‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 117 sur 153 · D’ETAT · texte numérisé non relu

D’ETAT

En ce mariage mesmement de mons.

le prince des Espaignes, unicque filz de l’empereur, et héritier apparent de tous les royaulmes de sa majesté , se peust congnoistre la bonne et cordiale volenté qu’il porte audict sieur roy, et à la perpétuelle conjonction et amytié entre leurs maisons, ayant ledict sieur empereur plainement accordé d’entendre audict mariage d’entre icelluy prince à la puisnée fdle dudict sieur roy, et sans avoir regard à la disparité des eages.

L’empereur considère bien , sans sov arrester à ce qu’est passé touchant ce mariage , que le roy peut faire de messieurs ses enfans à son bon plésir, et estant la chose desjà, comme contient l’article, se avant en communication pour la niepce de nostre sainct-père , et que ledict sieur roy très-chrestien entend en faire briefvement pour le mieulx, sadicte majesté, non -seulement ne vouldroit pour riens du monde empescher cette alliance , mais plustôt la promouvoir, et s’emploier en tout ce que sera au bien et bonne amytié d’entre nostredict sainct-père et le roy très-chrestien , comme contiennent les articles desjà donnez de la part dudict sieur empereur.

fut en Flandres, l’entendit par le cardinal de Grammont à son retour devers luy, et de ceste heure-là manda audict Bayard qu’il ne tînt aucung propoz du mariage de mondit sieur d’Orléans. Toutesfois, avant la réception des lectres du roy, il avoit desjà mis la chose en avant ; et davantaige n’eust charge le duc d’Albanie d’en parler à nostredict sainct-père , sinon depuis le retour dudict cardinal de Grammont, et ne vouldroit ledict sieur roy , pour riens du monde , tenir propos contraire de mesme chose en divers lieux ; et n’y a encoires pactes , conventions ne conclusions prinses sur cest affaire entre nostredict sainct-père et ledict sieur roy : par quoy il est en libéral arbitre de faire en cest endroit tout ce qu’il verra estre à faire pour le mieulx , ce qu’il espère faire de brief avec l’ayde de Dieu.

En tant que touche l’amitié qu’icelluy seigneur empereur désire demeurer ferme et inviolable entre nostredict sainct-père , luy et ledict sieur roy, c’est la chose que plus icelluy sieur a désiré tousjours et désire de sa part, afin d’entretenir la paix , union et tranquillité qui est en la chrestienté , laquelle y están t très-nécessaire que plus ne pourroit estre [dict] , ainsi que chacung peult veoir et congnoistre clèrement; attendu mesmement que c’est le principal poinct et fondement pour éviter le danger de tumber plus aux exécrables et énormes maulx , scandales , offences , homicides , sacrilèges , forces , violences , brule-

L’empereur tient pour certain que lesdicts sainct-père et roy très-chrestien désirent sur toutes choses ceste amy tié, et d’entretenir paix et union en la chrestienté : aussy faict sa majesté, ayant la mesme considération des inconvéniens contenuz en cest article.

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mens et raptz qui sont par cy -devant advenuz à cause des guerres ; et davantage le soulaigement des subjectz , et pour les garder des maulx et inconvéniens qu’ilz ont souffert, et pour obvier et résister aux entreprises du Turcq, ennemyet adversaire de nostre sainete foy.

Et quant au mariage de monsieur d’Angoulesine , ledict sieur roy sera content qu’il se face avec l’une des filles dudict sieur roi des Romains et celle qui se trouvera de son eage plus capable, faisant celluy de monsieur le daulphin en la forme dessusdicte.

Et au regard du temps des fiansailles et espousailles , elles se feront au terme et ainsi qu’il est contenu au mémoire baillé audit général Bayard, et ès responses baillées par ledict sieur de Praet.

Et touchant les dotz et douaires, ledict sieur roy donnera à sa fille puisnée tel et semblable dot qu’ont accoustumé d’avoir les filles de France; et ledit empereur baillera à ladicte dame, pour ledict prince son fils, tel et semblable douaire qu’ont accoustumé d’avoir les filles de France mariées ès roys d’Espaigne ou à leurs filz aisnez.

Et pareilles conventions se feront touchant mondict sieur d’Angolesmes et la fille dudit sieur roy des Romains, soubz la condition cy-dessus déclairée.

