‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 118 sur 153 · AU SÜJET DES ALLIANCES DE MARIAGE, ETC · texte numérisé non relu

AU SÜJET DES ALLIANCES DE MARIAGE, ETC

(suite de la négociation du sieur de praet.)

(Mémoires de Granvelle , tome II, 8o-83. )

Sans date [fin d’avril i53i].

Le roy a veu la réplicque cottée en teste des articles des responces par luy faictes sur aucungs articles par cy-devant à luy présentez, de la part de l’empereur, son beaul-frère, par le Sr de Praet, et après avoir bien et meurement entendu icelles réplicques , il a semblé et semble audict Sr roy qu’il n’y a que trois poinctz principaulx sur lesquelz il est besoing à présent de respondre : le premier est le faict des mariages de messieurs et mesdames les enfans desdicts Srs empereur et roy, le second le faict du concilie, et le tiers le faict du Turcq.

Et premièrement, quant au faict desdicts mariages, ledict Sr roy

a très-bien noté et considéré ce que ledici Sr empereur en a touché par icelles réplicques , et les causes et raisons pour lesquelles il luy semble qu’il n’est à propos de faire le mariage de monseigneur le daulphin et de madame l’infante des Espaignes, duquel avoit esté par cy-devant pourparlé par mesdames l’archiducesse d’Austrice et mère dudit Sr roy; mais est content d’accorder que ledici mariage de monsr le prince desdictes Espaignes, son filz, se face avec madame Margueritte, fdle puisnée dudict Sr roy. Icelluy Sr roy est contant que ledict dernier mariage se face, estimant et réputant de sa part l’amytié d’entre ledict Sr empereur et luy estre de ceste heure si bien plantée et enracinée par tant de bons et seheurs lyens, que chacung d’eulx peut espérer, avec l’ayde de Dieu, quelle demourera pour jamais ferme et entière , et que de plus en plus elle croistra et augmentera ; au moyen de quoy il n’est point de besoing pour le présent d’y adjouster rien davantaige, ne de sercher aultre moyen pour estreindre ne corroborer icelle amytié plus qu’elle est et sera encoires, faisant icelluy mariage de mondict Sr le prince avec madicte dame Marguerite; et ce pendant nosdicts Srs et dames pourront croistre , et durant le temps de leur croissance , lesdicts Srs empereur et roy auront loisir de penser à tout ce qu’ilz pourront faire réciproquement pour perpétuer l’amytié et alliance d’entre leurs deux maisons, afin de la rendre immortelle.

Au regard du faict du concilie , ledict Sr roy a très-bien considéré la réplicque faicte par ledict Sr empereur sur la responce qu’il luy avoit faicte quant à ce poinct, et pour conclusion, suyvant la première opinion, est d’advis qu’il ne fut oneques temps qui requist plus de faire ung concilie que celluy de présent, et luy semble que , puisqu’il a pieu à Dieu de constituer icelluy Sr empereur, luy et les aultres roys et princes chrestiens en la dignité où ilz sont, que la meilleur, plus sainete et plus salutaire œuvre que chacung d’eulx puisse faire , c’est de s’emploier et tenir la main à ce que ledict concilie ayt lieu , pourveu toutesfois qu’il se face bon et sainct ; car il vaudroit beaucoup mieulx n’en faire point que d’en faire ung mau-

