‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 142 sur 153 · QUE LE ROI A FAITE AU SIEUR DE BALANÇON · texte numérisé non relu

QUE LE ROI A FAITE AU SIEUR DE BALANÇON

SUR LA CRÉANCE QU’IL A EXPOSEE, ET DEPUIS BAILLEE PAR ECRIT DE LA PART DE L’EMPEREUR.

( Apologie de Charîes-Quint, 36o. )

Sans dale [1 532 ].

Le roy a esté très-ayse d’entendre le bon et grand appareil que l’empereur fait par mer et par terre , pour résister à l’entreprinse qu’il est nouvelles que le Turcq veult faire sur la chrestienté , et luy semble que du cousté d’AUemaigne la force y soit telle que , si le Turcq y prend son chemin, il n’en pourra rapporter que honte et dommaige.

Et quant à l’armée de mer, ledict Srroy trouve très-bonne la provision que ledict empereur a faicte du cousté de Napples et de Cécille, pour laquelle renforcer, il y eust volentiers envoyé les gallères qu’il a équippées en la coste de Lainguedoc et Prouvence, n’eust esté qu’il est contrainct les y tenir pour la seurté de ladicte coste , où sans cela Barbarosse et autres infidèles prendroient plusieurs âmes et feroient maulx infiniz sur ses subjeetz ; et est ledict Barbarosse , ainsi que l’on dit, oultre son grand nombre de fustes1, renforcé de xxx ou XL grosses voiles dudict Turcq, et a accoustumé de surjourner la pluspart du temps aux ysles d ire2, dont il peult advenir plus de mal à la mer Méditerranne que de nul autre endroit.

Navires

1 Hières.

PAPIERS D’ÉTAT Et d’aultre part, si ledi et sieur désarmoit son royaulme de ses gallères et gens d’armes, qui sont sa principale force, et il luy advenoit inconvénienz , que Dieu ne veulle, il seroit en évidant dangier de perdre le tout; par quoy, s’il a à courir fortune, il ayme trop myeulx et tient pour plus honnorable de hazarder sa personne avec ses forces , que de soy perdre seul. Et semble audict Sr que pour pourveoir à affaire de si grant importance, il eust esté besoing y penser de meilleur heure , et pour ce faire et y prendre une bonne conclusion , assembler les princes et potentatz chrestiens , ainsi que dez le moys de may derrier passé ledict Sr advertit nostredict sainct-père et ledici empereur ; et à ceste cause le roy ne peut, pour le présent, synon renouveller l’offre qu’il a par cy-devant faicte à nostredict sainctpère , qui est que , encoires que on luy ayt fait quicter ce que lui appartenoit en Ytalie, néantmoings que, désirant conserver le nom de roy très-ebrestien , et ne le mériter moings que ses prédécesseurs, si le Turcq descend en ladicte Italie, il yra pour la deffence d’icelle en parsonne, accompaigné de trois mil hommes d’armes de ses ordonnances, oultre ceulx de sa maison et ses pensionnaires, qui sont en grant nombre, et davantaige l mil hommes de pied, dont les xxx mil seront de la nation d’Allemaigne, et le surplus de François et d'Italiens. Et en oultre ledict Sr ne fait nulle doubte que le roy d’Angleterre , son bon frère et perpétuel allié , pour le mesme zelle et affection qu’il est asseuré que ledict roy d’Angleterre porte au bien de la chrestienté , ne se y treuve en personne , s’il luy est possible , ou qui n’y envoyé ung bon nombre de gens de guerre ; et pour la force de mer, ledict Sr fait faire diligence d’équipper ung bon groz nombre de gallères et plusieurs autres gros vasseaulx qu’il fera passer de ceste mer en la Méditerranne. Et ne vouldroit ledict sieur, après avoir employé sa personne en guerre pour son faict particulier, l’espargner maintenant en ce qu’il touche le bien universel de la chrestienté , et jamais ne consentiroit pour ung tel affaire que ses enseignes marchassent soubz autre que soubz luy : car en cest endroit il veult avoir sa part du bien et du mal , et où l’empereur et luy assemble-

ront leurs armées , ils sçavent chacun d’eulx le lieu qu’ilz doibvent tenir.

Et finablement icelluy Sr roy est entièrement délibéré et résolu de faire pour le bien de la chrestienté tout ce qu’il pourra, tant de luy que de ses amys.

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