Et en tant que touche les seurtez que se debvront bailler d’une part et d’aultre, tant pour restitution du dot, se restitution a lieu, paiement du douaire, accom-

1 Elisabeth , promise à Sigismond-Au- consommé qu’en i545, et la princesse quste , roi de Pologne. Le mariage ne fut mourut moins de deux ans après.

Actendu ce qu’a esté cy-dessus appostillé touchant le mariage de monsieur le daulphin, il ne semble que convenablement ceste condition puisse ainsi avoir lieu; et si ne se pourroit Iraicter mariage pour monsieur d’Angolesmes à la fille aisnée du roy des Romains, desjà mariée, selon que l’empereur la sceu naguères 1 ; mais quant à l’aultre guères moins eagée, ne semble avoir disparité en quoy l’on se doige arrester.

Accordant le surplus, se pourroit prendre résolution respectivement du contenu èsdietz articles et touchant l’appennaige obmis.

plissement des promesses qui se feront d’ung coustel et d’aultre, ledici sieur roy sera content de sa part les bailler telles et semblables que les luy vouldront bailler lesdicts sieurs empei'eur et roy des Romains, son frère, ainsi que sera plus amplement advisé par les députez d’un coustel et d’aultre.

Quant aux offres faictes , la conclusion prinse sur le faict desdicts mariages, ledict sieur rey sera tousj ours prest à faire et accorder entièrement de sa part tout ce qu’il verra et congnoistra estre utille et prouffitable pour le bien , repoz et seurtéde ladite chrestienté et entretènement de leursdictes maisons , ainsi que les traictez le pourtent; et se pourra après aisément conduire le faict de la veue.

Au demeurant, quant au faict du concilie universel et articles envoyez par nostre saint-père le pape audict sieur empereur, le roy eustbien voulu sçavoir sur ce l’oppinion dudict sieur empereur pour en pouvoir mieulx dire son advis ; toutesfois il a très-bien veu et meurement entendu iceulx articles , auxquels il y a plusieurs très-bonnes choses et de grande apparence , mesmementen ce que touche les inconvéniens et dangiers que pourroient advenir en la chrestienté, faisant convoquer icelluy' concilie aullrement qu’il n’est restrain t et modiffié par lesdicts articles. Mais, d’aultre part, faut bien aussi considérer en quelz termes et disposition sont réduictz les affaires de ladicte chrestienté, qui sont de présent de sorte que l’apparence est beaucoup plus grande de y venyr pis, que l’espérance ne doibt estre, sans l’ayde de Dieu, de y veoir mieulx ; que pourra causer ung

Ces allyances ne pourroient prandre meilleur ny plus louable et heureuse occasion et direction , et à Dieu agréable dont toutes bonnes œuvres procèdent, que de les fonder pour, par le moien et avec la direction d’icelles, joinctement adviser et porveoir à l’instante nécessité de la chose publicque chrestienne, et capituler et traicter de ce que l’on congnoistra y estre duysable et ainsi sembler le mieulx.

L’empereur tient que le roy treschrestien ayt bien pesé et entendu ce qu’a esté mis avant touchant le concilie et les diflicultez mentionnées en cestuy article ; toutesfois puisque ledict con cille est tant nécessaire, comme évidamment l’on peult veoir, et qu’il n’y a aultre moyen souffisant pour pouvoir remédier ès inconvéniens tant grand/, et journellement émynans de plus en la chrestienté, et que à la vérité l’on pourroit ci-après inexcusablement imputer la faulte d’icelluy aux princes chrestiens, comme contient ledict ai ticle; semide à sa majesté que plustot indire, convoquer et célébrer sera le mieulx, et que la nécessité tant évidente et notoire dudict concilie excuse bien péremptoirement de premier faire assemblée , pour plus araisonner si se tiendra ou non , ny du lieu ou de ce que y se devra traicter, actendu que les lieux que sa saincteté a mis avant