vais, par le moyen duquel tous les aultres concilies passez fussent renduz doubteux et en dispute. Et quant à ce que ledict seigneur empereur dit par sesdictes réplicques, que de vouloir, avant l’intimation d’icelluy concilie , faire la restrinction de ce que se y devoit traicter, ce seroit de plain sault coarcter et diminuer l’auctorité dudict concilie, qui doit despendre, et tout ce que se y traictera, de l’inspiration du Sainct-Esprit, ledict Sr roy n’a pas esté celluy qui a premièrement mis en avant ladicte restrinction , comme il se pourra veoir clérement par la fin des articles à luy présentez par ledict Sr de Praet. Car, combien qu’il n’y ayt prince pour le jourd’huy en la chrestienté qui eust plus d’occasion de parler de ses affaires et querelles particulières en icelluy concilie que luy, néantmoings, congnoissant qu’il n’estoit raisonnable de mesler lesdictes affaires avec les choses qui touchent le service de Dieu, de nostre sainete foy et de toute la religion chrestienne , il avoit bien voulu oblier son particulier intérêt pour préférer ledict bien universel; joinct aussi que par les propoz que luy tint, à son arrivée par deçà, ledict Sr de Praet, sur les articles baillez de la part de nostre sainct-père , par lesquelz sa saincteté remonstroit les maulx et inconvéniens qui pourroient advenir faisant icelluy concilie, il luy sembla lors que ledict Sr empereur fust plus d’oppinion qu’il ne se deust tenir que aultrement ; mais puisque il n’est point maintenant d’advis qu’il doyve estre restrainct , icelluy Sr roy est de ceste mesme oppinion, et luy prie et requiert que, pour le bien de ladicte chrestienté , il veuille de sa part tenir la main à ce qu’icelluy concilie se face le plus tost qu’il sera possible ; car de sa part il désire singulièrement faire le semblable. Mais surtout il est requis qu’il soit tenu en lieu de telle seheurté que les roys et princes chrestiens se y puissent treuver en personne , se bien leur semble ; car aultrement s’ilz ne se y pouvoient treuver en personne , il est à présumer qu’ilz ne vouldroient souffrir ne tollérer que leurs subjeetz y allassent ; et là où cela fauldroit , ce ne seroit pas ung concilie général, mais seulement ung concilie provincial, duquel il pourroit beaucoup plus réussir de scandalle et mutation, que correction des vices

et mauvaises meurs. Et luy semble que au fait d’icelluy concilie il ne pourroit respondre ne dire davantaige que ce que dessus.

Et en tant que touche la répulsion du Turcq, dont par ladicte réplicque est dict que ledict Sr roy n’a riens respondu sur ce que luy en avoit esté baillé par escript, il semble audit Sr roy que les douze cens mille escuz qu’il a paiez , et les huit cens mille escuz qu’il a promis, et est contrainct encoires de paier pour le parfaict des deux millions d’escuz du paiement de sa rançon , respondent assez pour luy quant à ce poinct. Et pense bien qu’il n’y a prince en la chrestienté, de quelque estât, qualité ou condition qu’il soit, s’il avoit soubstenu par le passé ung si pesant faiz que luy, et après estre contrainct de fournir une si grosse et si excessive somme de deniers que celle qu’il a fournie , et qu’il fault qu’il fournisse , qu’il ne se trouvast bien empesché. Toutesfois, quant il verra que ledict Turcq sera en personne pour assaillir ladicte chrestienté, sa finalle et dernière résolution est, nonobstant les grandes et insupportables charges qu’il a soubstenues et est contrainct de soubstenir encoires , de n’emploier pas tant seulement, pour résister à la descente dudict Turcq, ses forces et le sang de la noblesse de son royaume, mais aussi sa propre vie, sans icelle aucunement y espargner; espérant et se tenant pour seheur que ledict Sr empereur fera le semblable. Priant très -instamment icelluy Sr roy ledict Sr empereur, son bon frère, tant et si très-affectueusement qu’il luy est possible, prandre de bonne part toutes et chacunes les responces dessusdictes, et avoir ceste ferme créance et seurté envers luy, que l’une des choses en ce monde que plus il désire, c’est de vivre perpétuellement en bonne , vraye et loyalle amitié avec luy , et que ce qui plus luy ennuyroit et desplairoit, ce seroit de veoir intervenir chose qui peust donner aucun soupçon d’altérer icelle amytié.

L’EMPEREUR

A SES AMBASSADEURS EN FRANCE

(Mémoires de Granvelie, II, 25-27.)

Gand, 2 mai i53i .

De par l’empereur.

Très-chiers et féaulx : Nous avons dernièrement receu voz lettres du xxive d’apvril, tant communes que celles particulières de vous, le Sr de Praet , ensemble l’escript à vous envoyé par le grand-maistre de France, pour responce du roy son maistre aux appostilles que dernièrement luy aviez présenté de nostre part; et desjà deux jours auparavant la réception de voz lettres et escript, l’ambassadeur dudit Sr roy, résident icy, nous avoit baillé le semblable escript, et avons bien congneu que la tardance n’a esté en ce par vous, selon la datte des lettres dudit Sr grand-maistre , oyres que ne soit besoing d’autre tesmoingnaige que de vostre rescription et l’expérience qu’avons de vostre diligence.

