‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 49 sur 153 · A LA DUCHESSE D’ANGOULÈME · texte numérisé non relu

A LA DUCHESSE D’ANGOULÈME

(Mémoires de Granvelle, I, 85 et v°-86.)

Sans date [vers avril i52 5].

Madame la régente , j’ay receu voz lettres par le commandeur de Pignoles, lequel m’a dit des nouvelles du roy vostre filz. J’ay esté joyeux qu’il est en bonne santé et sa personne libre de plus grands inconvéniens qui s’ensuyvent à la guerre ; et non-seulement le feray traicter comme l’honnesteté et grandeur avec l’affinité d’entre luy et moy le requiert , mais davantage , comme vous dira mon cousin et second chambellan le comte de Reulx \ présent porteur, que j’envoye devers luy pour le visiter de ma part. J’ay aussy donné ordre qu’il n’ait faute de chose quelconque convenable à sa santé , tout ainsi que voudrois estre faict pour moy-mesme ; et aussi ay pourveu vers mon beaufrère le duc de Bourbonnois , mon lieutenant général , et au comte d’Entremont, mon vice-roy de Naples, afin que pour vostre consolation, et moy pour autant que touche aux affaires d’entre ledici roy 1 Ferry de Croy, chevalier, seigneur de Reux.

vostre filz et moy et mes allyez, ayons souvent de ses nouvelles, comme me le requestés par vos lettres ; ensuyvant le contenu desquelles , et principalement pour le grand bien qui peut venir à la chrestienté par l’union et amytié de nous deux avec noz allyez , que toujours avons désiré et encore désirons une bonne paix , nonobstant la bonne fortune qu’il a pieu à Dieu m’envoyer, si ne voudrois procéder à continuation de guerre que premièrement ne me soye mis en tous devoirs de ladicte paix. J’ay à cette cause faict mettre , tant en mon nom que de nosdicts allyez , ma résolution par escrit de ce qu’est mon intention d’avoir et recouvrer comme chose que justement m’appartient, lequel escrit mondict cousin de Reulx vous monstrera, et après le portera audict roy vostre fdz , espérant que vous y penserez et ne me refuserez chose tant juste et raisonnable pour le bien et repos de l’universelle chrestienté.

Au surplus , madame la régente , puisque la prison de mon cousin le prince cl’Oranges 1 et aultres gentilzhommes qui furent prins avec luy, ne vous peuvent maintenant de gaire ayder ny proffiter, espérant que vous me voudrez complaire en chose tant juste et honnestc que la délivrance dudict prince , je vous prie bien affectueusement que le me vouliés envoyer par deçà avec les aultres gentilzhommes de sa compaignie. Et je vous promet par cette, signée de ma main, que soit par eschange d’ aultres prisonniers équipollens ou autrement, je vous feray faire raison de leurs prisons , de sorte que vous ou autres qui peuvent avoir droict serez bien contens et satisfaicts, et me ferez plaisir très-agréable. Madame la régente, Nostre-Seigneur soit garde de vous.

CHARLES

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