danger tel, que de quelque part que vienne la faulte et inconvénient, si inconvénient y advenoit, que Dieu ne veuille, les princes chrestiens qui viendront par cy-après pourroient donner très-grande charge et blasme à nostredict sainct-père et à tous les princes à présent régnans , disans qu’ils auront totallement esté cause des maulx et ruynes advenuz en ladicte chrestienté, les remectant en avant et reprouchant que , pour n’avoir voulu convoquer icelluy concile, ou que ce soit en l’ayant voulu convoquer, l’avoir tellement restraint et modisfié, que peu de gens y aient voulu entendre ; que , à cause de ce , lesdictes ruynes seroient advenues , qui seroit la chose en ce monde que plusdesplairoità icelluy sieur roy. Parquoy, pour remédier aux choses dessus dictes, considéré les deux poinctz cydevant touchez, sembleroit audict sieur roy, soubz meilleur advis , que pour faire l’ung et n’obmectre point l’aultre , l’on debvroit bien et amplement, avant toute œuvre, communicquer de cest affaire avec les roys et princes chrestiens, et le plustôt que faire se pourroit, que chacun d’eulx envoyassent à Rome leurs ambassadeurs , avec pouvoirs suffisans pour adviser et arrester ensemblement , tant d’ung lieu commode et à propos, non suspect ne à l’ung ne à l’aultre des princes chrestiens, et ouquel ilz se pourront trouver en leurs personnes sans dangier, se bon leur semble , auquel lieu se pourra tenir ledict concilie, que pourgecter

sont bien seheurs et convenables à tous princes et potentatz chrestiens, et pour éviter occasion à ceulx de la Germanye de se plaindre que l’on les griefve d’aller trop loing; aussi qu’il y a matière prompte touchant la foy et répulsion , extinction des hérésies et la conservation de l’auctorité de nostre mère l’église, par où nécessairement, comme cause principale et potissime, fault commencer, en advisant, lorsque sera congrégé , ce que sera disputable ou non , et y pourveoyr comme il sera trouvé convenir. Et si se pourra adoncques , par meur et bon advis délibérer quant au surplus; et de vouloir, avant l’intimation , faire la restrinction de ce que se debvra traicter, seroit de plain sault coarcter et dyminuer l’auctorité dudict concilie, que doit dépendre en tout ce que s’y traictera de l’inspiration du Sainct-Esprit ; et si seroit contre la forme introduicte et observée ès saincts concilies passez , et à la grande desréputation d’icelluy, mesmes envers les desvoiez de nostre sainete foy. Combien que, quant à non parler, par les princes et potentatz , des choses particulières , ledict sieur ne pense de son privé y avoir riens affaire , pareillement ne se fault arrester, si lesdietz desvoiez vouldront ledict concilie et y obéir ou non , puisque il se faict pour pourveoyr à l’encontre d’eulx , oultre ce qu’ilz l’ont requiz ; et est bien vraysemblable , comme assez l’ont déclaré, qu’ilz le vouldroient à leur appétit, tellement que sadicte majesté, pour l’exigence de

et mectre par escript , d’ung commun accord et consentement, tous les poinctz et articles dont sera besoing et requis de parler en icelluy, sans que nul desdictz princes et potentatz puisse parler d’aucunes choses par ticulières en quelque façon ou manière que ce soit , mais seulement du service de Dieu concernant le faict de la foy, de corriger et réprimer les vices et hérésies qui sont en ladicte chrestienté , sans faii’e aucune mention , ès articles qui seront dressez , des choses qui ont esté traictées , conclûtes et arrestées par lesdicts concilies passez, afin que nul puisse disputer ny en faire doubte; car quii vouldroit disputer des choses faictes èsdictz saincts concilies passez , ce seroit ouvrir la voye pour faire le semblable sur ce qui se feroit au nouveau concilie. Et après que toutes ces choses auront esté bien et meurement mises et rédigées par escript , fauldra intimer ledict concilie aux luthériens et les advertir desdicts articles , et s’ilz l’acceptent soubz les modifications dessus dictes, l’on pourra espérer qui seront pour eulx amender et reprendre la voye de salut; et là où ilz vouldroient tenir et faire le contraire, ilz ne pourront aucunement nyer, ne eulx excuser qu’ilz n’ayent refusé icelluy concilie, et ne soient principallement cause dont il n’aura esté tenu. Par quoy lesdictz ambassadeurs pourroient après, en vertu de leursdictz pouvoirs , regarder et arrester entre eulx le moyen et chemin que l’on aura à tenir pour parvenir au

l’affaire et complir à ce qu’il doibt, ne peult délaisser de remectre en avant ce que dessus, et parcister envers ledict sieur roy très-chrestien, son bon frère . que pour le lien , dignité et tiltre de très-chrestien qui tient entre tous au!

très roys et princes , il vueille encore peser, considérer et bien entendre cestuy affaire ; et puisque ledict concilie est tant nécessaire et ne se peult de laisser, comme il a cy-devant prudem ment et catholicquement considéré et desjà respondu à nostre sainct-père, et faict entendre audict sieur empereur, et de s’y vouloir emploier de tout son pouvoir qu’il se convocque , célèbre et effectue le plustost que sera possible.