Nous avons bien veu ledit escript, et icelluy consulté avec la royne douaigère , nostre seur \ et aultres seigneurs et bons personnaiges estans en ce lieu , et qui se treuvarent au temps de la délibération de vostre charge pour France; et ayant regard aux termes que sur icelle vous ont esté tenuz , responces et escriptz baillez de la part dudit Sr roy, et la longueur dont l’on y a usé , trouvons assez évidamment ce que nous avons tousjours pensé, que ledit Sr roy, ou par faulte de

1 Marie, sœur de Charles-Quint et douai- l’archiduchesse Marguerite, dans le gourière de Louis , roi de Hongrie et de Bo- vernement des Pays-Bas et du comté de hême. Elle venait de succéder à sa tante, Bourgogne.

bonne volenté aux choses de la république chrestienne , ou pour non veoir que la provision y soit mise par nostre moien, et pour tenre nous et le roy nostre frère en peyne et despense , et comme il luy semble en ses dangers , ou pour complaire au pape et au roy d’Angleterre respectivement, et peult-estre en considération de favoriser auxleuthériens allemans, suysses et aultres desvoiez de la sainete foy, ou aultrement comme qu’il soit , ne se veult emploier en l’affaire du concilie, ny, comme ouvertement il le déclare, à la répulsion du Turcq; et si présumons que le retour à Rome du cardinal de Grammont soit pour faire feste au pape de ceste dissimulation quant audit concilie. Et n’est besoing que vous, leclict de Praet, vous excusez envers nous quant à ce que ledit dernier rescript prent occasion sur ce qu’a esté cy-devant respondu de la part dudit Sr roy, touchant ledit concilie, pour avoir doubte de nostre intention, si le désirons ou non, en ayant de longtemps expérience de vostre discrétion en choses d’importance, pour non transpasser vostre instruction, ny aussi de fondement d’excuser la restriction , en prenant couleur sur vostre premier escript, qu’est à veue d’œil évidamment sans occasion; et vous remectons, selon que cognoistrez la taille et verrez le propos, ou d’en dire au roy quelque mot comme de vous-mesmes, ou de le délaisser, que sembleroit aussi bien, pour éviter toute contention. Car, comme qu’il soit , nous avons advisé , selon que nous escripvez , pour le mieulx, de ne démonstrer mescontentement de tout ce que dessus; ains, si avant que possible sera, et par tous moiens que pourront convenir civillement, démonstrer de prandre le tout de bonne part, et sans scrupule quelconque vouloir continuer bonne amytié, comme à la vérité vouldrions, en ferme, sincère et bonne volenté envers ledit Sr roy; de mesmes, pour si longuement que possible sera, entretenir la communication deppendant de vostre charge, signamment quant à l’affaire du concilie , afin de ce pendant regarder à ce que se pourra faire et pourveoyr, tant pour les affaires publicques de la clirestienté que les nostres particulières; et, entre aultres choses, d’adviser si ce pendant se pourra treuver moien avec les luthériens et

aultres desvoiez que sera plus faisable, en entretenant ceste praticque , et pour la doubte qu’ilz peuvent avoir dudit concilie, et aussi de s’ayder du pape à l’effect susdit et aultres affaires de la chrestienté; car oyres que les François asseurent à part nostre sainct-père de non consentir audit concilie, toutesfois se en sera-il tousjours en scrupule durant ladite praticque. Et en ensuyvant ce que desjà avons escript au roy des Romains, nostre frère, selon qu’avez seu, derechief dépeschons vers luy, pour l’advertir de ceste dernière responce , afin qu’il advise soigneusement et diligemment s’il sera possible, avec l’ayde et assistance des électeurs, princes et bons personnages catholicques, de trouver quelque expédient au moins mal pour faire quelque pacisfication , suspendre et retenir la contagion de ces erreurs et hérésies. Et semblablement escripvons à nostre ambassadeur à Rome pour advertir de nostre part le sainct-père de ladite dernière responce, dont ne faisons doubte sa saincteté sera desjà advertie du lieu mesmes, afin aussi que sa saincteté vueille regarder la nécessité tant grande et évidente, et de son cousté adviser que cestuy inconvénient ne succède irréparable. Et combien que ayons mis doubte que la révocation de vous, ledit sieur de Praet, ne rende ceste communication plus scrupuleuse, toutesfois nous sommes déterminé que vous en pourrez retourner, ayant préalablement persuadé audit seigneur [roy] de vouloir encores adviser sur vostredite charge, signamment quant à l’affaire dudit concilie , puisque ledit S1' roy trèschrétien enfin se résolt et expressément congnoit qu’il soit nécessaire, et que le plus tost de convocquer soit mieulx, s’arrestant seullement, comme l’avez bien pensé, touchant le lieu; luy requérant vouloir encoires considérer que ceulx mis avant de la part de nostre sainctpère le pape semblent convenables et assez seheurs pour luy et aultres princes chrestiens, et qu’il s’en vueille déterminer. Persistant aussi, quant aux aultres deux poinctz de mariage et duTurcq, selon l’effect et substance de l’escript que va encloz avec ceste, et au surplus, comme vous verrez mieulx convenir au propos de l’effect susdit; le remectant d’advertir de son intention et faire responce à vous, le tré-

