etats en son nom. «Granvelle, dans un assez long discours, vanta le zèle de « Philippe pour le bien de ses sujets, la résolution où il était « de consacrer tout son temps et ses talents à faire leur bon- « heur et à imiter l’exemple de son père, en traitant les Fla- « mands avec des égards distingués1. » Placé par Philippe près de sa sœur Marguerite, duchesse de Parme, gouvernante des Pays-Bas, il fut chargé par ce prince de plusieurs négociations importantes , notamment de celles qui se terminèrent par le traité de Cateau-Cambrésis. Lors de l’érection des nouveaux évêchés, il fut nommé premier archevêque de Malines; et, l’année suivante, il obtint, à la demande de Philippe, le chapeau de cardinal ( 1 56 1 ) .

L’élévation de Granvelle et la confiance absolue que lui accordait la gouvernante devinrent bientôt le prétexte des plaintes des seigneurs flamands et de leur résistance aux volontés du roi. N’approuvant pas les mesures que Philippe se proposait de prendre pour rétablir l’ordre dans les Pays-Bas, et ne voulant point concourir à leur exécution, fatigué d’ail-

1 Robertson, Histoire du règne de l’empereur Charles-Quint, t. IV, p. 293.

NOTICE PRÉLIMINAIRE, leurs des injustes préventions dont il était l’objet, Granvelle fit agréer à la duchesse le projet qu’il avait de se retirer dans sa patrie, en alléguant que ses propres affaires y exigeaient sa présence. Sa retraite pouvait être et fut, en effet, considérée par les Flamands comme une disgrâce. A la nouvelle de son départ, ils firent éclater leur joie, et se portèrent même à de graves excès. L’absence du cardinal ne mit point fin à leur haine; car plusieurs années après la populace pilla son palais. Granvelle n’en fut pas moins accueilli par ses concitoyens avec le même honneur et la même allégresse que s’il eût encore été au faîte de la puissance (mai i 564 )• Il était accompagné du fameux Juste Lipse qui, après avoir été son secrétaire, était resté son ami. Pendant son séjour à Besançon, le cardinal parut ne s’occuper que de la littérature et des arts, qu’il aimait avec passion et dont il parlait en vrai connaisseur; mais la correspondance qu’il continua d’entretenir avec la gouvernante des Pays-Bas et plusieurs hommes d’état prouve qu’il n’avait pas cessé de prendre une part active dans les affaires politiques.

Vers la fin de l’année 1 56 5 , il se rendit à Rome dans l’intention d’assister au conclave où Pie V fut élu pape. En i5yo il reçut de Philippe II l’ordre de négocier avec ce pontife et les Vénitiens un traité contre les Turcs. Nommé vice-roi de Naples , il se fit chérir des Napolitains par la sagesse de son administration , dont tous les historiens s’accordent à faire l’éloge. Remplacé dans ce poste éminent, il était revenu à Rome, où il se délassait des fatigues du gouvernement par la culture des lettres, lorsque le roi le pria ( 1 57 5) « de se rendre à Ma- « drid pour lui aider à porter le faix des affaires, dont le dé<- « sordre ne pouvait plus être arrêté par des génies mécjiocres1. »

1 Projet de la vie du cardinal de Granvelle , p. 97.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xix

Elu en 1 584 archevêque de Besançon, il ne crut pas devoir refuser cette nouvelle preuve de l’attachement de ses compatriotes , et donna sur-le-champ sa démission de l’archevêché beaucoup plus riche de Malines. Sentant le besoin du repos, il sollicita vainement de Philippe la permission de venir finir ses jours à Besançon : il mourut à Madrid, le 21 septembre 1 586 , dans sa soixante-neuvième année. Son corps, rapporté, d’après ses intentions, à Besançon , fut inhumé dans le caveau de sa famille, aux Carmes de l’ Ancienne Observance1. Il avait, par son testament 2, institué héritier universel son neveu , Jean-Thomas, seigneur de Maiche, qu’il jugeait propre à perpétuer son nom et sa famille; mais il en fut autrement. Thomas périt en 1 588, à l’âge de vingt-deux ans, sur un des bâtiments de rinvincible Armada destinée par Philippe II à faire la conquête de l’Angleterre. Les biens de Granvelle passèrent à Mme d’Achey, sa sœur, et à ses descendants.

Nous avons huit médailles de différents modules, frappées en l’honneur de Granvelle. Deux n’ont point de revers; quatre portent un vaisseau battu par la tempête, avec le mot durate3 qu’il avait pris pour devise; la septième présente au revers le crucifiement;,et la huitième, le cardinal remettant l’étendard à don Juan d’Autriche, avant la bataille de Lépante , avec ces mots : In hoc signo vinces (9 octobre 1 57 1 41 ) .

Granvelle, à qui les reproches n’ont point été épargnés par

1 Son tombeau fut violé en 1793.

2 Imprimé dans le Diplomatum collectio , d’Aubert Lemire, t. IV, p. 466.

3 Durate , et vosmet rebus servate secundis.

( Æneid . 1 , 207. )

Ce mot durate , que Granvelle avait adopté pour sa devise , se retrouve sur ses

armes et sur les volumes provenant de sa bibliothèque.

4 Ces médailles sont figurées dans le museum Mazzuchellianum j t. Ier, pl. 86et87. Une neuvième médaille de Granvelle fait partie de la Galerie métallique franc-comtoise , publiée à Besançon par M. Maire , artiste distingué.

XX NOTICE PRÉLIMINAIRE

ses détracteurs, leur avait répondu d’avance dans ses lettres à son cousin le prieur de Belle-Fontaine : « C’est là où l’on voit « ce grand homme peint au naturel un peu mieux que dans « toutes les histoires qui ont paru jusqu’ici. En effet, il ne s’y «est point déguisé; il parle à cœur ouvert, et avec tant de « confiance, qu’il ne cache pas même le chagrin que lui don- « naient souvent la lenteur, les injustes défiances et les fai- « blesses de Philippe II.

« Dans toutes ses lettres, si cordiales, si familières, si vives, « on voit un zèle ardent et sincère pour ce même roi dont les « manières lui plaisaient si peu ; un esprit solide et pénétrant , « une générosité admirable envers ses plus cruels ennemis, « une fermeté à l’épreuve de toutes les intrigues de la cour, « un parfait mépris des flatteries et des flatteurs, une droiture « incapable du moindre déguisement , un cœur noble et infini- « ment au-dessus de la calomnie et de la médisance, quoiqu’il «n’y fût pas insensible; jamais de pensées fausses, jamais de sentiments bas, faibles; jamais de maximes licencieuses «ou violentes; au contraire, partout de la bonté et de la li- «béralité, de l’amitié, de la probité, de la véritable piété; et, « sur la fin, un grand dégoût du monde, une forte résolution « de quitter la cour pour venir mourir tranquille dans le sein « de sa patrie 1. »

Aucun ministre, avant lui, n’avait fait plus en faveur des lettres et des arts. Il faudrait une longue liste pour citer seulement les noms des littérateurs, peintres, graveurs et dessinateurs qu’il soutint de sa munificence et dont il sut exciter ou récompenser les travaux. Nous avons déjà parlé du célèbre fondateur de l’université de Douai, F. Ricliardot, qui lui succéda sur le siège d’Arras, et de Juste Lipse, qui le suivit

1 Projet de la vie du cardinal de Granvelle , p. 3 7.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xxi

à Besançon dans sa retraite. Il était l’intime ami du cardinal Sadolet, l’un des premiers littérateurs du xvie siècle; les Aide, qui furent en Italie ce que les Estienne furent pour la France , reçurent de Granyelle de nombreuses marques d’encouragement. On sait que ce fut à l’instigation, sous les auspices et en partie aux frais du cardinal , que le fameux Plantin, d’Anvers, donna son édition de la Bible polyglotte, ce chef-d’œuvre de typographie; qu’il publia les œuvres de Théophraste, la Somme de saint Thomas, et bien d’autres ouvrages très-recherchés aujourd’hui. Les poètes Gambara et Michel Toxita , les érudits Etienne Pighius et Pierre Nannius, l’antiquaire Fulvio Orsino, et le savant Antoine Lulle étaient au nombre de ses protégés; Suffride Petri, qui publia plusieurs classiques inédits, était son bibliothécaire; les Francs-Comtois, Anatole Desbarres, de Salins, gentilhomme delà chambre de l’empereur, auteur d’un éloge de Charles-Quint et d’un traité de mathématiques; Antoine Garnier, de Besançon, d’abord secrétaire du cardinal, puis de l’empereur, dont il écrivit aussi la vie; Jean Morelot et Jean de Gilley, qui dédièrent chacun un poème à Granvelle; un autre de ses secrétaires, Louis Marchant, de Salins, qui traduisit en français plusieurs vies de Plutarque; bien d’autres enfin, qu’il serait trop long de nommer, lui devaient soit des pensions, soit des places, soit des distinctions honorifiques. Granvelle aimait et cultivait avec prédilection l’astronomie, la physique, la médecine et toutes les sciences naturelles connues de son temps. Des relations étroites l’unissaient avec l’alchimiste Nie. Guibert, dont il partageait quelquefois les travaux. Son goût pour les antiquités était tel qu’il employait un grand nombre d’artistes en Italie et en Sicile à les rechercher et à les dessiner. Antoine Morillon, frère de Maximilien dont nous parlerons plus tard, était un des plus

NOTICE PRÉLIMINAIRE, remarquables ; on sait que c’est le cardinal qui fit dessiner et publier à ses frais par le peintre Sébastien d’Oya, et le graveur Jérôme Cock, les magnifiques thermes de Dioclétien; et l’on peut dire que presque tous les savants, littérateurs et artistes de l’Europe se sont trouvés en rapport avec ce grand homme et ont été encouragés par ses faveurs ou honorés de son amitié. On compte plus de cent ouvrages que leurs auteurs lui ont dédiés.