Car quant à l’ordre que l’on suppose que , pendant la dilation , se pouvoil mectre par le pape et aultres princes chrestiens , en droit soy, à réprimer et rebouter les erreurs journellement mui tiplians , selon que ledict sieur roy entend faire de son coustel, certes l’évidence démonstre que ce seroit chose comme impossible; combien que, Dieu grâce , les pays patrimoniaulx desdicts sieurs empereur et roy des Romains son frère en sont bien préservez. Mais, comme qu’il en soit , il semble que par chrestienne et catholicque charité, cestuy inconvénient tant grand et éminent où qu’il soit plus ou moings, doibt estre tenu pour commun à tous prin ces, potentatz et bons chrestiens, estant chose de la foy ; et si faict à craindre que oyres pour le présent n’y ayt apparence de dangier ès pays patrimo-

demeurant. Et pour austant que la congrégation et assemblée d’icelluy concilie ne se pourroit faire , pour estre chose d’importance que chacung peult juger, sans quelque longheur et intervalle de temps , au moien de quoy il est cependant trop plus que requis et nécessaire de donner provision à ce que les maulx et scandalles qui pullulent journellement en ladicte chrestienté ne passent plus avant, ledict sieur roy est d’advis que tout ainsi que luy, comme roy très-chrestien, et désirant sur toutes choses la correction desdictes hérésies, avec l’ayde de Nostre-Seigneur, a donné si bon ordre par tout son royaulme, pays, terres et seignories, que lesdictes hérésies jusquesà présent n’y ont point eu lieu , et n’auront par cy -après , s’il plaist à Dieu , avec la police que icelluy sieur espère y mectre, que semblablement nostredict sainct-père et tous lesdicts princes et potentatz facent de leur cousté le semblable; et se conduisant lesdictes choses en la sincérité que dessus, il semble audict sieur roy que l’on n’en pourroit espérer, avec l’ayde du Créateur, sinon bonne et parfaicte issue.

niaulx tant dudict sieur roy que de l’empereur et roy des Romains, il y pourroit avoir néantmoings quelque feu couvert, que se pourroit avec le temps allumer plus oultre et plus violentement que l’on ne pense; priant bien affectueusement ledict sieur roy très-chrestien prendre tout ce que dessus de bonne part , pour le résoldre au mieulx, selon que l’affaire requiert, auquel lesdictz sieurs empereur et roy des Romains ne deffaudront à ce que convient à leurs estatz et dignitez, et d’y rendre tout catholicque debvoir et y entendre féablement et unanimément, et avec nostredict sainct-père et ledict sieur roy très-chrestien et aultres potentatz. Confiant aussi que ledict sieur roy très-chrestien , selon l’affection qu’il a déclairé avoir d’y entendre avec eulx , fera pour l’honneur de Dieu et par sa magnanimité et vertu, et en correspondance de l’amitié d’entre eulx, le semblable , en asseurant par ensemble , portant et deffendant nostredict sainctpère , en tout ce que le concernera , et sa dignité et personne et le saint-siège apostolique , ensuyvant ce qu’en a esté mis avant et baillé par escript par ledict sieur de Praet.

Et pareillement, quant à la répulsion du Turcq , dont de la part dudict sieur roy très-chrestien n’est icy respondo sur ce qu’en a esté baillé par escript , sur les nouvelles que l’on a de sa venue , lesquelles se confirment journellement de plusieurs lieux, et faict à craindre que mectant la chose en plus de délay, il ne emaysse 1 la chrestienté despourveue , de laquelle il doibt estre , selon Dieu et raison et hounesteté , tenu et réputé

Mette en émoi.

commung ennemy, et est chose que touche communément à la républicque chrestienne et à tous princes et catholicques de luy résister, et si vault mieulx pourveoir sur ce et bailler ordre à faulte , que d’attendre l’asart pour estre surprins au despourveu; et oyres qui ne viendroit pas en cestuy instant esté, si ne peut estre mal emploiée la provision que y seroit dressée; et faicte pour l’advenir, si ledict Turcq, comme il est audacieux et insolent, et désextimant les forces des princes et potentatz chrestiens , vouloit , comme il a faict autresfois , dereschief entreprendre en la chrestienté; contre lequel lesdicts sieurs empereur et roy aussy offrent exposer leurs biens, vyes, personnes et estatz.

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