DE LA PART DE L’EMPEREUR AU ROI TRÈS-CHRÉTIEN
(Apologie de Charles-Quint, 35g -36o.)
Sans date [avril i532].
L’empereur présuposant que iceliuy ST roy soit adverty des nouvelles de la venue duTurcq, et mesmes par nostre sainct-père, duquel il s’est entièrement confyé, pour estre chose convenable à sa dignité et auctorité suprême , affin que , moyennant son intervention, la deffence et résistence audict commung ennemy se dresse et face comm’il appertient; mais que l’empereur voyant la continuación de ces nouvelles qu’il avoit de divers coustez , pour non faillir au devoir qu’il doit à la république chrestienne , et à l’observance de la bonne et fraternelle amytié et alliance estant entre eulx deux, et qu’il n’entend rien entreprendre concernant le bien commung d’icelle chrestienté sans l’advis et participación d’icelluy Sr roy , son bon frère, ayant le respect envers luy qui convient à la préhéminence, dignité royale et tiltre de roy très-chrestien, l’a bien voulsu
advertir du vouloir qu’il a de s’employer à ce que sera trouvé faisable et possible pour la deifence et résistence contre ledict Turcq. Et ayant entendu que icelluy Turcq appreste deux armées, l’une de mer et l’autre de terre , pour envoyer celle de mer, comme les nouvelles en sont, du cousté d’Italie, a pourveu du cousté de Naples et Cécille, où il est apparant que ladicte armée du Turcq descendra, de réparacions , fortisficacions , artillerie , munitions et autres provisions nécessaires , tant de gens que de vivres.
Que oultre ce , l’empereur fait dresser avec ses gallères une armée de mer jusques à xxvm hommes, ensemble l’équippaige nécessaire, qui luy semble, avec la provision susdicte, avoir bon moyen de résister à celle dudict Turc pour la deifence et préservacion d’Italie, moyennant que ledict sieur roy son bon frère veulle, tant seulement pour cestuy bon elfect, bailler ses gallères équippées et entretenues pour le temps de ladicte nécessité, dont l’empereur, oultre la requeste que luy en a faict nostredict sainct-père, l’en prie aussi très-affectueusement pour chose tant méritoire et favorable, laquelle il peult aisément faire, veu qu’il a lesdictes gallères équippées.
Et quant à l’autre armée que ledict Turcq prépare, pour la dresser par terre du cousté de Hongrye et la Germanye, laquelle l’on entend estre sans comparaison la plus puissante , l’empereur est après pour pourveoir de luy résister avec l’ayde des électeurs, princes et autres estatz de l’empire , en délibéracion , s’il vient en personne , comme il se publie, ensemble le roy des Romains son frère, faire du mieulx que sera possible. Bien entendu que l’empereur n’est d’intencion pour maintenant entendre plus avant que à la desfencion de ladicte chrestienté et résister audict Turcq , congnoissant que pour passer plus avant à l’offension, seroit chose impossible si promptement, et ne le vouldroit entreprendre sans la dresser par temps, avec intervención dudict sieur roy, son bon frère, et de ses forces et des aultres princes et potentatz chrestiens.
Que l’empereur et le roy des Romains, son frère, espèrent recouvrer, tant de par eulx que avec l’ayde des princes et estatz de la
PAPIERS D’ÉTAT Germanye, bon nombre de gens de pied et cheval, pour servir à ceste desfence et résistence.
Que l’empereur a sceu l’offre que ledict Sr roy très-chrestien a faite à nostre sainct-père de bonne et grande assistance d’hommes d’armes et gens de pied, dont il fait grandement à louer et extimer, et luy en doit sçavoir bon grey toute la chrestienté ; mais pour ce que le plus grand et apparant besoing se ouffre du cousté de la Germanye , l’empereur prie très-affectueusement audict Sr roy très-chrestien, son bon frère, qu’il luy vuille subvenir de quelque bon nombre d’hommes d’armes des syens, payez et entretenuz pour durant ceste nécessité; et oultre ce qu’il fera chose méritoire quant à Dieu, il obligera grandement ensemble le roi des Romains et toute la Germanye envers luy, puisque c’est chose qui puist aisément faire, ayant lesdicts hommes d’armes ordinaires. Et congnoissant l’empereur que le dangier de ces deux emprinses luy concerne et touche en premier lieu , pour à quoy obvyer, il entend faire tout ce qu’il pourra, et tirer où ledict Turcq prendra le chemin, soit d’Italie ou ailleurs, à la desfension d’icelle chrestienté.
Que l’empereur a bien voulsu advertyr ledict Sr roy très-chrestien qu’il a envoyé vers le roy d’Angleterre, son bon frère et oncle , affin de le requérir, veu qu’il ne pourroit à temps ayder de gens à secours, qu’il veuille assister de quelque bonne somme de deniers; pryant aussi ledict sieur roy très-chrestien vouloir de son cousté tenir la main vers les autres princes et potentati chrestiens , qu’ilz aydent à ceste emprinse selon leurs qualitez , et comme l’on doit espérer de leurs bons zelles et dévocions au soubstènement de nostre sainete foy, desfence et préservacion de repoz de la république chrestienne.
LA RÉPONSE