Comme ministre, on rend depuis longtemps à Granvelle la justice qui lui a été refusée pendant sa vie. Protestants et catholiques conviennent que si les affaires des Pays-Bas eussent pu être réglées par la voie des négociations, ce n’eût été qu’en suivant la marche qu’il avait indiquée. Pendant sa vice-royauté de Naples il eut f occasion d’appliquer ses principes de gouvernement, et, de l’aveu de Giannone, que l’on n’accusera pas d’être trop favorable aux ecclésiastiques, le royaume de Naples se ressentit longtemps des bons effets de son administration sage et ferme en même temps.

On lui a reproché, ainsi qu’à son père, de s’être efforcé d’élever sa famille et de l’enrichir1. Quant à son père, c’était une chose naturelle que, parvenu aux premières dignités de l’état, il s’occupât d’assurer à ses nombreux enfants une existence honorable ; mais pour le cardinal , s’il rechercha la fortune, ce fut en homme supérieur, qui ne l’estime que par l’emploi généreux qu’on peut en faire. Il est bien évident que, sans les grands revenus qu’il tirait de ses abbayes et de ses bénéfices, il n’aurait pu, comme il l’a fait, fonder des collèges, créer des bibliothèques et des musées, encourager les savants et les artistes. A sa mort, après avoir pendant cinquante ans administré les affaires du plus riche souverain de l’Europe, il

1 Mémoires de D. Lèvêque , 1. 1 , p. 1 77.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xxm

ne laissa qu’une fortune très-médiocre; on peut en juger par la modicité des legs qu’un homme si généreux fit à ses meilleurs amis l.

« Jamais ministre ne fut si laborieux ni plus exact que le « cardinal de Granvelle. Il conservait toutes les lettres qu’on « lui écrivait, jusqu’à des lettres de compliments, jusqu’à des «lettres de ses neveux, jeunes écoliers qu’il faisait élever à « Louvain : on peut juger s’il gardait des lettres d’affaires. Il « en avait laissé dans plusieurs coffres une quantité prodi - « gieuse, en différentes langues, toutes notées, apostillées ou « soulignées de sa main, avec plusieurs copies de ses réponses « dans les affaires considérables. C’étaient autant de trésors dont « on ne pouvait prendre trop de soin ; mais on méprise ordinai- « rement tout ce que l’on ne connaît pas. Ces rares monn- « ments de l’habileté du cardinal furent bientôt négligés, «portés dans un galetas, et abandonnés à la pluie et aux « souris.

« Au commencement les domestiques, peu après les enfants «du voisinage allaient familièrement prendre de ces papiers; « ensuite, comme on eut besoin de cinq ou six caisses, un maître «d’hôtel habile, pour montrer qu’il ne laissait rien perdre, «vendit à des épiciers les lettres qui étaient dedans. Enfin «on se trouva si embarrassé de ces paperasses inutiles (on leur «faisait l’honneur de les appeler ainsi) que, pour s’en dé- « faire peu à peu, on les abandonna aux dernières indignités. « Ce fut ce qui les sauva. »

Les détails qu’on vient de lire sont extraits de la lettre dans laquelle l’abbé Boisot raconte à Pélisson la découverte des papiers de Granvelle, ce qu’il avait fait pour les rassembler, et les moyens qu’il avait pris pour empêcher qu’ils ne fussent à

1 Voyez-son testament.

NOTICE PRÉLIMINAIRE

l’ avenir exposés à une nouvelle dispersion. Comme personne n’a jamais été plus au fait que l’abbé Boisot de tout ce qui concerne les Granvelle, nous l’avons plus d’une fois cité précédemment en nous attachant à conserver ses propres expressions : nous continuerons dans la suite à nous appuyer avec confiance sur son témoignage. Mais, avant de parler du grand travail auquel l’abbé Boisot s’est livré sur les papiers de Granvelle, il est nécessaire de faire connaître le modeste savant à qui nous sommes redevables de leur conservation.

Jean-Baptiste Boisot naquit à Besançon, au mois de juillet 1 63 8 , d’une famille ancienne et dont une branche subsistait avec honneur dans les Pays-Bas1. Dès son enfance il annonça pour les lettres et les sciences des dispositions que son père eut soin de cultiver : à dix-sept ans il acheva son cours de droit à l’université de Dole, où il prit ses degrés d’une manière brillante. Envoyé à Paris pour continuer ses études, il y apprit la langue grecque en même temps qu’il se perfectionna dans la langue française. Quoique fort jeune, il y forma dès lors avec Pélisson une amitié qui dura autant que sa vie. En quittant Paris il se rendit en Italie, où il passa trois ans dans la société des savants et des artistes; il y puisa le goût des tableaux et des antiquités, dont il commença à former une collection. Pendant son séjour à Rome, il mérita la protection du cardinal Azzolini, qui voulut l’y retenir en l’attachant comme secrétaire à la reine Christine (de Suède) : sur son refus, le cardinal lui fit obtenir en Franche-Comté deux bénéfices à la nomination du pape, les prieurés de Lachaux et de la Loye.

Il était de retour en Bourgogne en 1662 ; et la même année

' Voyez ie Nobiliaire de Flandre, le Sylloge epistolarum , de Burmann, etc..

NOTICE PRÉLIMINAIRE, il fut nommé l’un des députés du clergé aux états de la province. Les preuves qu’il y donna de sa capacité le firent charger de différentes missions honorables, dont il s’acquitta de manière à accroître encore l’idée qu’on s’était formée de ses talents. Il avait été envoyé près du gouverneur de Milan pour solliciter de lui des secours , lorsque Louis XIV fit en quelques semaines la conquête de la Franche-Comté, en 1668 : il 11’y revint qu’après qu elle eut été rendue à l’Espagne.

Prévoyant une nouvelle invasion de la province , il résolut de se retirer en Savoie pour y attendre le résultat des événements. Il se trouvait en 1674 à Turin, lorsque Louis XIV, qui avait établi son quartier général au prieuré de la Loye, achevait pour la deuxième fois la conquête de la Franche- Comté l. L’abbé Boisot, qui ne pensait pas que le sort des armes pût le dégager de ses obligations envers son souverain, se condamna à un exil volontaire. Après avoir passé quelque temps en Savoie, il se rendit en Espagne, où il demeura deux ans, dont il employa une partie à explorer les précieux manuscrits de la bibliothèque de l’Escurial. Lorsque la province eut été définitivement réunie àia France (1678) , il revint à Besançon, résolu de rester désormais étranger aux affaires publiques pour ne s’occuper que de ses projets littéraires.

Pendant son absence , son frère, aîné , Claude Boisot , s’étant fort avancé dans la faveur du marquis de Louvois, qui l’avait fait nommer maître des requêtes au parlement , employait son crédit à élever sa famille. Il concourut donc à faire obtenir à son frère l’abbaye de Saint-Vincent de Besançon 2; mais il est certain que la recommandation de Pélisson ne lui fut pas inutile, et il a consigné l’expression de sa reconnaissance à son

1 Lettre de l’avocat Moreau sur la mort 2 C’était le troisième bénéfice de la

de l’abbé Boisot. province. On a vu que Bonvalot et le car-

XXVI NOTICE PRÉLIMINAIRE

ancien ami dans la lettre que nous ayons déjà citée1. Cet accroissement de fortune ne servit qu’à faire mieux éclater la générosité naturelle de l’abbé Boisot. Dans une disette qui affligea la province, et particulièrement la ville de Besançon, il mit si peu de mesure dans ses largesses aux indigents, qu’après avoir épuisé ses greniers et donné tout ce qu’il avait d’argent, montant à près de douze mille livres, il se vit obligé d’emprunter vingt pistóles pour subvenir aux dépenses de sa maison.

Sa mort, arrivée le 4 décembre 1694, fut un sujet de deuil pour les habitants de Besançon. Les magistrats délibérèrent de lui faire célébrer un service public et d’y assister en corps; honneur qui jusque-là n’avait été rendu qu’aux souverains et aux gouverneurs de la province.

L’abbé Boisot avait recueilli dans ses voyages des tableaux, des marbres, des bronzes et des antiquités de toutes sortes; il en avait formé un cabinet qu’il se faisait un plaisir de montrer aux curieux. En 1 664 il avait acquis du comte de la Baume- Saint-Amour2 les débris de la magnifique bibliothèque du cardinal de Granvelle, et n’avait rien épargné pour l’augmenter des meilleurs ouvrages, achetés en France, en Espagne et en Italie. Par son testament il légua toutes ses collections aux religieux de son abbaye de Saint- Vin cent, sous la condition d’en faire jouir le public. Les livres de l’abbé Boisot, qui forment le premier fonds de la bibliothèque de Besançon, en sont encore la partie la plus précieuse3.

dinal de Granvelle en avaient été successivement pourvus. Boisot fut nommé abbé de Saint-Vincent en 1680.

1 « Mais , dit-il à Pélisson , quand je >< considère queje vous dois tout, que par « vos bons offices le roi m’a rendu le plus

«riche, c’est-à-dire le plus content de ses « sujets , etc. »

2 Charles-François de la Baume-Saint- Amour, colonel du régiment de Bourgogne, mort après 1707, sans avoir été marié.

3 Dans une le.ttre sur la collection des

NOTICE PRÉLIMINAIRE

Il existe deux éloges de l’abbé Boisot : l’un par M. Moreau , avocat général à la chambre des comptes de Dijon, imprimé in-4° et reproduit dans le tome IV de la Continuation des mémoires de littérature, par le père Desmolets; l’autre, par M. Bosquillon , de l’académie de Soissons , en forme de lettre à Mlle Scudéry, et imprimé dans le Journal des Savants de l’année 1695, page 2 04. Le premier est suivi de quelques pièces de vers, dont une en français, par Mlle Scudéry; les autres sont en latin, par les poètes dijonnais de l’époque; la plus remarquable est du célèbre La Monnoie.

On n’a de l’abbé Boisot que quelques extraits de ses lettres à l’abbé Nicaise, à Pélisson et à Mlle Scudéry, imprimés dans le Journal des Savants, et son Projet de la vie du cardinal de Granvelle1, inséré dans le volume que nous avons cité de la Continuation des mémoires de littérature.

