A CH. DE LANNOY, VICE-ROI DE NAPLES
( Mémoires de Granvelle, I, 86 v°.)
Sans date [vers avril i525.]
Mingoval , je ne faictz jamais doubte de choses que me dictes : mais puisqu’ avés si bien accompli vostre parole, vostre crédit en sera plus grand. Et m’escrivez bien par voz lettres que n’espargnerés la vie pour me faire quelque bon service , et vous l’avés assez accomply, dont je loue Dieu de ma part, et à vous-mesme suis tenu et vous en mercye et sçay bon grez ; et si sçaurois parolle souffisante à ce , elle ne seroit en rien espargnée. Mais je vous promect que beaucoup moins ne seront les biens que j’entens vous faire , comme cognoistrez par œuvres. Mes affaires sont à cette heure telles que par le sieur de Reulx et par les lettres escrites de la main du secrétaire verrez et
1 Gascogne.
2 II appartenait à une des plus anciennes maisons de Flandre , et se distingua par sa bravoure non moins que par ses ta-
lents militaires sous les règnes de Maximilien et de Charles V. Vice-roi de Naples en i5ai, il conserva cette haute dignité jusqu’à sa mort, arrivée en 1527.
sçaurés ; en cette n’en feray autre mention. Ce qu’avés le plus à diligenter est d’assembler argent, car à tous il vient à point; je feray le semblable du costé de deçà. Je vous prie tost dépescher ledi et sieur de Reulx avec vostre advis de ce que vous semble j’auray à faire. Car je désire tost me résouldre à quel chemin j’auray de tenir, et l’exécuter sans y perdre temps. Ainsy, puisque m’avez prins le roy de France , lequel vous prie me bien garder 1, et au demeurant comme je suis seur que bien le sçaurés faire, je vois que ne me sçaurois où employer si ce n’est contre les infidelles; j’en ay tousjours eu volonté, et à ceste heure ne l’ay moindre. Aydés à bien dresser les affaires, afin qu’avant que je deviene beaucoup plus vieux , je face chose par où Dieu peust estre servy et que je ne sois à blasmer. Je me dict vieil pour ce qu’en ce cas le temps passé me semble long et l’advenir loing. Et à tant faietz fin , en vous asseurant que tousjours me trouverés un bon maistre.
CHARLES
FRANÇOIS Ier, ROI DE FRANCE,
A CHARLES-QUINT
(Mémoires de Granvelle, I, 82.)
Sans date [mars ou avril 1 5 2 5 ] .
Si plus tost la liberté par mon cousin le vice-roy de Naples m’eust esté donnée, je n’eusse si longuement tardé devers vous faire mon debvoir, comme le temps et lieu où je suis le mérite. N’aiant aultre confort à mon infortune que l’espérance de vostre bonté , laquelle , si
1 Ce ne fut qu’à la fin du mois de juin Pizzighitone , fut amené en Espagne par
suivant que le roi, détenu jusqu’alors à Lannoy.
luy plaist , par sonhonnesteté usera à moy le fruictz 1 d’estre vainqueur de sa victoire ; aiant ferme espérance que vostre vertu ne vouldroit me contraindre de chose que ne fust honneste; vous suppliant jugier à vostre propre cueur se qu’il vous plaira faire de moy ; estant seur que la volonté d’ung tel prince que vous estes ne peult estre accompaigniée que d’honneur et magnanimité. Par quoy si vous plaist avoir ceste honnesteté et pitié de moy, avec la seureté que mérite la prison d’ung roy de France , lequel l’on doibt rendre amy et non désespéré, vous pourrez estre seur de faire un acquest, au lieu d’un prisonnier inutile, de rendre un roy à jamais vostre esclave. Par quoy, pour ne vous ennuyer plus longuement de ma fascheuse lettre , fera fin , avec ses humbles recommandations à vostre bonne grâce , celuy qui n’a aultre aise que d’attendre que vous plaise vouloir nommer, au heu d’un prisonnier,
Votre bon frère et amy.
FRANÇOYS
Le sieur don Hugues2 vous fera, s’il vous piaist, entendre de ma part ce que luy ai requiz. Etaussy vous prie croire Bryon3, gentilhomme, que je vous envoie, comme moy-mesme.
1 Une autre copie de cette lettre porte : l’effet.
5 Hugues de Moncade, vaillant capitaine espagnol , prisonnier des Français après la bataille de Pavie, et remis presque
immédiatement en liberté dans l’espoir
que cet acte de générosité adoucirait la captivité du roi.
5 Philippe de Chabot , amiral de France, élevé avec François Ier, qui lui accordait alors toute sa confiance.
FRANÇOIS Ier, ROI DE FRANCE,
A CHARLES V
(Mémoires de Gran velie, I, 83.)
Sans date [avril ou mai i525].
Pour ce que depuis la lettre que je vous ay escript il vous a pieu m’envoyer le sieur de Reux, lequel s’en retourne par devers vous, j’ay pensé vous escrire ceste lettre afin qu’il vous plaise cognoistre le debvoir en quoy je me veux mettre, ayant mandé à madame ma mère la résolution de ce qu’il me semble que je doibs faire pour ma délivrance ; vous suppliant la vouloir recevoir et jugier en cueur d’empereur, qui désire plustost se faire honneur que bonté à celuy qui espère tant de miséricorde et de bonté en vous , que de son esclave sera à jamais son bon frère , amy et trop obligé.
FRANÇOYS