DONNÉE PAR LEMPEREUR À GIRARD VARNEROT, SON TRESORIER
(Mémoires de Granvelle, II, 16-17.)
Bruxelles, i3 mars i53o, V. 5.
L’EMPEREUR
A SES AMBASSADEURS EN FRANCE
(Mémoires de Gran velle, II, 27-31.)
Gand, 3 avril i53o, V. S.
Très-chiers et féaulx : ensuyvant ce que vous escripvimes du xxviii6 du précédent , nous avons depuis consulté et pensé sur l’escript à vous baillé , Sr de Praet , de la part du roy très-chrestien , nostre bon frère , en responce de celluy qu’avez donné ; et enfin , après avoir bien débattu, pesé et examiné ledict escript, nous sommes résolu sur iceluy comme verrez par les appostilles mises sur un chacung article , et les vous envoyons avec ceste, vous remectant de bien considérer lesdictes appostilles ; et se avez depuis entendu choses que vous semble empourter occasion d’y changer, adjouster ou dyminuer, que le faictes , ou sinon que baillez lesdictes appostilles audit Sr roy, en la forme et substance qu elles sont , usant de tous les bons mots que verrez pouvoir convenir et estre à propos, afin qu’elles soient bien prinses dudit Sr roy, et sans démonstrer quelque mescontentement, mais plustôt de toute entièrement bonne confidence en son amytié. Car comme qu’il soit que l’escript dudit Sr roy soit fort crud et avec mots et termes assez estranges, et que dénotent qu’il n’ayt grande voliinté aux alliances pourparlées et qu’elles soient esté mises en avant de nostre cousté , et que l’on puisse inférer bien apparemment qu’il ayt peu de bonne affection envers nous et le roy monsieur notre frère, n’y à se vouloir emploier aus nécessitez instantes
de la chrestienté , pour raison et considération desquelles nous sommes principaliement inclinez èsdictes alliances , mesmes pour joinctement et au moien d’icelles , traicter du reboutement des hérésies régnans et convocation du concilie et à la répulsion duTurcq , dont il ne respond aucune chose ; sy avons-nous advisé de non en faire semblant de mescontentcment , ains seulement, par lesdites appostilles, lui rendre raison ou paiement sur ledici escript , et user de toute doulceur si avant que la chose le peut pourter sans desréputation, et parcister en ce que nous semble convenable à l’effect susdit, et vouldrions bien que cela peut profïiter. Et comme qu’il en soit, désirons que avec la prudence, modestie et dextérité que la chose requiert, y faictes civilement tout ce bon office que verrez convenir, et par ensemble et particulièrement, comme adviserez le mieulx, tant envers ledit Srroy très-cbrestien , que la royne , madame nostre meilleur seur, madame la régente, le grand-maistre de France et aultres, conforme à l’instruction pourtée par vous, Sr de Praet, mesme à la fin dudit concilie et qu’il se puist tenir, si y treuvez nulle bonne volunté , sans paravant faire assemblée ; combien que, à la vérité, nous tenons pour certain ladicte assemblée soit esté proposée seulement pour gaigner temps et veoir comme les choses succéderont, tant de la venue duTurcq que clesdicts desvoyez de la foy, pour en faire leur prouffit, et avoir ce pendant le pape, nous, le roy nostre frère, le roy d’Angleterre et lesdicts desvoyez respectivement et chacung en droit soy, lyez et en danger 1 dudit Sr roy très-chrestien , et mesmes pour nous tenir, et ledit Sr roy nostre frère, en peine, travail , soing et despense.
Et se trouvez que la chose demeure sans espoir de mieulx, pourtant n’en démonstrez , comme dessus, sentement ny semblant de vous appercevoir, ou vouloir rompre ceste négotiacion. Bien lui remonstrez la nécessité et ce qu’il empourte, remectant , avec toute l’honnesteté et urbanité que pourrez, audit Sr roy très-chrestien d’y penser à son plésir et commodité , et nous adverlissez de ce qu’en sera; et la chose
1 A la merci?)
estant en ces termes, escriprons pour le retour de vous, ledit Sr de Praet, délaissant le surplus de ceste charge à vous, trésorier de Besançon ; et avons regardé que sera pour le mieulx que vous, Sr de Praet , pourtez en coires ce délay et non vous rappeler dois maintenant, pour non faire penser aux François et aultres la rompture de ceste négociation avec mescontent ement, et mectre les choses à pis. Car, comme qu’il en soit, ce ne peult estre que nostre acquit quant à Dieu , et tesmoigner nostre debvoir envers tout le monde , de tenir ces termes ; et si emporte beaucoup d’entretenir civillement cette négociation, pour cependant avoir meilleur moyen de regarder et pourveoyr, comme qu’il se pourra faire, aux affaires occurans de la chrestienté et nostres particulières. Mais il fault proposer, en tant que touche ledict concilie, joinctement et parcister à l’asseurance de nostre sainct-père le pape, quant à son auctorité, dignité et tout ce que peult concerner sa personne; et que ledit Sr roy, s’il est possible, en déclare son intention, afin que s’il y reste sintille quelconque de bonne volonté dudict Sr roy très-chrétien touchant ledit concilie, que ledict sainctpère y soit enclin, et la chose plus conduisable, ou sinon que du moings sa saincteté voye le soing que nous avons tousjours eu et pourté de son asseurance, ensuyvant l’appostille mise joinctement sur les quatre premiers articles de l’instruction de vous, ledit Sr de Praet, à laquelle se réfère celle du xxme, et est contenu en celles que présentement vous envoyons.