On s’étonnera peut-être qu’un homme doué d’autant d’esprit et si laborieux n’ait cependant produit aucun ouvrage de quelque étendue; mais l’abbé Boisot, malgré les encouragements qu’il recevait de toute part, avait une extrême défiance de ses forces ; d’ailleurs, la meilleure partie de sa vie se passa dans les voyages qu’il entreprit pour son instruction ou

manuscrits de Granvelle, dii 2 5 décembre i834, M. G'achard, archiviste général du royaume des Pays-Bas , dit que M. le comte de Cobentzel , ministre plénipotentiaire de l’impératrice Marie-Thérèse, eut en 1764 l’intention d’acquérir la collection de Granvelle , qui était alors la propriété de l’abbaye de Saint-Vincent , pour la faire transporter à Bruxelles dans la bibliothèque des ducs de Bourgogne. Les bénédictins de Saint- Vincent étaient alors chargés de la conservation des manuscrits de Granvelle comme de la bibliothèque léguée à la ville par

l’abbé Boisot; mais ils n’en avaient pas la propriété; ils n’auraient pu, sans manquer à leur devoir, en aliéner la moindre partie. L’intention de l’abbé Boisot, en léguant ses livres et ses collections aux bénédictins , n’avait point été de leur en faire don, mais bien à la ville de Besançon , dont le magistrat fit placer les armes de la cité sur la plupart des volumes de l’ancienne bibliothèque, dite de Saint-Vincent.

1 Cet opuscule n’est point daté ; mais , comme il est postérieur à l’ouvrage de Pélisson, De la tolérance des religions, im-

xxvin

NOTICE PRÉLIMINAIRE, dans les missions qui lui furent confiées. Ajoutons que, lorsqu’il fut en possession des manuscrits du cardinal de Granvelie , il se dévoua tout entier à les lire , à les classer et à les expliquer.

Ce fut Jules Cliifïlet 1, l’un des derniers savants de cette famille illustre dans les lettres, qui sauva les papiers de Granvelle d’une destruction que l’on pouvait croire inévitable. « Il s’en fit apporter une grande quantité, qu’il parcourut avec « le plus vif intérêt. » Son dessein était sans doute de les mettre en ordre pour les conserver; mais il mourut avant d’avoir pu l’accomplir. L’abbé Boisot acquit alors ces papiers des héritiers de Jules Cbifllet, et ramassa de côté et d’autre tous les débris de ce grand naufrage. Le comte de Saint-Amour et le baron de Thoraise 2 lui donnèrent ce qui leur en restait. Il acheta ce qui était encore dispersé dans différentes mains, et un conseiller de ses amis3 lui céda ce qu’il en avait recueilli. Il y ajouta depuis plusieurs pièces originales, tant anciennes que modernes, déterrées en divers endroits; et, pour prévenir un nouveau malheur, il prit soin de les faire relier en quatre-vingts gros volumes in-folio 4.

Notre savant hésita quelque temps sur l’ordre dans lequel il rangerait des lettres qui avaient si peu de rapports entre elles. «Au commencement, dit-il, j’étais tenté de les mettre «toutes pêle-mêle, simplement selon les dates, et je crois « queje n’aurais pas mal fait. Néanmoins, ayant trouvé quan- « tité de dépêches des mêmes ambassadeurs et un fréquent

primé en 1691, ce doit être un des derniers écrits de l’abbé Boisot.

1 II était fils de J. Jacques ChifUet , et mourut en 1676, le 8 juillet, conseiller clerc au parlement de Dole et abbé de Balerne.

2 Philippe-Eugène d’Achey, baron de Thoraise, mort à Besançon le 4 août

3 Philippe-Eugène Chifflet, conseiller au parlement en 1679.

4 Lettre à Pélisson, p. 3a.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xxix

« commerce de lettres entre les mêmes personnes, je résolus de « faire autrement : ainsi, j’ai mis dans des volumes particuliers « ce qui regarde les ambassades de Jean de Saint-Mauris en «France, de Simon Pienard en France et en Angleterre, de « M. de Chantonnay, frère du cardinal, en Allemagne; ce qui « contient treize ou quatorze volumes. J’en ai fait sept autres « des lettres de Joachim Hopperus à Philippe II, apostillées de « la main de ce prince; huit de celles de Maximilien Morillon « au cardinal; deux des lettres écrites à MM. de Vergy, gouverneurs de la Franche-Comté, et six ou sept des correspon- « dances d’un autre frère du cardinal , M. de Champagney, « gouverneur d’Anvers, chef des finances, qui eut tant de part « au fameux traité qu’on appela de l’union. Presque tout le « reste a été rangé selon les dates, sous le nom de Mémoires de «Granvelle, parce que toutes les lettres qui y sont ont été « écrites sous le ministère du cardinal ou de son père. Il y en « a déjà trente-quatre volumes, sans compter les suppléments « que je pourrai y ajouter, car on m’apporte encore de ces « papiers tous les jours. Mais dans ce grand amas il n’y a rien « que j’estime tant que deux gros volumes de lettres, presque «toutes de la main du cardinal, à M. de Belle-Fontaine, son « cousin et son cher ami h »

Avant dé ranger ces lettres, l’abbé Boisot les avait toutes lues, et pour la plupart apostillées; mais comme un grand nombre sont écrites en chiffres, il avait fallu les expliquer, et ce travail lui avait coûté beaucoup de peines. « Je ne serais , «dit-il, jamais venu à bout de les déchiffrer, si, par le plus «grand bonheur du monde, une ligne mal effacée ne m’eût « aidé à deviner le reste2. »

1 Lettre à Pélisson, p. 36.

2 L’abbé Boisot ajoute : « Pour le dire

«en passant, de quelque habileté que l’on « se flatte en ce siècle , il s’en faut beaucoup

XXX NOTICE PRÉLIMINAIRE

C’est après avoir terminé cet immense travail que l’abbé Boisot écrivit à Pélisson la lettre dans laquelle il lui rend compte de tout ce qu’il avait déjà fait pour mettre les papiers de Granvelle à l’abri de la destruction , et ce qu’il se proposait de faire encore pour la gloire de son illustre compatriote. On vient de voir que la collection qu’il avait formée se composait de quatre-vingts gros volumes in-folio, mais qu’il espérait l’augmenter de plusieurs suppléments; et sans doute il l’aurait fait, si sa mort prématurée ne l’en eût empêché l.

La collection de l’abbé Boisot nous est parvenue à peu près intégralement 2. Elle se compose de quatre-vingt-deux volumes, divisés ainsi qu’il suit:

Mémoires et correspondances de Granvelle 35 vol.

Apologie de Charles-Quint 1

Lettres à MM. de Vergy, gouverneurs du comté de Bourg. 2

Ambassade de Jean de Saint-Mauris en France ( 1 5 A A ) 1

de Simon Renard en France et Angleterre ( 1 5A8) . 5

de Thomas de Chantonnay en Allemagne (î 566)... 9

Correspondance de Champagney 6

bayedeLuxeuiL, dit que l’on conservait dans la bibliothèque du séminaire de Besançon six volumes in-folio des manuscrits de Granvelle. Ils en avaient disparu probablement avant la révolution , puisqu’on n’en trouve point de traces dans les inventaires dressés en 1 790 ; on ignore ce qu’ils sont devenus.

2 On en a distrait plusieurs lettres de Charles-Quint, de Marie Stuart, etc. qui n’ont pu être enlevées que par ces collecteurs d’autographes , dont la cupide manie est un des plus grands fléaux des établissements publics.

qu’en matière de chiffres on approche de ce temps-là. Nos chiffres sont embarrassés ; il faut beaucoup de temps pour les écrire, il n’en faut guère moins pour les lire , et après tout il n’y en a point, je dis de ceux dont on peut se servir commodé- 1 ment dans une secrétairerie , qui ne soient ■ assez aisés à déchiffrer : les leurs étaient 1 très-simples , aussi faciles à lire et à dé- < chiffrer que nos caractères ordinaires , et « si bien inventés qu’ils sont au-dessus de « toutes les règles du déchiffrement. » P. 36.

1 D. Grappin, dans son Histoire del’ab-

NOTICE PRÉLIMINAIRE XXXI

Lettres de Joachim Hopperus . 7

Correspondance de Maximilien Morillon 9

du cardinal de Gra livelle avec le prieur de

Belle-Fontaine 3

Lettres du cardinal à divers hommes d’état, avec les réponses. 4

Total 82

A ces quatre-vingt-deux volumes on a réuni le journal , rédigé par Jean de Vandenesse1, des voyages de Charles-Quint et de Philippe II , qui peut fournir des éclaircissements à divers passages de la correspondance, et même suppléer aux lacunes que l’on y remarque.

Maintenant il nous reste à donner de courtes notices sur les personnages dont les lettres ou les mémoires forment les différentes parties de cette collection. Nous avons déjà fait connaître Jean de Saint-Mauris, Chantonnay et Champagney; parlons maintenant de Simon Renard, d’Hopperus, de Morillon et du prieur de Belle-Fontaine.

Simon Renard , né à Vesoul , y remplissait la charge de lieutenant général au bailliage cl’ Amont , lorsque le chancelier de Granvelle , qui lui reconnut du mérite et de la capacité, le tira de cet emploi pour le faire maître des requêtes de Charles- Quint. Le cardinal hérita de l’affection de son père pour Simon

1 Jean de Vandenesse, né à Gray, d’une famille noble, vers la fin du xve siècle, mérita, par son zèle et son talent , la confiance de Charles-Quint, dont il fut, pendant trente - sept ans, le maître d’hôtel. Ce prince, lors de son abdication, le recommanda à Philippe II. Vandenesse se démit de ses fonctions en i56o, et se retira en Frarrçhe-Comté , où il mourut dans un

âge avancé. Le manuscrit que la bibliothèque de Besançon possède de son Journal est précédé de la Dédicace au cardinal de Granvelle. Son fils comparut , dans les Pays-Bas , devant le tribunal de l’inquisition , et l’on conjecture qu’il fut une de ses victimes. Le frère de Jean de Vandenesse mourut évêque de Coria dans l’Estramadure.