sorier Bonvalot, ayant bon regard de, avec bons mots, vous desmêler tous deux , sans consentir le mariage d’entre le prince nostre fdz et la fille puînée de France sinon conforme aux escriptz baillez, par lesquelz les mariages qui ont semblé faisables ont esté consentuz , en traitant des aullres choses, mesmes quant à la foy et répulsion du Turcq, et à ceste condition ; en remectant et regectant la chose avec toute la modestie et douceur que pourrez , jusques à la conclusion que ledit seigneur roy prendra èsdits aultres deux poinctz. Et combien que nous vous envoions ledit escript à part, toutesfois nous le vous remectons par forme d’advertissement, pour user du contenu et en pourter propos selon que adviserez estre bien à l’effect susdict; combien que si n’y prenez aulire considération , nous semble qu’il ne peult estre hors de propos bailler lesdit escript, puisque c’est le mieulx et le plus expédient de besoingner avec eulx par escript, et nous semble qui n’ayt chose audit escript qui doige estre mal prinse.

Nous vous envoyons copie des lectres qu’avons dernièrement receu de nostre ambassadeur à Rome, aussi de ce que concerne Sennes, afin que si en ouyez parler, soiez préadvertiz de ce qu’en est.

Au surplus, pour respondre à voz lettres des xie, xne et xxmc d’apvril, nous avons bien entendu ce que vous, sieur de Praet, nous avez escriptz du vingt-quatrième, et le billet en chiffre cloz en voz lectres, et avons eu très-grand plésir de l’advertissement que, suyvant aultres voz précédentes, nous avez faict, que la royne, madame nostre meilleur sœur, tient quelle soit enseincte, et désirons bien d’en sçavoir la certitude , que Dieu vueille ; et quant au surplus du contenu en vostredit billet, fault attendre ce qu’en pourra estre, ne faisant doubte que vous en assenterez le plus que pourrez ; aussi comme sera succédé l’affaire des ambassadeurs de Gennes.

Nous avons aussi receu les lectres que vous, trésorier Bonvalot, avez obtenu pour faire cesser les oppressions , pillaiges et violences que les gens-d’armes et adventuriers françois font en Charrolois , lesquelles avons envoyé à nostre président de Bourgoingne , afin de les adresser, et, suivant icelles, faire les diligences nécessaires pourl’ef-

fect; et vous sçavons bon grey de la diligence qu’avez faict pour recouvrer lesdites lectres.

Quant aux affaires des déprédez , des monnoies , aussi de ceulx du Sr de Monego, nous ne faisons doubte que, comme nous avez escript , y aurez faict tout le possible , et que y continuerez et ès semblables occurences, par tous les bons moiens que verrez convenir; et aussi quant à celluy de l’abbaye Saint-Jean-du-Mont, près Théroenne, duquel vous escripvons par aultresnoz particulières, pour vostre plus ample information.

De l’affaire de ceulx d’Arthois , nous ferons communicquer ce que nous en avez escript aux commis de nostre ville d’Arras estant présentement icy, afin d’entendre ce que leur semble se y pourra et debvra faire, soit d’esclarcir ce doubte par les titres que vous, trésorier Bonvalot, dictes avoir en voz mains des marchans dudit Arras, ou aultrement comme mieulx semblera, et par le premier vous advertirons de nostre intention et de la résolution que sera sur ce prinse avec lesdits commis d’Arras.

Le conte Guillaume de Viede et Moerse, et le conte Guillaume de Neuenar, nous ont faict remonstrer qu’ilz ont quelque affaire devers le roy très-chrétien , touchant aucungs lieus à eulx appertenans en France; et pour ce qu’ilz nous sont en bonne recommandacion, leur ferez toute la faveur et adresse que convenablement pourrez. Et à tant, etc. Escript en Gand, le h de may 1 53 1 .

Page 1