Au surplus, ahn de riens délaisser de ce que convient, nous envoions à nostre ambassadeur à Rome coppie de ce que ledict roy très-chrestien vous a respondu, et de ce que présentement vous despeschons, et lui escripvons comme verrez par la coppie de noz lectres, et luy envoions lectres de crédence de nostre main à nostre sainct-père, pour en advertir sa saincteté, mesmes de ce que ledict Sr roy très-chrestien respond touchant ledict concilie , combien que supposons sadicte saincteté en sera desjà advertie de la part dudict Sr roy; et lui représentons la nécessité dudict concilie, et la provision ce pendant nécessaire, afin que soiez informez du tout et en
usez en conformité , soit devers ledict Sr roi très-chrestien , en ce que verrez en taille, ou le nunce résident en France.
D’aultre part, nous dépeschons présentement audict roy des Romains, nostre frère, et lui envoions coppie du toutaige, tant de ce cousté de France que de Rome, pour en tout advénement adviser et assentir, se ledict concille va en dilación et ne se peut tenir, ce que l’on pourra pourveoyr pour remédier les choses d’Allemaigne, et obvier à plus grand inconvénient, et ce qu’il luy semblera qu’il et nous pourrons faire.
Quant aux aultres particuliers affaires , certes l’escript que sur iceulx vous a esté baillé responsif au vostre, dénote aussi peu de bonne volunté à garder la raison, honnesteté et civilité convenable à bonne , sincère et parfaicte amitié , ny plainement observer les choses traictées.
Quant à l’affaire du divorce, puisque ledict Sr roy très-chrestien et son conseil parcistent à non vouloir délivrer les actes et pièces par vous requises et dont avez faict instance, ne semble convenir d’en faire plus de poursuicte, que nous tenons bien pour certain seroit infructueux; et se faict à craindre que se l’on en faisoit quelque dépescbe en ce cousté-là, que ce seroit de sorte qu elle seroit plustost au préjudice de la royne nostre tante qu’en sa faveur, ny en termes de raison ; et tout ce que l’on peut faire sur ce pour elle , est que l’on puisse tesmoingner, s’il est besoing, la réquisition , instance et poursuicte en faicte , et le refus et empeschement tant du roy et ceulx qui se sont meslez de cette affaire de sa part; et se avant qu’il sera possible, les menées, practiques et violences dont l’on a usé envers la faculté de théologie à Paris, contre et au préjudice de nostredicte tante, selon que le docteur Garay nous a souvent escript, et qu’il se pourroit prouver; ne faisant doubte que en tout et par tout vous aurez bon regard, et de pareister, au surplus, selon et où que verrez venir à propos , de tousjours persuader le bon droit de la royne d’Angleterre, notredicte tante, et pour du moings rebouter la faveur à elle contraire.
Pareillement nous semble, comme il a faict à vous, que la responce sur le faict du Charrolois est crue, générale et peu à propoz, et dont on ne doibt espérer effect; toutes fois se sera bien, comme nous escripvez, d’y répliquer et débattre l’affaire, et requérir trèsinstamment que telle provision y soit baillée dès maintenant et de manière que les violences et oppressions, toutes notoires et évidentes, (pie sont esté faictes et se font journellement à nos subjectz dudict Charrolois, du cousté de France, cessent comme la raison veult et convient aux choses traictées, et à l’exigence et observance de bonne paix et amytié, sans attendre aultre réquisition de nosdicts subjectz de Charrolois, comme contient l’appostille.
Semble n’v a apparence en ce que se respond touchant le conté d’Arthois, estant chose controuvée , comme afferment tous les sieurs que accompaignoicnt à Cambray feue madame l’archiduchesse nostre tante, et furent présens et entrevindrent à toutes communications du traité lors faict, que se doit réalement observer comme il est, selon que dessus vous avons escript; et y devez parcister comme avez advisé de faire, baillant bien entendre ce que dessus; et n’y a couleur de soy resferer ès premières minuictes pour contrevenir audit traicté, mais plustost pour prouver que, nonobstant lesdictes premières minuictes, la chose débattue et lesdites minuictes corrigées en ce, comme en aultres plusieurs poinctz, l’affaire fut résolu et accordé comme contient ledict traicté; et est par trop exhorbitant et moult estrange de charger les notaires et secrétaires d’avoir aultrement escript que les choses fussent passées, actendu leur légalité et extime , et mesmes la qualité que tient le général Bayard devers ledict Sr roy très-chrestien. Et si ceste assertion contre leur escripture et signature avoit lieu , austant s’en pourroit dire quant aux aultres poinctz dudit traicté, ayant non seulement tesmoignaige desdits secrétaires, mais avec les seings et seaulx de ladicte feue dame archiduchesse et madame la régente; et si a esté confermé et ratisfié par ledict Sr roy très-chrestien avec son seaul, que n’est à croire son chancelier y eust apposé , s’il y eût eu chose aultrement escripte
que convenue; et si ladicte escripture se desnyoit, seroit à craindre de s’arresler ny asseurer en parolles ; et pour ce n’est mestier plus ouyr lesdits d’Arthois, mais s’arrester audit traicté et dès maintenant pourveoyr à l’observance.