NOTICE PRÉLIMINAIRE

Renard , et ne laissa guère passer d’occasions de lui en donner des preuves. Il le fit nommer deux fois ambassadeur, d’abord en France, puis en Angleterre, où il conclut le mariage de Philippe II avec la reine Marie. Le succès de cette négociation, qu’il conduisit avec beaucoup d’habileté, lui valut une place de conseiller d’état en Flandre. Son ambition n’en fut pas satisfaite , et il nourrissait le désir d’être employé d’une manière plus directe dans le gouvernement; il fut donc très-mécontent que Philippe, en quittant les Pays-Bas, l’y eût laissé simple conseiller. Il soupçonna Granvelle de l’avoir desservi près du roi, et, n’écoutant que son aveugle ressentiment, il oublia les services que lui avait rendus le cardinal pour se liguer avec ses ennemis. « C’était un homme fort habile, adroit, ardent, beau « parleur, mais railleur et turbulent 1. » On n’eut pas de peine à lui persuader que, si Granvelle était éloigné des affaires, il le remplacerait près de la duchesse de Parme; et dès lors il ne s’occupa que des moyens de perdre son protecteur. Granvelle, après l’avoir ménagé quelque temps, crut devoir lui rappeler en plein conseil d’état que dans diverses circonstances sa conduite n’avait point été à l’abri de tout reproche. «Renard, indigné qu’on voulut rendre sa fidélité suspecte, « demanda des commissaires pour se justifier et protesta que, «jusqu’à ce qu’on lui eût rendu justice, il ne rentrerait point au « conseil 2. » Après s’être ainsi donné lui-même f exclusion du conseil , il continua de se conduire avec si peu de mesure que le roi lui commanda d’aller servir dans le comté de Bourgogne. A cet ordre, il répondit qu’il n’avait point d’emploi en Franche-Comté, et que, d’ailleurs, sa santé ne lui permettait pas d’obéir. Granvelle avait alors quitté les Pays-Bas. Renard, voyant le peu de fond qu’il devait faire sur les promesses de

1 Projet de la vie du cardinal de Granvelle, p. 106. — * Ibid.

NOTICE PRÉLIMINAIRE, ses nouveaux protecteurs, prit le parti d’adresser au roi une requête « dans laquelle il lui demandait , pour toute grâce , «d’être payé de ses appointements et un certificat des ser- « vices qu’il -avait rendus. » Il partit peu de temps après pour Madrid; mais il y fut reçu très-froidement par le roi, qui ne lui accorda qu’une audience très-courte, et ne voulut plus le revoir. Il y mourut le 8 août 1 57 3 , de chagrin ou autrement \ dit l’abbé Boisot. Les ennemis de Granvelle ne manquèrent pas de lui imputer la mort de Pienard; mais, sans parler du noble caractère de Granvelle, qui rend absurde une aussi odieuse imputation, on a la preuve qu’il fut très-touché de sa mort, et qu’il s’empressa d’olFrir à sa veuve et à ses enfants toutes les consolations et tous les secours qui dépendaient de lui1 2.

Joachim Hopperus, né à Sneek, ancienne ville de la Frise, en 1023, s’était acquis une grande réputation comme professeur en droit à l’université de Louvain. La haute idée que ses ouvrages avaient donnée de ses talents le fit appeler, en 1 554, au conseil d’état de Flandre. « C’était un homme de bien, sage, « discret, froid, pieux et ami de tout le monde. Sa complaisance « pour la gouvernante était si connue , que ses collègues lui « avaient donné le surnom de conseiller oui, madame 3. « Le président Viglius, son compatriote et son ami le plus intime, voulait le désigner pour son successeur à la présidence du conseil d’état; mais Granvelle le fit changer de résolution. Membre du conseil privé en 1 56 1 , il fut appelé en i566 à Madrid par Philippe II, pour y remplir la place de secrétaire d’état et de garde des sceaux au département des affaires de Flandre. Il mourut dans cette ville le 1 5 décembre 1576.

1 Veut-il dire que Renard hâta sa fin? 3 Projet de la vie du cardinal de Gran-

2 Correspondance du cardinal de Gran- velle, p. 96.

velle avec le prieur de Belle-Fontaine.

NOTICE PRÉLIMINAIRE

Hopperus a donné lui-même des détails sur sa vie dans un ouvrage qu’il a intitulé Everardus, du nom d’un de ses fds. Outre un assez grand nombre de traités de droit, qui dans le temps eurent beaucoup de succès , on a de lui un Piecueil et mémorial des troubles des Pays-Bas, morceau curieux, écrit en français et publié par Papendrecbt dans les Analecta Belcjica, t. IV, p. 17-118. La même collection contient les lettres de Viglius à Hopperus. Les réponses d’Hopperus, quePapendrecht croyait perdues, furent retrouvées plus tard par M. de Nélis, évêque d’Anvers, et imprimées, sans doute dans cette ville, par les soins de ce prélat, avant 1794, 1 vol. in-4°. « Ce nou- « veau recueil, dit le savant et illustre éditeur 1 , devient finii dispensable continuation des Analecta de Papendrecht , dont « il forme le septième volume. Nous en ajouterons, s’il plaît « à Dieu, un huitième, qui contiendra les lettres écrites en «italien au cardinal de Granvelle par Marguerite, duchesse «de Parme, signées de la main de cette princesse, et celles « d’Hopperus à Philippe II , d’après les autographes annotés en « espagnol de la main du roi. » Lorsque M. de Nélis écrivait ainsi , il avait été forcé de quitter son diocèse à l’approche des troupes françaises, et vivait retiré dans un couvent de Camaldules, près de Parme. Il mourut dans cette retraite en 1798, sans avoir pu réaliser sa dernière promesse. Son édition des Lettres d’Opperus à Viglius était restée dans les magasins du libraire , qui attendait des circonstances plus favorables pour la mettre en vente; elle parut enfin en 1802 , sous la rubrique d’Ltrecht 2, sans nom d’éditeur.

La collection de Granvelle contient sept gros volumes des

1 Belgicarum rerum Prodromus 'Parme,

Bodoni, 1795, in-8°, p. 101.)

J Nous parlons de ce recueil d’après

l’exemplaire que nous avons sous les yeux; il est possible qu’avant 1802 il en ait paru avec d’autres frontispices.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xxxv

lettres d’Hopperus à Philippe II, toutes annotées de la main de ce prince. « Le style en est bas , le tour grossier, et ce n’est « pas une marque de bon goût en Philippe de s’être accommodé « pendant plusieurs années d’un esprit si borné et si pesant b » Maximilien Morillon , le confident et l’ami de Granvelle , était fils de Guy Morillon, Franc-Comtois, homme très-savant, qui vécut dans une grande intimité avec Erasme, et dont on a les notes sur plusieurs ouvrages d’Ovide2. Né vers 1 5 1 6 à Louvain , où son père s’était établi , il étudia le droit et la théologie à l’université de cette ville et y prit ses degrés d’une manière brillante. Il jouissait de la réputation d’un habile jurisconsulte. Granvelle le nomma chanoine d’Arras et lui donna en même temps la direction des écoles du chapitre. Prévôt d’Aire en i55q, il obtint successivement plusieurs bénéfices: Granvelle, devenu archevêque de Malines, le fit premier archidiacre et vicaire général , et se reposa entièrement sur lui de l’administration de son diocèse et des diverses abbayes qu’il avait dans les Pays-Bas. Ce fut Morillon que Granvelle chargea d’amener Baïus à se soumettre à la censure que la Sorbonne avait faite de quelques propositions de son livre sur le libre arbitre , et il eut le bonheur de réussir dans cette négociation. Il fut l’un des exécuteurs testamentaires de Viglius (1577). Présenté par Philippe II pour l’évêché de Tournay en 1 582 , il prit possession de ce siège le 1 6 octobre de l’année suivante, et mourut le 27 mai 1 586, quelques mois, par conséquent, avant Granvelle, son protecteur et son constant ami. Il fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale, au côté de l’évangile, avec une épitaphe rapportée dans le Gallia christiana, t. III, p. 2 43.

Projet de la vie de Granvelle, p. g6. Quint, et de sa sœur Éléonore, reine de a II avait été secrétaire de Charles- France.

NOTICE PRÉLIMINAIRE

«Morillon, dit Boisot, avait non-seulement un très-grand « esprit et un profond savoir, mais encore une probité singu- «lière et une adresse admirable. Il était laborieux, agissant, « constant, généreux, fidèle, doux, discret, désintéressé, digne « enfin d’être un des plus chers amis du cardinal de Granvelle, «son confident, son grand vicaire, son intendant, son tout. « Il avait le chiffre du cardinal; il lui rendait un compte exact « de ce qui se disait, de ce qui se faisait, de ce qui se passait « à la cour de Bruxelles : rien n’était oublié , et il semble qu’il « eut le secret de lire dans le cœur des personnes les plus dis- « simulées.

« Ce qui me paraît le plus estimable dans ses lettres , outre «la netteté et l’exactitude, c’est une noble hardiesse à ne rien « déguiser, et à ne rien adoucir de ce qu’il apprenait qu’on « trouvait à redire dans la conduite du cardinal. Un ami si « éclairé et si sincère ne se pouvait payer. Mais peu de mi- « nistres s’accommoderaient de cette espèce d’amis; et ce n’est « pas une des moindres marques de la solide vertu et du bon « esprit de Granvelle que d’avoir aimé jusqu’à la mort un « homme qui lui disait si librement ses vérités. »

Jacques de Saint - Mauris , plus connu sous le nom de prieur de Belle-Fontaine, était fils de Jean de Saint-Mauris dont nous avons parlé plus haut, et d’Etiennette Bonvalot. Né vers 1 53 4 à Dole, il fut, dès l’âge de huit ans, sur la résignation d’un de ses oncles, pourvu d’un canonicat du chapitre de Saint-Jean de Besançon. Il acheva ses études à l’université de Padoue, et il se trouvait dans cette ville à la mort de son père, en 1 5 5 5. Il obtint en 1 5 ¿7 le titre de protonotaire apostolique, et bientôt après plusieurs bénéfices, entre autres le prieuré de Belle-Fontaine, dont il prit le nom, qu’il conserva, même après qu’il eut été fait abbé commendataire de Goailles

NOTICE PRÉLIMINAIRE, et de Mont-Benoît. Nommé conseiller clerc au parlement de Dole en i56o, maître des requêtes en 1676, il mourut à Besançon en 1602 , et fut enterré dans la chapelle de son oncle Bonvalot, à l’église Saint-Etienne.

Aussitôt que la collection de l’abbé Boisot fut connue, les savants s’empressèrent de lui demander la permission d’y puiser les matériaux dont ils avaient besoin ; et , comme aucun homme ne fut moins jaloux de ce qu’il possédait, il s’empressa d’accueillir leurs demandes. C’est ainsi qu’il fournit à Fléchier plusieurs morceaux pour son Histoire du cardinal Ximénès1, et à Pélisson, le bref du pape Pie IV touchant la communion sous les deux espèces, qu’il a imprimé dans son Traité de l’eucharistie. Informé que Leibnitz, « l’honneur de l’Allemagne, » se proposait de publier, sous le titre de Codex juris gentium diplomatica, un recueil de documents pour l’histoire du moyen âge, il s’empressa de mettre à la disposition de l’illustre savant, outre les manuscrits Gran velle, tous ceux qu’il avait recueillis, et lui adressa la liste des plus curieux, par l’entremise de l’abbé Nicaise, son ami. La mort prématurée de l’abbé Boisot n’empêcha pas l’exécution de ses bonnes intentions; et Leibnitz reçut les documents relatifs aux deux Bourgognes, qu’il a publiés dans sa Mantissa , ainsi qu’une copie des statuts de l’ordre de la Toison d’or, faite sur le manuscrit qui avait appartenu à J. Chifflet, chancelier de l’ordre2.

Comme le recueil de Leibnitz s’arrête à l’année i5o5, il ne put y faire entrer aucune pièce de la collection Granvelle; mais il était impossible que les bénédictins , auxquels Boisot en avait confié la garde , ne songeassent pas à tirer parti de tant de précieux documents. Celui qui le premier fit usage de cette

1 Voyez la préface de l’édition de cet 2 Ce beau manuscrit, in-4° sur vélin, ouvrage , in-4°, p. 5. appartient à la bibliothèque de Besançon

XXXVIII NOTICE PRÉLIMINAIRE

collection fut dom Prosper Lévesque, bibliothécaire de Saint- Vincent. Il y puisa les matériaux d’une Histoire de Charles- Quint, restée inédite, et de ses Mémoires pour servir à l’histoire du cardinal de Granvelle, qui furent imprimés à Paris, 1753, 2 vol. in-12 , sous le patronage du comte de Saint-Amour1. Le premier volume est divisé en deux parties; l’une, intitulée, Caractère des princes qui régnaient du temps du cardinal Granvelle, et des hommes qui eurent quelque part au gouvernement sous son ministère, n’est que la reproduction de la lettre de Boisot à Pélisson, mais dénaturée, pour tâcher de déguiser le plagiat; l’autre partie est précédée d’éclaircissements généalogiques et historiques sur la maison de Perrenot-Granvelle , tirés la plupart de la correspondance du prieur de Belle-Fontaine. A la fin du deuxième volume se trouvent les preuves faites par Granvelle lors de son admission au noble chapitre de Liège; le testament de Nicolas Perrenot, père du cardinal, suivi de quelques autres actes du même genre ; et , sous le titre dWditions, quatre pièces extraites des papiers de Granvelle, relatives au concile de Trente; la bulle de convocation du concile , adressée à Charles-Quint par Paul III, du mois de mai 1 54^ ; son bref à l’empereur, du mois d’août de la même année, et les deux réponses de ce prince.

Quoiqu’il eût, ainsi qu’il le dit, les pièces sous les yeux, dom Lévesque n’en a pas moins commis plusieurs erreurs, qui ont été relevées dans un article fort bien fait des Mémoires de Trévoux (mai 1754). En parlant du motif qui détermina Charles-Quint à se démettre volontairement de l’autorité, dom Lévesque s’exprime ainsi : « Philippe II , non content de la

1 Jacques-Philippe de la Baume-Saint- Champagney, mariée en 1599 dans la Amour, le dernier descendant de M. de maison de la Baume.

Champagney, par Hélène, fille de M. de

NOTICE PRÉLIMINAIRE

« cession que Charles-Quint lui avait faite du vicariat d’Italie, « afin qu’il eût un prétexte pour s’emparer de Sienne et de « tout ce qu’il trouverait à sa bienséance , exigea que cette « cession fût rendue pure et simple , et que l’empereur le lais- « sât maître absolu d’en disposer comme bon lui semblerait. «Charles-Quint en fut touché jusqu’au vif; et, prévoyant les « suites funestes d’un procédé si altier, il se vit exposé à la plus «fâcheuse alternative, ou de céder honteusement à son fils, « ou de lutter avec lui encore plus honteusement : cet embar- « ras fut la véritable cause de son abdication et de sa retraite « dans le couvent de Saint-Just. La politique s’épuiserait en «vain à en chercher une autre. » ( Mémoires , I, 26 b)

Le célèbre Robertson, en terminant le récit de l’abdication de Charles-Quint, regrette de n’avoir pu y faire entrer la raison donnée par dom Lévesque, d’après les manuscrits de Granvelle. « Quoique , dit-il , cette nombreuse collection de «papiers soit un des plus précieux monuments du xvie siècle, « et quelle répande beaucoup de lumières sur les événements «du règne de Charles-Quint, cependant, comme cet ouvrage «n’est pas publié, je ne puis apprécier le degré de croyance « que mérite le trait qu’on vient de lire1 2. »

Les Mémoires de dom Lévesque étaient moins une vie du cardinal de Granvelle qu’un recueil de matériaux mis à la disposition de l’écrivain qui se chargerait d’en donner une. M. Courchetet 3 entreprit cette tâche difficile ; et en 1 7 6 1 il fit paraître, sous le voile de l’anonyme, une Vie du premier mi-

1 L’abbé Boisot avait dit la même chose et presque dans les mêmes termes, p. 63 de son Projet de la vie de Granvelle.

* Histoire de Charles-Quint , éd. de 1 8 1 7, t. IV, p. 287.

3 Luc Courchetet, né à Besançon en

1 6g5 , mort à Paris le 2 avril 1 776. Il avait été censeur royal , intendant de la maison de la reine, femme de Louis XV, agent

des villes anséatiques , etc Le père

Joly de Saint-Claude , qui l’avait connu particulièrement pendant les quinze der-

XL NOTICE PRÉLIMINAIRE

nistre de Philippe IL L’auteur n’a pas dit qu’il se fût aidé pour son ouvrage des précieux documents conservés dans la bibliothèque de Saint-Vincent, mais il en avait eu connaissance soit par une analyse, soit par des extraits. C’est évidemment la source où il a puisé les détails qu’il donne sur le séjour de Granvelle à Besançon, après sa retraite des Pays- Bas en 1 564, et les éclaircissements sur certains faits jusqu’alors mal connus de la vie de ce grand ministre. La crainte de choquer des préjugés alors établis, et le désir de paraître impartial l’ont empêché de rendre une complète justice à Granvelle; et cependant, à l’époque où parut son livre, on lui reprocha d’avoir moins écrit son histoire que son apologie. Un littérateur flamand publia sur l’ouvrage de Courchetet, dans le Journal encyclopédique, juillet 1761, des observations critiques qui prouvent qu’à cette époque l’administration de Granvelle dans les Pays-Bas n’y était pas encore appréciée comme elle l’est aujourd’hui. Cependant, malgré les erreurs et les imperfections qu’on avait signalées dans l’ouvrage de

nières années de sa vie, iui a consacré une notice intéressante dans ses Lettres sur ia Franche-Comté ancienne et moderne, p. 88-93. Courchetet n’a jnis son nom à aucun de ses ouvrages. Dans la Bibliothèque historique de la France, n° 8200 , il est nommé d’Énans Courchetet; et cette erreur, qui provient de ce qu’on l’a conlondu avec son frère, s’est reproduite jusque sur le frontispice de la réimpression de son Histoire du cardinal de Granvelle.

Son frère, François -Elie Courchetet, né en 1 697, conseiller au parlement de Besançon en 1726, fut envoyé par le gouvernement français à Bruxelles, avec la mission d’extraire des archives de cette ville les

pièces intéressant la couronne. Il fit conduire en 1746, à Lille, huit caisses remplies de pièces originales, tirées des archives de Bruxelles et de Tournay, et qui furent vainement réclamées à la paix par le gouvernement autrichien. En récompense du zèle qu’il avait montré dans cette mission , sa terre d’Énans fut érigée en baronnie, au mois de mars 1749; il obtint en 1758 le titre de conseiller honoraire, et mourut le 2 3 juin 1766. La notice des manuscrits tirés des Pays-Bas par le baron d’Énans, et formant 4i volumes in-folio, se trouve dans la Bibliothèque historique de la France, t. III, p. 865.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xli

Courclietet, il fut réimprimé à Bruxelles en 1784 (2 vol. petit in-8°), avec une préface historique et critique l.

Cette réimpression suivit de près l’arrivée de D. Bertliod dans les Pays-Bas ; et l’on ne peut douter que les lectures, faites par ce. savant à l’académie de Bruxelles, de différents fragments des Mémoires de Granvelle, n’aient contribué à réveiller l’attention sur la part que le cardinal avait prise dans l’administration de ce pays à l’une des époques les plus importantes de son histoire. Le second éditeur de Courchetet eut le tort de ne pas profiter comme il l’aurait pu de ces nouveaux renseignements pour améliorer l’ ouvrage qu’il se proposait de reproduire, et celui de ne pas en faire disparaître les erreurs géographiques signalées vingt ans auparavant par le critique flamand; erreurs excusables jusqu’à un certain point dans un étranger, mais qui ne peuvent l’être dans un habitant du pays.