Quant à la restitution des fruietz de bénéfices du Sr de Monego, à la vérité, les conditions et modifications y mises, oires qu’en raison elles s’entendent les charges supportées , toutesfois l’expression si affectée dénote que ce sera avec toute rigueur, et que il en profïitera peu. Néantmoings vous ferez bien d’en procurer la dépesche , en reboutant toutesfois, quant à ce et aultres semblables, la similitude que se allègue de Sainct-Amand , que n’a nul fondement, ains est exliorbitant, pour austant que l’empeschement n’est à l’occasion des guerres, et qu’il en est procès de long temps, comme tenons vous, ledici trésorier, bien informé, par ce que cy-devant vous en a esté escript; aussi tiendrez main au dépesche du placel requis par ledici Sr de Monego. Vous ferez bien de procurer le dépesche quant à ce de Provence, pour en avoir main-levée, conforme aux traictez, et que lesdicts dépesches soient comme il appartient, évitant, se avant qu’il sera possible , qu’ilz ne soient circonvenuz soubz couleurs d’iceulx.
Au regard des dépré dez , le moyen de les renvoier à justice ordinaire ne peult satisfaire ; car par ce boult seroit remectre la chose à n’en avoir jamais la fin, et despérer noz poures subjeetz, ayans oultre leurs très-grandes pertes soubslenues par leurs déprédations toutes notoires, beaucoup despendu et perdu de temps soubz couleur des communications passées, n’ayant sorty aucung effet par la faulte et culpe inexcusable des commis dudict Sr roy très-chrestien ; et vouldrois bien, par l’honnesteté, équité et raison, que sans plus de délay ni subterfuges ils fussent récompensez et restituez de leurs pertes. Et si ainsi faire ne se peult, seroit le plus expédient que derechief commissaires se treuvassent à Cambray pour en faire vuydange sommaire, et sans figure de procès, et que la journée fust briefve , et les commis du roy enchargez de s’y trouver, et acquitter
plainement et sans dissimulation; et aultrement ce seroit tousjours accroistre la desfiance et molester nosdicts subjectz, que continuellement nous poursuyvent d’avoir remède et provision. Et pour ce requérerez encoirres que cestuy affaire soit mieulx entendu et considéré, remectant ce moyen de journée en avant si mieulx n’y voiez, et que l’on en puisse vraysemblablement espérer aucun g fruict et effect; remémorant ce qu’en fut convenu à Cambray, et selon que verrez la taille; remonstrant que nous ne pouvons escliever avec nosdicts subjectz qu’ilz ne se récompensent par ung boultou aultre de leursdites pertes; et de ce que se conclura sur ladicte journée nous advertirez pour, selon ce, y pourveoyr d’heures 1.
l ouchant l’affaire des monnoies, nous députerons gens pour se treuver à Paris et y entendre de nostre part, oires que le lieu y soit avantaigeux pour ceulx dudict Sr roy très-chrestien ; afin que, en ce comme au surplus, il et ceux de son conseil voyent que nous désirons plainement et sans mistère entendre ès choses que concernent la mutuelle hantise, communication et conservation d’entre noz pays et subjectz et ceux dudit Sr roy très-chrestien.
De la charge du bastard du Pioeulx, certes nous y avons tousjours eu peu d’espoir, quoy qu’il fût des bons propos , parolles et promesses que sur ce ont esté tenues; mais pour austant que n’en avons aultre chose entendu du roy nostre frère , sinon qu’il attendoit de voir ce qu’en succéderoit, ne vous en avons riens respondu jusques àoyres, et ne vous en sçaurions encoires escripre daventaige nv audit bastard du Roeulx, sinon que si l’on parciste en la responce faicte du refus, qu’il nous semble sa charge estre faicte , et qu’il s’en doibt retourner devers ledit Sr roy son maistre, démonstrant discrettement la nécessité, et les nouvelles que se continuent journellement de la venue du Turcq, et la nécessité causée en ce, sans au surplus monstrer aultre mescontentement.
Nous vous envoyons coppie d’un billet à nous présenté par l’ambassadeur de France résident devers nous, ensemble des responces
1 ( De bonne heure ?)
faictes de nostre part sur icelluy, afin que s’il vous en est parlé, en respondez en conformité et comme verrez convenir pour le mieulx. A tant, etc.... Escript en nostre ville de Gand, le me d’apvril 1 53o.