D. Berthod2, bénédictin de la congrégation de Saint- Vannes, et l’un des plus savants hommes quelle ait produits, avait été nommé en 1762 bibliothécaire de l’abbaye de Saint- Vincent. Quelque temps après, sans s’effrayer de l’immensité de la tâche qu’il s’imposait, il entreprit l’analyse des quatrevingt-deux volumes de la collection Granvelle; et, avec l’aide de quelques-uns de ses jeunes confrères qu’il avait initiés à l’art de déchiffrer les vieilles écritures, il parvint à terminer ce travail dans l’espace de dix à douze années. Cette analyse, parfois trop succincte et qui n’est pas exempte d’erreurs, n’était point encore achevée, lorsqu’il reçut en 1773 du ministre Bertin

1 Cette préface n’est que la reproduction textuelle de l’article des Mémoires de Trévoux (mai 1754), sur l’ouvrage de

D. Lévesque dont on a parlé plus haut.

* Voyez une notice sur ce savant dans le recueil des Documents inédits pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, t. II, p. 223.

NOTICE PRÉLIMINAIRE, l’honorable mission d’extraire des bibliothèques et des archives des Pays-Bas les documents digues de figurer dans une collection qui devait être pour la France ce que celle de Bymer était alors pour l’Angleterre. A Bruxelles il ne put visiter que la bibliothèque des ducs de Bourgogne; mais à Anvers et à Louvain il explora les précieuses collections formées par les jésuites, et à Tournay les archives épiscopales furent mises à sa disposition. Dans ce rapide voyage D. Berthod eut l’occasion de se lier avec plusieurs savants distingués, entre autres, M. de Godefroy, alors attaché à la bibliothèque de Bruxelles, et M. l’abbé de Nélis, depuis évêque d’Anvers, dont nous avons déjà parlé, l’un des hommes les plus instruits e.t les plus spirituels qu’il y eût à cette époque dans les Pays-Bas. La modestie de dom Berthod, la simplicité de ses manières, sa franchise et son étonnante érudition charmèrent surtout M. de Nélis, qui pensa dès lors à l’attirer à Bruxelles, et à l’y fixer par quelques occupations dans ses goûts. En attendant l’occasion de réaliser un projet qui n’était pas sans difficultés, M. de Nélis le fit associer à l’académie de Bruxelles; et D. Berthod, pour reconnaître l’honneur que venait de lui faire cette savante compagnie , s’empressa de lui adresser deux morceaux qui paraissaient propres à l’intéresser d’une manière toute spéciale. Le premier, intitulé , Mémoire concernant quelques manuscrits de l’abbaye de Saint-Vincent, de Besançon, offre une analyse substantielle de la collection de Gran velle, surtout en ce qui concerne son administration des Pays-Bas; le deuxième, tiré des tomes XXV et XXVI de la même collection, est le récit de la conduite de Claude Belin pendant son séjour en Flandre. Ces deux morceaux, lus à l’académie de Bruxelles dans ses séances du 19 février et du 2 3 avril 1777, sont imprimés par extraits dans le tome II de ses mémoires.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. xliii

Claude Belin, dont on trouve un assez grand nombre de lettres dans la correspondance de Granvelle, était né, vers 1 5io, à Gy, petite ville de Franche-Comté. Avocat du roi au siège de Vesoul, quelques démêlés qu’il eut avec Simon Renard, lieutenant général du bailliage d’Amont, attirèrent sur lui l’attention du cardinal, qui depuis lui accorda sa protection. Mais, il faut le dire, Claude Belin ne répondit pas entièrement à l’opinion que Granvelle s’était formée de son habileté et de son caractère. Le cardinal, voulant lui ouvrir la porte des honneurs, le fit nommer membre du conseil des troubles, établi dans les Pays-Bas par le duc d’Albe. Dans le procès des comtes d’Egmont et de Horn, Belin remplit les fonctions d’avocat fiscal; en cette qualité il fut obligé de conclure à leur condamnation ; cependant il avait fait tous ses efforts pour la prévenir. « En cela, s’il suivait « son désir de la justice , il savait aussi qu’il faisait chose agréable « au cardinal , qui aimait particulièrement M. d’Egmont b » Ne pouvant s’accommoder ni avec les Espagnols, ni avec les Flamands, il sollicita son rappel en Bourgogne, où il fut, à la recommandation de Granvelle, pourvu d’une charge de conseiller au parlement de Dole. Il la remplit avec beaucoup de zèle jusque dans un âge avancé, et mourut à Gy, en 1 5g 5. C’était un très -savant jurisconsulte et un honnête homme, mais dépourvu de toutes les qualités nécessaires pour réussir dans le monde.

D. Berthod ne perdait point de vue son projet de publier les Mémoires de Granvelle; mais les différentes missions dont il était chargé, soit par le ministre, soit par ses supérieurs, l’obligeaient de l’ajourner. En 1778 il écrivit au prince de

1 «Dieu sait, lui écrivait Granvelle, que « trouvé cause pour procéder avec tant de

«je sens extrêmement que en M. d’Egmont « rigueur à l’endroit de sa personne. »

«(contre l’espoir que j’en avois) se soit

xLiv NOTICE PRÉLIMINAIRE.

Montbarrey pour l’intéresser à la publication d’un ouvrage qui ne pouvait qu’ajouter à l’illustration de sa famille, en faisant connaître les services que depuis près de trois siècles elle n’avait cessé de rendre à l’état. La réponse du ministre ne s’est point trouvée dans les papiers de D. Berthod; mais on voit qu’il fit transcrire, à la demande du prince, une partie de la correspondance du prieur de Belle-Fontaine.

En 1779 D. Bertliod fit part à M. Bertin de son projet de faire précéder la publication des papiers de Granvelle de celle du Journal de Vandenesse *, en le priant de lui procurer les copies de ce journal conservées en Flandre et notamment à Tournay, pour les collationner avec celle de Besançon; mais ce projet n’eut pas plus de suite que ceux qu’il avait précédemment formés. M. de Nélis l’ayant fait appeler en 1784 à Bruxelles , pour travailler à la continuation du recueil des Bollandistes, D. Berthod laissa le soin de terminer ses travaux sur Granvelle à D. Grappin, son élève et devenu son ami.

D. Grappin'1 2, qui depuis plusieurs années travaillait sous sa direction à l’analyse des Mémoires de Granvelle, continua la tâche entreprise par D. Berthod, avec autant de zèle que de persévérance. Au commencement de l’année 1787 il se trouvait en mesure de livrer au public les résultats de son travail. D’après son plan , qu’il avait été obligé de restreindre pour se conformer au goût d’une époque où les grands travaux historiques n’étaient rien moins qu’encouragés, il devait se borner à publier les pièces les plus intéressantes de cette collection, en y joignant les éclaircissements nécessaires pour en

1 Ce journal doit être imprimé main-

tenant; car la commission historique des Pays-Bas, frappée de la haute importance de ce document, a décidé qu’il

paraîtrait en tête de ses publications.

2 Nous avons donné sur ce savant une notice imprimée dans le recueil de l’académie de Besançon , année i836.

NOTICE PRÉLIMINAIRE • XLV • ’

rendre l’intelligence facile à tous les lecteurs. Il fit part de ce plan à M. Moreau, directeur du dépôt général des chartes, qui lui répondit le 2 1 mars : « Je rendrai compte à monsei- « gneur le garde des sceaux 1 du projet que vous avez de don- « ner au public les Mémoires de Granvelle pour servir à l’his- « toire du xvie siècle , et il vous placera sur la liste des savants « les plus utiles. »

En attendant que le ministre eût pris une décision, dom Grappin crut pouvoir profiter des matériaux qu’il avait rassemblés pour en composer deux dissertations, qu’il lut à l’académie de Besançon, et qu’il fit ensuite imprimer à ses frais. Dans l’une, il se propose de prouver que le cardinal de Granvelle n’eut aucune part aux troubles des Pays-Bas ; l’autre est intitulée : Mémoire pour servir à l’histoire du xvf siècle dans le comté de Bourgogne. Les pièces justificatives placées à la fin de ces deux ouvrages sont tirées la plupart de la correspondance de MM. de Yergy et de celle de M. de Champagney. Pour justifier Granvelle des reproches de ses nombreux ennemis, il a suffi à D. Grappin d’imprimer quelques-unes des lettres du cardinal au prieur de Belle-Fontaine.

On touchait alors à la révolution : à mesure que les événements acquéraient plus de gravité, dom Grappin perdait l’espérance de voir le ministère lui venir en aide pour la publication de ses travaux. Dans les premiers jours d’octobre 1788, il se bornait à demander des secours pour l’impression d’une analyse du Journal de Vandenesse, qui ne devait former qu’un volume in-8°. M. Moreau, tout en applaudissant à son zèle, lui répondit, le 26 du même mois : «Le « moment est on ne peut plus défavorable pour une entreprise « littéraire de quelque genre que ce soit. » Ainsi dom Grappin

M. de MiroméniL

XLVI NOTICE PRÉLIMINAIRE

vit s’évanouir ses dernières espérances de publier même une faible partie des documents qu’il avait laborieusement tirés de la collection de Granvelle; et, quoiqu’il ait poussé sa carrière jusqu’à un âge très-avancé b il ne lui a pas été donné d’être témoin. de ce qui se réalise aujourd’hui; de voir ses plans repris sur une base plus large, sous les auspices d’un ministre qui, grand historien lui-même, a compris mieux que personne combien il importait de tirer promptement de leur obscurité et de mettre à la disposition du public des matériaux aussi précieux.

Avant de rendre compte de la manière dont s’exécute la publication des papiers de Granvelle, nous croyons devoir dire un mot d’une publication analogue, qui s’exécute en Hollande, et dont l’éditeur a été autorisé à tirer de nos manuscrits les pièces nécessaires pour compléter son travail.

Le projet formé par M. Guizot, alors ministre de l’instruction publique , ’ d’extraire des archives du royaume et des bibliothèques , tant de Paris que des départements , les documents encore inédits pour les livrer à l’examen des hommes qui s’occupent de l’histoire, ne pouvait manquer d’exciter de vives sympathies dans le reste de l’Europe et d’y créer des publications semblables. A Bruxelles, une commission fut immédiatement établie sur le plan de celle de Paris, et les recherches commencèrent dans les différents dépôts publics, sous la direction de M. Gachard, archiviste général du royaume, et de M. le baron de Reififenberg, à qui le public est redevable de plusieurs ouvrages importants. A la Haye, M. G. Groën Van Prinstrer, secrétaire du cabinet du roi de Hollande, conçut à la même époque le projet de rassembler et de publier les documents relatifs à la maison d’Orange-Nassau, et reçut l’au-

1 II mourut à quatre-vingt-dix-sept ans.

NOTICE PRÉLIMINAIRE. XLVII

torisation d’extraire des archives toutes les pièces dont il aurait besoin.

En 1 83 5 M. Van Prinstrer publia le premier volume de son recueil intitulé : Archives ou correspondances inédites de la maison d’ Orange-Nassau1 . Mais en avançant dans son travail, il sentit la nécessité de joindre aux lettres du prince d’Orange les renseignements que pourrait lui fournir la collection Granvelle sur les troubles des Pays-Bas. Dans le courant de 1 836 M. Van Prinstrer vint à Paris, où il fut introduit aux archives des affaires étrangères par M. le conseiller d’état Mignet 2. Mais c’était surtout à Besançon qu’il devait trouver les matériaux les plus importants; il s’y rendit donc au mois de septembre de la même année. Comme à Paris, il obtint à Besançon la communication des inventaires et analyses des archives, et il fut autorisé à faire transcrire les lettres de Granvelle et de ses correspondants dans les Pays-Bas, relatives à son ouvrage. Quelques-unes ont paru dans le tome IV, qui comprend les années de 1 5y2 à 1674, et les autres paraîtront à leur date dans les premiers volumes, que M. Van Prinstrer se propose de faire réimprimer. Ces publications partielles de pièces tirées de notre collection ne feront que mieux sentir son importance et ne peuvent qu’exciter davantage la curiosité des savants.

La collection des papiers Granvelle attira tout d’abord l’attention de M. Guizot. Par un arrêté du 12 septembre i834, M. le ministre de l’instruction publique établit à Besançon une commission chargée de diriger le dépouillement de ces papiers, d’examiner les différentes parties dont se compose toute la collection , et de faire un rapport détaillé sur les mesures qu’il conviendrait de prendre relativement à leur publication.

1 II a paru sept volumes cle ce recueil. s Préface des Archives de la maison

( Octobre i84o. ) d’Orange-Nassau, tome IV.

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Cette commission fut composée de MM. Weiss, bibliothécaire, président; Ordinaire, recteur de l’Académie; Joulfroy, député du département du Doubs; Gousset, vicaire généra) du diocèse de Besançon , et Genisset , doyen de la faculté des lettres.

Elle se réunit pour la première fois le 2 5 novembre suivant, et se constitua définitivement en nommant M. Genisset son secrétaire. La commission dut chercher d’abord des collaborateurs qui pussent s’occuper sous sa direction du dépouillement et de l’analyse des nombreux matériaux de la collection. Ce n’était pas une chose aisée que de trouver de pareils collaborateurs dans une ville de province, où la culture des lettres n’a sans doute jamais cessé d’être en honneur, mais qui ne renferme que très-peu de personnes versées dans la lecture des chartes et des vieux titres, et habituées aux difficultés de la paléographie. Cependant la publication des Mémoires de Granvelle était pour la France entière, et pour la Franche-Comté en particulier, d’une si grande importance, quelle devait réveiller le patriotisme des’Bisontins. Tout ce que notre ville renferme d’hommes de cœur et d’intelligence s’empressa d’offrir ses services à la commission , qui n’agréa que ceux des jeunes gens quelle pouvait rétribuer. Bientôt une sorte de succursale de l’école des chartes fut établie dans la bibliothèque de Besançon, et les jeunes travailleurs qui la composaient acquirent en peu de temps la connaissance de toutes les vieilles écritures.

11 fallait un chef pour les diriger : la commission le trouva dans M. Duvernoy, de Montbéliard, qui consentit à venir s’établir à Besançon, pour surveiller le dépouillement des papiers de Granvelle et leur publication. Personne n’était plus en état de remplir cette tâche difficile : livré par goût, dès sa

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jeunesse, aux études historiques, il avait, dans un temps où l’histoire nationale était entièrement négligée, consacré de longues années à en rechercher les éléments dans leurs véritables sources, dans les archives publiques et particulières. Possédant jusque dans ses moindres détails l’histoire du moyen âge, il s’était fait connaître des savants d’Allemagne et de France par d’utiles communications; l’académie des sciences et des lettres de Besançon le comptait, depuis 1816, au nombre de ses plus actifs correspondants; et il venait de terminer un travail d’une haute importance sur les archives princières de la maison de Montbéliard. Tels étaient les titres de M. Duvernoy à la confiance de la commission , et l’on peut dire que dès lors il n’a cessé de la justifier.

La plus grande partie des documents dont se compose la collection sont écrits en français ; cependant il s’en trouve un grand nombre en latin, en italien, en espagnol, en allemand et même en flamand. La commission dut chercher un collaborateur assez versé, d’une part, dans la connaissance de ces langues étrangères, de l’autre, dans l’histoire du xvie siècle et dans les usages de l’étiquette espagnole et italienne, pour analyser et traduire au besoin les pièces dont la publication aurait été décidée, et pour ne point être arrêté, soit par l’ignorance des faits, soit par diverses formules qui ont disparu des correspondances diplomatiques : la commission eut le bonheur de trouver cette réunion de talents variés dans M. Th. Belamy, jeune homme non moins laborieux qu’intelligent. M. Belamy voulut bien se charger de l’analyse et de la traduction de toutes les pièces en italien et en espagnol ; M. Duvernoy, qui a fait une partie de ses études dans les universités d’Allemagne, se chargea de traduire toutes les pièces écrites en allemand et en flamand : dès lors la pu-

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blication des papiers de Granvelle ne rencontra plus de difficultés.

Cependant l'analyse prescrite par M. le ministre, commencée ainsi qu'on l’a dit plus haut, se poursuivait avec une infatigable activité : des membres de la commission étaient

chargés de surveiller le travail, et chaque semaine elle se réunissait pour l’examiner. Avant la fin de 1 8 3 5 , 1 5 volumes étaient complètement analysés avec un soin remarquable et qui fut apprécié par M. le ministre dans son rapport au roi sur les travaux historiques de l’année.

Ce grand travail , toujours suivi avec le même zèle par les collaborateurs, et avec la même surveillance par la commission, fut entièrement terminé vers la fin de 1 83 7 . Dans l’intervalle, la commission avait perdu deux de ses membres: M. Gousset, que ses vertus et ses talents avaient élevé à l’évêché de Périgueux, d’où il vient de passer à l’archevêché de Reims; et M. Genisset, enlevé par une mort imprévue à l’affection de ses élèves et de ses confrères dans un âge où il pouvait rendre encore d’utiles services. Monseigneur l’évêque de Périgueux fut remplacé au mois de février i836 par M. Pérennès, doyen de la faculté des lettres, qui dès le principe avait montré un vif intérêt à la publication , et qui , sans se relâcher en rien de ses devoirs, n’a cessé d’y prendre la part la plus active b Le successeur de M. Genisset fut M. Bourgon , professeur à la faculté, membre de notre académie, connu par plusieurs abrégés d’histoire pleins de méthode et de clarté, et l’un des hommes les plus zélés pour l’histoire et l’archéologie de la province. Enfin la commission s’est complétée par l’adjonction d’un nouveau membre, M. Perron, qui venait

1 M. Pérennès a remplacé M. Genisset comme secrétaire de la commission , depuis le mois de juillet 1837.

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d’être nommé professeur de philosophie à la faculté, et dont l’activité et le talent devaient être d’une grande utilité pour cette publication.

Le dépouillement des papiers de Granvelle n’avait fait qu’ajouter à l’idée que l’on s’était formée de leur importance. Cependant toutes les pièces dont se compose cette collection ne pouvaient offrir le même intérêt. Bien que l’ahbé Boisot fût convaincu « qu’il n’y en eût pas admis une seule qui ne méri- « tât d’y trouver place1, » la commission s’était assurée qu’un très-grand nombre n’étaient pas dignes d’être livrées au public, du moins en entier : il fut donc décidé que, pour ne pas multiplier inutilement les volumes, on ne publierait intégralement que les pièces d’un véritable intérêt, et que l’on se contenterait de donner une courte analyse des autres, en indiquant le tome où elles se trouvent et Tordre dans lequel elles y sont placées.

Ce premier point arrêté, sauf l’approbation de M. le ministre, il fallut décider le mode de publication. Les justes éloges donnés au recueil des Négociations relatives à la succession d’Espagne sous Louis XIV avaient frappé la commission. L’idée de publier aussi un recueil de pièces diplomatiques, qui mit en même temps la forme et l’intérêt d’un ouvrage original, séduisit la majorité de ses membres; et il fut convenu que les pièces dispersées dans les quatre-vingt-deux volumes des Mémoires de Granvelle seraient rapprochées pour former différents ouvrages intitulés : Rivalité de la France et de l Autriche ; Insurrection des Pays-Bas ; Documents pour l’his- . toire de l’Espagne et de ses possessions en Italie ; Histoire de la Franche-Comté au xvie siècle, etc. etc. Mais la commission ne tarda pas à reconnaître qu’un tel plan aurait de graves incon-

1 Projet de lu vie du cardinal de Granvelle , p. 35.

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vénients. Un des principaux était la nécessité où elle se serait trouvée de diviser la plupart des pièces historiques importantes, qui, ayant trait à plusieurs affaires différentes, auraient dû être imprimées par fragments épars dans les divers volumes de la collection. Elle abandonna donc ce plan primitif : la publication des pièces d’après l’ordre chronologique fut décidément adoptée, et cette nouvelle disposition, soumise à M. le ministre, reçut son approbation le 28 février 1 8 3 8.

Gonsultée sur la question si toutes les pièces en langues étrangères devaient être traduites en français, la commission pensa que l’on pouvait se borner à la traduction des plus intéressantes parmi celles qui sont écrites en flamand, en allemand et en espagnol ; et que les pièces en latin et en italien , langues plus généralement connues, pourraient être publiées dans l’original : cet avis fut adopté. Dès lors la commission s’occupa de faire transcrire les pièces qui devaient composer le premier volume : cette transcription fut achevée au mois de septembre, et le volume adressé à M. le ministre; mais les fonds alloués pour les publications historiques ayant déjà reçu leur destination, l’impression ne put être commencée qu’en 1889.

Pendant que le premier volume se préparait, la commission fut informée qu’il existait à Bruxelles, dans la bibliothèque de Bourgogne , trois portefeuilles 1 contenant une assez grande quantité de lettres autographes du cardinal de Granvelle. M. Guizot voulut bien en faire officiellement la demande au ministre de sa majesté le roi des Belges; et bientôt la commis-

1 Ils furent achetés en 1764, par les soins de M. le comte de Cobentzel, à la vente de la bibliothèque des jésuites du faubourg Saint-Antoine, pour la modique

somme de huit cents livres. ( Lettre de M. Gacliard, sur la collection des manuscrits de Granvelle.)

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sion les reçut, avec l’autorisation d’en extraire toutes les pièces dont la publication lui paraîtrait importante. Le troisième n’offre que des copies de lettres écrites en français et en latin, dont aucune ne présente un intérêt vraiment historique ; mais les deux premiers renferment une grande quantité de lettres de la main même du cardinal, adressées à Philippe II, et presque toutes apostillées par ce prince. La plupart, écrites de 1575 à 1 586, contiennent des détails précieux sur les affaires auxquelles Gran velle fut employé pendant son séjour à Rome et son ministère en Espagne. Elles serviront à combler une lacune considérable dans la collection formée par l’abbé Boisot ; elles jetteront un nouveau jour sur la politique de Philippe II, et feront connaître les moyens dont il se servit pour s’emparer du Portugal, ainsi que ses plans pour maintenir l’Espagne au rang où Charles-Quint l’avait élevée.

La commission eut alors connaissance d’un manuscrit in-folio, contenant la copie de la correspondance d’un des agents secrets que le cardinal de Granvelle entretenait dans les principales villes de France et d’Allemagne. Celui-ci, nommé Pierre Portan (Portarais), résidait à Strasbourg; ses lettres sont écrites en latin , et son style décèle un excellent humaniste ; mais toutes nos recherches pour obtenir de plus amples renseignements sur ce personnage n’ont encore rien produit. Sa correspondance, qui commence avec l’année 1 5 55 et se termine au i5 octobre i56o, roule sur les affaires qui se traitaient alors entre la France et l’Empire. Placé à Strasbourg comme dans un point central , il y recevait les communications d’agents subalternes, parmi lesquels on remarque celui qu’il désigne sous les noms de Puteus, Fonteius ( probablement Dupuy ) , qui avait la mission d’observer ce qui se passait à la cour de France; et Gaspard Gamaut , chargé du même

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rôle en Allemagne. Divers autres agents lui donnaient des détails et des révélations politiques sur la Suisse, la Savoie, l’Italie. Les renseignements qu’offre cette correspondance pourront éclaircir certaines causes secrètes des événements , et en dévoiler plusieurs circonstances curieuses. L’analyse en fut confiée à M. Perron, qu’un arrêté de M. le ministre venait d’adjoindre à la commission. Cette tâche longue et difficile, M. Perron s’en est dignement acquitté; mais ce service n’est pas le seul qu’il ait rendu à la commission : doué d’une grande activité d’esprit, qui lui a permis de se livrer à des études très-variées, ce jeune professeur s’est, pendant son séjour à Paris, initié de lui-même à la lecture des manuscrits; et plus d’une fois il a su deviner des.mots, des phrases que les copistes ne pouvaient lire, et rétablir un passage inintelligible.

Avant d’envoyer le premier volume à l’impression, la commission arrêta d’une manière invariable tous les détails relatifs

au matériel de la publication. Des points marquent les

retranchements qu elle a cru devoir faire dans les pièces qui ne lui ont pas paru assez intéressantes pour être données entièrement au public; d’autres points plus nombreux indiquent les lacunes qui se trouvent dans la pièce même et qui n’ont pu être remplies; les mots que nous ne sommes pas certains d’avoir bien lus et ceux que l’altération des manuscrits nous force à deviner sont placés entre crochets ; ceux dont le sens est obscur sont expliqués au bas de la page ; de très-courtes notes font connaître les personnages à mesure qu’ils paraissent sur la scène. Chaque volume sera terminé par la table des documents qu’il contient; enfin, une table générale des faits les plus importants et des noms propres d’hommes et de villes, rédigée par M. Duvernoy, complétera la collection, dont elle lacilitera l’usage.

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Le premier volume des Mémoires de Gran velle renferme un certain nombre de pièces antérieures à l’administration du cardinal et même à celle de son père : l’abbé Boisot a cru devoir les conserver à raison de leur extrême importance, et ce motif a déterminé la commission à les publier. Le plus ancien de ces documents, daté de 1 4 1 6, appartient à Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne. Viennent ensuite quelques diplômes de Philippe le Bon ; des lettres de l’archiduchesse Marguerite d’Autriche, tante de Charles-Quint; le récit des conférences de Calais, en 1 5 2 1 , rédigé par le chancelier Gattinara; des détails inconnus sur la captivité de François Ier, et sur les grandes querelles entre ce prince et Charles-Quint, à la suite du traité de Madrid; toutes les pièces relatives au défi de François Ier à Charles-Quint (i528), rassemblées ici pour la première fois. Viennent ensuite le traité de Bologne (1 529) sur la défense mutuelle et tranquillité de l’Italie , et les négociations pour consolider la paix de Cambrai par des mariages entre les maisons de France et d’Autriche, etc. etc. Le tome II offre la suite des négociations entre ces deux maisons ; l’expédition de Charles-Quint à Tunis, le voyage de ce prince à Rome, son invasion en Provence, etc. Le tome III comprendra la continuation de la guerre de Charles-Quint contre la France et les négociations de Crespy ; l’ambassade de Jean de Saint- Mauris en France, la ligue de Smalcalde, la relation de la bataille de Muhldorf et de ses suites, etc. Le tome IV, de i54g à 1 555, contiendra les ambassades de Simon Renard en France et en Angleterre, la reprise des hostilités avec le roi Henri II et 1 abdication de Charles-Quint. On trouvera dans le tome V, qui s’étend de i55y à i56o, le traité de Vauxelles, les pièces relatives à l’arrivée de Philippe II dans les Pays-Bas et à son départ pour l’Espagne. Les volumes suivants, dont il

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n’est pas encore possible de préciser le nombre, à cause de l’extrême abondance des documents importants renfermés dans les papiers de Granvelle sur cette même époque, présenteront le tableau de son administration dans les Pays-Bas et l’histoire du soulèvement de ces provinces; la retraite du cardinal en Franche-Comté; des détails peu connus sur sa vice-royauté à Naples, sur son ministère en Espagne, sur la conquête du Portugal, etc.

Parmi les pièces que la commission a cru devoir rejeter comme n’offrant pas un intérêt assez général, plusieurs sont relatives à la Franche-Comté, et pourront trouver place dans le recueil des documents inédits que publie l’académie de Besançon. D’autres, plus nombreuses encore, formeraient un curieux supplément aux diverses collections qu’on possède sur l’histoire des lettres et des arts au xvie siècle en Italie , dans les Pays-Bas et en Espagne. En indiquant les pièces qu’elle a négligées , la commission n’a d’autre but que de montrer sa sévérité dans le choix de celles quelle offre au public1.

Le grand travail dont la commission a été chargée touche à son terme. Elle a l’espoir que la publication des papiers d’état de Granvelle sera complètement achevée en 1 843 . Ainsi en moins de dix années, et dans une ville de province, on aura vu mettre à exécution une entreprise dont l’importance était signalée par les meilleurs esprits depuis la fin du règne de Louis XIV, et qu’on avait plusieurs fois tentée vainement jusqu’à ce jour.

La commission n’a rien négligé pour répondre à la confiance dont l’bonorait M. Guizot; mais elle éprouve le besoin

1 Les lettres de pure courtoisie, ou seu- publication ; il en est de même des lettres lement relatives aux affaires de famille , écrites par les savants et les artistes sur ne sont pas même indiquées dans notre des points en dehors de la politique.

NOTICE PRÉLIMINAIRE, de lui témoigner sa reconnaissance pour le bienveillant empressement avec lequel il a secondé ses efforts. Pendant toute la durée de son ministère, M. Guizot n’a cessé de lui donner les preuves les plus flatteuses du prix qu’il attachait à son travail; et, bien quelle n’ait eu qu’à se louer des dignes successeurs de cet habile ministre, c’est principalement à lui qu elle aime à reporter le tribut de sa gratitude. Il est la première cause de l’accomplissement d’une œuvre si utile pour la science , et, nous osons le dire, si glorieuse pour une ville et pour un pays malheureusement beaucoup trop délaissés par les administrations qui se sont succédé depuis un demi-siècle.

Besançon, le 1 11 octobre i84o.

Ch. WEISS.

PAPIERS D'ETAT. j.

DU

DU

CARDINAL DE GRANYELLE.

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